J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 2 décembre 2019

Pensées enfantines.







En regardant cette toile d’Harold Harvey je m’interroge.
À quoi peuvent bien penser ces trois enfants ?
J’ai bien une idée, mais vous ?
Je vous dirai lundi ce qu’ils ont d’après moi à l’esprit…




-o0o-






Pensées enfantines.

Sidonie : — Si au moins j'avais une sœur ! On pourrait inventer des jeux intéressants. Pas forcément jouer à la poupée, encore que j'aime bien. Maman m'a offert une dînette tout en porcelaine fine. C'est joli, mais jouer toute seule en invitant mes poupées et en inventant des conversations de « grandes », cela finit par être ennuyeux.
Remarquez, attendre là avec le cerf-volant, c'est pas mieux non plus. De toute façon quand je serai grande, je trouverais un homme gentil, et nous partirons ensemble très loin. Tiens, pourquoi pas aux Amériques ! ?

Gonzague : — Une fois de plus il essaie de démêler la ficelle du cerf-volant. Une fois de plus il va encore tout embrouiller et ce sera pire. Moi, évidemment, je ne dois toucher à rien. Je ne suis jamais que ce petit frère qui ne connaît pas grand-chose à quoi que ce soit. Enfin, c'est ce qu'il pense avec sa casquette vissée sur la tête. S'il savait comme il a l'air ridicule à vouloir jouer ainsi à « Monsieur je sais tout » sous prétexte que c'est la casquette du grand-père. Il sent la mort son couvre-chef. Et grand-père pourrit dans son cercueil. Je l'aimais bien grand-père, et même très fort. Mais le jour où il a refilé sa casquette au petit-fils aîné, cela a tout changé dans ma tête. Un jour je me vengerai de toute le monde. Un jour ils verront que la petite tête blonde qui semble aujourd'hui être soumise et approuver tout le monde, peut devenir un être sanguinaire.

Charles-Henri : — Je sais que je vais y arriver. Je DOIS y arriver. C'est moi l'aîné. Je me dois d'être exemplaire. Papa me l'a toujours dit : Tu es responsable de ta sœur et de ton frère. Quand je ne serai plus là, et crois-moi cela ne va pas tarder, c'est toi qui reprendras les usines avec ton oncle Firmin. Tu le considéreras comme un second père. Tu veilleras à ce que ton petit frère réussisse dans ses études. Quant à ta petite sœur, je te charge de lui trouver un bon parti. Tu n'auras qu'à demander conseil à l'oncle Firmin. Veille aussi à ce qu'elle devienne une épouse dévouée,  obéissante à son mari et bonne mère de famille. Quant à toi, nous avons pris la décision avec ta mère : tu épouseras la fille des Demongeron-Duplaisir. C'est une fille soumise, malléable et déférente. Elle est parfaitement éduquée, il n'y aura pas de problème.

*

En ce temps-là,  la campagne était belle, la journée ensoleillée. C'était le plein été. L'avenir aurait pu être prometteur, dans cette nature aussi simple que luxuriante dans sa beauté ordinaire. Le calme environnait la douceur. Les usines n'avaient pas encore tout envahi. Le brouillard gris des pollutions était alors une chimère.
Tout aurait pu être aussi parfait que dans le meilleur des mondes.
Harold Harvey s'était installé en Cornouailles, entre campagne et petite montagne.

Chaque jour il peignait des enfants. Pas les siens, ceux qu'il espérait que sa femme Gertrude lui ferait un jour.

34 commentaires:

  1. La peinture permet de changer de vie, comme l'écriture ;)
    Pas facile, si j'en crois votre texte, les relations entrer frères et soeurs. N'en aillant jamais eu, je me contente d'imaginer, de lire, et d'écrire ...

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    1. Dans l'aide aux personnes, j'ai quasiment toujours constaté que chaque enfant rêvait d'avoir une autre place que la sienne dans la fratrie. L'aîné déplore d'avoir été sur-responsabilisé, le ou la petite dernière de n'avoir jamais pu suffisamment avoir voix au chapitre, celui qui est « entre-deux » de ne pas avoir eu suffisamment d'attention, etc.
      :-)
      Là, comme ailleurs, ce qu'il y a dans l'assiette du voisin est toujours meilleur… enfin, jusqu'à ce qu'on y goûte… !

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  2. Bonjour Alain,
    ah, j'aime BEAUCOUP! Et particulièrement - le croiras tu - ce que se dit Charles-Henri, l'aîné... Tout ce qui pèse sur ses épaules... Il n'a (évidemment) pas conscience que cela risque de lui faire prendre un tournant dans sa vie qui n'a rien à voir, mais absolument rien à voir avec ce qu'il aurait voulu vivre! Ce dont il ne se rendra compte que bien plus tard (s'il s'en rend compte!)Et même si la place du cadet ou du benjamin (j'utilise le masculin uniquement parce que la langue française en a décidé ainsi!)n'est pas forcément plus enviable... il n'y a que les "raisons" qui changent..
    joli texte, jolie analyse!

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    1. Il existe chez certains parents des manières particulièrement subtiles (conscientes ou inconscientes) pour arriver à leurs fins concernant ce qu'ils ont décidé pour l'avenir de leurs enfants. On pense parfois que tout cela a bien changé. Oui, c'est peut-être globalement assez vrai, mais pas tant que cela…
      c'est un peu comme chantait Jacques Debronckart , dans les années 70 :
      « Mon fils fera ce qu'il voudra
      de toute façon ça ne posera pas beaucoup de questions
      avec les relations que j'ai dans l'administration. »
      La pression insidieuse… ça existe toujours…
      c'est peut-être « le retournement » qui peut se faire plus vite.
      Combien de cadres surdiplômés et exploités, dans un système à bout de souffle et qui a perdu son sens, abandonnent tout pour des métiers manuels, artistiques et autres, indépendants.
      N'empêche que les parents les ont voulus tous surdiplômés…

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  3. Famille où il ne vaut pas mieux être un garçon qu'une fille.
    Les garçons promis à l'écrasement sous les responsabilités.
    Les filles promises à l'écrasement sous l'obéissance aveugle.

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    1. Ben voilà, c'est parfaitement résumé !

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  4. Yvanne2/12/19

    Tu nous dépeints avec justesse le grand monde ancien avec des prénoms qui fleurent bon la bourgeoisie. Mais je ne suis pas sûre que dans ce milieu là tout ait changé. Il reste encore pas mal de relents tendant à conserver les traditions.

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    1. Je n'en suis pas sûr non plus, loin de là, voir la réponse que je fais à Ambre ci-dessus

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  5. Certes des destins tout tracés mais ce peintre a oublié les guerres, et là les femmes s'émancipent et les cartes sont redistribuées.

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    1. Et dans cette émancipation, bien des fois les cartes sont encore truquées…
      mais, soyons positifs, ça progresse peu à peu… il sera difficile de revenir en arrière.

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  6. J'appartiens à une famille " matriarche " au sein de laquelle aucune femme n'a été soumise. Du coup, sauf mon arrière grand-père et mon mari ( les pauvres ! ), tous les hommes ont fui.
    Les trois caractères sont parfaitement rendus...

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    1. Je connais quelques familles… telles que tu dis… elles sont peut-être plus nombreuses qu'on ne croit, où la femme laisse le mari causer sans pour autant approuver. Mais par la suite c'est un peu : « cause toujours, après c'est moi qui décide… ». Une stratégie de domination qui peut fonctionner sur la base du « laisser croire que… ».
      Ça peut marcher, jusqu'à ce que… ! ;-)

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  7. Ah ces parents qui veulent tout décider pour leurs enfants...
    A un moment, ma grand-mère paternelle voulait "me caser"...

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    1. Mais voyons ! C'était pour ton bien, Fabie !

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  8. encore un grand problème de communication, chacun rumine ses pensées et laisse pourrir l'incompréhension ;-)

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    1. Un grand poison en effet que ces attitudes de ruminations !

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  9. Le destin de Charles-Henri aurait inspiré Charles Plisnier, qui adorait ces victimes de la société bien pensante. On espère bien que Sidonie ne sera pas soumise comme cette cloche Dumongeron-Duplaisir qui doit être une fausse soumise, de celles qui gardent les épaules basses et la voix tremblottante et manipulent le mari d'une main qui elle, ne tremble pas...

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    1. Au moins tu m'as fait connaître un auteur dont j'ignorais l'existence. Je sais, c'est pas bien !
      Et la fin de ton commentaire m'a bien fait sourire…

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  10. La Dumongeron Duplaisir est en effet tout un programme... connais tu Françoise BourdOn, un écrivain du Nord? Ton histoire me la rappelle un peu.
    J'aime bien mais le benjamin est assez inquiétant...

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    1. Je ne connais pas cette auteure. Mais je vois qu'elle a collaboré à la revue « les veillées des chaumières ». Une vieille tante y était abonnée dans les années 1960. Mais à cette époque-là Françoise n'avait pas encore l'âge d'écrire dans cette revue…
      Le Benjamin m'inquiète aussi : ça va virer vinaigre !
      Merci de ton passage

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  11. Autres temps... autres moeurs !

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  12. C'est bien connu, tous les maris ont toujours le dernier mot "Oui chérie !" :-)

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    1. Mouarf ! Je suis écroulé de rire ! :-D

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  13. AH ah ! j'aime bien la répartie de Praline !

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    1. Elle est en effet excellente.
      Pauvres hommes que nous sommes !

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  14. Avec ta descriptions des pensées de ces enfants nous sommes loin de l'image heureuse d'une famille .
    Ils ressentent tous finalement cette absence de bonheur au sein de leur famille rigide, avec des idées bien nettes sur le rôle de chacun.
    Même si ce modèle existe encore peut-être, mais de moins en moins je l'espère, je pense que le rôle de la famille lieu de soutien et de compréhension entre les membres qui la composent…… se décompose beaucoup trop !!
    L'esprit de famille est une belle et noble force lorsqu'elle est bien cultivée.

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    1. Compte tenu du tableau et de son auteur, je ne situe pas l'action au XXIe siècle !
      Dans la forme beaucoup de choses ont changé, c'est certain.
      Sur le fond, c'est moins sûr…
      Dans ce que je mets en scène il est évident que le bonheur est une sorte « d'ensemble vide ». La vie n'est pas la recherche du bonheur, c'est l'accomplissement du devoir, défini de toute éternité… mais le fond des cœurs aspire à autre chose.
      L'aîné déjà obéissant accepte son sort. Il aurait été le même si ses parents avaient été mineurs au fond de la fosse. Dans ma région, il en était ainsi. Mineurs de père en fils… il n'y avait pas d'autre choix : « même pas en rêve » comme on dirait aujourd'hui…
      le seul bonheur était peut-être de ne pas être victime d'un coup de grisou !

      Le rôle de la famille aujourd'hui ? Je ne sais pas trop… déjà il faudra encore qu'il y ait des « familles ». Il y a des femmes qui ont des enfants, des partenaires, on se débrouille avec tout ça comme on peut…
      on parle de « famille recomposée »… mais avant il y a eu une décomposition…
      un ersatz n'est jamais un original…
      Alors nos sociétés avancent avec tout cela. L'être profond cherche à se déployer, à mettre en œuvre ce qui aspire en humanité. Être attentif aux opportunités qui passent, car elles passent. Là est peut-être le secret. Et la confiance en soi et en l'avenir.
      C'est pas trop des valeurs à la mode…
      bon, j'arrête mon bavardage…

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  15. J'admire ta constance et ta fidélité au devoir du lundi...
    Ces trois enfants ne m'ont pas inspirée, et ma flemmardise a eu raison de ma participation...
    Mais j'admire tes portraits d'enfants. Psychologiquement, c'est fort.
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. La fidélité aux consignes du lundi, c'est un petit challenge personnel. Tu sais ce dont il s'agit, tu t'en es lancé à toi-même.
      Je te comprends, ce tableau ne me disais rien du tout. Mais comme je me laisse titiller par le challenge… finalement il en sort quelque chose…
      Merci pour ton appréciation.

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  16. Cela me fait songer à ce livre lu il y a déjà plusieurs années: "pourquoi les ainés veulent dominer le monde et les benjamins le changer". C'était une sorte d'essais sur l'influence de sa place dans la fratrie sur sa personnalité. Et c'était assez intéressant.

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    1. La personnalité, cela peut se comparer avec une maison. (Même si le côté matériau n'est pas très heureux…). On construit toujours avec les matériaux qui sont sur place, là où on se trouve, dans notre environnement. C'est sans doute moins vrai à notre époque où tout voyage partout dans le monde.
      Mais chez moi c'était de la brique. Il n'y avait pas de montagnes pour exploiter la roche.
      Mais avec de la pierre ou de la brique ont fait des grandes maisons, des petites, des orgueilleuses et des toutes humbles,… des châteaux ou des masures, etc. etc.
      Alors la place dans la fratrie cela peut jouer. Ce n'est pas pour autant un déterminisme. Pas plus cela qu'autre chose d'ailleurs…
      merci pour ce commentaire, j'ai bien aimé.

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  17. Leurs pensées sont finalement assez tristes quand on y pense. Je plains ces trois enfants. C'est presque comme s'il n'avait déjà plus d'enfance...

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    1. C'est cela, en quelque sorte... est-ce que les enfants de cette époque-là (fin des années 1800) avait une véritable enfance ? Quel que soit le milieu social.
      En 1800, sur 100 ouvriers/ouvrières dans l'industrie textile, 75 % sont des femmes et des enfants. Je possède le fac-similé d'un règlement intérieur d'entreprise précisant qu'il est interdit de battre les enfants de moins de huit ans… édifiant !
      Avant huit ans déjà ils travaillent, et après huit ans on peut les battre !
      Dans le Nord de la France, l'entretien de certaines machines nécessitait d'être « petit » pour pouvoir se faufiler entre les métiers à tisser, c'est pour cela que l'on employait les enfants à partir de quatre ans…. Pas de salaire évidemment, on les nourrissait gratuitement, c'était déjà beaucoup et même largement suffisant !

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