J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 9 décembre 2019

Voir, c'est différent de voir


Sur cette plage étrange, je pressens des évènements surprenants se déroulant sous la lumière de la Lune
(Et ne dites rien, le TLF dit que l’on peut mettre un accent grave à « évènement » comme le laisse entendre la prononciation).
Dites nous ce que vous inspire cette inquiétante lumière traversant avec difficulté ces nuages tempétueux.
Je vais tenter quant à moi d’y lire quelque chose d’ici lundi… 






Voir, c'est différent de voir 

Venir méditer au bord de l'océan immense a toujours fait partie de mes prédilections. En particulier à marée basse, lorsque la mer se fait lointaine. On se demande alors si elle ne va pas disparaître définitivement derrière l'horizon. Je me prenais à penser qu'elle ne reviendrait pas. Elle abandonnerait l'humain qui a tendance à laisser ses empreintes détestables partout.

Ce bel après-midi d'été, j'étais là à me recueillir en méditation océanique. Le soleil dardait, sous un ciel bleu immaculé, le sable avait la blondeur des blés. L'estran reflétait le ciel bleu, là où les trous d'eau retenaient l'eau salée et les petits crustacés`; ils feraient le bonheur des mouettes et des goélands qui arrivaient en bande organisée et faisaient entendre leur appétit avec des cris de joie.

Quelques barques de pêcheurs et de plaisanciers se penchaient lascivement. Peut-être pour une petite sieste avant la nuit venue, pour alors s’y livrer à des sabbats orgiaques et des ribotes poissonnières  dont le commun des mortels ignore tout, y compris les marins.

Je n'ai pas tout de suite remarqué cet homme sur ma gauche quelque peu en retrait. Il n’était pas bien loin et de trois quarts dos par rapport à moi. Son chevalet était déployé, ses peintures sorties ainsi que sa toile. Sans quitter véritablement  ma méditation, je l'ai observé dans son mouvement créatif, d'autant qu'il portait un chapeau à large bord du plus bel effet, ainsi qu'une blouse grise tachée çà et là de couleurs vives.

Il se mit à peindre ce que je ne voyais pas. Un océan qui n'était pas le mien. Et pourtant manifestement il peignait l'océan à marée basse. qu'il avait devant les yeux.  Le même que je contemplais. Mais son monde à lui était sombre, gris, triste, verdâtre comme le sont sans doute des cadavres. Son tableau devait sentir la vase nauséabonde qui vous envahissait les narines jusqu'à la nausée.
Tout à coup il tourna son visage vers moi. Je fus saisi d'un pincement de peur. Son regard était vide. Son teint glabre. On aurait dit un crâne avec chapeau, sortant directement de son bocal à formol.

Une phrase de Frédéric Lenoir met alors revenue en mémoire :
Le regard que nous portons sur le monde n’est pas le monde lui-même, mais le monde tel que nous le percevons à travers le prisme de notre sensibilité, de nos émotions.


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Merci à Daniel Genty : La citation ci-dessus figure dans un de ses récents billets. Elle m'a inspiré ce texte.

46 commentaires:

  1. J'adore ce texte. J'ADORE!

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    1. J'étais content de l'avoir écrit. Avec ton commentaire je double la mise !

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  2. Nous pourrions nous fondre dans le paysage 10 jours de suite que nous ne percevrions pas les détails de la même manière, chaque humeur, chaque état d'âme nous fait ressentir les choses différemment et quelques part c'est bien cela nous permet d'échanger et de laisser vagabonder notre esprit.
    Votre texte est magnifique comme d'habitude

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    1. Cela doit être quelque peu cela qui nous rend humain !
      Des vibrations multiples à partager. Et comme tu le dis fort justement le regard peut-être différent d'un jour à l'autre sur le même paysage. J'en sais quelque chose, surtout l'hiver, enfermé chez moi, j'ai la seule vision de mon jardin, au demeurant très agréable. Il est toujours au même endroit (et pour cause…), mais toujours différent, d'un jour à l'autre. Tiens ce matin, après une nuit venteuse, les feuilles d'automne sur la pelouse sont différentes d'hier.
      Et grand merci pour la dernière phrase !

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  3. J'attendais une suite, l'homme aux yeux vides n'est pas là par hasard.

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    1. C'est vrai que cela fait une bonne base pour une nouvelle… je vais peut-être reprendre et poursuivre ce truc…

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  4. Bien vu !
    C'est ce que dit Lionel Naccache : Notre cerveau scénarise la réalité pour nous adapter à notre monde.
    Tu ne serait pas un spécialiste des neurosciences ?

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    1. Exactement ! Mais je ne suis pas un spécialiste des neurosciences, loin de là. Mais que nous ne cessions de créer des scénarii pour nous adapter, c'est évident et nécessaire. C'est ce que j'appelle « fabriquer sa légende personnelle ».
      La réalité est parfois tellement violente et insupportable qu'il faut bien l'accommoder à une sauce neuronale pour la rendre digeste…
      Lionel Naccache est passionnant…

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  5. oh que c'est joyeux :-) parfaitement adapté au tableau, bravo!

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  6. Très juste. Et superbe.

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  7. parfaitement adapté au tableau, ton texte! Et superbement bien écrit! Magnifique!

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    1. Merci pour ces compliments qui me touchent…

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  8. Je vois que tu t'es réconcilié avec FL depuis l'autre jour... Tu portes un autre regard sur sa phrase et c'est réjouissant.
    Et cela donne un texte d'une belle densité.
    La méditation océanique, voilà qui m'inspire...
    Bisous mon Babar
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Ah mais ce n'est pas tellement avec la citation de FL que j'étais en désaccord… c'est plutôt de faire un fonds de commerce rentable avec ses quelques idées, même si elles sont intéressantes, en répétant toujours de la même chose.
      Comme aurait pu chanter Brassens :
      « vendre des idées
      l'idée est excellente
      moi j'ai failli passer à côté »
      (failli seulement, car Tonton Georges se plaignait de payer énormément d'impôts !)

      Et merci pour l'appréciation du texte.
      Baisers doux d'un Babar à sa Céleste.

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  9. Yvanne9/12/19

    Quelle merveille de savoir peindre et de pouvoir mettre sur la toile ses perceptions d'un paysage - en l'occurrence - ! J'en ai toujours rêvé ! Pour le regard lambda, c'est tellement fugitif. Il y a la photo bien sûr mais elle ne traduit que le "matériel" si je peux m'exprimer ainsi, pas les émotions, la sensibilité.
    C'est vraiment super Alain d'avoir mis en parallèle ta vision à toi et celle du peintre. J'ai beaucoup aimé ton texte.

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    1. Merci, Yvanne. Puisque tu tentes une comparaison, j'y vais également : peut-être que la peinture donne à voir les émotions de l'artiste, sa perception, son interprétation. Dans la photographie peut-être que l'auteur montre une réalité pour susciter nos propres émotions face à elle. Mais la photographie comporte aussi une certaine créativité, parfois une mise en scène où le photographe veut faire passer ses propres messages.
      Et puis la photo est tout aussi capable de transformer le réel en divers procédés. Ne serait-ce que le cadrage, le choix de la focale, sans parler du post-traitement.
      Les deux se complètent et s'interpénètrent.

      Sur les interprétations possibles, mes récentes publications sur mon blog photo et surtout les commentaires suscités montrent bien que chacun voit sa propre manière. Et que le photographe peut choisir un cadrage qui « transforme le réel »
      voir par exemple ici - CLIC
      et les photos publiées après cela suite aux commentaires
      -RE- CLIC

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  10. Cela me fait penser au film "dialogue avec mon jardinier" :)
    http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18730494&cfilm=109332.html

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    1. Je n'ai pas vu le film, mais j'ai visionné l'extrait. Effectivement c'est savoureux et de circonstance.

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  11. Mais en fait, qu'est-ce que la réalité sinon celle de notre regard sur elle? La réalité est-elle vraiment une réalité objective? Ou est-ce notre regard la véritable réalité? La réalité est-elle une illusion? Ou l'illusion la vraie réalité? Nan, ces choses-là nous mènent trop loin...

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    1. Voilà des questions qui pourraient susciter de longs échanges. On dit que la réalité c'est ce qui existe. Mais on n'a pas répondu, car qu'est-ce que ce qui existe ? Finalement la réalité c'est peut-être une affaire de croyance que ce qu'on perçoit est réel. Et encore… tout à l'heure, par ma fenêtre le ciel était très noir. Dès lors le gros peuplier de mon voisin était gris clair. Maintenant le ciel s'est dégagé, un bleu laiteux. Par contraste le peuplier de mon voisin m'apparaît beaucoup plus sombre !
      Peut-être qu'il n'y a qu'une seule réalité : celle des impressionnistes !

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  12. Charlotte9/12/19

    J'aime beaucoup ton texte. Par contre, le tableau ,pas du tout. Je suis comme toi j'aime m'installer sur la plage devant une mer à marée basse. Rien de meilleur pour se déconnecter et goûter à une certain infini dont je ne me lasse pas et qui apporte une paix du corps et de l'esprit.

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    1. Le peintre qui a réalisé cette toile devait avoir de gros nuages dans la tête....
      les grandes plages de la Manche sont mes amies… je vais les écouter dès que je peux. Elles ont pour moi de doux murmures

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  13. J'aime bien la focale (justement) focalisation sur le peintre mystérieux... le tableau ne me dérange pas. J'ai fait des photos en fin d'après-midi de la pointe extrême du Haut Cotentin à laquelle ton texte me fait penser...

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    1. J'aime bien regarder des « peintres du dimanche », leurs chevalets posés dans la nature et même en ville. Parfois ils recherchent une exactitude photographique. Parfois leurs imaginaires inventent une réalité différente et pourtant semblable à ce que je vois. Ou à ce que je crois avoir vu après avoir observé leur toile.
      Comme il est dit plus haut : qu'est-ce que la réalité ?
      Merci pour ton passage.

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  14. Un zeste de cauchemar, dis-donc! Un "mort dedans" qui peint du mort dehors... Mais ton texte est beau!!!

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    1. De quoi continuer une petite histoire fantastique. Je devrais y réfléchir.

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  15. C'est notre psychisme qui contemple, peint et décrit.
    Sacrée différence entre cet homme et toi ;-)
    Je n'ai rien écrit mais contemplé et aimé le beau ciel tourmenté.

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    1. C'est notre psychisme qui capte et rend compte de nos sentiments et émotions.
      Il sait aussi inventer et projeter. Analyser et rendre compte.
      C'est quand même assez extraordinaire un humain… !

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  16. qu'est-ce que la réalité? Ce que notre regard du moment nous permet de voir et qui, demain, sera peut-être différent...
    J'aimerais bien avoir la suite de ton histoire

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    1. Plusieurs espèrent une suite… il est vrai que cela peut faire un excellent début pour une « nouvelle ». Et comme une petite idée m'est venue pour poursuivre… à suivre…

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  17. Brrrr !!!!!! Mais c'est bien vu !

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    1. J'avais quand même tenté de commencer plus gaiement !…

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  18. Oui, nous n'avons pas tout la même perception des choses. Ce tableau peut être beau pour certains, mais si nous ne l'aimons pas, pourrons-nous dire qu'il n'est pas beau ? Je ne pense pas, il ne nous parle pas, tout simplement, il ne nous touche pas. Mais il émeut d'autres personnes.
    Sinon, j'aime ton texte ! :-)

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    1. Déjà tu aimes mon texte ! Voilà une bonne chose ! ;-)
      Quand on replace le tableau dans l'ensemble de l'œuvre de son auteur (Caspar David Friedrich), on se dit quand même que c'était un homme assez… spécial !

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  19. Yvanne10/12/19

    Alain, je pense aussi que la photo est un art. J'adore Doisneau. J'ai sans doute tort mais il me semble qu'une peinture est moins...comment dire figée qu'une photo. Ce n'est que mon ressenti bien sûr !













    Alain, je pense aussi que la photo est un art. J'adore Doisneau. J'ai sans doute tort mais il me semble qu'une peinture est moins...comment dire figée qu'une photo. Ce n'est que mon ressenti bien sûr !


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    1. Ce sont deux arts distincts, qu'il ne faut peut-être pas comparer. Ce qui semble acquis c'est que le portrait photographique a mis au chômage les peintres portraitistes !

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  20. Anonyme10/12/19

    C'est exactement comme avec vos lunes sur l'autre blog.
    Elles existent parce qu'on les fait vivre en nous.
    Bien à vous.
    Alban

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    1. Cela donne à réfléchir et ouvre de belle expectative ce que vous ni dans votre deuxième phrase…
      merci pour cela

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  21. Il y a un truc que je ne comprends pas. Je vais rester très terre à terre. Il me semblait que le but d'un peintre, c'était de peindre ce qu'il avait dans les yeux. Là, il me semble que le ciel est bleu, alors pourquoi le peindre en noir ? Il pourrait dans ce cas, rester chez lui à peindre son imaginaire. Du coup, j'aimais bien lire le début de ta petite histoire Mr Alain, je me disais "c'est gai, ça change des autres devoirs". Et patatras, voilà un peintre zombie qui débarque on ne sait d'où...bon, je sais, fallait respecter la consigne...Il nous en fait voir de toutes les couleurs Mr le Goût. Faut avoir parfois une sacrée imagination. Ha, ha.

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    1. L'idée que j'ai pour donner une suite à l'histoire, fera comprendre pourquoi il peint… ce qu'il peint… ! Et peut-être d'où vient ce personnage… comme tu dis, il fallait bien respecter la consigne.
      C'est peut-être le photographe qui photographie ce qu'il a devant les yeux…
      le peintre ? C'est moins sûr… disons qu'il peint « ce qu'il voit, lui » et parfois ce n'est pas du tout de la même manière que nous…
      Paul Gauguin voyait des arbres bleus et un ciel jaune canari…

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  22. Chacun vit dans son monde avec ses repères et ses croyances. Alors forcément les conflits et les guerres ne sont pas loin !

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    1. … Et mourir pour des idées comme chantait Brassens…

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  23. Je suis née non loin de la mer et je ne saurais m'en passer ! Elle fait partie de ma vie depuis mes plus vieux souvenirs...

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    1. c'est sûrement une chance d'être né près de la mer.
      J'y vais aussi souvent que je peux. Sur la Manche que j'aime énormément.

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