J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 29 juin 2020

Ernest et Sidonie


La consigne du lundi

Le couple me dit quelque chose, mais quoi ?

Et à vous ? Que dit il ?


Lundi on le saura sans doute…
Mais ce serait bien si vous y mettiez les mots :
- Moraux.
- Ensemble.

- Incapable.
- Avril.
- Fou.
- Muet.
- Cavalier.
- Genou.
- Claire.
- Conte.







Ernest et Sidonie


Bon, allons-y, il faut bien essayer quelque chose...


Ernest Moulineaux regarde avec tristesse la reproduction défraîchie d'Américan Gothic de Grant Wood punaisée sur le mur sale de la cuisine. Il l'avait découpée il y a bien longtemps dans « La veillée des chaumières », pour faire plaisir à sa femme Sidonie qui a la même gaité joviale que la femme du tableau de Wood.



Il y aura deux ans en avril prochain qu'Ernest est veuf. Depuis cet événement il a un caractère de chien. On le croise parfois dans le village le soir, entre chien et loup, avec son air de cocker battu, et s'en est une désolation. Lui qui était si gentil lorsqu'il écrivait des contes pour enfants 

Si un brave voisin tente de lui adresser quelques mots, il reste muet comme une carpe.

Madame Dupoil le faisait encore remarquer l'autre  jour à l'épicerie, même que Monsieur Pujol a ajouté :

 — Ah, ça, pour être muet, il est muet !

Monsieur Pujol est réputé pour avoir le sens de la formule juste. D'aucuns pensent qu'il aurait même tendance à en abuser.


Depuis que  Sidonie Moulineaux est morte, sa fille Claire et Ernest vivent ensemble.  Tout le monde s'accorde à dire que ce n'est pas une bonne solution. Ils sont comme souris et chat, et se regardent en chiens de faïence. Pourtant ça se passait plutôt bien du temps où Sidonie était en vie. 


— Oui mais voilà, ça c'était avant et maintenant ce n'est plus comme avant, puisque c'est après, fait remarquer doctement Monsieur Pujol, en attendant son tour à la pharmacie.


À l'occasion Madame Dupoil ne manque pas de faire observer que la Claire est toujours célibataire, alors qu'à un moment il y avait anguille sous roche avec Roger le fils Germon, celui qui est bon cavalier, et connu comme le loup blanc pour ses fredaines. Mais Claire n'en a pas voulu parce qu'il est trop chaud lapin et passe son temps à bayer aux corneilles, incapable de trouver un boulot stable. Ce n'est quand même pas une raison pour pousser des cris d'orfraie, à chaque fois que ce jeune homme lui dit que le petit oiseau va sortir. Au bal, ce coq du village, aurait tenté de saisir le genou de Claire, à la buvette sous la table. Elle aurait fait semblant de ne pas apprécier, ainsi que le remarquèrent  les dames observatrices officielles du village.


— La Claire, déclara péremptoirement Madame Dupoil sitôt entrée dans la boulangerie, joue au chat et à la souris. Avec son physique de crevette elle rougit comme une écrevisse quand un homme la regarde. Cette fille tente de noyer le poisson, mais n'est pas celle que vous croyez ! C'est comme j'vous le dis !


Évidemment, le silence se fait comme chaque fois que Madame Dupoil s'apprête à faire une annonce qui aura un effet bœuf. Tous les regards se tournent vers elle. Elle s'enhardit :

— Figurez-vous que, pas plus tard qu'hier je suis passée en face de la maison d'Ernest et Claire et j'ai entendu cette dernière s’embarquer dans un véritable fou rire. Elle rigolait comme une baleine, ce qui n'a pas manqué de me mettre la puce à l'oreille.


— Et pourquoi qu'elle rigolait ? a demandé Monsieur Pujol qui s'apprêtait à passer commande du gâteau familial du dimanche de Pâques.


— Justement ! Ce n'est pas normal. On ne rit pas un Vendredi Saint ! C'est contraire à tous les principes moraux ! Je vous le dis comme je le pense : cette fille a le diable dans le ventre !

 Aussitôt, Monsieur Pujol, qui a l'imagination fertile, visualise un diablotin à la queue vibrionnante en train de parcourir tout le corps nu de Mademoiselle Claire pour la chatouiller vigoureusement jusqu'à la crise d'hystérie. Face à ces pensées horriblement païennes, dès qu'il quitte la boulangerie, Pujol se dirige vers l'église pour aller s'accuser en confession, afin d'avoir l'âme lavée par une absolution au gel hydroalcoolique.


Dimanche c'est Pâques. Jour de résurrection. 

Qui sait si Sidonie si gaie et si gentille, si ça se fait, sera sidérée, de ressusciter en silicone avec simili-sourire si suave, si, si ....


19 commentaires:

  1. C'est vrai qu'ils inspirent le fou rire comme réaction instinctive devant leur face de carême.
    Franchement, ce tableau est saisissant. Tout est dit! Je l'ai vu il y a très longtemps, à Chicago, et je suis restée bloquée devant... Il est hypnotique, on a du mal à s'en détacher. Il récapitule à lui seul toute la sociologie, psychologie, histoire, anthropologie, architecture, spiritualité, morale, etc. de l'Amérique puritaine. En plus, il est d'une facture impeccable.

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    1. Ah ! Tu as vu l'original ! Chanceuse ! Tu es la mieux placée pour juger la facture de par ton expérience. Pour ma part je le trouve déprimant. J'aurais de tels voisins je me jette dans le premier canal qui passe… !
      Mais je comprends très bien le côté hypnotique…
      Heureusement la parodie offre l'occasion d'un rire salvateur.
      Merci pour ton commentaire toujours apprécié.

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    2. Pour être franche, ce sont eux, ces voisins que je jetterais dans un canal !

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  2. Yvanne29/6/20

    J'espère que mon petit Ernest à moi aura un jour prochain une sœur portant le prénom de Sidonie. J'adore ces prénoms qui rappellent des écrivains célèbres dont ma chère voisine Colette !

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    1. Ah oui ! J'ai vu que tu avais un petit Ernest…
      Sidonie est un prénom que j'aime aussi. Mais j'avoue qu'il me fait penser à la chanson de Brigitte Bardot !
      « Sidonie a plus d'un amant… »

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    2. Yvanne30/6/20

      ...Et tu n'aimes pas cette chanson Alain ? ;-) :-)

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    3. Si, si, je l'aime beaucoup, surtout la manière de l'interpréter de BB !

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  3. Moralité, quand on vit ensemble, toute jovialité disparaît !
    Madame Dupoil ne serait-elle pas la maîtresse de Monsieur Pujol ? c'est pour ça que M. Pujol a une justesse au poil.
    Une lecture réjouissante, et cette absolution au gel hydroalcoolique, je vais la demander à l'église dès aujourd'hui.

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    1. Il paraîtrait que le pape envisage de mettre en « bulle » ce nouveau mode d'absolution. Le gel hydroalcoolique rendrait l'âme beaucoup plus pure et blanche et pour plus longtemps.
      À réclamer d'urgence dans les sacristies.

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  4. C'est délicieux! Je me suis amusée, et dire qu'on arrive à rire de ce tableau sinistre, enfin les mines le sont, quel calvaire que cette vie conjugale ne peut-on s'empêcher de penser, mais Claire, ah Claire... son rire retentit bien clair pour un motif qui l'est moins...

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    1. C'est ton commentaire qui me fait rire !
      Et ça fait du bien…

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  5. Voilà docteur Alain, je vous explique:
    J'admire votre constance
    mais non, pas votre Constance, d'ailleurs je ne sais pas si elle s'appelle ainsi. Elle peut tout aussi bien s'appeler Prudence, ou Sidonie.

    Bref, j'admire votre constance dans l'exercice du lundi. Je n'y arrive plus, c'est là qu'est l'os. J'avais un grand sac d'heures et de minutes toutes fraîches, et je ne sais plus ce que j'en ai fait. Elles se sont volatilisées, total, je n'arrive plus à participer au défi du Goût.
    C'est grave docteur ? ;-)
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Chère Madame, et néanmoins amie, ce n'est pas encore grave, juste un peu préoccupant, car vous avez du talent.
      Je vous conseillerais quelques graines d'Éléonore (un dérivé de la graine d'Hellébore), qui peut parfois permettre de retrouver le grain de folie nécessaire à toute création.

      Pour ma part, je me suis fait un petit challenge personnel de participer régulièrement à cette consigne, quel qu'en soit le sujet, partant du principe qu'il y a toujours moyen de titiller le neurone créatif avec beaucoup comme avec pas grand-chose. Le résultat est forcément aléatoire, et aller à Toire c'est parfois victoire ou purgatoire, toujours laboratoire, rarement notoire et espérons-le pas trop exécutoire.

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  6. Rire en regardant un tableau aussi sinistre, il faut le faire, bravo ! c'est réussi

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    1. Je suis bien content si mon petit délire t'a fait rire.
      Il n'y a jamais de mal à se faire du bien…
      c'est vrai que le tableau est assez sinistre…

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  7. Ça rappelle certains chapitres de Clochemerle.
    Bien vu ces remarques façon Justine Putet.

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    1. Clochemerle ?
      C'est trop d'honneur !

      «Votre Bon Dieu ne voudrait pas damner une âme pour une histoire de fesse. Ça serait donner aux fesses plus d'importance qu'à l'âme. » (Clochemerle)

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Je le publierai en votre nom.