J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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Exercices gymniques d'écriture


On trouvera ici des petits textes, généralement composés  à partir d'un support  puisé dans mes réserves photographiques.
Ces exercices ont pour objet de tenter de travailler mon écriture et d'entretenir mon imaginaire,
 pour un plaisir narcissique....
... Mais peut-être aussi pour le vôtre !
-o0o-






Août 2019 — Trois femmes modèles


Elles étaient inséparables. Tout du moins c'est ce qu'elles prétendirent à l'époque.
Elles se retrouvèrent à l'occasion d'un de ses faux hasards que peut-être le mariage d'une relation commune. Elles jouèrent les étonnées comme si de rien n'était.
— Non ? C'est toi !
— Mais oui !
— C'est fou comme tu n'as pas changée depuis toutes ces années !
— Mais toi non plus ma chère, je te trouve même rajeunie…

Comme si de rien n'était.
Elles avaient minaudé toute la soirée. À croire qu'il ne s'était passé rien d'autre que l'ordinaire qui amène, un jour ou l'autre, chacun à prendre des chemins qui éloignent, parce que la vie est ainsi faite : Les inséparables finissent par s'éloigner vers leur destin propre. Il en est ainsi parfois des « amies d'enfance ». L'expression dit bien ce qu'elle veut dire. On est amies pour la période d'enfance, pas pour toute une vie.
Ce n'était pas l'ordinaire de la vie qui les avait séparées. Pas du tout même.
C'était…

Rien ne serait arrivé si ces trois femmes n'avaient eu la même particularité physique, un cou de cygne.
Rien ne serait arrivé si elles n'avaient chacune à son tour  croisé un certain Amedeo, peintre de son état, dont la réputation de portraitiste se fondait sur la longueur exagérée des cous. Elles se mirent chacune à poser pour cet homme, par ailleurs coureur de jupons.
Elles commirent sans doute l'erreur de ne pas en parler entre elles. Chacune garda la chose secrète. D'autant qu'Amedeo cultivait l'art et le goût de la dissimulation. Quel plaisir pour une femme de se  croire l'unique relation secrète. Dès lors s'entretient le désir émoustillé, surtout lorsque s'y ajoutent  les longues heures de pose exigées par Amedeo avec promesse de délices l'instant qui suivra.

Il aura suffi d'une banale erreur d'agenda. L'une d'elles sonna à la porte le mauvais jour à la mauvaise heure. L'autre y était déjà. Quelle surprise que ce face à face devant Amedeo, l'une posant nue, l'autre ayant quasiment déjà commencé à se déshabiller en montant l'escalier.

Chacune était censée être l'unique modèle du peintre. Et voilà qu'elles étaient déjà deux ! Très vite la dernière arrivée raconta l'incident à la troisième. Celle-ci faillie s'étrangler avec le biscuit de trempé dans son thé et qu'elle venait de porter à la bouche, qui s'apprêtait à dégouliner tout le long de son œsophage démesuré.

La nuit qui suivit, ce fut un voisin qui en témoigna, non seulement il y eut des éclats de voix intempestifs, des cris suraiguës, mais il affirma qu'il entendit des claquements secs dont il se persuada qu'il s'agissait de gifles cinglantes.-
Ce voisin ne fut certainement pas loin de la réalité. Aucune d'entre-elles ne s'en prit à Amedeo, d'autant moins qu'elles en étaient amoureuses, quand bien même elles auraient prétendu le contraire. Non, elles reprochèrent chacune aux deux autres leur manque de  confiance et de vérité pour avoir tenu caché qu'elles posaient pour lui. C'était une manière de ne pas s'en faire le reproche personnel, car, bien entendu, la faute était commune et partagée à égalité entre toutes.

Amedeo Modigliani
Amedeo ignorait qu'elles se connaissaient. Il ne put qu'en faire le constat. Peu de temps après il eut un sourire intérieur en repensant à l'idée qui l'avait traversé de les réunir toutes les trois pour qu'elles posent ensemble. Il préférait, et de loin, ne pas être la cause de la surprise de leur rencontre chez lui, de l'esclandre qui s'ensuivit, et qui malheureusement aboutit à la perte de ses trois merveilleux modèles.

Ce n'est pas toujours bon signe d'avoir un cou de cygne…

-o0o-







Mars 2019 -- Ghislaine écrit des lettres.

Clic sur la photo pour agrandir 


La bille du stylo déroule à nouveau son écriture appliquée. Elle ne sait plus très bien le nombre de fois où elle a repris cette lettre, qui sera la dernière. L'écrire et la réécrire. Chiffonner la feuille et recommencer. 
— « Aujourd'hui j'y arriverai » pense-t-elle. 

Il y a si longtemps qu'il l'a quittée.
— « Je reviendrai, t'inquiète pas. »
Est-ce qu'il est possible de ne pas s'inquiéter quand on aime ? Alors elle se met à lui écrire. Chaque fin d'après-midi. Sur un papier paille. Couleur fragile. Il faut qu'elle lui explique. Tout. Cela prendra du temps, il y a tellement à dire, tellement de difficile à exprimer, tellement d'incroyable à révéler. Il comprendra. Tout. Chaque jour, chaque lettre, un peu de dévoilement, un peu plus d'explications. 

*

Le soir, après un repas frugal, elle revient à sa table de travail, allume la radio. Une station locale diffuse quelques nouvelles qu'elle entend sans écouter. 
Ghislaine plie la lettre du jour, la glisse dans une enveloppe doublée, en toile suisse à rabat triangulaire. Elle passe la langue de chaque côté lentement. La colle a le goût de menthe. Elle appuie sur le rabat du triangle avec ses deux index. L'enveloppe sera bien scellée. Elle retourne celle-ci, écrit le nom de l'homme, parfaitement centré et à partir d'une ligne fictive au deuxième tiers de l'enveloppe. Pour l'adresse elle indique « là où tu seras ». Puis elle colle un timbre qu'elle humecte sur sa lèvre inférieure. Enfin Ghislaine range l'enveloppe dans un tiroir, avec les autres. Elle postera plus tard.

*

La veille il lui avait enfin rendu visite. Ghislaine n'avait pas entendu la porte d'entrée s'ouvrir. Elle le vit dans le salon. Il s'était immobilisé devant la fenêtre. Comme à son habitude il ne disait rien, demeurait immobile. Il la regardait écrire. Ghislaine n'en fut pas surprise. Et puis il fallait le temps qu'il digère toutes ces nouvelles, toutes les lettres du tiroir.
Bien entendu qu'il les avait lues. Qu'est-ce que vous croyez ?
Cependant comment s'étonner que tout soit encore flou.

*

Ghislaine reste le nez fixé sur sa feuille. À peine lève-t-elle subrepticement les yeux vers cette forme obscure. Malgré l'apparence brouillardeuse, le sombre d'un contre-jour, elle reconnaît sa carrure et ce sweat sombre à capuche qui ne le quittait guère.

Elle est certaine qu'il passe régulièrement, en son absence ou quand elle dort. D'ailleurs, les enveloppes ont été déplacées.  À l'évidence il les a déjà ouvertes. Suffisamment malin pour les clore à nouveau sans laisser de traces. Un jour elle vérifiera. 

*

— Attends, mon amour ! Il faut que je termine cette dernière lettre. Je la plierai soigneusement et puis je la déposerai sur tes mains. Reste-là, ce ne sera plus long maintenant. Soit patient une ultime fois. Je sais mon amour que tu as tout compris. Je sais que tu m'aimes toujours, malgré tout ce passé tumultueux. Nous allons reconstruire. Nous allons repartir sur des bases entièrement neuves. Elles seront solides. Comme du roc. Notre amour sera un nouveau volcan. Un jaillissement éternel. Une fusion entre l'enfer et le ciel. Quelque chose d'unique qui nous emmènera où jamais nous ne sommes allés.

*


La bille du stylo déroule à nouveau son écriture appliquée. Elle ne sait plus très bien le nombre de fois où elle a repris cette lettre, qui sera la dernière.

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6 commentaires:

  1. Exercice gymnique d’ecriture , belle idée !

    L’amour , un recommencement jour après jour.
    Le compagnon est il simplement parti, ou est il mort ?
    Est il juste le fruit de son imagination ? Un amour désiré mais non vécu ?
    Ton récit a de multiples possibilités..
    bon dimanche
    Mathilde**

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    1. En effet, multiples possibilités…
      « c'est étudié pour… » comme aurait dit un certain Fernand il y a bien longtemps…
      Un comportement répétitif et quasi obsessionnel. Où cela mène-t-il ?
      Bonne semaine à toi !

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  2. c'est cela qui fait l'intérêt d'un petit texte comme celui-là: c'est que tu ne nous en donnes pas la clef! que nous pouvons en imaginer l'explication à notre manière
    Pour moi, cette femme est folle: folle amoureuse! et cette folie la conduit à écrire ces lettres chaque fois répétées: elle le fait pour elle, c'est une quasi nécessité!
    Et cette lettre -ci ne sera évidemment pas la dernière!

    J'aime beaucoup ton "exercice d'écriture": tu commences bien!

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    Réponses
    1. Il est vrai que j'aime assez ce genre de textes clés multiples, au gré des désirs et de l'imaginaire du lecteur.
      Ton interprétation est intéressante. Elle correspond bien à un scénario plausible avec la manière dont je l'ai conçu.
      J'avoue que je ne suis pas trop mécontent de ce petit texte… mais bon, je me contente de peu, sans doute…

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  3. Charlotte17/3/19

    C'est génial cette idée de lettre...à un être réel ou imaginaire vivant ou mort peut importe...
    pourvu qu' il y ait l'écriture.
    Les paroles s'envolent mais les écrits restent ou du moins peuvent rester si on les garde.
    Perso j'en ai effacé beaucoup de mon ordi car ne concernant que moi et personne d'autre.

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    1. « Pourvu qu'il y ait d'écriture ». C'est bien cela en effet. L'écriture nous accroche, autant qu'on s'y accroche. Cela peut devenir la meilleure des choses ou un couple infernal….

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