vendredi 12 mai 2017

La fin de la culture ?

À quelques centaines de mètres de chez moi, il y a une passerelle-piétons qui franchit la nationale où défilent sans cesse des milliers de voitures à longueur de jour.

Sur la passerelle, les bruits sont intenables. La danse infernale des voitures qui se croisent et s'entrecroisent, roulant plus vite qu'il n'est permis de conduire sans danger. Parfois je me dis que dans cette danse infernale, quelqu'un donnera un coup de patin qui déclenchera l'emboutissement général comme un aboutissement.

Au-delà de la passerelle, en quelques mètres franchit, s'en vient le calme campagnard. Petit miracle sans doute de la DDE, qui eut un jour la bonne idée d'ériger un mur antibruit.


« Il suffit de passer le pont,
C'est tout de suite l'aventure! …
… Il suffit de trois petits bonds,
C'est tout de suit' la tarantelle,… »
(Georges Brassens)

La tarentelle… la danse qui guérit de la morsure de tarentule.
Pour ma part c'est avec une salsa(*) que je franchis le pont.
L’Aventure est toute simple : la campagne à la ville.

Au-delà de la passerelle, c'est le retour au bucolique, à la vie champêtre. C'est comme un petit miracle, le sentiment tout à coup du retour à un ancien monde, en quelques instants on se retrouve dans une faille temporelle.
À quelques mètres, une parcelle cultivée. Un tout petit champ entouré, protégé par une végétation arborée. Souvent, en, promenade, je m'arrête à cet endroit. Jusqu'à il y a peu je regardais pousser pommes de terre,  pois de sucre à perches, oignons, poireaux, et autres plantes potagères. Cela variait de saison en saison. Parfois le maraîcher était là. Un vieux Monsieur, habillé comme au siècle dernier, semant, cultivant, récoltant, « à la main ». En tout cas je ne l'ai jamais vu avec un quelconque petit motoculteur ou autre engin. En revanche, ce que j'ai vu, c'est que le vieux Monsieur boitait de plus en plus, semblait prendre du poids, s'arrêtait fréquemment pour souffler et jeter un regard aux alentours. C'est alors qu'il me voyait au bord du chemin. Je lui faisais un signe de la main. Il répondait d'un hochement de tête et reprenait son ouvrage.

Ces derniers temps, je n'ai plus vu le Monsieur. Sa parcelle n'est plus cultivée. la nature n'a pas encore repris le dessus en faisant pousser toutes sortes d'herbes diverses et variées. Le champ donne encore l'impression d'être prêt pour la culture. Mais rien n'y fut planté.

Photo AlainX

Qu’est devenu le Monsieur qu’il m'arrivait de regarder longuement avancer lentement et péniblement un sac de plants de pommes de terre  sur le ventre avec une lanière autour du cou, laissant tomber le tubercule germé, et l'enfonçant d'un coup de talon ? Je pensais au vieil oncle de mon enfance que je voyais aussi semer et cultiver son grand jardin à la campagne.

Je crois que je ne reverrai jamais plus le vieux maraîcher . Peut-être est-il mort. Peut-être lutte-il contre « une longue maladie » comme on dit pudiquement. Peut-être a-t-il des enfants qui ont préféré fonder une start-up ou vendre des téléphones portables, en se disant qu'il y en aurait toujours d'autres pour planter et récolter des légumes pour nous nourrir.
Peut-être pas.
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(*) « Salsa » est le nom du modèle de mon fauteuil roulant électrique !…

mercredi 3 mai 2017

Érections présidentielles.

En ce moment, dans les bureaux de vote, on s'apprête à commencer l'érection des isoloirs…

Alors comme ça il paraît « qu'on » ne parle pas assez sur les blogs des élections présidentielles ?
Mais pour dire quoi !
Cela fait des semaines que l'on entend globalement toujours plus de la même chose.

Pour ma part mon choix est fait depuis déjà un petit moment.
Vous voulez savoir ? Eh bien, interrogez dimanche mon isoloir et vous saurez tout.

En attendant, je vous propose de vous mettre en marche pour une petite promenade photographique et bidouille (*)

(*) comme en politique...


Photo AlainX
Il est une mouette calme et rieuse sur le lac aux miroirs (aux alouettes ?)

Photo/bidouille AlainX

Elle pourrait se retrouver dans une mer bleu marine glauque et tempétueuse.


Photo AlainX

Elles sont golfeuses sur le green verdoyant 

Photo/bidouille AlainX

Ça pourrait finir en plein marécage...






mardi 25 avril 2017

Bienveillance humaine.

Ce n'est pas la première fois que j'évoque cette disposition à la générosité de la personne humaine à l'égard d'autrui. Sans cette aptitude qui, je crois, quelque part, nous est conaturelle, nous serions probablement incapables d'une quelconque vie sociale qui soit autre qu'une jungle et un combat permanent d'opposition en vue d'une domination.

Si elle est  conaturelle (pas conférée de l'extérieur) c'est par potentialité, comme la graine contient l'arbre en entier. Mais l'arbre ne grandit pas sans une forme « d'éducation » qu'il trouve dans son environnement. Même chose pour l'être humain. La potentialité de bienveillance envers autrui ne se développe pas si on la laisse en friche dans le processus éducatif, pire, si on se comporte « méchamment » à l'égard de l'enfant, soit volontairement, soit par inconscience, en particulier des lois de son développement. À cela s'ajoute les avatars et les avanies de l'existence, qui font qu’on peut se retrouver dans une forme de méfiance plus ou moins forte, plus ou moins permanente, envers l'autre considéré comme un danger pour ne pas dire un ennemi. En tout cas quelqu'un qui, par nature, ne nous voudrait pas du bien.

Dans mon enfance trop solitaire, il n'y avait que « des grands » qui ne m'apparaissaient guère comme de possibles protecteurs, mais le plus souvent comme des personnes dont j'avais à me méfier, déguisées en faux amis qui me voudraient soit disant du bien. La catastrophe que fut mon entrée à l'école (ce sentiment de rejet des autres parce que je n'étais pas « socialisé », que j'ignorais les codes et les comportements qu'il convenait d'avoir) n'a fait qu'augmenter ma défiance envers autrui.

Il me faudra sans doute mon accident de santé à 12 ans pour découvrir qu'il existait chez les adultes des personnes « bienfaisantes » qui semblaient véritablement désirer mon bien et ma progression pour retrouver une autonomie suffisante pour vivre par moi-même. J'ai fini par accepter ce concept que l'autre n'était pas nécessairement un ennemi, qu’il pouvait être animé d’une bienveillance naturelle, même si j'ai gardé des zones de méfiance.

Ce n'est pas pour rien que j'ai choisi en premier un métier qui avait trait à « la justice », et que j'ai œuvré, comme je pouvais, pour la défense du faible vis-à-vis du Fort. Comprendre qu'il n'y avait pas que le combat singulier, fut-il juridique et/ou judiciaire pour construire un monde acceptable, fut un autre combat personnel de pacification. Un jour m'apparut comme une intuition flagrante qu'il me faudrait bien me décider à « déposer les armes ». Sauf que je n'avais pas alors les véritables clés de l'intériorité et que je n'étais pas encore rentré suffisamment dans ma pacification personnelle.
Cette pacification n'est manifestement pas achevée en moi. Je crains toujours le « trop bon, trop con ».

Après ce long préambule, (trop long), j'en viens à ce qui m'a motivé à l'écrire, c'est-à-dire quelque chose de très concret qui m'est arrivé ces jours derniers.

Certains le savent, pour me déplacer à l'extérieur, je suis tributaire d'un fauteuil roulant électrique, sans lequel je ne peux pas aller bien loin par mes propres moyens. Qui dit fauteuil électrique dit batteries. Il y a un an je les ai changées. Fin de vie normale, après 3 ans 1/2 environ. Les nouvelles se sont montrées défaillantes totalement il y a environ trois semaines. La société de matériel médical dont je suis client depuis une quinzaine d'années est venu me poser des batteries de secours, en attendant de diagnostiquer le dysfonctionnement. Le résultat ne s'est pas fait attendre : les batteries étaient mortes. Il fallait les changer.
J’ai reçu un devis par la poste. La sécurité sociale, dans sa grande générosité, m'offre royalement un forfait entretien de 100 €, partant du principe qu'un tel fauteuil électrique ne s’use certainement pas beaucoup… Le changement des batteries entraîne un « reste à charge » personnel d'environ 650 €. Pas grand-chose en quelque sorte !
J’ai un excellent rapport depuis toujours avec l'équipe de cette société importante de matériel médical. Je dois reconnaître leurs compétences, leur dévouement, j'ai eu une fois un dépannage tard le soir parce que j'avais crevé un pneu.
Recevant ce devis, j'envoie un mail circonstancié, en estimant que la garantie devrait jouer pour ces batteries qui se sont montrées défaillantes très précocement. 15 jours se passent sans que je ne reçoive une réponse. Peu m'importe. Les batteries de remplacement fonctionnent parfaitement. J'attends leur réponse.

Rentrons de mon séjour à la mer, je reçois de leur part une lettre froide, administrative, quasiment comminatoire, en substance : vous n'avez pas accepté le devis. Si vous ne le régularisez pas par retour du courrier nous viendrons vous remettre « le matériel d'origine ».
Mais c'est quoi ce grand n'importe quoi ! Ils veulent me remettre leurs batteries pourries ! Non mais je rêve !…

Je suis outré. Je téléphone pour avoir la personne qui suit cette affaire. (c'est une grosse société médicale). On me dit qu'elle est en congés jusqu'à ce jour.
Je vis tout cela très mal. Je suis repris par ce sentiment confus toujours tapi dans l'ombre, prêt à resurgir au moindre gratouillage sur cette zone sensible. Quelque chose du genre : « Décidément ! Tous des salauds ! cette société HandiMachinTruc ne s'intéresse à rien d'autre que faire du fric. Ils n'ont que les sourires de façade. Je les déteste… »

Malgré les propos apaisants de ma chère et tendre compagne d'existence, je n'arrive pas vraiment à me sortir de cette confusion absurde. J'ai ce sentiment quasi « victimal », qui par ailleurs me dégoûte tant… Bon d'accord, ça ne me met pas non plus au bord du suicide. Disons que ça me gâche partiellement le week-end. Déjà qu'il va falloir aller voter dans le cadre de cette campagne électorale qui a quand même frôlé les sommets de la finesse intellectuelle, du débat démocratique de très haute tenue, et qui fut véritablement digne du siècle des Lumières.

Ce matin j'appelle et on me passe l'habituelle charmante Madame  GentilleVoix, qui suit mon dossier. Je suis prêt à engager le combat singulier avec mon gourdin de Cro-Magnon, mon épée de Roland, ma Kalashnikov piquée à un terroriste… 
J’évoque cette lettre reçue, que j'estime « peu admissible compte tenu des circonstances » j’emploie une formule light, je tire une balle à blanc.
Madame  GentilleVoix est toute surprise. 
— « Ah mais non ! Ça c'est une lettre automatique de relance aux clients qui exagèrent ! Vous n'auriez pas dû la recevoir… je m'occupe de votre dossier. On est en pourparlers avec le fournisseur pour qu'il prenne cela en garantie. C'est pour ça que ça prend du temps. Ne vous inquiétez pas. Je m'occupe de vous. Tout va bien avec les batteries de  remplacement ? »

Bref je me suis bourré le mou pour rien ! Cette fois c'est contre moi-même que j'enrage. Et dans le même temps ce soulagement, qui me ramène à la réalité et non pas à mes fantasmes de gosse exploité dans son enfance, auquel on a fait volontairement mal.

Je retrouve cette humanité à laquelle je crois profondément. Mais voilà. Il n'est pas toujours évident de demeurer dans la profondeur de soi en toutes circonstances. Je m'en croyais davantage capable. Il me faut revenir à l'humble réalité du seul petit chemin parcouru jusque-là.

L’important c’est le chemin, dit-on. Bien. À condition que ce ne soit pas une justification. Car quand même il faut bien espérer que le chemin mène quelque part, vers ce à quoi je crois de toute mon âme…

samedi 15 avril 2017

Confiance : zone moyenne

Il m'arrive de mettre de l'ordre dans mes répertoires photos. Avec le numérique on finit par avoir un surplus incroyable. Il faut trier et supprimer et procéder aux élagages nécessaires.

C'est alors que je retrouve des photos prises il y a plusieurs années. Pour certaines je me dis, elles n'étaient pas si mal que ça. Et même elles étaient plutôt bien. Mais je les ai laissées dans une sorte d'abandon. 
J'ai toujours aimé faire de la photo. Mais je ne peux pas dire que j'ai beaucoup confiance dans les résultats que j'obtiens. Comme s'il y avait en ce domaine une sorte d'impossibilité de la confiance. Certes, je suis loin d'avoir des talents artistiques en ce domaine, tels que je les vois chez d'autres. En même temps, j'admets que je ne suis pas nul pour un amateur, je cultive un certain sens du cadrage et de l'originalité. Il reste qu'il y a toujours en moi quelque chose du genre : « ce n’est pas suffisamment valable ».

J'ai appris la photo au Centre de rééducation où il y avait un petit Club. On faisait entièrement le traitement argentique les après-midi de loisir. (Prise de vue, développement du négatif, agrandissement, tirage, mise sous cadre, et on a même fait une série de cartes postales du Centre qu'on vendait aux parents des copains tordus… pour payer notre matériel…) C'est là que j'ai pris plaisir à regarder les choses sous un certain angle. C'est sans doute ce que j'ai le plus retenu. Une qualité de regard sur les choses, les personnes, la vie.
Mais pour ce qui est des réalisations que nous sortions du labo-photo, j'étais sans cesse insatisfait de mes travaux. Il faut dire qu'il y avait un autre du groupe qui avait un talent évident. D'ailleurs, adulte, il deviendra photographe de mode réputé et j'aurai l'occasion de voir ses photos dans des revues. Je l'évoque d'ailleurs dans mon premier livre. Malheureusement, le succès qu'il aura connu, les adeptes qu'il aura faits, n'ont pas contribué à son bonheur. Il a mis fin à ses jours. Je l'ai appris en le recherchant pour lui offrir mon livre.
Je ne peux pas dire que je le jalousais. J’enviais son talent. C'est différent. J'aurais aimé avoir ses aptitudes photographiques. il n'était pas un ennemi, plutôt une sorte de modèle inatteignable pour moi, et je l'admirais. Nous avons commencé ensemble. Lui, en fit non seulement une passion mais son métier.

Bien que j'ai appris qu'il fallait éviter les comparaisons = poison, je suis toutefois demeuré avec cette tendance à dévaloriser ce que je peux faire en photo. Ce n'est pas bien grave. Si j'ai toujours aimé faire de la photo, je ne peux pas vraiment dire que ce fut une passion dévorante. Je le vois bien chez d'autres.

Je veux surtout souligner combien on peut être marqué par la période des apprentissages,
d’une manière singulière et forte. Autant dans des aspects positifs, que dans des aspects négatifs. Je ne parle pas de l'apprentissage des connaissances théoriques, je parle de l'apprentissage lorsqu'on réalise concrètement, qu'on apprend à faire, qu'on balbutie, que l'on se trompe et que l'on recommence. Il n'y a pas que le regard des autres qui influent alors. Il y a aussi un certain regard sur soi-même, et en particulier lorsque, comme c'est mon cas, on a inculqué à l'enfant dès son plus jeune âge qu'il n’était « bon à rien ».

*


Une de mes photos retrouvée. Je serai là-bas la semaine prochaine pour quelques jours. Au bord de cette mer qui m'enchante depuis toujours et berce mon cœur en permanence.

Photo AlainX - Cliquez pour agrandir