lundi 5 novembre 2018

Retour vers l'après







Les sourires peuvent cacher bien des choses
ou révéler d'heureux ou surprenants moments...
A quoi (à qui) pense donc Anna ?
A qui  (à quoi) pense donc Edmond ?

Je suis sûre que vous savez.



*****




Edmond — Tu te souviens quand je te contais fleurette ?

Anna — Tu penses bien, même que tu t'intéressais déjà à ma boutonnière.

Edmond — Alors là, je te tire mon chapeau ! Tu as vraiment bonne mémoire.

Anna — Depuis l'eau a coulé dans ma rivière et j'ai perdu mon diamant.

Edmond — Il fallait bien enrichir la génération.

Anna — Tu as  beaucoup aimé mon vison.

Edmond — Tu le sais bien, d'ailleurs je le caressais toujours dans le sens du poil.

Anna — Je m'en souviens, autour du poêle, surtout l'hiver tu y mettais tes mains au chaud.

Edmond — C'est loin tout ça ! Maintenant tu es vieille et moche.

Anna — Et toi, au lit, tu ne tiens plus tes promesses.

Edmond — Il il y a longtemps que je n'exploite plus mon précieux bien.

Anna — Maintenant c'est l'heure, le juge nous attend pour le prononcé du divorce.

Edmond — Allons y, débarrassons nous de cette corvée.




lundi 29 octobre 2018

Un lundi chez Laquevio


avec les mots obligés suivants :
épouvantail (évidemment !) cendre escargot tombereaux pourchassait fondra minuscule vantard amorce Sud-africaine.



L'épouvantail

Il était une fois, dans un pays lointain, un Prince hideux, à la figure de cendre, qui avait épousé une sud-africaine : Melissa métisse d'Ibiza, car dans les contes on peut inviter Julien Clerc et ses chansons.

Le Prince hideux  avait rencontré cette jeune femme à l'occasion d'un safari où l'on pourchassait l'escargot, à coups de trompettes d'Aïda, dans ces contrées lointaines du bout de l'Afrique, où il ne fait pas bon vivre à cause d'une chaleur éprouvante et intense qui amène sur le front des tombereaux de perles de sueur sanguinolente.

Melissa donna au Prince hideux un fils qui devint de plus en plus maigre en grandissant, en sorte qu'il se mit à ressembler à un épouvantail, et que le peuple, toujours méchant, l'affubla de ce nom.

Le Prince hideux considéra Melissa comme responsable d'avoir mis au monde ce rejeton minuscule, indigne de succéder à Sa Majesté lorsque le temps sera venu. Il déclara alors à son chambellan :

— On la fondra dans le chaudron à potion magique de Panoramix, car dans les contes on peut également faire intervenir René Goscinny et Albert Uderzo.

Ce n'était là cependant qu'une amorce de solution, car le fils Épouvantail portait sur la tête le bicorne à galons dorés de Napoléon, (mais oui, et sans que « l'empire contre-attaque », l'histoire de France à sa place dans un conte) 
Ce couvre-chef procurait au fils l'intelligence de la stratégie guerrière. Le prétendant à la succession n'était pas vantard. Il n'avait parlé à personne des pouvoirs que cela lui conférait. L'Épouvantail avait comme projet un immense massacre pour se venger du destin funeste qui l'avait fait naître et grandir ainsi.

La fée clochette, qui passait par là à l'occasion de son voyage de noces avec Peter Pan (et pourquoi ils n'auraient pas le droit d'être là !), saupoudra tout ce petit monde de poudre magique.
Aussitôt tout redevint dans l'ordre : Melissa devint la Belle au bois dormant, le Prince hideux se métamrphosa en Prince charmant, et le fils Épouvantail s'enflamma pour une nouvelle vie.

On raconte dans les chaumières qu'il partit aux Unis-Etats faire fortune dans le burger et qu'il a désormais le tour de taille d'un chêne tricentenaire.

« Tout est bien qui finit bien » conclurent les Dupont – Dupond, qui comme toujours n'en manquent pas une.

Mais comme ils avaient la bénédiction de Hergé, plus personne n'osa plus rien dire pendant 100 ans.

mercredi 24 octobre 2018

Il suffit de presque rien…


Je poursuis mes rangements/éliminations dans mes affaires personnelles. Je me programme un temps chaque jour (si possible).
Je suis dans le tri d'une période importante de ma vie professionnelle. Importante parce que j'y ai connu les avancées les plus essentielles de mon existence.
Cela me ramène à des moments de grande intensité. Des souvenirs oubliés remontent à la surface. D'excellents comme d'exécrables. Ces derniers vont à la poubelle. Les premiers retrouvent l'intensité du moment.
Autrement dit cela me confirme dans la permanence et l'éternité des instants essentiels de mon existence. J'oserais peut-être en faire une généralité.


J'ai relu un texte de quelques pages, d'un homme dont j'ai reçu énormément. J'avais oublié une partie du contenu. C'est, je crois, parce que je ne l'avais pas compris à l'époque.

C'est tellement clair à la relecture. 
Un paragraphe m'a mis en arrêt intérieur. Je l'ai relu trois fois. Quelle lumière !

Quand on est trop jeune, que l'on n'a pas encore suffisamment d'expérience, certaines lumières aveuglent. Peut-être faut-il que la vue baisse pour ne plus être éblouie à ce point.

Les pages retrouvées m'ont mis dans une grande paix intérieure.
Dans le même temps un nouveau frémissement de vie a palpité en moi.


Le texte date de plus de 30 ans. C'est aujourd'hui qu'il est écrit pour moi.

lundi 22 octobre 2018

Conversation téléphonique (consigne d'écriture)


Je ne sais pas vous, mais s'il y a une chose qui m'horripile, c'est cette manie des gens qui sortent sur leur balcon pour téléphoner. […]

Bien sûr, c'est la même chose pour ceux qui parlent à tue-tête au telephone dans le bus ou le métro... Eh, les gens, on n'écoute pas, mais on entend !

On n'entend pas tout pas tout, certes. Il n'y a qu'un locuteur. Et parfois, seulement parfois, c'est juste un peu frustrant... Alors, qui est au bout du fil ? Que dit-il ?...

Petit exercice du jour :  la reconstruction d'une conversation.
...
Non, Pas du tout.
...
En fait, là, je n'ai pas le temps. Et même tu me déranges.
...
Non, mais je...
...
Ecoute, je ne voulais pas...
...
Faudrait me laisser parler !
...
Comment ça ?
...
Mais pas du tout ! c'est toi qui...
...
Tu te fais des films !
...
Bon je te laisse là.
...
Oui, c'est ça ! 
...
OK ! Rappelle-moi ce soir. Je file, là !

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... Alors figure toi, Éléonore, que j'ai revu Gontran, tu sais, ce grand brun qui a ce charme fou des latinos, présent à la fête des fleurs la semaine dernière. Hé bien, il a clairement des visées  sur toi ! Je suppose que tu t'en étais aperçue.

Non, Pas du tout.

... Allez, ne fait pas ta miss jaurée, avec moi ce n'est pas la peine. Donc, comme tu le sais, j'ai pour mission, fixée par ton papa, de te trouver un bon parti. Et là, Gontran, cela me semble un bon choix. Sa famille est irréprochable, et leur fortune est conséquente. Je vais organiser une petite sauterie le week qui vient, et bien entendu je compte sur ta présence.


En fait, là, je n'ai pas le temps. Et même tu me déranges.

... Peut-être que je te dérange, mais c'est pour ton bien. Il est temps que tu changes tes comportements, d'ailleurs tout le monde le dit. Hier encore j'en parlais avec ta mère qui me le confirmait. Tu devrais plutôt me remercier, en tant que ton oncle, de prendre particulièrement soin de toi, étant donné que tu ne sais pas mener correctement ta vie par toi-même.


Non, mais je...

... Oui je sais tu vas encore me raconter que tu veux rester célibataire, que tu n'aimes pas particulièrement les hommes, les femmes n'ont plus d'ailleurs. Et bien je peux te le dire, tu crées une peine immense à tes parents. Ils sont au désespoir et toi tu ne te rends compte de rien. Tu te comportes en rebelle et ça, dans notre milieu, ne peut être toléré. Tu te rends compte du chagrin que tu fais à ta mère ?


Ecoute, je ne voulais pas...

... Tu ne voulais pas, tu ne voulais pas, mais c'est comme ça ! Tu es une fille indigne de sa condition. Après tout ce que nous avons fait pour toi, quelle ingratitude !


Faudrait me laisser parler !

... Pour que tu nous racontes encore ton discours qu'on connaît par cœur ? De toutes façons depuis que tu es petite tu n'as rien d'intéressant à dire. Il n'y a que toi qui te crois valable. Tu sais que c'est difficile de m'occuper de toi ? C'est bien  parce que j'aime profondément ma sœur et que je veille à la bonne gestion de notre famille . À ce titre je me sens obligé de me charger de ta vie.
Donc si tu ne sais pas t'intéresser à Gontran qui est un parti valable pour toi,   en raison de la fortune de ses parents, je crois que la famille va devoir prendre certaines mesures désagréables.


Comment ça ?

... Ne joue pas les innocentes. Tu sais très bien de quoi il s'agit. Tu connais parfaitement les règles de notre clan familial.


Mais pas du tout ! c'est toi qui...

... c'est ça !  Ça va encore être de ma faute ! Tu ne crois pas pouvoir toujours t'en tirer comme quand tu étais petite fille agaçante ! Tu es profondément ingrate finalement. Je l'ai toujours dit à ta mère. On ne fera rien de bon de toi. Tu fais le déshonneur de la famille.

Tu te fais des films !

... Non, la réalité est ce qu'elle est. Cela dit je suis désolé de te brusquer. Ce n'était pas mon intention. Mais tu refuses toujours toute proposition valable. Il faut nous comprendre, nous voulons ton bonheur finalement. Il suffirait que tu te montres raisonnable et tout serait parfait dans le meilleur des mondes.

Bon je te laisse là.

... Tu as tort de ne pas vouloir m'écouter. Je sais très bien ce qui te convient. Aucun oncle n'a pris autant soin de sa nièce. Tu ferais mieux de t'en rendre compte.


Oui, c'est ça ! 

... Il y a beaucoup de choses qui doivent encore t'être enseignées. Il faut absolument que tu saches d'où tu viens, qui tu es vraiment, quel est la raison impérative qui nous lie tous ensemble et qui fait notre unité, notre union à la vie à la mort. Il faut que je te parle de tout cela. C'est important désormais, presque urgent.


OK ! Rappelle-moi ce soir. Je file, là !

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Les éléments de réponse imposés m'ont semblé orienter vers une histoire de couple plutôt dans le style épisode de dispute. J'ai voulu choisir une autre option.
Je me doute que les dames qui vont lire ne vont pas être aux anges !…
S'il s'agit d'un texte de fiction, il a cependant des analogies avec certaines situations déplorables que j'ai pu connaître dans ma profession… sans pour autant, bien sûr, pousser le bouchon si loin…