mardi 12 juin 2018

La nature enseigne.

Ce matin, le support de ma méditation fut un arbuste.
Longuement je lai fixé, bien installé, en position relax, dans ma bécane à roulettes.

Il a été taillé il y a peu par le jardinier.
Celui-ci m'a expliqué que la taille sur les côtés favorisait la montée de la sève pour qu'ils fleurissent longuement à son sommet.
L'arbuste, qui se mit à fleurir quelques jours plus tard, me le confirme.

J'ai repensé à l’un de mes maîtres qui évoquait que pour aller dans le sens de ce pourquoi on se sent fait afin de donner toute sa mesure, il fallait élaguer parmi les actions et les engagements multiples que l'on pouvait avoir. Et il avait eu cette expression qui m'est profondément restée : « Élaguer ce n'est pas couper des branches mortes, c'est couper des branches vives ».

Ce que j'ai fait quelques années plus tard (il faut parfois du temps pour comprendre l'enseignement reçu…), et qui eut pour conséquence ce que je pense être une plus grande fécondité et un plus grand bonheur.



mercredi 6 juin 2018

Quelques questions existentielles


Est-ce que le savoir-vivre  permet à celui qui le pratique  régulièrement de  reculer l'âge de sa mort ?

À bon entendeur Salut : Est-ce que cela signifie que les sourds iront en enfer ?

Si on est certain que Malbrouck  s'en va en guerre, mironton-mirontaine, et reviendra à Pâques ou à la Trinité : alors à quoi donc sert Noël ?

Lorsqu'on appelle quelqu'un à cor et à cri, faut-il un cor de chasse, ou un cor d'harmonie ? Est-ce qu'à défaut, un trombone à coulisse peut pousser son cri ?

Avoir maille à partir avec quelqu'un entraîne-t-il l'obligation de rester ?

Peut-on briller par son absence, tout en restant dans l'ombre ?

Chercher midi à 14 heures peut-il remettre les pendules à l'heure ?

Lorsque l'on coupe l'herbe sous le pied à quelqu'un, peut-on prétendre défendre l'écologie ?

On dit que les écrits restent mais que les paroles s'envolent, et dans ce cas où vont-elles et qui est chargé de les ramener à la maison ?

La nuit porte conseil, mais que porte le jour ?

Pourrais-je faire des pieds et des mains si les bras m'en tombent ?

Qui vole un œuf vole un bœuf. L'adage peut-il s'appliquer à celui qui met la charrue avant les bœufs ?

Existe-t-il des moutons de Panurge qui puissent monter sur leurs grands chevaux ?

Lorsqu'on pêche en eau trouble, faut-il nager entre deux eaux ?

Celui qui parle français comme une vache espagnole, risque-il d'en perdre son latin ?

Lorsqu'une petite pluie abat grand vent, est-elle passible de la cour d'assises ?

De même : Tuer le temps justifie  des poursuites judiciaires. Mais est-ce un meurtre ou un assassinat ?

Est-ce moral de se faire de la bile ? N'est-ce pas égoïste de ne pas la partager avec ceux qui ne s'en font pas ?

Se monter le bourrichon est-il possible si on a perdu le mode d'emploi ?




mercredi 30 mai 2018

Le destin d’un CRS



Une consigne d'écriture de Kaléïdoplumes




Ecrivez un texte inspiré de cette photo et dont l'excipit sera cette phrase de Zola:

En mai, une végétation formidable crevait ce sol de cailloux

***



Le destin d’un CRS

***

Ce jour là, mon mari m’avait offert du muguet. D'habitude, pour le 1er mai, il n'agissait pas de la sorte. Faut dire que la plupart du temps il était de service. Mais pas cette année-là, exceptionnellement il avait congé. C'est deux jours plus tard que tout a commencé. Quand ils ont envahi la Sorbonne.
— Encore un truc de ces cons d’étudiants, s'était-il exclamé avant de rejoindre ses collègues.

Dès le 6 mai on vit apparaître le slogan CRS = SS. Ça n'a vraiment pas plu au gars de la CRS-5, que commandait mon mari. Cela lui a encore moins plu lorsqu'il apprit que notre fils Jean-Marie, en première année de droit, participait aux manifs. Ils se sont engueulés à la maison, et j'ai même cru, à un moment, que mon mari en viendrait aux mains. Ce soir-là, je crois que je n'avais jamais gueulé aussi fort de ma vie. Ça les a tellement surpris, qu'ils se sont calmés. Mes cris ne se sont pas calmés pour autant. Une véritable crise hystérique. Aujourd'hui j'y repense avec un sourire en forme de rictus, car mes deux hommes se sont réconciliés en me consolant. Ma crise se termina dans des profonds sanglots irrépressibles.

Comment oublier le coup de sonnette de ce 11 mai 1968, accompagné de tambourinement dans la porte, qui me firent accourir affolée, craignant le pire. Comment oublier les propos du commandant des pompiers, quand dans son jargon officiel, il parla de « blessé au front, d'enfoncement de la boîte crânienne, d'hospitalisation, de séquelles qui pourraient être graves » et d'autres termes de ce genre. Mon mari, Commandant de la CRS-5 avait été blessé, recevant en pleine face un pavé lancé par un étudiant manifestant. Ses jours étaient peut-être en danger. Et mon fils qui n'était pas rentré. Et la radio qui venait de parler d'affrontements terribles dans la nuit du 10 au 11 mai entre étudiants et forces de l'ordre.
Cela devait arriver : Quelle allure ils avaient tous ces CRS, avec leurs blousons de cuir qui ne les protégeaient de rien, leurs casques sans visière, de banales lunettes de motos pour protéger les yeux, mais rien pour être à l'abri de jets de gaz ou d'acide. Et cette obligation ridicule de porter cravate ! Et pour se défendre, une simple petite matraque ! Ah si ! : un pistolet Mac 50. Mais ils n'allaient quand même pas tirer sur des étudiants qui pourraient être leurs enfants !
Les étudiants se protégeaient mieux qu’eux ! De plus ils utilisaient des pavés comme projectiles qui venaient de fendre en deux la tête de mon mari !
D'accord, mon époux fut bien soigné, il eut droit à des remerciements chaleureux de sa hiérarchie. Même le Ministre se manifesta. Et puis… plus rien…

C'est au cours de l'été 1969 que mon mari mourut dans un grave accident de voiture, sur une route toute droite, il finit contre un arbre. Ne croyez pas que l'enquête démontrera qu'il roulait trop vite, ou mal, les autres automobilistes témoins de l'accident déclarèrent que la voiture alla directement se planter dans l'arbre. Certains eurent l'outrecuidance de faire l'hypothèse qu'il se serait suicidé. En réalité il eut un malaise au volant. IL s'agissait des suites directes des séquelles irrémédiables qu'il gardera du pavé qu'il avait pris dans la gueule.
J'ai fait des pieds et des mains, je suis intervenue auprès du préfet de police Grimaud pour obtenir la reconnaissance des origines de l'accident. Rien à faire. Il me faudra attendre 15 ans pour enfin obtenir cette légitime reconnaissance de la part de l'État, grâce à Henri Emmanuelli secrétaire d'État. Je n’ai jamais reçu qu’une pension minime.
Voilà comment l'État montre sa reconnaissance à ses serviteurs qui défendent l'ordre public.

En ce 1er mai 1998, 30 ans après tous ces événements tragiques, je suis allé me promener en forêt, repensant à ces années tragiques et celles des galères qui ont suivi. Mon fils, Jean-Marc, ne s'est jamais remis de tout cela. J’irai le voir très bientôt dans son hôpital psychiatrique.
Je me suis dit : la vie doit continuer, quoi qu'il arrive, la vie est plus forte que tout, plus forte que moi-même, et elle me soutient. Je la voyais surgir devant moi. L'Espérance ferait un jour ma joie. En ce mois de mai, une végétation formidable crevait ce sol de cailloux.


—————————
Ce texte est librement inspiré et adapté à partir de  l'événement véritable concernant le Commandant Journiac de la CRS-5, qui eut un enfoncement de la boîte crânienne par un pavé lancé par un manifestant. Il décéda un an plus tard dans un accident de voiture. Sa veuve mena pendant 15 ans le combat brièvement évoqué dans ce texte.