J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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mercredi 11 décembre 2019

Suite de consigne....






Je donne satisfaction à la demande générale de quelques personnes, de donner une suite à la consigne de lundi dernier, sous forme d'une courte « nouvelle ».

Voici donc l'intégralité du texte :









Voir, c'est différent de voir 

Venir méditer au bord de l'océan immense a toujours fait partie de mes prédilections. En particulier à marée basse, lorsque la mer se fait lointaine. On se demande alors si elle ne va pas disparaître définitivement derrière l'horizon. Je me prenais à penser qu'elle ne reviendrait pas. Elle abandonnerait l'humain qui a tendance à laisser ses empreintes détestables partout.

Ce bel après-midi d'été, j'étais là à me recueillir en méditation océanique. Le soleil dardait, sous un ciel bleu immaculé, le sable avait la blondeur des blés. L'estran reflétait le ciel bleu, là où les trous d'eau retenaient l'eau salée et les petits crustacés`; ils feraient le bonheur des mouettes et des goélands qui arrivaient en bande organisée et faisaient entendre leur appétit avec des cris de joie.

Quelques barques de pêcheurs et de plaisanciers se penchaient lascivement. Peut-être pour une petite sieste avant la nuit venue, pour alors s’y livrer à des sabbats orgiaques et des ribotes poissonnières  dont le commun des mortels ignore tout, y compris les marins.

Je n'ai pas tout de suite remarqué cet homme sur ma gauche quelque peu en retrait. Il n’était pas bien loin et de trois quarts dos par rapport à moi. Son chevalet était déployé, ses peintures sorties ainsi que sa toile. Sans quitter véritablement  ma méditation, je l'ai observé dans son mouvement créatif, d'autant qu'il portait un chapeau à large bord du plus bel effet, ainsi qu'une blouse grise tachée çà et là de couleurs vives.

Il se mit à peindre ce que je ne voyais pas. Un océan qui n'était pas le mien. Et pourtant manifestement il peignait l'océan à marée basse. qu'il avait devant les yeux.  Le même que je contemplais. Mais son monde à lui était sombre, gris, triste, verdâtre comme le sont sans doute des cadavres. Son tableau devait sentir la vase nauséabonde qui vous envahissait les narines jusqu'à la nausée.
Tout à coup il tourna son visage vers moi. Je fus saisi d'un pincement de peur. Son regard était vide. Son teint glabre. On aurait dit un crâne avec chapeau, sortant directement de son bocal à formol.

Une phrase de Frédéric Lenoir met alors revenue en mémoire :
Le regard que nous portons sur le monde n’est pas le monde lui-même, mais le monde tel que nous le percevons à travers le prisme de notre sensibilité, de nos émotions.



Qui était donc cet homme étrange ? Quels étaient ces nuages noirs qu'il transportait dans son cerveau probablement abîmé. J'hésitais à me lever pour m'approcher de lui. J'avais ce vague sentiment qu'un danger pouvait surgir à tout instant. C'était sans doute ma nature craintive depuis l'enfance, à cause des explosions orageuses de ma mère qui surgissait dans un ciel clair, et dont manifestement j'étais nécessairement responsable.

Rassemblant mon esprit cartésien, je me suis levé et dirigé vers lui. Bien souvent les peintres aiment que l'on s'intéresse à eux et sont toujours prêts à vous commenter la merveille qu'ils sont en train de peaufiner, laquelle va inaugurer une nouvelle école picturale. Un peu comme ces auteurs qui ne comprennent pas pourquoi le Goncourt ne leur a toujours pas été attribué.

— Puis-je vous demander ce que vous peignez ? C'était la question conne par excellence.
— Vous voyez bien : ce qu'il y a devant moi !
En matière de tentative de contact sympathique, je n'avais pas mis dans le mille.
J'ai tenté de me rattraper.
— J'aime beaucoup ce que vous faites !
— Beaucoup ? C'est-à-dire combien ? répliqua l'homme au chapeau dont je réalisais à l'instant qu'il était d'une effarante maigreur. J'ai botté en touche.
— Vos nuages sont une réussite. Vous jouez extraordinairement bien avec la lumière sombre.
— Ce n'est pas moi Monsieur. C'est la nature qui est ainsi.
Il ne s'arrêtait pas de peindre, s'était à peine retourné à mon arrivée. Il ne m'ignorait pas totalement puisqu'il répondait à mes questions. Un petit dialogue s'instaurait. J'ai profité de la brèche.
— La nature, certes ! Mais aujourd'hui il fait grand soleil ! La lumière est intense, presque éblouissante. D'ailleurs je regrette de ne pas avoir pris mes lunettes de soleil.
— Aujourd'hui ? Probablement ! L'autre jour aussi il faisait beau, ce n'était pas très intéressant, marmonna l'homme au chapeau.
Il sembla montrer un certain agacement et je me demandais si je ne ferai pas mieux de retourner m'asseoir là-bas plus loin. Je poursuivis cependant.
— Oui, je comprends, vous préférez les paysages tourmentés. C'est une option intéressante. Malheureusement en ce moment nous traversons une longue période de grand beau temps. Pas de quoi faire vos affaires si vous préférez les tempêtes.
— Cela ne va pas durer, Monsieur. D'ailleurs regardez ce que je suis en train de peindre.
— Ah bon ? La météo annonce un changement de temps ?
— Je ne m'intéresse pas à la météo. Inutile pour moi. Je peins l'avenir.
Et aussitôt il s'est retourné pour me regarder droit dans les yeux, en prononçant ces derniers mots. J'ai eu peur tout à coup. Une peur irraisonnée. Mon pouls venait de s'accélérer et tapait dans ma poitrine.

 Je suis resté en silence. La manière dont il avait dit « je peins l'avenir » en se retournant avait pénétré loin dans mon cerveau, y vrillant une sorte de certitude : il connaissait VRAIMENT l'avenir… c'était totalement irrationnel, mais cela venait de s'inscrire dans ma tête. Il vivait ailleurs, c'était l'évidence. Il représentait un danger, sinon je n'aurais pas ce froid en train de me pénétrer alors que nous sommes en pleine canicule. Cependant je restais immobile, comme figé.
Il continua à travailler sa toile, les nuages sombres éclairés par la lune, comme si de rien n'était. Puis il se mit à parler, sans vraiment s'adresser à moi, comme un monologue qui sortait de lui.
— Voilà ! C'est bientôt terminé. Je savais que cela arriverait. Cette effroyable tempête qui emportera tout. Dont on se souviendra dans les siècles à venir. Le commencement de la destruction d'un monde. Je le sais maintenant, je le vois, je l'ai sorti de moi. L'avenir, l'avenir, l'horrible avenir…

J'avais devant moi un fou. Un illuminé. Cela existait donc encore les prophètes de malheur ? Un spécimen était sur la plage dans ce bel après-midi ou le soleil dardait. Bien sûr, les médias s'inquiétaient : plus de cinq mois qu'il n'était pas tombé une seule goutte sur le pays et au-delà. Pas un seul nuage dans le ciel. De mémoire d'homme on n'avait pas connu une aussi longue canicule. Mais bon ! Les choses finissent toujours par s'arranger.

C'est alors que l'homme au chapeau, maigre, teint blafard, se tourna vers moi et il me fallut de nouveau supporter son terrible regard.
— Aimeriez-vous que je fasse votre portrait ? Votre portrait dans l'avenir ?
— Non ! Ça jamais ! Ma réponse avait jailli spontanément avec une voix forte et mon corps s'est instantanément reculé de quelques pas en arrière.
Je ne voulais pas me voir mort. Mais pourquoi cette pensée me traversa soudain ? Pourquoi mort ? J'étais jeune et en parfaite santé. Je n'allais quand même pas croire ce fou et penser qu'il pouvait prendre pouvoir sur moi ! Mais force était de constater que je commençais à accorder du crédit à ses propos.

Alors je me suis enfui. J'ai couru dans le sable, remonté sur la digue. Je me dirigeais au hasard, n'importe où, de rue en rue. Il n'y avait personne dans les rues. Normal sans doute, il faisait tellement chaud, tout le monde tentait de se rafraîchir derrière ses volets fermés. Mais quand même, aucune voiture climatisée ne circulait.

J'ai couru, couru encore, sans m'arrêter comme un fou. Voilà c'est cela : comme un fou !
 Soudait je m'écroule, la gorge sèche, le gosier en feu. Tourné sur le dos je regarde le soleil qui sembe grossir. La chaleur s'intensifie.

*


Après ? Je ne me souviens plus très bien. Non je n'ai jamais revu l'homme au chapeau. Oui, les orages tonnent et grondent depuis un mois sans s'arrêter. La pluie est diluvienne, jour et nuit. Le niveau des eaux ne cesse de monter. Nous nous sommes réfugiés au cinquième étage. L'eau est maintenant à la hauteur du quatrième. Il nous reste juste quatre boîtes de conserves.

Dans ma tête,  je peins l'avenir.


lundi 9 décembre 2019

Voir, c'est différent de voir


Sur cette plage étrange, je pressens des évènements surprenants se déroulant sous la lumière de la Lune
(Et ne dites rien, le TLF dit que l’on peut mettre un accent grave à « évènement » comme le laisse entendre la prononciation).
Dites nous ce que vous inspire cette inquiétante lumière traversant avec difficulté ces nuages tempétueux.
Je vais tenter quant à moi d’y lire quelque chose d’ici lundi… 






Voir, c'est différent de voir 

Venir méditer au bord de l'océan immense a toujours fait partie de mes prédilections. En particulier à marée basse, lorsque la mer se fait lointaine. On se demande alors si elle ne va pas disparaître définitivement derrière l'horizon. Je me prenais à penser qu'elle ne reviendrait pas. Elle abandonnerait l'humain qui a tendance à laisser ses empreintes détestables partout.

Ce bel après-midi d'été, j'étais là à me recueillir en méditation océanique. Le soleil dardait, sous un ciel bleu immaculé, le sable avait la blondeur des blés. L'estran reflétait le ciel bleu, là où les trous d'eau retenaient l'eau salée et les petits crustacés`; ils feraient le bonheur des mouettes et des goélands qui arrivaient en bande organisée et faisaient entendre leur appétit avec des cris de joie.

Quelques barques de pêcheurs et de plaisanciers se penchaient lascivement. Peut-être pour une petite sieste avant la nuit venue, pour alors s’y livrer à des sabbats orgiaques et des ribotes poissonnières  dont le commun des mortels ignore tout, y compris les marins.

Je n'ai pas tout de suite remarqué cet homme sur ma gauche quelque peu en retrait. Il n’était pas bien loin et de trois quarts dos par rapport à moi. Son chevalet était déployé, ses peintures sorties ainsi que sa toile. Sans quitter véritablement  ma méditation, je l'ai observé dans son mouvement créatif, d'autant qu'il portait un chapeau à large bord du plus bel effet, ainsi qu'une blouse grise tachée çà et là de couleurs vives.

Il se mit à peindre ce que je ne voyais pas. Un océan qui n'était pas le mien. Et pourtant manifestement il peignait l'océan à marée basse. qu'il avait devant les yeux.  Le même que je contemplais. Mais son monde à lui était sombre, gris, triste, verdâtre comme le sont sans doute des cadavres. Son tableau devait sentir la vase nauséabonde qui vous envahissait les narines jusqu'à la nausée.
Tout à coup il tourna son visage vers moi. Je fus saisi d'un pincement de peur. Son regard était vide. Son teint glabre. On aurait dit un crâne avec chapeau, sortant directement de son bocal à formol.

Une phrase de Frédéric Lenoir met alors revenue en mémoire :
Le regard que nous portons sur le monde n’est pas le monde lui-même, mais le monde tel que nous le percevons à travers le prisme de notre sensibilité, de nos émotions.


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Merci à Daniel Genty : La citation ci-dessus figure dans un de ses récents billets. Elle m'a inspiré ce texte.

jeudi 5 décembre 2019

grève du petit train





Par suite d'un mouvementsocio
nous ne sommes pas en mesure de diffuser l'excellentissime chronique
émise par la merveilleuse personne qui tient ce blog 
depuis plusieurs éternités.

Nous prions nos lectrices et nos lecteurs 
émérites
 intelligents et cultivés
subtils et distingués,
 remarquables et illustres,

 de bien vouloir nous en excuser.



lundi 2 décembre 2019

Pensées enfantines.







En regardant cette toile d’Harold Harvey je m’interroge.
À quoi peuvent bien penser ces trois enfants ?
J’ai bien une idée, mais vous ?
Je vous dirai lundi ce qu’ils ont d’après moi à l’esprit…




-o0o-






Pensées enfantines.

Sidonie : — Si au moins j'avais une sœur ! On pourrait inventer des jeux intéressants. Pas forcément jouer à la poupée, encore que j'aime bien. Maman m'a offert une dînette tout en porcelaine fine. C'est joli, mais jouer toute seule en invitant mes poupées et en inventant des conversations de « grandes », cela finit par être ennuyeux.
Remarquez, attendre là avec le cerf-volant, c'est pas mieux non plus. De toute façon quand je serai grande, je trouverais un homme gentil, et nous partirons ensemble très loin. Tiens, pourquoi pas aux Amériques ! ?

Gonzague : — Une fois de plus il essaie de démêler la ficelle du cerf-volant. Une fois de plus il va encore tout embrouiller et ce sera pire. Moi, évidemment, je ne dois toucher à rien. Je ne suis jamais que ce petit frère qui ne connaît pas grand-chose à quoi que ce soit. Enfin, c'est ce qu'il pense avec sa casquette vissée sur la tête. S'il savait comme il a l'air ridicule à vouloir jouer ainsi à « Monsieur je sais tout » sous prétexte que c'est la casquette du grand-père. Il sent la mort son couvre-chef. Et grand-père pourrit dans son cercueil. Je l'aimais bien grand-père, et même très fort. Mais le jour où il a refilé sa casquette au petit-fils aîné, cela a tout changé dans ma tête. Un jour je me vengerai de toute le monde. Un jour ils verront que la petite tête blonde qui semble aujourd'hui être soumise et approuver tout le monde, peut devenir un être sanguinaire.

Charles-Henri : — Je sais que je vais y arriver. Je DOIS y arriver. C'est moi l'aîné. Je me dois d'être exemplaire. Papa me l'a toujours dit : Tu es responsable de ta sœur et de ton frère. Quand je ne serai plus là, et crois-moi cela ne va pas tarder, c'est toi qui reprendras les usines avec ton oncle Firmin. Tu le considéreras comme un second père. Tu veilleras à ce que ton petit frère réussisse dans ses études. Quant à ta petite sœur, je te charge de lui trouver un bon parti. Tu n'auras qu'à demander conseil à l'oncle Firmin. Veille aussi à ce qu'elle devienne une épouse dévouée,  obéissante à son mari et bonne mère de famille. Quant à toi, nous avons pris la décision avec ta mère : tu épouseras la fille des Demongeron-Duplaisir. C'est une fille soumise, malléable et déférente. Elle est parfaitement éduquée, il n'y aura pas de problème.

*

En ce temps-là,  la campagne était belle, la journée ensoleillée. C'était le plein été. L'avenir aurait pu être prometteur, dans cette nature aussi simple que luxuriante dans sa beauté ordinaire. Le calme environnait la douceur. Les usines n'avaient pas encore tout envahi. Le brouillard gris des pollutions était alors une chimère.
Tout aurait pu être aussi parfait que dans le meilleur des mondes.
Harold Harvey s'était installé en Cornouailles, entre campagne et petite montagne.

Chaque jour il peignait des enfants. Pas les siens, ceux qu'il espérait que sa femme Gertrude lui ferait un jour.

dimanche 1 décembre 2019

La face cachée d'AlainX


Reconnaissez qu'avec un tel titre, il y a de quoi attirer du monde !
J'aurais pu ajouter que ce serait des révélations de « cash investissement » par Élise Sucette. Mais cela aurait peut-être fait un peu trop !

Il s'agit de quelque chose que je n'ai pas encore osé aborder ici malgré les années. Peut-être, çà et là, ai-je fait une vague illusion. Mais sans plus. Je pratique de manière plutôt solitaire. Il faut me comprendre, ma compagne de vie n'est pas une adepte de la chose.
Décemment, je ne vais quand même pas la forcer.

Dans mon enfance il n'aurait pas pu en être question. Chez moi on n'aimait pas ça du tout. Bien sûr depuis les mœurs ont évolué, et aujourd'hui j'en connais plus d'un qui pratique, et même totalement ouvertement.

Alors voilà : en secret, je fréquente Ahmad Jamal. Oui, je sais il va avoir 90 ans ! En plus il est noir, et il s'est converti à l'islam. Lui il a commencé à l'âge de trois ans. C'est son oncle qui l'a initié. Depuis il n'a pas arrêté. Il met ses doigts partout…


J'espère que vous ne m'en voudrez pas, et que vous comprendrez.