Un peu par hasard
j’ai retrouvé un projet de courte nouvelle que j’avais élaborée en 2020 et qui
étais resté inachevé dans mes archives. Je l’ai repris et terminé.
Je ne sais pas si je rédigerai encore ce genre de texte…
Le récit s’inspire de
Sandrine PL, blogueuse, restauratrice de tableaux et spécialiste de l’art
pictural. Grâce a elle j’ai appris beaucoup par la fréquentation de son blog qui
malheureusement n’est plus alimenté depuis novembre 2021.
En avril 2019 elle
aborda la question des peintures préhistoriques d'une grotte d'Argentine dans
un billet qui débute ainsi :
«Les mains rupestres, déclinées à l’identique sur tous les
continents, sont une très vieille énigme. Première expression artistique de
l’homme ou rituel magique répondant à l’appel du sacré ? Simple ornement
ou liturgie ? Elles s’accumulent sur les parois comme si une foule avait
laissé là son témoignage en mémoire » (...)
Pour le
lire l’article intégralement c’est ici
L’énigme
demeure, cependant il n'est pas interdit de formuler des hypothèses tout à fait
plausibles dans l’ordre de l’irréaliste au regard de la science imaginaire qui
a toujours cours dans le cerveau d’écrivaillon qu’est votre serviteur…
voici
donc le résultat de mes élucubrations:
Mains négatives – Entre 13
000 et 7 000 av. J.-C. – Argile rouge sur roche – Cueva de las manos, province
de Santa Cruz, Patagonie, Argentine
*
La main.
Pablo revient tout excité de La Cueva de las Manos (« Grotte des
Mains ») dont il termine l’inspection selon le protocole prévu. Il
est volubile, toujours quelque chose à raconter. son collègue Ernesto l’écoute d'une oreille
distraite, trop occupé à la paperasserie pour gérer la grotte aux peintures
rupestres et organiser la visite des délégations autorisées après avoir montré
patte blanche : Il sourit intérieurement, on aurait dû dire « main blanche ».
— Ernesto ! Oh tu m'écoutes, Ernesto ! Il y a une
main supplémentaire dans la grotte ! Je l'ai tout de suite repérée, sur le
quadrillage de la grotte, la section 42, au dernier relevé en haut à gauche il
y a une zone dépourvue de mains. Maintenant il y en a une de plus !
— Pablo, tu vois pas que je suis occupé ? La
délégation de l'Unesco débarque dans une semaine et on n’est pas prêts ! Alors,
ta vision d'une main de plus (je te rappelle que c'est pas la première fois que
tu me racontes des trucs impossibles…) on en reparlera quand la délégation sera
repartie.
— C'est toujours pareil, répond Pablo, tu me
considères comme un illuminé, mais je t'assure, j'en sais plus que tu ne crois.
Je suis un scientifique intuitif, moi. D'ailleurs les grandes découvertes se
font à l'intuition. Depuis quelques temps il se passe des choses étranges dans
la grotte. L'autre jour j'ai cru entendre du bruit derrière la roche.
— Du bruit ? Cela ne m'étonne pas, et des
vibrations aussi sans doute, il y a des travaux à 1 km. Tout ça c’est normal.
Tu ferais mieux de m'aider à achever le rapport pour l'Unesco.
— C’est pas des vibrations ! Quelque chose «
gratte » de l'autre côté de la paroi, dans une autre cavité peut-être. Quelque
chose de régulier pas des bruits aléatoires, comme si…
— Écoute Pablo, l’interrompt Ernesto, j'ai pas de
temps pour entendre tes bêtises. Il y a des choses sérieuses à faire. C'est pas
le moment d'aller recompter les « mains négatives » pour savoir s'il y en a
829, comme depuis toujours, ou 830 ! C'est peut-être toi qui en as
rajouté une pour faire un compte rond ! Allez, vas plutôt nous chercher des
bières ! On est sur les nerfs. Il est temps de faire une pause.
Ernesto est vraiment agacé. Il aime travailler
avec Pablo, compétent, sérieux et même méticuleux, mais il a l'imaginaire
galopant. Bien sûr la grotte garde ses mystères avec toutes ces mains apposées
par les hommes préhistoriques. Un rite religieux, certainement. C’est la thèse
la plus commune. Mais Pablo, il faut qu'il invente ses propres théories !
Pourquoi pas, mais qu'il s'amuse à cela en dehors du boulot. C'est trop sérieux
la poursuite du financement de la préservation de la grotte par l'Unesco.
Ernesto craint de s’y perdre avec tous ces
éléments chiffrés qu'il faut fournir, vérifier revérifier, afin d’évaluer avec
précision les divers besoins. Surtout ne rien oublier, il n’y aura pas de nouvelle
visite de la délégation internationale avant longtemps ! …
Pablo revient avec les bières et un bon sourire. Tous
les deux ne sont pas fâchés d’une pause méritée
— Excuse-moi, Ernesto, de revenir sur cette
histoire de main supplémentaire (voilà qu'il remet ça !), Mais je t'assure que
je l'ai vu de mes yeux. Tu devrais venir pour t'en rendre compte. Il y a vraiment
à présent 830 mains. La délégation est composée de gens hyper compétents sur le
sujet. Ils vont s'en apercevoir. Tu leur raconteras quoi ? Que tu as
laissé entrer un inconnu, qui s'est empressé de faire un pochoir de sa main, et
hop un coup de bombe à peinture pour la postérité ? C’est toi le responsable.
Ce défaut de surveillance peut te coûter ta place ! Et ne compte pas sur
moi pour te défendre si tu ne viens pas dans la caverne, histoire que je te
montre la chose.
Ernesto finit par céder à Pablo. Les voici présents
in situ. Ernesto a la surprise de sa vie ! Pablo montre l’endroit, il a raison
! Cette place précise a toujours été vierge. Aucune main. Cependant, là devant
ses yeux, il y en a une !
— Alors, j'ai raconté des conneries ? Lance Pablo
avec de l'ironie dans la voix. Ses yeux brillent d'une sorte de supériorité
orgueilleuse. Assieds-toi, conclut-il.
Abasourdi Ernesto s’exécute. Si la grotte a été
souillée par quelqu'un, c’est terrible pour lui. Il va en prendre pour mon
grade.
— Et maintenant Ernesto, tais-toi et écoute !
Effectivement, des sortes de glissements
réguliers se font entendre. On semble racler la roche de l'autre côté. Ernesto
réfléchit tout haut :
—Il y a peut-être une anfractuosité de l'autre
côté, où réside quelque chose, un animal, mais les animaux ne creusent pas la roche
avec leurs pattes ! Ou alors une résonance venant d’un lointain passé !
Cette dernière pensée lui fait peur. Il ne va pas
devenir comme Pablo et inventer dans sa tête toute sortes de choses délirantes.
Flûte de zut, il est quand même un spécialiste du paléolithique !
Tandis qu’il s’interroge à haute voix la tête
dans les mains, Pablo explore la paroi rupestre de long en large, cherchant lui
aussi une explication. Puis ils entament un long échange, brassant diverses
hypothèses plausibles, des explications réalistes. Par exemple comment
aurait-on pu pénétrer avec toutes les protections électroniques installées ?
Pourquoi un olibrius aurait peint sa main sur le mur ? Ernesto émet l'hypothèse
que le gars, ou la fille, a fait ça pour faire un selfie, ou un film, qu'on
n'allait pas tarder à trouver sur les réseaux sociaux pour faire le buzz. Et
nous de passer pour de fieffés imbéciles, incapables de protéger valablement ce
patrimoine mondial ! La célèbre Cueva de las
Manos taguée au nez à la
barbe des responsables. comme si une nuit quelqu’un avait peint des moustaches
à la Joconde au Louvre.
Nos deux scientifiques analysent toutes les
procédures de sécurité, visionnent les caméras de surveillance infrarouge, mais
absolument rien ! Personne n'a pénétré dans la grotte. À croire que la main est
« apparue » toute seule… ce qui manifestement n'est pas possible non plus.
C'est alors que Pablo assène sa théorie :
— il y a des choses vivantes DANS la paroi. Des
survivances préhistoriques et elles sont toujours là. Je ne sais pas comment
tout ça vit, ni à quoi ça ressemble. Peut-être qu’ils sont semblables à des
humains, comme au temps des cavernes, ils veulent nous montrer qu'ils sont là
en ajoutant une main à un endroit facilement identifiable. C’est-à-dire
ailleurs qu’au milieu de toutes ces autres mains mêlées les unes aux autres.
C'est un signe d’une volonté de communiquer. Ils savent que nous allons
forcément repérer le truc lors d’une visite de contrôle.
Donc l'empreinte de la main provient de
l'intérieur de la paroi. Elle est en quelque sorte « sortie de la roche ».
Voilà pourquoi on ne voit rien sur les vidéos de surveillance. Rien ni personne
ne s'est introduit dans la caverne.
Ernesto et bien obligé de l'avouer, il trouve la
théorie de Pablo totalement incroyable, mais c’est une hypothèse et la science
doit examiner toutes les hypothèses, même si elles semblent farfelues.
Après tout on est persuadé qu'il y a dans
l'univers d'autres civilisations intelligentes. Et pour les dénicher on scrute l’espace
sur des années-lumière avec nos télescopes de plus en plus puissants. Jusqu'à
présent on n'a strictement rien trouvé ressemblant à une quelconque pensée
structurée. Ce n'est pas pour autant qu’on déclare qu'il n'y a rien… on
continue à chercher et à espérer de l’intelligence ailleurs que sur Terre…
Il faut croire qu'on a une sorte de besoin vital
d'imaginer sans cesse l'extraordinaire, une vie autre, ailleurs, des mystères à
résoudre, des découvertes étonnantes à faire, des dieux à scruter dans les
cieux, des paradis à explorer, des « frères humains » à aller rencontrer aux
confins de l'univers, « en vrai » ou dans nos têtes…
Dès lors, pourquoi faudrait-il prétendre a priori
qu'il n'y a rien, ni personne, ni vie dans la paroi des cavernes préhistorique
? Alors qu’on aimerait trouver de la vie ailleurs, dans les gros cailloux de
l'univers, formée à partir du chaos et de la soupe stellaire initiale ? Si
l’hypothèse de Pablo est idiote, les autres aussi… et dans ce cas pourquoi
dépenser des milliards de dollars pour rechercher un « ailleurs habité », quand
nos semblables, au coin de la rue, crèvent de faim ?
Ernesto entend se comporter en personne
responsable. :
— Pablo, voilà ce que nous allons faire. On va
garder cette nouvelle pour nous, provisoirement. On ne touche à rien. On ne
cherche pas à faire disparaître la main surnuméraire. On examinera calmement
cette main après la visite de la délégation. Ils voudront revoir la grotte,
mais ce n'est pas l'essentiel. Ils la connaissent dans ses moindres détails, et
ne vont pas s’attarder à ce côté protocolaire de la visite. Ils viennent
surtout pour des raisons juridiques, financières et légales. Après leur départ
nous aurons tout le temps de résoudre ce mystère.
*
Journal de bord d ’Ernesto Sanchez rédigé à
époque de la visite de l’Unesco.
J'affirme que je n'ai pas rêvé tout ce qui
concerne la 830ème main, les grattements réguliers et cadencés sur la paroi, la
certitude que quelque chose, disons une forme d’entité pensante cherche à
communiquer. Dans les temps qui ont suivi, j'ai fait des rêves où je voyais ces
êtres. Je percevais des formes de bienveillances non belliqueuses. Cependant
aucune forme de message intelligible ne parvenait jusqu’à moi. Par conséquent je
ne pouvais formuler une quelconque réponse. Tout cela n'est pas le fruit de mon
imaginaire, parce que Pedro faisait le même genre expériences diurnes/nocturnes
que moi. À mesure que les semaines passent nous avons l'un et l'autre le
sentiment d’expérimenter une forme d'accroissement des capacités de nos sens à
percevoir certaines réalités. Nous, des scientifiques expérimentés à la tête
froide, constatons d’étranges phénomènes. Une inquiétude envahie de plus en
plus nos corps et nos esprits. Tout s’amplifie autour de nous.
Le journal d'Ernesto Sanchez s'arrête au 3 mai
2022.
*
Il a été miraculeusement retrouvé dans les
décombres de l’effondrement de La Cueva de las
Manos (« Grotte des Mains »). en 2077, mais depuis, conséquence du réchauffement constant de la planète, celle-ci s'est littéralement mise à fondre, entraînant l'extinction quasi-totale du vivant, humains compris, en raison du degré extrême de pollution et de radiation qui a rendu l’atmosphère terrestre irrespirable.
Désormais nous
tentons de survivre en nous adaptant à la vie aquatique dans des vaste capsules marines construites en urgence.
Nous, c'est-à-dire les derniers survivants d’une
humanité en voie de disparition.
Dernier rapport rédigé par Augustina
Sanchez, descendante d’Ernesto Sanchez.
Fosse
sous-marine de survie de l’ancien océan Pacifique Nord, en l'an 96 après « La
Catastrophe ».