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samedi 2 mai 2026

Le puits

 

Elle s’était approchée du puits. à cause  de cette impression d’être appelée.
Elle se pencha. 
Au début, il n’y avait rien. Juste du noir
Elle plissa les yeux pour percer l’obscurité.
Une froide lumière s'éleva du fond, plutôt douce.
Puis elle distingua quelque chose.
Deux yeux.
Fixes. Immobiles. Trop nets pour appartenir à un simple reflet.

Elle voulut reculer, le cœur cognant contre ses côtes.
 Mais la curiosité la força à regarder à nouveau.
Les yeux étaient toujours là.
Et cette fois, ils étaient un peu plus proches.

mercredi 19 mars 2025

En direct de mes archives.

 



C'était en 2006 et les années suivantes.
L'intelligence artificielle générative n'existait pas. J'avais juste mon intelligence personnelle, Photoshop, et quelques matériaux de photos pour être bricolées. Des résultats  furent publiés sur mon blog photo, désormais en déshérence.

Nostalgie d'un temps parfois  longuement passé à bricoler ce qu'on peut obtenir actuellement en quelques minutes... mais quel immense plaisir de recherche créative cela me procurait…
Aujourd'hui est-ce un progrès ? 

 

ils ont débarqué


 

la fuite du temps

 


 

J'ai aussi commis dans le passé des détournements d'œuvres d'art !

 

 
 

  Ce sera tout pour aujourd'hui… la suite peut-être une autre fois…

 

 

lundi 25 novembre 2024

La Leçon


                   

Je cherchais un sujet de devoir quand j’ai repensé à une toile de Mark Keller.

Une toile qui amena aussitôt une question : Où était cette image, j’étais sûr de l’avoir rangée quelque part dans les quelques milliers de gigaoctet qui encombraient ma machine.

Et la voilà, je l’ai retrouvée. Et je me demande encore que fait-elle, cette jeune femme ?

Qu’attend-elle ? Qui attend-elle ? Que pense-t-elle ? Sort-elle du lit ? Y va-telle ?

Bref, des tas de questions se pressent. J’espère lire vos réponses lundi…

 

Sidonie est songeuse :

— Et voilà, ça fait plus d'une heure qu'il discute avec elle au milieu de la rue. Exactement comme hier. Non, hier c'était pire, ça a duré plus de deux heures avant qu'il ne remonte à l'appartement. Il ne faut pas quand même qu'il pense que je vais attendre comme ça pendant des plombes, du début jusqu'à la fin de la semaine, pour lui donner sa leçon de violon  !

Bon voilà, il donne l'impression qu'il va la quitter. Il la prend par les épaules. Je suppose que c'est pour lui dire au revoir. Ah ben non ! C'est quand même un sale gosse : il tente de lui rouler un patin ! Mon Dieu, les jeunes d'aujourd'hui : ça m'affole ! Il n'a quand même que 12 ans. Et sa copine guère plus.

 D'accord, j'ai accepté le job pour faire plaisir à son père mais faut pas non plus me prendre pour une idiote. J'ai parfaitement compris ce que voudrait ce père. Le coup des leçons de violon fait uniquement partie des manœuvres d'approche.

J'ai tout à fait conscience que je suis jolie et attirante. C'est pas pour autant qu'il faut me prendre pour une traînée qu'on ramasse à la cuillère.

J'ai mal aux pieds. Les grolles que m'a offertes son paternel sélectionnait la marchandise sont trop petites. Je me demande même s'il ne les a pas récupérés auprès d'une maîtresse précédente.

Je suis quand même tombée sur une drôle de famille.

Ah ! Voilà le père qui se pointe.

 — Bonjour Mademoiselle Sidonie. Hubert n'est pas encore arrivé ?

— Il ne va pas tarder Monsieur Dupuis de la Margelle du Parc. Je le vois il est là dans la rue avec une copine. Il lui dit au revoir.

— Est-ce qu'il progresse en violon ?

— Oh ! Ça va certainement venir bientôt, je l'espère en tout cas ! Soupire Sidonie avec une lassitude non feinte.

— Madame la Comtesse et moi nous aurions dû choisir le piano, probablement. Mais vous ne donnez pas de leçons de piano j'imagine  ?

— Je ne touche pas la note de ce côté-là, répond Sidonie, qui tout à coup se croit subtile.

Monsieur Dupuis de la Margelle du Parc esquisse un rictus :

— Vous savez Mademoiselle Sidonie, je cherche une préceptrice pour ce jeune garçon qui paraît-il est mon fils. Seriez-vous disponible facilement ?

 Sidonie retient surtout le mot « facilement ». Monsieur Dupuis de Machinchose doit aimer les facilités que la vie peut lui offrir ou plutôt qu'il aime se payer. Elle songe : s'il croit qu'il peut se payer ma tête…

En même temps, il faut le reconnaître, ce n'est pas facile en ce moment avec son banquier. Alors… préceptrice… s'il ne faut pas faire trop d'heures supplémentaires nocturnes en dehors du service… pourquoi pas ! Et puis loger chez les « Dupuis  de Truc  »… ça la changerait de la chambre de bonne.

 

Hubert, le fils de la  Margelle du Parc arrive :

— Père, ma décision est prise, j'arrête le violon. Je veux apprendre à jouer de la batterie. Tu n'as pas le droit de t'y opposer, Mère ne le permettrait pas.

 Sidonie se dit qu'elle doit réfléchir à la place de préceptrice, parce que là… supporter Hubert 24 heures sur 24… ça semble mission impossible !

— Mon cher fils, la seule batterie que je peux tolérer, c'est la batterie de cuisine. Tu vas donc rentrer comme gosse à tout faire dans le Restaurant Gastronomique que j'ai choisi pour toi. Tu commences demain. Joignant le geste à la parole, il lui refile une paire de claques qui résonnent dans le salon comme un tambour de guerre. Et file dans ta chambre ou je te défonce le fion.

Sortie d'Hubert du salon.

 

Le Maître et Seigneur Dupuis de la Margelle du Parc adopte instantanément un ton très doux, presque tendre, en regardant Sidonie du sommet du crâne aux pieds dénudés. Manifestement il évalue le dévoilement des possibilités. La rentabilité est possible.

 — Mademoiselle Sidonie, pour la fonction de préceptrice, votre prix sera le mien, que diriez-vous de commencer par 1500 € par semaine, logée et nourrie ? Durant la période d'essai bien entendu ! Ensuite nous définirons un salaire convenable en fonction des résultats.

 Vlan ! Le maître de ces lieux n'a rien vu venir. À présent il est affalé par terre, le crâne en feu, à cause des coups de violon qui lui ont fracassé la tête. L'instrument est en miettes.  Il se touche l'oreille. Il un peu de sang apparaît sur ses doigts.

— Mademoiselle Sidonie ? Vous êtes toujours là ?

lundi 11 décembre 2023

Le rouge ne lui allait pas si bien.

 
180ème devoir de Lakevio du Goût



Cette énième vue de Paris m’amène à me poser une question.
Ce n’est pas la première fois que je vous soumets une vue de Paris.
Parfois au soleil mais souvent il est vrai sous un éclairage moins vif, voire sous la pluie.
Mais ce qui m’amène à me poser des questions, ce ne sont pas les endroits décrits, non.
C’est la fréquente présence de cette femme qui semble ne sortir que par temps de pluie.
Histoire de sortir ce parapluie rouge qu’on lui voit chaque fois.
Sa mise change mais elle semble n’avoir que ce parapluie rouge.
Auriez vous une idée de ce qui la meut en ces jours tristes ?
J’attends de savoir ce que vous en pensez.
À lundi, donc…


Ce jour-là encore Carmen sort en arborant son éternel parapluie rouge qui en aucun cas ne peut la quitter. Qu'il pleuve ou fasse soleil, qu'il bruine ou verse à torrent, que ce soit en ville ou sur la plage, Carmen est revêtue d'un parapluie rouge.

Lorsqu'elle vient aux séances individuelles ou collectives il n'est pas toujours facile qu'elle finisse par accepter de refermer son pépin. Justement parce qu'elle ne veut pas en avoir, des pépins dans sa vie. Alors elle se fait violence et je remarque qu'elle lève les yeux au plafond avant de s'asseoir sur la chaise baquet grenat. La séance peut alors commencer.

Il y a quelque temps, mon associé et moi, décidons de faire des travaux de rafraîchissement de nos bureaux. C'est l'occasion de peindre le plafond rouge en espérant un effet thérapeutique sur Carmen. Je me demande encore si nous avons eu raison.

Chacun sait que le rouge représente la passion que ce soit sous forme de violence ou d'amour. Carmen est une passionnée exacerbée à la sensualité tendrement violente. Bien des hommes en ont fait l'expérience dans ses bras, rarement de manière heureuse. Carmen mène une vie interlope. Tout chez elle semble équivoque. Elle a même un temps milité à la Fédération Parapluie Rouge et donc côtoyé des travailleuses du sexe. Elle tenta un temps ce métier  risqué, faisant confiance à son parapluie rouge. En effet sa spiritualité explique et démontre la capacité du parapluie rouge à vous protéger des « attaques symboliques d'en haut ». Elle se croit ainsi protégée de toutes les forces malignes qui se déplacent sans cesse à mesure que les couleurs changent autour d'elle. Ainsi Carmen se persuade d'aller mieux. Elle reconnaît qu'il lui reste une névrose : la peur de rêver de parapluies qui ne soient pas d'un rouge vif.

J'avoue que mon associé et moi aurions dû avoir meilleure conscience du danger le jour où Carmen arriva avec une robe rouge et des chaussures rouges. D'autant qu'elle avait les pommettes rouge vif à raison d'un maquillage outrancier. J'avoue que nous aurions dû être inquiets de ne pas la revoir pendant les mois qui suivirent. Mais enfin, rien ne prouve que ce soit elle qui se jeta sous les roues du métro, même si la photo du journal met en évidence un parapluie rouge à moitié cassé qui a comme rebondi sur le quai.

*


La fédération Parapluie Rouge existe, de même que la signification spirituelle de l'engin à baleines de ladite couleur.


lundi 20 novembre 2023

Une femme, des lunettes, une bouche.

 


178ème devoir de Lakvio du Goût.


Mais que diable a vu soudain cette femme issue de l’imagination d’Aldo Balding ?
Ce peintre dont je vous ai déjà proposé quelques toiles a un faible pour les gens, les femmes, les hommes, leurs intérêts les uns pour les autres.
Mais là, qu’a donc attiré l’attention de cette femme ?
Vous aurez une idée d’ici lundi j’en suis sûr.




— Donc tu es comme moi ! Tu la regardes !
— Que veux-tu… femme à lunettes !…
— Oui, je connais la suite…
— un peu trop, trop sophistiquée, non ? Et puis, qu'est-ce qu'elle a à l'oreille : des écouteurs Apple ?
— C'est une forme de boucles d'oreilles.
— Et au menton ? Elle n'a quand même pas un piercing au menton ?
— C'est plutôt dans le cou. D'ici on voit pas grand-chose c'est flou.

-o0o-



— T' as vu, à la table à côté, cette femme est sublime !
— J'allais te le dire. La class' ! On se demande ce qu'elle fait dans ce troquet.
— Comme nous. Elle attend quelqu'un, ou quelque chose, ou alors elle rêve.
— Non, elle n'a pas les yeux dans le vague. Elle darde la porte. Il va arriver.
— Je me damnerais pour sa bouche carmin. Je brûlerais avec elle en enfer.
— C'est vrai qu'elle suscite l'envie, qui est un péché !
— Et voilà mon vieux,  c'est foutu pour nous, le type arrive.
— T'as raison : un vrai Dieu ! Nous allons rester en enfer.

-o0o-



— Pardonnez-moi, je ne suis pas un habitué des galeries de peinture que signifie cette étiquette rouge collée sur le cadre ?
— Mais je vous en prie, c'est un signe que le tableau est réservé ou vendu.
— Mince, j'aurais bien voulu l'acheter.
— Moi aussi si j'en avais les moyens, je trouve cette œuvre très maîtrisée.
— Ah ? Je ne m'y connais guère en art… c'est juste la femme représentée qui m'intéresse.
— Vous la connaissez ?
— C'est ma femme ! Je ne savais pas qu'elle posait pour des peintres, et je vous assure elle va m'entendre !

-o0o-





 

lundi 2 octobre 2023

Noir c'est noir !

 


173ème Devoir de Lakevio du Goût

Ça fait quatre ans que je vous propose à peu près chaque semaine un « Devoir de Lakevio du Goût ».
Si vous n’en avez pas marre, voici le 173ème devoir.
Cette toile d’Émile Friant arrive un certain nombre de  devoirs et plus de deux cents semaines après le premier devoir que je vous ai proposé.
En attendant lundi, je suis sûr que vous allez vous précipiter sur vos claviers, rêvant des rentrées qui étaient d’antan et du mois d’octobre pour dire à quoi vous fait penser cette peinture dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas enthousiasmante…
Mais bon, vous vous direz, comme le héros de « 2001, a space Odyssey » d’Arthur C. Clarke « Bah… J’aurai bien une idée… »
À lundi.


 

Lorsque je les ai vus ainsi, je me suis demandé si je voyais sur le mur l'ombre d'un amour naissant, ou celle de son déclin finissant.
« Noir c'est noir » chantera bien plus tard copain Johnny, et d'en conclure qu'il n'y a plus d'espoir.
« Pour moi du gris j'en veux plus dans ma vie » ajouta-t-il, évoquant soyons en certain, le « tabac gris » Scaferalti-caporal dans son paquet cubique : Johnny désirait devenir sage et arrêter de fumer.

Mais revenons à nos soi-disant amoureux dans leurs vêtements sombres comme le désespoir naissant, si on lui laisse le temps de naître. Car il y a une possibilité concernant le désespoir c'est de lui foutre deux tartes dans la gueule dès qu'il se pointe. C'est pas plus compliqué que ça, il suffit d'un peu d'audace, avant qu'il ait le temps de retirer sa face de mort dégénéré et pffuiiit, le voilà retourné à trépas avant même d'apparaître. Petit conseil gratuit au passage de votre ami Alain, spécialiste du trussidage du désespoir. Sinon il serait ad patres depuis fort longtemps.

Bon alors, ce tableau d'Émile Friant, quoi est-ce que cela que c'est ?
Un naturaliste. Dont le style est jugé trop réaliste. Paraît-il qu'il aurait mieux fait d'être dans le courant fauvisme ou cubisme. D'aucuns pensent que dans ce cas on aurait été friand de son œuvre (admirez le jeu de mots à la con, mais oui il est de moi…).
Reste quand même le plus intéressant de lorgner la tapisserie du fond avec des fleurs subtiles des tons ajustés et de la qualité maniériste dans le reproduction sur l'ombre. Chapeau l'artiste ! Ça n'est absolument pas intéressant mais c'est peint avec componction et de bonnes manières mondaines dans le pinceau.

Observons que l'artiste a mis une lampe de chevet vieillotte par terre sur la droite de manière à avoir une ombre portée et sur cette portée et on aurait pu inscrire les notes de musique d'un requiem évidemment, vu que Monsieur et Madame ont des têtes d'enterrement. Je le disais bien : l'amour est mort !

Quant à elle, on devine qu'elle regarde par terre où elle vient de repérer une souris qui ne la fait pas sourire, car elle traverse le plancher de la pièce avec un morceau de fromage dans la bouche, ricanant car elle a su piquer le fromage sans que la tapette à souris fonctionne. Ah ! Ah ! Ah ! Qu'est-ce qu'on se marre !
J'ajouterai qu'elle doit aussi penser : — « Ça va durer encore longtemps cette petite mascarade ! Qu'est-ce qu'il m'emmerde ! » (Car dans le déduit paraît qu'elle prononce des grossièretés au moment suprême).

Lui, franchement il ne fait pas honneur à la gent masculine avec son air bêta, sa barbe ratée, et sa moustache pendante comme la bave de son nez quand il est enrhumé.

Bon, fermons le ban, passons à autre chose de plus intéressant, tiens, la toile qui suit par exemple !
Ça au moins c'est du fauvisme ! : 

 


 

lundi 25 septembre 2023

Une aventure sur le net

 

172ème Devoir de Lakevio du Goût





J’aime beaucoup cette toile de Van Gogh.
Je pense que vous aussi vous l’aimez.
Je suis sûr que vous avez quelque chose à en dire.
Ce serait bien si, en le disant vous y placiez ces dix mots :
Désert -Retraite -Solitude. -Automne -Réaction

Fauteuil -Épouse -Chagrin -Froid -Chemise

Bon, ce n’est qu’une suggestion mais ce serait vraiment chouette.


-o0o-





À l'automne dernier, Vincent s'inscrivit sur un site de rencontre « Disons après-demain » dont on vantait les mérites à la télévision. Compte tenu des images proposées où tout semblait moelleux comme dans un fauteuil club des années 1950, cela lui rappelait l'époque où il connut cette femme merveilleuse, pétillante de vie, svelte, sportive et primesautière qui allait devenir son épouse.


Ils s'étaient promis l'un l'autre un bonheur sans nuage, parce qu'à 20 ans à peine on n'est pas plus sérieux qu'à 17 ans et qu'alors on se met à rêver aux progrès éternels et sans limite que l'on promettait, d'autant que c'était bien décidé, il n'y aurait jamais plus la guerre. Le Phénix ne renaîtrait pas de ses cendres, les autorités mondiales nous l'avaient affirmé. En ce temps-là les peuples croyaient encore à la parole politique et son efficacité qui ne pouvait être que divine. Le pape lui-même soutenait les riches comme c'était la tradition depuis des siècles. Quant aux pauvres, le ciel et le bonheur éternel leur étant promis juste après la mort « À la porte de l'éternité » (*), inutile de les décevoir en les assistant bêtement, compromettant aussi la félicité de leur éternité Le pauvre n'a pas vocation à s'enrichir. Tout cela évidemment laissait sans réaction le bon chrétien qui avait acheté une chaise marquée à son nom au premier rang de l'église.


Vincent avait trouvé un bon métier de peintre en bâtiment. Comme il était courageux et persévérant il avait fini par fonder sa petite entreprise qui fructifia d'année en année. Et puis un jour arriva l'âge de la retraite, la vieillesse, le départ des enfants, l'arrivée de la solitude. Et puis l'inscription sur ce site de rencontre afin de sortir du désert dans lequel il s'enfonçait peu à peu.


C'est ainsi qu'il rencontra Sidonie, elle avait l'âge mûr mais était plus jeune que lui. Et franchement il faut bien le reconnaître le hasard fit bien les choses car elle avait d'étranges ressemblances avec sa défunte compagne emportée par une « longue maladie » comme on dit pudiquement. Et tout aussi franchement ils vécurent pendant quelques mois une passion amoureuse débordante de vitalité, de virilité, et d'abandon dans le plaisir réciproque que ni l'un ni l'autre n'avait connu jusqu'alors. « Vive la vieillesse » s'exclamaient-ils, avant de remettre ça avec une ardeur étonnante.


Malheureusement Vincent n'en demeurait pas moins quelque peu rustre dans ses manières et ses comportements quotidiens, ce qui  finit par déplaire à  sa nouvelle conquête, laquelle  pensa : 

— Vivement après-demain qu'on arrête tout ça ! Ce mec commence à me lasser ! Les plaisirs de la chair ça va un moment, mais je désire aussi goûter aux plaisirs intellectuels et c'est pas avec un peintre en bâtiment qu'on va disserter sur « la recherche » de la madeleine de Marcel Proust. C'est décidé je le plaque.


L'autre jour je suis allé voir Vincent qui avait repeint ma façade il y a bien des années. Il était affalé sur une chaise, les poings sur les yeux. Il me fit part de son chagrin à cause de la cataracte qui allait lui faire perdre la vue parce que c'était pas opérable. Et puis il m'a raconté toute son histoire, sans bouger, murmurant parfois de manière peu compréhensible. C'était vraiment ses yeux qui l'embêtaient. Pas vraiment cette histoire de site de rencontre et sa fin relativement tragique.


Va savoir pourquoi ça m'a ému jusqu'aux larmes alors que je ne connaissais Vincent que comme prestataire. Et puis j'ai pensé : « C'est fou quand même comme l'amour  rend aveugle ». Devant le cynisme d'une pensée qui m'avait échappée, j'ai eu froid dans le dos. Et sans que je ne sache vraiment pourquoi j'en ai trempé ma chemise de sueur qui me dégoulina dans le dos.  Je suis rentré me sécher, je n'avais pas l'intention d'attraper une fluxion de poitrine. 


(*) Titre de cette toile de Van Gogh


lundi 18 septembre 2023

Porte-revues ? ou revue de portes ?

 

171ème Devoir de Lakevio du Goût.






Je connais bien ce genre de situation où un homme en caleçon cherche ou regarde quelque chose.
Et pour cause...
Mais vous ?
Qu’avez-vous à en dire ?
Cette toile de Madame Ambre Lia-Kloppel vous inspire-t-elle ?
Vous rappelle-t-elle quelque chose ?
À moi oui et je vous dirai quoi lundi.
Et j’espère bien que vous aurez quelque chose à raconter aussi…






1 — Gaétan est un homme à femmes. Dans les boudoirs confidentiels que celles-ci fréquentent on s'échange son numéro de téléphone, sous des regards complices. Chacune sait très bien ce qu'il adviendra et fera l'objet des prochains échanges croustillants que ces dames aiment partager. C'est ainsi que Sidonie narra ce jour-là à l'auditoire attentif, en montrant la photo, que l'étourdi Gaétan chercha en vain et trop longuement sa boîte de préservatifs dont l'usage se faisait obligatoire. Elle conclut :

— « j'ignore s'il finit par les trouver car je m'étais rhabillée et puis rapidement éclipsée ! ».



2 — Jean-Louis est d'un naturel gentil et dévoué, aux apparences confiantes. En réalité il est quelque peu suspicieux pour ne pas dire jaloux. J'hésite même à savoir s'il est soupçonneux ou soucieux, créatifs ou exclusifs. Tiens, par exemple, l'autre jour on était au lit par cette belle et chaude nuit prometteuse. J'étais prête à tout lui offrir, je t'assure, absolument tout. Il commençait à me couvrir de ses baisers et moi de m'ouvrir quasiment dégoulinante. Et voilà que mon Jean Louis se lève toutes les 10 minutes pour aller ouvrir la porte, voir s'il n'y a pas un truc qui se passe dehors et pourrait nous déranger à tout instant. Je t'assure ça m'a complètement refroidie. Alors je me suis tournée de l'autre côté et j'ai fait semblant de dormir. Bien fait pour lui. Tu aurais fait quoi toi ?



3 — Romain, je le découvre sous un autre jour depuis qu'il est papa. Il est encore plus attentif à moi et au bébé. Tu m'avais dit que les hommes n'aimaient pas les nourrissons qui sentaient le lait caillé et la couche trop pleine. Et bien quand mon mec entend notre petit Grégoire chouiner dans la pièce à côté, aussitôt il se lève pour aller voir ce qui se passe et je l'entends lui dire des mots si gentils que s'en est trop mignon. Finalement je crois que je vais lui demander de le reconnaître !


4 — Colin et Chloé


— Colin : Viens voir , mais viens voir je te dis !

— Chloé : j'ai sommeil Colin ! Qu'est-ce qu'il y a encore à voir !


— Colin : Mais viens, il y a de l'amour dans l'air, ça chauffe. Regarde.

— Chloé : Je veux penser à autre chose. Supposons que je me casse la gueule dans l'escalier.


— Colin : Ce qui m'intéresse ce n'est pas le bonheur de tous les hommes c'est celui de chacun.

— Chloé : Embrasse-moi. Je suis ta femme oui ou non ?


— Colin : Viens voir, il est en train de la prendre sur ses genoux.

— Chloé : Alors détaille, mon Colin, et viens dans mes bras câlins


— Colin : Je t'assure, ma Chloé, tu vas rater une scène superbe !

 — Chloé : Bah ! C'est juste l'écume des jours…


(Plusieurs phrases sont directement tirées du livre de Vian)


lundi 13 mars 2023

Le Chat Virment

 


Devoir de Lakevio du Goût N°155


Que peuvent se dire cette jeune femme et ce chat dans la toile d’Auguste Renoir ?
Je suis sûr qu’il y a une histoire à raconter.
Une histoire qui commencerait, comme beaucoup de contes de fée, par « Déjà petite elle savait qu’elle allait se marier avec un prince. »
Et si elle se terminait sur « Elle sourit alors à la pensée qui la traversa. »
À Lundi j’espère…





Le Chat Virment


Déjà petite elle savait qu'elle allait se marier avec un prince.

Déjà petite elle prenait ses désirs pour des réalités.

Et cependant… elle se souvenait de ce Charles qui se voyait déjà en haut de l'affiche et qui finalement y est parvenu. Alors, pourquoi pas elle ?

La prémonition, les intuitions profondes, les élucubrations cérébrales, la déréalisation des désirs, la réalisation du non désiré, et autres choses du genre, est-ce qu'on lui avait dit que ça existait ? Non bien sûr, mais elle découvrirait tout par elle-même.


Elle était « Jeune et Jolie » en ce temps-là. Quand bien même la revue pour petites nanas  émancipées portant  le même nom n'existera que plus tard de 1987 à 2010. Voilà donc bien la démonstration qu'un désir anticipé sur le réel a un pourcentage de probabilité d'accomplissement non négligeable . Alors pourquoi ne pas épouser un prince. Rien n'était à même de démontrer le contraire.


Plus tard elle crut qu'un Auguste s'intéressait à elle. Un majestueux prince qui aurait le geste auguste du semeur de joie, ce serait pas mal non plus. Ce ne fut qu'un peintre nommé Renoir dont l'intérêt à l'époque se portait plutôt sur les chats que sur les juvéniles porteuses de bêtes à poils.


Elle se posa là où il lui dit. Elle posa comme il lui dit. En guise de prince dans ses bras, ce fut un greffier. Il ne savait même pas se servir d'une plume. Il n'était que poils de pinceau. Mais point de prince à l'horizon.


Les années passèrent. Elle commençait à douter de sa prescience princière. Tout cela lui laissait un chat dans la gorge, si bien qu'interroger sa conscience devenait difficile sans toussotements désagréables. Et les voix de la conscience n'aiment pas être dérangées. Décidément, rien ne semblait favoriser l'accomplissement prophétique.


Cependant, un jour arriva où une de ses amies lui narra qu'un Roi s'en venait d'un royaume lointain dans le merveilleux pays où elle résidait. Elle précisa :

— « Tu te rends compte un Roi ! C'est encore mieux qu'un prince comme te l'avait prédit la fée Chouquette quand tu étais petite ! Il faut absolument que tu le rencontres. ».

— Qui est donc ce Roi ? Demanda notre héroïne.

— C'est un Shah persan ! Indiqua l'amie

— un chat ? Comment un chat peut-il être Roi ? Un Chat divin peut-être ? Paraît qu'ils ont ça en Égypte.

 Mais l'heure n'était pas à se poser toutes sortes de questions. Aller de l'avant, voilà ce qui convenait. Avancer au-devant d'un roi fut-il chat (futile Shah ?).


En chemin, d'étranges propos, venus d'on ne sait où, lui traversèrent le cerveau. De nouveau elle eut la certitude de devoir se marier avec une personnalité, mais ce serait un roi. Information confirmée. Elle en ressentit  une grande allégresse. Guillerette comme une soubrette elle sautillait joyeusement. en se parlant intérieurement :

 — « Désormais Shah va aller ».

Elle sourit alors à la pensée qui la traversa.



lundi 30 janvier 2023

Les chaises des humains

 


151ème Devoir de Lakevio du Goût



Cette toile d’Adela Burdujanu montre l’allée d’un parc un jour de printemps.
Ce doit être l’approche du printemps qui me dit que cette toile ferait un chouette « Devoir de Lakevio du Goût ».
C’est du moins ce qui m’a poussé à vous le proposer.
Nous avons tous, j’en suis sûr, quelque chose à dire sur la fin de l’hiver ou les premiers soleils « efficaces ».
Nous avons tous un jardin ou un parc préféré, celui qui nous a vus, assis si ce n’est « avachis » sur une chaise.
Nous avons alors, soit un livre sur les cuisses, soit, comme disait Lakevio « L’œil balayant ».
Le regard attaché à un texte ou à l’affût d’un spectacle intéressant ou attendrissant.
Je le sais, vous avez toutes et tous quelque chose à dire sur une allée de parc à l’orée du printemps.
Alors à lundi, lectrices chéries et trop rares lecteurs chéris…



Les chaises des humains


Sidonie est revenue dans ce jardin public. Elle le fréquente depuis déjà pas mal d'années.

Elle s'assoit en retrait de l'autre côté de l'allée, à l'ombre, sur un banc et sous les arbres. Un peu comme par effraction, elle préfère se dissimuler le plus possible. Quelle faute aurait-elle donc commise ?


Sidonie a plus d'un amant, c'est une chose bien connue. Elle en attrape avec les dents, comme disait son amie Brigitte B. Du moins c'est ce qu'elle espère encore, même si les ans ont traversé ses ciels de lit et si les baldaquins sont défraîchis.


C'est dans ce jardin que tout a commencé, et c'est le même où tout finira par se terminer. Le premier amant fut blond comme cet homme en chaussures Adidas, le pull sur les épaules. Bien que le sien fut en ce temps-là non dégarni comme ce futur vieillard devant elle.


Mais ce n'est pas tellement lui qui fait ressurgir les souvenirs. C'est la chaise vide à ses côtés et qui lui tourne le dos. Un mauvais signe. D'ailleurs, déjà à l'époque, ce premier était indifférent quasiment à tout, sauf à Sidonie, ses yeux bleu lessive, ses joues trop maquillées, sa poitrine haute gentiment arrogante, et sa main qu'elle sait imperceptiblement glisser sur la cuisse des hommes.


Sidonie n'a jamais vraiment aimé. C'est une consommatrice, elle s'attache pour un temps. Puis elle quitte, se croyant libre. Cette chaise vide devant elle la trouble. Peut-être qu'elle lui ressemble. N'est-elle pas vide elle aussi, tournée vers nulle part. Elle aimerait être comme les autres là-bas plus loin, la femme en rouge qui parle avec l'homme, sûrement de leur amour invente-t-elle. Et d'autres encore qui devisent agréablement sous le soleil printanier.


Pourquoi le premier amant, rencontré ici, n'a pas su être l'unique, le comblant, le héros de sa vie, pourquoi ne lui fit-il pas quatre ou cinq enfants. Et même plus comme dans les contes de fées. N'est-ce pas cela qui fait dire au conteur « ils furent heureux » ?


Mais voilà, son destin était autre. Le blond s'en alla, les autres succédèrent. Jamais plus d'un à la fois. De la joie souvent, du bonheur rarement. Il faut savoir ne pas être trop exigeant.

Sidonie vit seule désormais, elle vient encore dans le jardin, marchant difficilement avec sa canne. Elle a perdu des cheveux et le cancer emporta ses seins. Ah la santé ! Il n'empêche, à l'EHPAD tout proche où elle réside, des résidents la regardent encore et elle sait bien qu'elle ne dira pas non.


Aussi jusqu'а ce qu'on la cloue 

Au sapin de l'enterrement 

Qu'on le lui reproche ou l'en loue 

Sidonie aura plus d'un amant


… c'est d'ailleurs ce que Brigitte disait déjà (ICI) de Sidonie il y a un certain temps…


lundi 16 janvier 2023

Anastasia

 


149ème Devoir de Lakevio du Goût


Cette toile de Marc Chalme me dit quelque chose.
Elle me rappelle une histoire, triviale certes mais une histoire.
Et à vous ?
J’aimerais que cette histoire commençât par « Mais qu'allait-elle faire là-bas ? ».
J’aimerais aussi qu’elle se terminât aussi par « J’en retirai le soulagement espéré… »
Ne cherchez pas dans votre bibliothèque ou sur Internet, ces deux phrases plates mais courantes sont de votre serviteur.
À lundi j’espère.




Anastasia


Mais qu'allait – elle faire là-bas ? Et pieds nus en plus !

Chaque jour je me demandais un peu plus pourquoi je restais là attendant son retour après chaque escapade. Bien sûr « on est responsable de ce qu'on a apprivoisé » comme disait l'autre, mais quand même il y a des limites.

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La dernière fois j'avais dû lui retirer deux échardes du pied et malgré ça un début d'infection avait amené à ce qu'on se retrouve chez le pharmacien qui a délivré une crème de perlimpinpin qui a fonctionné, mais je soupçonne un effet purement placebo. Ça marche avec elle. Ultrasensible, voilà comment elle est.


Aujourd'hui j'avais décidé de continuer tranquillement à écrire mon roman. L'ordinateur de poche ouvert je m'étais préparé un thé, et je sentais bien que l'inspiration montait de minute en minute. Il  me fallait tapoter du clavier. Or c'est à cet instant là qu'elle est arrivée, venant de la chambre. Elle a regardé au loin et m'a déclaré :

— Faut que j'y retourne. Il faut absolument que j'y retourne.


Et elle s'est mise à courir vers le petit bois puis à disparaître de ma vue. Alors, forcément, mon inspiration est retombée comme un soufflé qui n'a plus aucune allure. oui mais voilà, lundi mon éditeur me rappelle pour me demander où j'en suis. Il s'impatiente et je le comprends, ça fait trois mois je ne lui ai rien envoyé. Je fais un métier d'inventeur de tragédie complètement absurde. Absurde mon métier ? Ou absurde la tragédie ? Je n'arrive pas à trancher.


Au début, je croyais avoir trouvé ma muse, mon inspiratrice de la modernité. Certes, j'étais vieux, mais une nouvelle jeunesse montait du fond de moi rien qu'en la voyant. Anastasia été roumaine, sans papier, mais belle comme le jour, aux vêtements élimés, mais au regard éclatant de nouveauté. Immédiatement j'avais hébergé ses 28 ans sous mon toit. Mais surtout dans mon lit. Une grande aventure sentimentale venait de naître. Elle serait l'héroïne du roman.


C'était il y a six mois ! Aujourd'hui, une fois de plus elle s'enfuit je ne sais où. On avait quand même de la difficulté à se comprendre vu le peu d'efforts qu'elle faisait pour apprendre le français. Les gestes c'est bien, surtout dans l'intimité, mais dans le quotidien, ça complique de ne pas avoir les mots. Elle m'expliquait avec force gestes, qu'elle ne pouvait faire autrement que ces allers-retours trop fréquents qui commençaient à m'inquiéter, d'autant que j'avais un peu le sentiment que des objets précieux s'étaient égarés dans le manoir du XVIIIe siècle où j'habitais seul jusque-là. Ce ne pouvait être elle, bien évidemment, puisque je la comblais dans tous les domaines sentimentaux mais aussi matériels. Je lui offrais tout ce qu'elle demandait.


Maintenant, il faut que je vous dise : l'objectif prévu, qu'elle soit mon inspiratrice pour ce roman, partait en quenouille. Ses escapades tarissaient mon imaginaire. Ça ne pouvait plus durer. Alors donc, celle-ci serait la dernière. Après tout, une sans papier ça ne laisse pas beaucoup de traces où ça passe.

J'ai tout de suite pensé au vieux puits à l'arrière du jardin. Personne n'irait fouiller là-dedans. Curieusement, une fois la décision prise, mon inspiration m'est revenue et je me suis remis au clavier tapant et tapant encore à m'en faire mal aux doigts.


À la tombée du jour je l'ai vue  réintégrer le manoir, toujours aussi gracieuse, roulant des hanches comme c'est pas possible. Quelle petite garce finalement ! Cette pensée aussitôt m'a confirmé dans mes intentions. On allait en finir, et ce, dès cette nuit. À cette perspective J’en retirai le soulagement espéré.


lundi 9 janvier 2023

Des rituels ordinaires

 

148ème Devoir de Lakevio du Goût.



Auriez-vous une idée de ce qui peut donner à cette jeune fille un air aussi niais ?
J’ai regardé attentivement la toile de Monsieur Pierre-Auguste Renoir.
Une idée m’est venue.
Et si vous disiez lundi laquelle vous est venue.




Des rituels ordinaires


— Et voilà ! Encore le même scénario ! Ça fait des semaines qu'on vient ici sous la ramure au fond du jardin. Il m'oblige à m'asseoir dans l'herbe et ma robe, que maman a payé très cher, va encore une fois être toute souillée. Je ne sais plus quoi lui raconter. Je ne peux quand même pas dire à ma mère ce qu'il m'a fait. Parce que là aussi c'est toujours le même scénario, il vient près de moi et pose sa bouche au-dessus de mon sein et il mordille le tissu de la robe, tout en murmurant des mots que je ne comprends même pas. Est-ce que ça va bientôt cesser cette comédie ? J'ai cru comprendre qu'il souhaitait des choses, mais je ne sais pas si c'est vraiment ce dont il s'agit. Aussi j'ai décidé de faire un test.


J'ai commencé à déboutonner son gilet pour voir ce qui se passerait. Je l'ai soulagé d'un bouton, puis deux, puis trois, mais il ne bouge pas et continue à marmonner dans sa barbe contre mon sein. Je voulais voir si c'était comme Monsieur le curé quand je déboutonne sa soutane du haut en bas tandis qu'il me confesse dans la sacristie. Je dois ensuite toucher son ventre d'ecclésiastique et descendre quelque peu plus bas. C'est à cette condition qu'il commence à me donner l'absolution. Ensuite vient le temps de ma pénitence à exécuter sur place.


Mais, ici, ce n'est pas pareil qu'à confesse. C'est la conclusion que j'en ai tirée. Combien de temps ça va encore durer ce petit manège. Certainement que je devrais réagir, mais comment ? Maman ne m'a rien appris à ce sujet. Elle me répète seulement : « ma fille, fais attention aux hommes ! » Et bien c'est ce que je fais. Je fais attention à ne pas le déranger dans l'expression que je crois être son intérêt pour moi. Mais quand même, j'ai le corset qui commence à me serrer un peu trop. À force qu'il appuie sur mon sein il y a une baleine qui commence à me faire mal. Et maman ne m'a pas dit qu'il fallait qu'en plus je souffre pour satisfaire les messieurs.


Certes, je ne peux pas dire que je suis insensible à Gustave, ce vieux garçon sympathique à la timidité bienséante appartient à une famille dont la réputation est excellente. Mais enfin, s'il ne se déclare pas, on ne va pas avancer.


Je tente de forcer les choses en progressant du côté des boutons du gilet. J'en suis quasiment au dernier. Dois-je faire de même avec la chemise, et, comme avec Monsieur le curé, aller jusqu'à son ventre ? Je ne sais… je craindrais en agissant ainsi de sombrer dans le péché. Dès lors il me faudrait avouer la chose à confesse et je crains dans ce cas une pénitence poussée beaucoup plus loin.


Fort heureusement, Gustave se redresse, se reboutonne et me déclare sur un ton dont je ne sais s'il est grivois ou courroucé : « Mademoiselle Berthe, nous n'en sommes pas encore là ! Une étape à la fois ! ».


Et c'est ainsi que nous rentrons.


lundi 5 décembre 2022

La destinée s'en est allée

 


145ème Devoir de Lakevio du Goût.


J’aime la façon dont Mark Keller use pour nous faire comprendre que les choses ne se passent pas toujours comme prévu…
Mais vous ?
Que pensez-vous qu’il nous dise là ?
On en saura peut-être plus lundi.
Du moins je l’espère…





Histoire de varier les plaisirs

je tente quelques vers de mirliton

désolé… mais il fait froid…



La destinée s'en est allée 


Ma guitare cessera de faire résonner ses accords

tes mots comme les banderilles du picador

sont entrés loin dans mon corps

pour la rupture tu sais planter le décor


J'avais écrit de nouvelles paroles

pourquoi pas en espagnol

et sur un air de flamenco

notre amour irait crescendo


Et toi le café au bord des lèvres

tu savoures tes propos de fièvre

tes mots trempés dans le fiel

 balancés comme des poutrelles



*


C'est avec une guitare que tu croyais m'avoir

me convaincre avec ton espèce de grattoir

me séduire par des vers de mirliton

espérant me mettre en ébullition


Ta sœur dehors c'est elle que je désire

pour elle mon cœur se déchire

parce qu'elle me croit de toi éprise

et ça crois-moi ça me défrise


*


De la table à côté je les regarde

d'heure en heure leur vie se retarde

dehors, la sœur en robe claire s'en est allée

de désespoir elle boit de l'eau salée.