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lundi 27 avril 2026

Présence divine

 

Lu chez Avalon en réponse à un commentaire à propos des blogs :

« Nous veillons les uns sur les autres dans un soutien moral, une présence que je qualifierais de divine puisqu'elle ne s'impose pas physiquement. »

Plus d'une fois, sur mes blogs et dans d'autres écrits, j'ai eu l'occasion d'évoquer la parcelle de divin, sa trace, qui existe en nous. Et il me semble en chaque être humain, quel que soit ses croyances, ses références, ses paradigmes.

Je la ressens en moi, comme je la perçois chez d'autres, au-delà des mots, du discible, manifestation du mystère de la personne que nous sommes chacun et chacune.

Souvent le constat se fait : j'en sais plus sur mes relations via Internet que sur mon voisinage « en live » où cela se situe surtout dans  la convivialité et l'entraide ordinaire entre gens qui, comme on dit : « s'entendent bien ». Mais, sauf exception comme la traversée d'une épreuve, les échanges ne sont guère « en profondeur ». Il en va bien sûr autrement dans d'autres relations de ma vie passée et présente qui demeurent inscrites dans ma vie.

Concernant les blogs, les sites d'échanges, comme le dit avec justesse Avalon : non seulement la présence physique ne s'impose pas, mais elle n'est pas nécessaire à la relation et sa profondeur. Et en ce sens, en effet, la relation tient du divin, c'est-à-dire d'une réalité quasi impalpable, qui nous relie bien au-delà des apparences, des limites du face-à-face et de la présence physique. Nous sommes entraînés à nous rejoindre dans un « en deçà » de la surface des eaux relationnelles.

« Le divin en soi », il faut le rejoindre. C'est un choix d'aller vers lui, même si c'est un état qui nous constitue. C'est comme une aptitude ou une qualité, on peut la développer ou la laisser en friche. Elle ne disparaît pas, mais elle s'étiole.

Le divin permet d'approcher de ce « plus que soi en soi » qui nous amplifie, nous ouvre le corps et l'âme dans une dimension qui comporte toujours sa part inconnue, cet inconnu qui attire et ne fait pas peur. C'est là sa grande qualité.

Mais le début de la citation est très important aussi : veiller les uns sur les autres.
Avalon exprime ce que je vis. Ce qu'elle vit aussi bien entendu : « la veillance ». C'est-à-dire un regard de bienveillance active sur les autres. C'est au-delà du seul désir qui ne peut être qu'un point de départ, qui n'a d'effet que  lorsque le désir génère des actes.

Alors bien sûr il y a des errances et des ratés sur la route. Des abandons, des manques, des incompréhensions néfastes, des négligences regrettables, etc

 Il reste que la parcelle de divin déposée en nous demeure une permanence avec sa dimension d'éternité. Voilà pourquoi je dis souvent que les relations sont éternelles. Elles peuvent évidemment s'arrêter concrètement, mais leur valeur d'éternité est là et ne dépend même pas de nous. 

mardi 14 avril 2026

Savoir aimer


Une compilation aléatoire sur YouTube amène la chanson à succès de Florent Pagny, dont par ailleurs je connais peu le répertoire :
 « Savoir aimer » (1997). Elle m'inspire quelques mots.

« Savoir aimer
Sans rien attendre en retour
Ni égard, ni grand amour
Pas même l'espoir d'être aimé ».


Sans retour
Réussir à y  parvenir un jour
Espérance nécessaire.

Quelques exceptions 
Parfois vérifiées a posteriori
L'attente d'un certain retour… mais rien
En éprouver regret, mais sans aigreur.

« Apprendre à vivre et s'en aller »
toute une vie pour essayer 
Un voyage d'amour sans retour.

  

jeudi 2 avril 2026

Pâques

 
Une énorme fête annuelle pour célébrer la grande Prêtresse de la consommation. 
On va bouffer, des œufs, des lapins, des poules et déployer pour les enfants une énorme gabegie en permettant une indigestion de chocolat. Ensuite les  gosses trop voraces iront vomir dans les toilettes.
De leur côté « les grands » vont se bâfrer avec de l'agneau en gigot, ou une épaule confite, ou de la pintade suivant les régions. Mais l'agneau s'est quand même tradi !

Dans le temps c'était une fête chrétienne, on commémorait la résurrection de Jésus, en le faisant Christ et ainsi on était délivré du mal (les méchantes langues féministes disaient délivré du mâle !)

Pour ma part, pas besoin de chocolat ou de gueuleton pour célébrer la victoire de la vie sur la mort.

C'est juste l'histoire de bien des gens, et j'en connais un certain nombre, qui sont « revenus à la vie » après avoir sombré. Je crois en avoir aidé quelques-uns/unes.

J'ai un exemple très proche : moi ! Par deux fois j'ai sombré, mais vraiment sombré. Le fond de la détresse. Et puisqu'il est question de la Bible, le début psaume 130, je le fais mien quelque peu. « Du fond de ma détresse, je crie vers toi,.... ! »
À la place des «… », il est écrit « Seigneur ». 
Moi j'ai surtout crié et crié encore. Juste crié. Ce qui ne veut pas forcément dire appeler quelqu'un.

Je fais miens les propos d'Aragon :

« Il n’aurait fallu
Qu’un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne... »


Qui donc était cette main ?

Je  la vois à la fois humaine et divine.
C'est un peu ainsi que je l'ai vécu.

Un immense merci à celui qui sait faire revenir à la vie ce que l'on croyait mort.

https://jardinerlaville.fr/wp-content/uploads/2025/06/384-min.jpg 
 

mercredi 25 mars 2026

Une lettre….

 


Après bien des hésitations et avec l'accord de mon épouse (j'avais besoin de vérifier la justesse de mes propos), je publie cette lettre dont l'écriture a commencé il y a déjà quelques temps.

 


Mon cher papa,

Depuis plusieurs semaines une de tes photos est sur mon bureau, à portée de mes yeux. Je l'ai sortie de mes archives, en noir et blanc, développée par mes soins, du temps où j'étais fondu de photos argentiques et de labo de développement. 
Tu souris, tu me regardes avec de l'affection dans les yeux. 

Je me souviens parfaitement de ce jour-là. Les vacances de l'été 1968, dans un petit village de la Drôme, sur la terrasse d'une vieille bâtisse transformée en petit hôtel qu'on qualifierait de familial. Je ne sais comment tu as dégotté l'endroit, mais c'est tout ce que tu aimes : être loin de tout et surtout de la vie professionnelle trépidante qui est la tienne. Tu respires la paix, la tranquillité, dans un environnement sans touristes.
— « Ici c'est une belle nature » aimes-tu à dire dès que nous sommes loin de tout et surtout des trépidations de la grande ville.
Moi  j'apprécie la solitude. L'écriture. La chasse photographique. La lecture. Ne rien faire en écoutant le bourdonnement des abeilles.

En vacances, tu es un « autre papa », celui qui me manque un peu trop le reste de l'année.  J'ai une autre photo de toi dans ton bureau,  au travail, en costume-cravate, sérieux comme l'homme d'affaires que tu es, examinant un dossier avant de recevoir le client qui a besoin de conseils. C'est du sérieux, je tire la photo et m'éclipse rapidement. Là tu es mon père plus que mon papa. 
 D'un côté, un père que j'admire ; de l'autre,  un papa que j'aime et de qui je me sens aimé comme sur la première photo que j'évoque.
J'aurais apprécié à l'époque  d'être conscient  de tout ce que tu vivais et nous donnais silencieusement, mais efficacement. Il aurait fallu pour cela que toi ou quelqu'un d'autre exprime avec des mots ce qui se vivait. Le silence n'est pas toujours d'or…

— De toi, mon père, j'ai reçu des valeurs fortes et surtout je t'ai vu les mettre en pratique plus d'une fois comme : la droiture, l'honnêteté, la rigueur, la recherche de vérité, le sens du service, l'aversion pour la compromission et les magouilles, le courage, la ténacité, et aussi une sorte de grand respect de la personne quelle que soit son origine ou sa condition. Ce qui ne t'empêchait pas de porter une appréciation et un jugement sur les actes accomplis, surtout s'ils enfreignent les lois et règlements. Beaucoup de pudeur aussi dans le sens du respect. Jamais dans ta bouche je n'ai entendu de propos racistes, discriminatoires, ou définitifs. Ce n'est pas dans ta nature profonde

Sur tout cela et d'autres choses encore, sache que le jour de ton enterrement, Pierre, le chirurgien, professeur de faculté, qui était un de tes amis, m'a dit : — « Ton papa, c'était vraiment un grand Monsieur ! ». J'en fus énormément touché, parce que c'était juste et vrai.
 
— J'ai reçu de toi, mon papa, une attention silencieuse, que j'ai mis du temps à ressentir. J'aurais aimé des mots affectueux… au moins de temps en temps… Mais, enfant, je ne réalisais pas les conséquences de te retrouver très jeune orphelin de mère, morte à la guerre. Recueilli par une tante bienveillante, te voilà cependant envoyé en pension chez les frères maristes. Je sais que tu en as des bons souvenirs, mais ça ne remplace pas l'amour d'une mère qui n'est plus.
Tu as rempli  auprès de tes deux fils ton rôle d'autorité ferme mais douce. De toute façon tu n'avais pas besoin ni de lever la main, ni vraiment de hausser le ton pour  que je sache à quoi s'en tenir, surtout quand j'avais fait une connerie ou ramené de l'école un bulletin lamentable. Mais là, si ta femme avait rempli son rôle d'ancienne institutrice pour m'apprendre le minimum… mais bon… c'est un autre sujet.
Néanmoins, durant les vacances, les week-ends, tu aimais les jeux, la rigolade, comme si tu t'autorisais à être l'enfant que tu ne n'avais pas pu être. Et puis on allait à la pêche, fréquemment. La veille  on préparait l'attirail dans le grenier. Arrivé au bord  de l'étang C'était le grand calme, l'apprentissage de la patience à surveiller le bouchon qui flottait. avec les reflets de lumière et les ondulations de l'eau, c'était hypnotique.  Parfois j'avais  une touche »: — tu en as une ! t'exclamais- tu. faut ferrer ! Et, bingo, au bout de la ligne, un petit poisson qu'on ramenait avec l'épuisette jusque dans la bourriche. J'étais près de toi,  papa, en silence ou avec peu de mots, comme toujours, mais c'étaient tellement de délicieux instants.

 Lors de mon accident de santé, tu as été un papa admirable, accomplissant tout, absolument tout ce qui était en ton pouvoir auprès du corps médical et au-delà. Tu as même contacté des sommités aux États-Unis où il y avait beaucoup de polios. J'ai retrouvé les échanges de correspondance. Mais hélas aussi, des espoirs déçus, outre-Atlantique on n'avait pas de solution miracle..

Tu sais, je regrette de n'en avoir rien su avant que tu ne quittes cette terre… mais tu ne te mettais jamais en avant. Tu accomplissais selon ta conscience.  Cela n'était que normal et n'avait besoin d'aucune publicité.

Voilà. J'aurais encore d'autres choses à dire. Ou plutôt, des questions à te poser sur ton intériorité, ce qu'on appelle parfois « le jardin secret » où il n'y a rien de répréhensible à cacher, mais un trésor à protéger. Tu étais un homme qui avait une foi profonde dans ce que ta femme appelait « la Providence ». Je sais que tu étais en accord avec elle là-dessus, mais ta pudeur silencieuse ne te permettait pas de mettre des mots sur « tout cela ». 
C'était une autre époque. Tu n'aurais sans doute pas apprécié les réseaux sociaux, et les déballages actuels tous azimuts. 

Voilà. Les lecteurs de mon blog  vont lire tout ça. (je t'expliquerai de quoi il s'agit plus tard…)  J'espère qu'ils ne se contenteront pas de penser : —  « Oui, il est mort, et on sait bien que les morts sont tous des braves types ! »
Non, tu n'étais pas un brave type, tu étais un homme admirable et admiré à juste titre. J'en ai vu tant de témoignages dans des écrits de tes archives.
Mon épouse, que tu appelais d'un petit mot affectueux, t'aimait beaucoup, mais ça tu l'as su ! Encore aujourd'hui elle parle de toi avec beaucoup de gratitude 

Enfin, comment oublier tes dernières paroles. Les temps fatidiques sont venus.  Cette année-là tu passes  les fêtes  de fin d'année chez nous. et transformer mon bureau professionnel en chambre avec lit médicalisé. Tu nous y réunis, mon frère, moi et  nos épouses. C'est un véritable  testament moral que tu exprimes, comme si tu savais…  que, de fait, début janvier, il serait impératif de devoir à nouveau t'hospitaliser. Ton état se dégrade rapidement.. Je viens seul, sur la pose du midi. Tu as encore « toute ta tête » une infirmière est près de toi.  je comprends que tu n'échapperas pas à l'amputation d'une jambe, car la gangrène  gagne rapidement. Nous échangeons assez brièvement, car ce n'était pas l'heure des visites comme le fait comprendre gentiment l'infirmière qui a des soins à te faire. Je dis que je reviendrai le soir. 
En sortant de la chambre tu lances  : — « Au revoir, mon fils ! ».
De fait, c'est un adieu.
 Le soir tu es dans le coma. 
Tu es mort la nuit suivante.

Les années ont passé.
 Peu à peu je t'ai  retrouvé au fond de moi. 
Désormais je ne te quitte plus.

Ton fils.
 

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Arbre de Vie

  

vendredi 13 février 2026

La nuit porte les mots



L'autre nuit il a fallu traverser des heures difficiles, à cause d'une douleur persistante.
Je tentais de laisser ma pensée se fixer ailleurs que sur le douloureux. Ce n'est pas très évident, mais ça peut fonctionner.

Je me remémorais les gens qui me sont précieux. Les personnes pour qui j'ai de la considération, de l'affection et de l'amour ; celles qui me font le cadeau de leur présence, de leur attention, de leur proximité et de leur compréhension ; enfin, des pensées de ce genre.

Et puis mon attention est revenue sur le mot lui-même « précieux ». J'avais les yeux fermés dans la nuit. J'entendais la respiration douce et régulière de mon épouse qui dormait à mes côtés. Comme une présence silencieuse, à la fois précieuse et bienfaisante. 

Précieux  c'est  parfois comme s'autoriser à prendre contre soi, avec soi, en soi, pas forcément pour signifier une possession [quoi que…] mais une présence.
C'est légitime, et même nécessaire. Sans présence on n'est pas grand-chose. Je ne crois pas au dépouillement de tout. Cela me semblerait un dessèchement, un squelette de soi-même.
Alors bien sûr, c'est centré sur soi, même si existe l'intention et la volonté de redonner ce que l'on a reçu.

Dans la nuit, on peut aussi écrire « pré-cieux », comme la projection d'une promesse qui nous attendrait quelque part… dans les cieux…
Cependant la Promesse nous est faite par la vie et toutes ses composantes d'aujourd'hui. Parmi elles : des religions,  nos enseignants, nos parents, les candidats aux élections  qui promettent le ciel, et bien d'autres aussi comme les arnaqueurs de tous poils (la publicité omniprésente par exemple… : « le bonheur est dans le dentifrice »).

 Me vint un extrait de la chanson de Brel, Orly : « ils vivront de promesses qui ne feront qu'attendre ». Il est question d'un couple, mais c'est bien plus large que cela. On ne cesse de nous dire qu'il faut attendre, que ça va venir. … Mais quand ?

Avouons-le, combien de fois nous voudrions quand même y croire quelque peu en déposant notre bulletin  dans l'urne. Combien de fois nous serons encore déçu(e)s. 

Comme si tout devait nous arriver d'un « ailleurs ». Mais le précieux est en nous, « ici-bas », dans cette extraordinaire  dynamique appelante du fond de notre être, un moteur intérieur, une pulsion centrale qui vient des tripes et qui nous entraîne dans l'existence. Notre accomplissement et peut-être notre bonheur ne sont ni dans les nuages, ni dans la conquête de l'espace ou de l'univers pour les plus entreprenants des Chino-américano-russes, ni dans l'extraction pétrolière, ni dans le transhumanisme, ni dans la folle croyance en une Supériorité quelconque. Et encore moins dans « de l'avoir plein nos armoires » comme le chantait Souchon 

Le précieux réside dans la confiance que nous faisons en notre propre potentiel, en celui des autres pour ensemble développer des réussites collectives, petites ou grandes. 
L'humanité vient tout juste de naître.

Je me suis endormi. La douleur avait décidé de me foutre la paix.

mercredi 28 janvier 2026

Cet enfant que je ne connais pas




Tu l'ignores, mais j'ai quasi tout oublié de toi, petit garçon.

L'original de cette photo est tout petit. Grâce à l'IA, j'ai pu l'agrandir et l'améliorer grandement. Je ne sais pas où elle a été prise, ni par qui, ni comment elle est atterrie un jour dans mes archives photographiques. Au dos,  juste ton/mon prénom, pas de date. Probablement une photo de vacances. En tout cas assez loin de chez nous. Il y a un chat. On n'a pas eu de chat à la maison.

Je sais, petit garçon, que tu as marché « normalement », que tu aimais courir à perdre haleine, que tu faisais du cross-country et que tu étais fier d'être arrivé dans les premiers de ta catégorie, lors d'une épreuve organisée par l'école. Que tu faisais de grandes balades à pied, en ville, et à la montagne durant les vacances, tenant la main de ton/notre papa De cela je me souviens, c'était quelques semaines, quelques mois, avant la paralysie complète.

C'est de ta petite enfance dont je n'ai quasiment aucun souvenir. Et même le « quasiment » est en trop. Mais je n'ose écrire « absolument aucun ». Mes filles (oui je te le dis, je me suis marié j'ai eu des enfants) qui approchent la cinquantaine racontent des souvenirs de leur 4/6 ans. Moi jamais, faute de mémoire.

Je revois cependant par cette photo, l'enfant solitaire que tu as été. Qui découvre que l'on peut jouer avec un chat. Je crois que je t'aurais bien aimé si nous avions pu être deux. Enfin je veux dire que si j'avais été « un grand frère », sûrement que je t'aurais aimé. Mais pourquoi donc mon frère, ce « grand », lui, ne m'a jamais aimé vraiment. Je débarque 10 ans après et il perd son statut de fils unique. La tuile !

Je vais faire comme dans cette émission télé : en te voyant sur cette photo qu'est-ce que j'aurais envie de te dire aujourd'hui, moi qui connais la suite de l'histoire ?
— J'aime autant te prévenir, tu vas avoir une vie d'une richesse incroyable. Alors bien sûr tu vas traverser une épreuve difficile, très difficile, mais je peux te dire (croix de bois, croix de fer, si je meurs j'vais en enfer) que tu vas ressortir grand vainqueur, avec une force de vie et une détermination que tu ne pouvais imaginer avant. Tu le comprendras bien plus tard, mais frôler la mort, ça t'a sauvé la vie !

N'empêche, petit garçon, mes souvenirs de cette époque-là demeurent très peu nombreux et dans un flou non artistique. J'ai souvenance néanmoins que tu parlais à ton ours, ton seul confident, et qu'il te répondait, même si les adultes ne comprennent jamais rien à ce genre de dialogues indispensables.
Tu traînais l'image d'un mauvais élève, d'un incapable et bon à rien. D'autant qu'on te le répétait. Mais moi j'ai retrouvé des vieux bulletins, et leurs mentions remarquables. Tu fus au tableau d'honneur en raison de ton prix en rédaction, et petites choses de ce genre. Je suis pas sûr que tu ne t'en réjouissais pas vraiment, d'autant que tu te persuadais qu'il pourrait y avoir que des erreurs à ce niveau te concernant. Les adultes appellent ça « le syndrome de l'imposteur »

Bon, je vais te remettre dans la boîte à souvenirs.
Toutefois une dernière chose : à propos de tes cheveux, tu te souviens sûrement des propos de ton père chez le coiffeur  : 
— « Bien dégagé derrière les oreilles ! ».
Ça se voit sur la photo ! 
Tu ne disais rien… mais n'en pensais pas moins… 

lundi 3 novembre 2025

Hommage.

Mon père est né un 3 novembre dans les premiers temps du siècle dernier. Comme beaucoup de nos ancêtres, il connut la première et la deuxième guerre mondiale. Cela marqua fortement et douloureusement l'existence de toute une génération. 
Est-ce que je connaîtrais la troisième  guerre mondiale et/ou atomique ?

Voilà bien des années qu'il nous a quitté. Il serait encore là, on fêterait ses 114 ans.  Selon la tradition, parmi les cadeaux, il y aurait un 33 tours de chants Grégorien. Paradoxe apparent, pour un homme d'affaires, juriste, surbooké comme on dit aujourd'hui. Mais qui, dès qu'il a un peu de temps, va désherber le jardin,  ouvre un livre dans son fauteuil club en cuir véritable, écoute les fameux chants religieux.

Voilà un homme qui ne s'exprime jamais pour ne rien dire. Non pas que ces mots soient rares et mesurés, mais il y a toujours une justesse dans le ton et les propos. Mais plus que les paroles, ses actes parlent pour lui, parlent de lui.
Mais moi trop souvent je ne vois rien. Jeune imbécile que je suis. Tout ce qu'il a pu faire pour moi dans la lumière de l'ombre, je ne le découvre et le comprends que bien plus tard. Et même après sa mort dans bien des documents.

Chez moi, comme dans beaucoup de familles de cette génération là, on ne parle quasiment jamais d'amour. Tout se dit autrement par les gestes et les actions directes. Les mots tendres sont excessivement rares, comme s'ils ne pouvaient être que des maladresses. Cependant la bienveillance est présente ou n'est jamais loin. Dans un silence réfléchi l'action se mène, se déroule et s'enchaîne. Il m'a accompagné de cette manière  dans l'existence  pas après pas. Mais je ressentais bien plus ses exigences éducatives que l'affection qui les accompagnait.

 

Si on lui manifeste une reconnaissance, j'en fus témoin bien des fois, il estime qu'il n'a jamais fait que  son devoir, ce qu'il fallait, en pensant souvent qu'un autre en aurait fait tout autant. Et pourtant, ce n'est pas nécessairement évident.

J'ai mis des années après sa mort à découvrir toute la richesse de sa personnalité d'homme intègre que je voyais insuffisamment, contrairement à d'autres qui le côtoyaient, travaillaient avec lui,  ou  ses côtés dans divers engagements caritatifs ou associatifs.

Le jour de son enterrement, un de ses amis, chirurgien, me déclara : 

— « Ton père, c'était vraiment un grand Monsieur ! ».
 Je n'ai pas su que répondre. J'ai découvert par la suite combien c'était vrai.

Aujourd'hui, bien sûr je pense à lui, avec une reconnaissance infinie.
Et notamment je sais que sans lui je ne serai plus en vie, mort prématurément à l'âge de 12 ans.


(Je dois ma vie continuée à sa clairvoyance inspirée dans les jours qui ont suivi l'attaque de polio)

lundi 27 octobre 2025

Un rêve


J'ai rêvé de mon frère.
À cause sans doute de ce billet
Je crois bien que c'est la première fois.
Il était élégant dans son costume impeccable.
Il était comme au temps où je l'admirais, soigné, méticuleux.
Lui au moins il tirait des traits droits avec sa règle, alors que je m'embrouillai avec la mienne qui glissait et le crayon qui dérapait.
 

J'ai rêvé de mon frère.
Il arrivait du lointain et marchait vers moi
il marchait mais n'avançait guère.
Le paysage était désertique un peu comme dans ces films de l'Ouest américain, ces westerns ou le héros s'approche le regard droit devant. Il n'y a ni danger ni joie, ni crainte ni espoir. Il n'y a que l'image qui s'anime lentement

Je restais immobile
je ne sais si je l'attendais vraiment.
Une surprise un peu froide.

Pourquoi donc ?
Qu'est-ce que cela voulait dire ?

J'ai rêvé de mon frère.
Et puis ce fut terminé.
Il disparut comme il était venu.

Il ne reste rien,
si ce n'est cette tentative de bidouillage-photo pour tenter de rendre compte très maladroitement de l'événement nocturne.



jeudi 9 octobre 2025

Bruegel… et mon frère…


Il est parfois des souvenirs qui surgissent quand on ne s'y attend pas.
C'est en lisant un billet chez Adrienne à propos de Bruegel, qu'un autre tableau est venu investir ma mémoire.
Celui que je publie.
 

 

Mon frère en avait une reproduction chez lui, il y a très longtemps.  J'étais jeune encore, il m'avait parlé de Bruegel et son œuvre.Je ne me souviens plus de ses propos, c'est trop loin, mais là n'est pas l'important.
Ce fut qu'il me parla qui était singulier. Qu'il porte un intérêt sur le petit frère que je suis, qu'il a toujours considéré comme en trop. J'avais cru qu'on pouvait avoir une relation de proximité avec un frère, comme je le voyais chez des copains d'école. Avec lui, ce ne fut qu'exceptionnel, y compris aujourd'hui où il approche des 88 ans. À Noël cela fera un an  de silence entre nous. Je ne lui manque pas (du moins c'est ce que je crois).  Je ne sais même pas dire s'il me manque ou non. 

J'entends parfois qu'il ne tarit pas d'éloges à mon propos.  Il y a une douzaine d'années, il m'a vertement critiqué pour mon récit de vie « Le passage se crée ». Peu après, j'ai eu bien des échos qu'il en faisait l'éloge autour de lui. Il en retirait probablement un orgueil personnel. Peu de temps après le décès de notre père, en mal de confidences, il m'avait dit : « J'ai un énorme complexe de supériorité ». Je n'ai rien répondu, je le pensais autant que lui.

J'admire son parcours de vie, sa probité, son intelligence vive, sa notoriété professionnelle reconnue nationalement. Ses enfants sont épanouis. Avec ma belle-sœur j'ai toujours entretenu une sorte de complicité partagée et conciliatrice.  Plusieurs fois elle m'a dit :

 — Tu sais [son prénom], c'est difficile pour lui.

Désormais, le silence est installé Pourtant on eut des échanges passionnants quand il  a écrit l'histoire de la famille, il y bien des d'années. À présent, il est enfermé sur lui-même et c'est triste de le savoir vieillissant si mal. Parfois je tente de le joindre au téléphone. C'est toujours ma belle-sœur qui décroche. Il  a un Smartphone… mais toujours éteint.

Pourquoi aimait-t-il ce tableau de Bruegel ? Pour son côté à la fois sombre avec ce ciel triste, ces arbres noirs, sans feuilles et ces corbeaux lugubres ? Pour la neige blanche qui seule éclaire l'ensemble ? Ou alors  les chasseurs et leur meute de chiens qu'on n'aimerait pas croiser au coin d'un bois ?

Ce frère demeurera un mystère épais. Je suis sûr qu'il regrette l'époque où il était fils unique. Il explique, dans les mémoires familiales, qu'on lui dit tout de go qu'il avait un petit frère qu'on venait d'apporter le matin même à la maternité. J'imagine le choc, il avait 10 ans.

Je ne sais pas trop pourquoi j'écris ce billet. Un besoin de partager sans doute. Certes, avec mon épouse, je peux évoquer « librement » ma relation à lui. Elle sait ce qu'il en est. Elle a tendance à me dire que je n'ai qu'une solution : accepter cette réalité pour ce qu'elle est. Évidemment, elle a raison. Hélas, elle a vraiment raison.

Je vais quand même de nouveau tenter de lui téléphoner. 


[La publication de ce billet restera provisoire]

jeudi 15 mai 2025

Bref passage.

 
Cela fait plusieurs semaines que je n'ai rien publié sur mon blog. Mon activité dans la blogosphère s'amenuise.
Je tiens d'abord à remercier les quelques personnes qui ont la gentillesse de prendre de mes nouvelles. Ça fait chaud au cœur, surtout quand on traverse des périodes compliquées à vivre et des événements difficiles à supporter ou à comprendre.

Rassurez-vous (si tant est que ce soit utile…) rien de dramatique qui mettrait mon existence en péril à brève échéance.
Et puis je vois autour de moi des choses bien pires ou dramatiques, tant dans mon environnement proche que sur la planète qui cultive le délire et la folie. Et je fais quand même face aux tâches qui me sont assignées ou que je décide. (Tout du moins j'essaye).

J'aimerais du calme et de la tranquillité.… On peut toujours rêver !
 

« La vie est difficile », ainsi commence le livre de Scott Peck « Le chemin le moins fréquenté » connu en France dans les années 1970 et qui eut beaucoup de succès à l'époque. Je l'ai lu et relu. Nous souffrons de toutes sortes de névroses à raison d'un monde ambiant qui nous promet sans cesse  (la publicité en particulier) que la vie va être facile joyeuse et heureuse, grâce à la crème bidule et en dégustant des hamburgers dégoulinant de bonheur gras. MMmmm !…
On sait très bien que c'est totalement faux,  mais on adore se laisser avoir !
Alors on se force à y croire. Ce serait tellement bien  si…, si…, et si…
C'est la grande arnaque de la société de consommation.

Mais toutes les tentatives pour fuir le réel difficile sont veines et inefficaces.
le Réel c'est l'Être au fond de nous et non pas le paraître que l'on  nous montre, ou celui que l'on se fabrique.
On préfère passer à côté d'une belle aventure  de l'intériorité, qui pourtant nous est offerte gratuitement par notre condition humaine.  Dommage!

 Alors je vais aller me remettre devant le réel et l'affronter.
Courage, Alain ! Tu peux y arriver…

 

dimanche 23 mars 2025

Savoir aimer — 2

 

Je terminais le premier billet sur ce thème par : « ... Mais je suis loin de là où j'aimerais parvenir ».

À quel endroit j'aimerais parvenir ?
 Ma finale est un peu absurde.Pas de terme à atteindre dans l'amour. Il y a des histoires d'amour qui se terminent. C'est autre chose. Si j'écris assez fréquemment « les relations sont éternelles » c'est pour la raison que l'amour est une permanence sans limite. L'impermanence au sens de se détacher de tout,  génère l'indifférence.

Les histoires d'amour ne sont pas un séjour temporaire dans une villa de vacances.
L'amour est une permanence au fond de soi-même.  La difficulté c'est de ne pas réussir à l'offrir  parce qu'on n'a pas reçu son compte d'amour par osmose et/ou transfusion. Alors, on cherche partout où et comment le recevoir, et comme ce n'est jamais assez la colère vient. Je dis bien la colère. Pas la violence, dont l'amour est absent et qui n'est pas tolérable. On ne massacre pas quelqu'un ni un peuple au nom de l'amour, d'une idéologie ou d'une croyance... Et cependant on ne cesse de le faire, individuellement comme dans de nombreux pays en 2025. On invente un dieu monothéiste, fabriquée pour justifier de guerroyer, massacrer « les impies » qui contesteraient son existence et sa primauté. Tout récemment en Amérique il paraît qu'un Dieu a envoyé son représentant sur terre pour présider ce continent. Le fait qu'il a échappé à un attentat en apporte la preuve.  Depuis quelques mois, il obéit à la volonté de ce  Dieu. Qui donc pourrait le lui reprocher !  Des épisodes très semblables  se  retrouvent abondamment dans des textes (dits) sacrés comme la Bible. Dieu crie vengeance !

On est bien loin de l'expérience de la permanence d'un amour authentique  qui amène la paix, la joie, la saveur de l'existence. L'amour est déposé en moi de toujours à toujours. . C'est un constat.  Mon choix, globalement, c'est : soit d'aimer, soit de rejeter jusqu'à haïr.
Je suis parfois d'un côté, parfois d'un autre. Je suis heureux ou le soufre.
 

Quand bien même j'aurais été mal aimé. Et je le fus. Mon libre arbitre  c'est choisir d'aller à sa découverte, autant autour de moi, qu'au fond de ma personne. Et c'est la conscience de percevoir cette permanence d'existence au fond de moi d'un amour qui me transcende qui est la clé libératrice de mes prisons intérieures. Bon, on peut dire que tout ça c'est du baratin.
Eh bien dites-le.
 Ça ne change rien à la réalité expérimentée qui est la mienne.  Je me contente de vivre et de dire le sens que je mets à ma vie. L'opinion d'autrui ne change rien au réel.
le réel est aussi le nombre de mes infidélités, lorsque je choisis de ne pas aimer.

Certes on peut faire la confusion entre impermanence et détachement, entre fusion et autonomie, et autres choses du genre. On peut aussi penser que l'amour ne relève que de la chimie cérébrale et de la connectique neuronale visible à l'I.R.M.  Depuis récemment nous avons la possibilité de nous convaincre que l'IA nous aime totalement et même plus que  n'importe quelle humain.  Évidemment, on peut fantasmer les pouvoirs de la Science et des technologies qui vendent du bonheur  frelaté sur les réseaux sociaux.

Et cependant, s'il y avait « Tout Autre » ?

(J'envisage une suite, mais je ne sais si je suis prêt à la partager « ici ».
Je verrai, selon la  perception et réception de ce qui précède).

 



lundi 24 février 2025

Jacques Brel : sur la place

 

Ça s'est passé cette nuit.
Mes nuits sont difficiles en ce moment. Le corps refuse le sommeil. Dans ces moments-là il ne faut pas laisser les pensées délirantes, absurdes ou catastrophistes imposer leur loi au cerveau. Un de mes trucs pour fixer ailleurs son attention et d'aller rechercher des chansons de mes interprètes préférés. Reviennent : Brassens évidemment, Jean Ferrat, Brel et d'autres, y compris des peu connus. C'est assez surprenant comme les paroles remontent facilement comme au temps de ma jeunesse. La plupart du temps, au réveil, il me reste tout juste un refrain ou quelques vers. Mon psychisme ne cessera jamais de m'étonner, m'émerveiller, ou craindre ses effets indésirables, comme on dit dans les notices des médicaments.

Cette nuit, ce fut « Sur la place » de Brel. Une chanson prenante, surtout dans son interprétation originale vers 1954 alors qu'il était encore peu connu.

Cette nuit il chantait pour moi et je m'y retrouvais dans  cette sorte de terrible regard sur l'indifférence d'une humanité blasée de tout et qui préfère fermer portes et volets que de regarder cette fille qui s'est mise à danser puis à chanter. Et finalement la voilà rejetée en tant que femme symbole de notre humanité. « Les hommes ferment les carreaux, comme une porte entre morts et vivants ». Et pourtant elle n'avait qu'un désir c'est nous donner, se donner. Elle est un cadeau permanent qui s'offre depuis toujours : « son chant plane sur la ville, hymne d'amour et de bonté. »
Terrible rejet !
Pourquoi se fermer ainsi, se replier, se barricader, alors que le refrain ne cesse de nous inviter à laisser paraître « une flamme à nos yeux » dont Brel donne le sens.

Cette nuit, des larmes silencieuses ont coulé sur mes joues. Je me sentais à la fois l'homme du repli et l'homme aux bras ouverts. Les larmes de la double compassion en quelque sorte.


 




samedi 8 février 2025

Savoir aimer

 

 J'aimais bien la chanson de Florent Pagny qui portait ce titre. J'évoque cette chanson car il y est beaucoup question d'apprendre. Apprendre à aimer, à sourire, à donner sans reprendre,…
J'aimerais. Mais voilà, bien souvent surgit un sentiment d'incapacité, ou d'insuffisance, ou de dosage. Comme s'il fallait me préserver. De quoi donc ?
 

Ma mère avait l'amour vorace. Aimer jusqu'à étouffer son fils. Un amour de possession compensatoire. J'étais, soit son rejet, soit son repas du moment.
Elle debout, moi aussi. Elle me serrait contre son ventre avec ses bras. Je ne sentais aucune affection dans cette manière de faire, mais du danger imminent qu'elle m'absorbe en elle comme un retour primitif.
Difficile à vivre quand on a une mère dont on doit supporter les graves dérangements mentaux à épisodes.  Des périodes où la mère était calme comme la mer dans la douceur de l'été, voisinaient avec des tempêtes dévastatrices qui surgissaient en quelques minutes.
Quand ai-je donc reçu la possibilité d'apprendre à aimer juste ?

Il aurait sûrement fallu, comme dans la chanson, « apprendre à vivre et s'en aller ».
M'en aller ? Ça oui ! Dès que ce fut possible. Mais apprendre ? Qu'apprend-t-on quand on est livré à la solitude de soi-même au long des jours. j'ai refusé d'être aimé par ma mère  « d'une manière inappropriée » comme on dirait aujourd'hui…

Tout a commencé à changer lorsque je me suis senti vraiment aimé par d'autres que ma famille. C'est un peu terrible à dire finalement. 
À 12 ans, arrivé au Centre de rééducation pour réparer les dégâts de la polio, je découvre qu'on s'intéresse  à ma personne en tant qu'être humain, et non plus comme un gosse débarqué d'on ne sait où, et qui encombre.
Dès mon arrivée je bénéficie de séances en balnéothérapie dans une  mini-piscine. Elle a la forme d'un énorme trèfle en pierre, dans lequel deux femmes aides-soignantes me baignent pour apaiser mes douleurs par la chaleur. Et puis parce qu'il faut bien sortir de l'eau et que je souffre toujours, elles entourent mes jambes dans des serviettes humides et chaudes, les renouvelant souvent. Je garde de cet épisode un souvenir intense à la fois douloureux et à la fois comme un immense cadeau que m'offrent ces femmes que je connais à peine puisque je viens de débarquer. J'ai ressenti un au-delà de leurs obligations professionnelles à cause de ces mots qu'elles échangeaient — « On ne peut pas laisser cet enfant souffrir comme ça ! ». Manifestement la séance durait bien plus que prévu.
Savoir aimer. Elles savaient.


Bien plus tard, adulte, j'ai souvent reçu de la gratitude venant de personnes que j'avais pu aider sur leur route, durant la traversée de périodes difficiles, voire insupportables. Ou des situations foncièrement injustes, individuelles ou collectives, contre lesquelles j'ai lutté dans mes engagements professionnels ou associatifs. Mais je n'arrive pas vraiment à penser que c'est ça aussi de l'amour. Bien sûr ce fut souvent au titre de mes activités professionnelles et donc pas totalement désintéressé. Mais peut-être quand même j'agissais un peu généreusement. Je veux bien me l'accorder. Essayant de ne pas trop me croire le sauveur, alors que l'on est modestement qu'un aidant de passage.

Je m'arrête là pour aujourd'hui. Mais je suis loin de là où j'aimerais parvenir. 
À suivre peut-être…


vendredi 15 novembre 2024

Il y a une terre pour toi

Sur le blog de mon amie Myrte un billet intitulé « Ajaccio d'automne » avec un diaporama sur Ajaccio vu autrement que les cartes postales touristiques.
Et puis il y a une chanson Corse qui accompagne l'enchaînement des photos.
Je suis profondément ému, quelque chose d'indéfinissable qui m'envoûte et m'emmène loin.

Le refrain qui revient : « Il y a une terre pour toi ».
Et voilà que je me sens interpellé, comme si les photos, la douceur du chant, la magie des voix, la simplicité et la profondeur de l'interprétation créaient cette intense émotion.

Où est-elle donc la terre pour moi ? Est-ce que je la connais ? Est-ce que j'y suis, peut-être ?.
Il y a longtemps que j'ai renoncé à un quelconque « Ailleurs » qui viendrait un jour ou qu'on rejoindrait plus tard.
Alors pourquoi ce refrain produit-il une intensité, comme un soulèvement de désir, mais là, pour tout de suite. Dans l'instant.
Je compléterai volontiers : « il y a une terre pour toi, tu y es déjà, et qu'attends-tu d'autres ? »

 
Voilà, c'est tout !
C'est un simple petit événement, une étincelle vibrante, comme une sorte d'étonnement que ce soit ainsi et que bien souvent je passe à côté.

— Le billet de myrte est ici

— Une autre version du chant

— Une traduction automatique du texte Corse
(je n'en connais pas la valeur, ne connaissant rien à cette langue…)

Il y a une terre pour toi
Des larmes d'hiver
Les heures qui passent
Et de lumière qui finit
Touchez septembre, douce frontière.
Il y a une terre pour toi
Des sarres effrayés
Charges sur les doigts
Hommes dans des tanières et des cabanes
Quand les tons s'entrechoquent.
Il y a une terre pour toi
Détruit par le feu
Brûlé par les coupures
Mariage éternel
Entre la nuit et la foi, et l'enfer.
Il y a une terre pour toi
De la mer, du monde et du désert
Des contestations et des dommages auxquels il ne s'est pas ouvert
Les rues de l'amitié
Il y a une terre... division !

mercredi 9 octobre 2024

Écrire l'instant

Depuis quelques temps je lis l'œil du Krop  au début c'était surtout son autre site de photos que je trouvais très intéressant et diversifié. Inspirant aussi. À présent je m'attarde sur son site plus personnel, partiellement de style journal extime [journal intime sur le net], passant d'un sujet à l'autre au gré de l'écriture qui vient.


À mes débuts sur le net, il y a largement plus de 25 ans, mon blog était plus facilement de ce type, avant de devenir… ce qu'il est aujourd'hui… parfois j'ai l'impression que je me suis réduit à un type de sujets plus restreints. C'est intime sans l'être vraiment. Ça s'est installé sans que ce soit le fruit d'une décision délibérée.
La nuit, entre brume épaisse et clarté lunaire, me viennent des sujets et des propos plus diversifiés, plus engageants peut-être. L'autre nuit défilait dans ma tête des images et des souvenirs évoquant ceux et celles qui ne sont plus, accompagnés de sentiments tendres envers eux. Comme une forme d'affection épurée de tout ce qui avait pu parasiter la relation « au temps du vivant ».

C'est peut-être cela « l'autre monde » qui n'est pas ailleurs qu'au fond de soi-même. Le passage par divers filtres, comme dans un épurateur, qui débarrassent tout ce qui n'est pas l'essence de la personne et de la relation avec elle. Un lent travail de décantation. Ce fut un temps de non sommeil et nullement d'insomnie. Comme une plénitude simple et ordinaire, des instants avec des sourires et des gestes doux. Même ma mère n'était plus la mère que j'ai dû supporter, mais l'être originel qu'elle était avant de sombrer mentalement. Me revenait alors de rares souvenirs quasi oubliés de sa présence intense lors de mon accident de santé, mais que j'étais incapable d'accueillir de cette manière. Je ressentais plutôt  qu'elle n'avait strictement rien compris au pourquoi du comment j'étais dans l'état où je venais de tomber.
Cette nuit-là je me disais que j'allais écrire tout cela. Mais au réveil, plus rien, ou presque. Une vapeur de sensations qui se dissipent et cette obligation de « revenir à la réalité du présent ». Mais qu'est-ce que le présent ? Est-ce que toute l'intégralité de l'histoire vécue n'est pas contenue dans la seconde présente ?
C'est le dernier billet de l'auteure du fameux blog que je cite, sans doute à raison de la diversité de sujets, la simplicité et vérité de l'instant, qui me donne de rédiger le mien aujourd'hui.

 L'illustrations du billet vient du site de l'œil du Krop

 

 

vendredi 7 juin 2024

De l’utilité des mots sur les actes.

Ces derniers temps la nuit, je rends visite à mon père décédé il y a plus de 30 ans, parce que je me découvre des choses à lui dire plutôt dans le registre gratitude pour tout ce qu'il a fait pour moi et que j'ai ignoré au temps de son vivant.

Ce n’est donc pas que je rêve de mon père, mais en quelque sorte il vient à moi dans ma pensée lorsqu’elle est en roue libre, entre veille et sommeil.

Cet homme qui ne parlait guère de ce qu'il ressentait, mais agissait beaucoup en faisant « de bonnes choses ». Je n'étais pas assez futé dans ma jeunesse pour comprendre le moteur intérieur qui animait son âme généreuse.

Il n'y a pas d'âge pour les prises de conscience. C’est bien des années après son départ que je les ai faites. En retrouvant des documents, en comprenant mieux sa manière de vivre et les valeurs de sa vie. D’une certaine manière il était animé par : ce qui compte ce n’est pas de dire des mots d’amour, c’est de poser des actes d’amour.

Il posa beaucoup d’actes de ce type par rapport à moi. Je n’en ai rien su mais la réalité c’est qu’ils me furent excessivement bénéfiques. Parfois je me dis que mon état d’inconscience tenait de l’aveuglement, du manque de recul, et d’une forme d’immaturité, d’insouciance et d’inattention au réel.

C’est pourquoi il me faut ajouter ceci : Pour ma part je dirais que les deux (les mots et les actes) ont la même importance à égalité, la même nécessité, comme on a deux bras, deux jambes, deux yeux, etc. sinon ça n’est pas foutu mais il manque quelque chose ! C’est comme un amour qui serait amputé d’une partie importante de sa réalité.

Je voudrais pouvoir réparer cette forme d’injustice envers lui, car bien souvent je me suis senti délaissé, à la limite d’une forme d’abandon. Je le trouvais trop préoccupé par « ses affaires professionnelles envahissantes » et bien peu par son fils. Nous aurions dû avoir des conversations sur l’essentiel. Mais était-ce possible ? Il était tellement pudique sur ce qu’il ressentait comme si ce serait une faute de le faire. C’était rarissime quand il laissait transparaître ses ressentis.

J’ai écrit sur ce blog et aussi ailleurs, ce que je lui reprochais en ce sens et que j’ai interprété comme un manque d’intérêt pour moi. De cela évidemment je souffrais. C’est une partie de la réalité bien entendu, je ne l’ai pas inventée. Mais c’est seulement une partie, celle vue de ma fenêtre. Je veux que l’autre soit désormais visible plus clairement, même si j’ai toujours considéré mon père comme une belle personnalité avec un grand humanisme, un grand dévouement pour les gens et une droiture hors du commun… mais moi je me croyais constamment délaissé… et cependant je ne l’étais pas, faute d’en percevoir suffisamment les manifestations.

 

J’avais dans les 15/16 ans, nous étions seuls dans la cuisine, il se préparait une collation comme cela lui arrivait parfois, entre deux rendez-vous en clientèle, je l’ai trouvé taiseux et triste et il a eu cette phrase :

— « J’ai le spleen… »

il n’a rien dit d’autre, moi non plus. J’ai tellement été surpris de cette confidence qui lui échappait. C’est peut-être la première fois qu’il exprimait un ressenti plutôt profond et important.

Ce petit épisode que j’ai toujours gardé en mémoire, il dit beaucoup sur ce que fut notre relation sur ce registre.

Depuis, j’ai réalisé combien il « agissait dans la coulisse » pour mon bien propre. J’ai compris trop tard tous les bienfaits que je lui devais, moi qui me sentais tellement délaissé , il n’en était pas ainsi dans les faits.

C’est probablement pour cela que je me suis efforcé de ne pas agir de cette manière avec mes enfants. Non pas qu’ils avaient à tout savoir, loin de là, mais nous avons beaucoup dialogué sur ce que nous ressentions et vivons les uns par rapport aux autres. Mon épouse et moi nous avons voulu leur ouvrir l’accès à l’intériorité c’est-à-dire les inviter à rejoindre le fond de leur personne ou se découvrent et peuvent se déployer leur identité en toutes ses potentialités accessibles.

Ai-je réussi, au moins partiellement ? Ça n’est pas si mauvais au final, si j’en crois ce qu’elles sont devenues et leur épanouissement dans bien des domaines. De même que leur réussite en tant que femmes engagées dans la société. Et je me permets aussi d’ajouter la reconnaissance qu’elles expriment envers les parents que nous sommes pour tout ce que nous avons pu leur apporter. Je n’écris pas cela pour me faire mousser (qu’est-ce que j’en ai à foutre à mon âge où je n’ai plus rien à prouver). Je pense que je suis autorisé à la réjouissance de tous ces constats positifs, parce qu’au moins quelque part, ça sert à construire un monde un peu moins à la dérive que ce que l’on constate beaucoup actuellement.

Il se pourrait qu’un jour je me dise que j’ai apporté ma petite goutte dans l’immensité des océans de la planète. C’est pas grand-chose, n’empêche qu’il n’y a que des gouttes d’eau dans l’immensité de la planète.

(À suivre… peut-être…)