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dimanche 23 juillet 2023

Le vert lui va si bien

 

Pourquoi ce titre « anti-vacances » ?

Jusqu'à présent, comme la plupart d'entre nous : « je partais en vacances », plus ou moins loin, plus ou moins longtemps, ou j'allais dans ce petit appartement en bord de Manche, ou encore dans un passé plus lointain, en Ardèche où mes parents s'étaient retirés.


Cette année rien de tout ça… je suis assigné à résidence pour un temps indéterminé. Non, je n'ai pas eu d'ennuis avec la justice, j'ai des ennuis avec mon corps qui n'accepte plus de rendre certains services. Il a donné sa démission partiellement. Je ne peux plus physiquement conduire ma voiture. Renoncement définitif. Donc il faut tout changer. Nouvelle voiture ad hoc. Nouveaux aménagements PMR. Faudra plusieurs mois pour réaliser l'adaptation qui me convient. Je ne serai plus « un excellent conducteur » comme disait Raymond Babbitt dans Rain Man. Heureusement ma dulcinée est une excellente conductrice…


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À quelques encablures de chez moi, à portée de fauteuil roulant électrique, serpente une petite rivière en partie canalisée, et donc au débit ralenti notamment par des écluses. Tout cela date du temps où une industrie florissante polluait la rivière en question. Les industries ont disparu, ont été remplacées par de la verdure, et un environnement résidentiel aéré qui est loin d'être réservé aux plus pauvres. La rivière dépolluée.  L'endroit est bordé d'un chemin de halage praticable pour ma bécane. C'est un lieu où j'aime aller me ressourcer et parfois trouver l'inspiration. J'y ai écrit notamment une « nouvelle » publiée dans mon recueil.

C'était exactement sur le ponton ci-dessous.




Ces derniers jours, sur une assez grande longueur, la rivière accueille des lentilles d'eau en quantité impressionnante, formant un magnifique tapis vert sur toute la surface. Cela arrive parfois d'autres années mais c'est partiel recouvrant l'eau environ 50 à 60 % grands maximum. Là, pour voir l'eau, il faut attendre  le sillage des canards colvert ou des poules d'eau, ou plus rarement un ou deux paddles.


Ces lentilles sont plutôt jolies. Et en plus très utiles pour couvrir la surface et protéger de l'ensoleillement et donc éviter le réchauffement en profondeur. La lentille est un bon régulateur des variations de températures, comme les nuages dans le ciel protègent de trop de soleil.

De plus il paraît que les Chinois les utilisent en décoction lorsqu'ils ont des difficultés à uriner. Ça devrait satisfaire les prostatiques européens !


En attendant d'aller soulager un besoin naturel (comme disent les commentateurs du Tour de France) vous pouvez admirer cet autre endroit où les nuages semblent nous inviter à jouer à saute-mouton.





mardi 18 juillet 2023

De la gratitude et de la re-connaissance.

 


Jadis (pour ceux qui naguère me lisaient encore), j'ai plus d'une fois évoqué sur ce blog la nécessité de la gratitude pour vivre mieux et même y trouver une certaine plénitude pour ne pas dire un certain bonheur. Tout le contenu d'un de mes livres est même sous-jacent à ce concept. Les personnes et réalités que j'ai pu évoquer dans cet ouvrage (publié il y a plus de 10 ans) se sont à la fois agrandies, approfondies, et quelque peu multipliées depuis lors. Si bien que je pourrais même faire une nouvelle édition « enrichie ».


Ceci tient au fait que j'ai poursuivi dans cette dynamique de l'ensemencement de soi avec des graines de gratitude. Quand on en soigne quelque peu la culture, peu à peu germent et se déploient de bons fruits à distribuer en direction d'autrui, parce que finalement la gratitude donne le désir de gratifier à son tour.


Ainsi de par le regard intérieur posé sur ma mère, décédée il y a plus de 40 ans. J'ai eu le temps de la « recevoir autrement » en parcourant avec elle notre histoire commune, la revisitant, dans une sorte de dialogue intérieur sans parole. J'avais pensé relire la nombreuse correspondance qu'elle m'a adressée dans mes années de galère et rééducation entre 12 et 15 ans. Mais non. Inutile. Tout est là, quelque part déposé au fond de mon psychisme. On ne réécrit pas. On retrouve différemment. On se dépouille, elle et moi, de toutes sortes de scories qui ont pu donner parfois le sentiment d'étouffer la braise vivace, riche et féconde. Cette intériorité profonde qui, comme le buisson ardent biblique, brûle sans se consumer.

Tiens, même cette représentation considérée comme magique ou divine, je la percevais dans ma jeunesse comme mystérieuse, alors qu'il s'agit tout simplement d'une métaphore des plus simples à comprendre et des plus parlantes, de ce qu'est l'ardente intériorité de nos êtres, pour le peu que l'on ait perçu ce feu à l'intérieur de soi.


Voilà pourquoi j'associe gratitude et reconnaissance ou plus précisément re-connaissance, c'est-à-dire connaissance nouvelle en même temps que renouvelé de ce qui fut et demeure. Ce n'est pas la découverte d'une autre mère, mais d'une mère autre que celle que je n'avais que partiellement perçue, aveuglé ou détourné par les failles qui étaient en elle, failles constitutives de sa psyché, erreurs et errances éducatives, autant les siennes que celles qu'elle a tenté maladroitement de transmettre sans y parvenir vraiment ni suffisamment.


Depuis peu je me dis que ce cheminement lent, intérieur, laborieux et même souvent douloureux voire très douloureux, il n'y a rien à regretter de l'avoir parcouru, bien au contraire, celles et ceux qui m'ont accompagné sur le chemin,  je les bénis pour l'éternité.


(À suivre… peut-être…)



jeudi 6 juillet 2023

Un petit coin de paradis sans parapluie.


Alors voilà, hier je suis allé au paradis. Plus exactement le paradis est venu à moi, sous la forme d'un couple d'amis que nous n'avions pas vus depuis longtemps. Enfin disons que ça ressemblait à une ambiance paradisiaque, telle qu'on peut l'imaginer, quand bien même ledit paradis n'existe pas. Tout du moins sous la forme décrite par les religions ou croyances : « un petit quelque chose éternel après la mort ». Et moi je préfère le paradis des vivants.


Lorsque les possibilités de se voir en chair et en os ont été limitées, un des signes d'une véritable amitié se repère au fait d'avoir le sentiment de s'être quitté la veille. Et ce fut le cas. Hier nous avions prévu un repas de midi ensemble. Mais ils sont restés jusqu'à 18 heures et on s'est quitté à regret même si on se reverra en septembre dans un cadre commun.


Nous nous sommes connus il y a plus de 30 ans dans le contexte d'un engagement associatif. On avait tout de suite sympathisé. Ils étaient jeunes mariés et 10 ans plus jeunes que nous. On ne s'est jamais vraiment quittés depuis et avons multiplié des engagements communs à vocation humaniste, (pour faire simple dans le propos). Y a-t-il d'ailleurs quelque chose qui soit plus fédérateur par le fond que le souci d'améliorer la condition de l'autre, des autres ? Puis les circonstances ont espacées nos rencontres, mais pas le type d'engagement.


Il est des liens profonds qui se tissent au-delà des attraits sensibles, intellectuels, artistiques, d'actions communes, etc. Un attachement par le fond qui ne peut pas se rompre. Ça ne s'explique pas vraiment, si ce n'est par le constat d' un certain sens de la vie partagé. Ça se vérifie principalement par la pérennité au fil des années. 


Je relate un événement simple, loin d'être unique dans nos vies à tous, presque banal, alors pourquoi ?

Peut-être à cause de cet instant de paradis. C'est au-delà d'un bien-être ensemble, au-delà du plaisir d'échanger, de retrouver, des convergences communes avec leur nuance bien entendu. Ce qui nous habitait sans qu'on l'évoque forcément m'a fait faire l'expérience renouvelée d'une paix tellement dense qu'on aurait pu la toucher du doigt, tellement joyeuse comme le sont les enfants, tellement ordinaire qu'on pourrait la laisser passer sans en mesurer l'intensité. Ce n'est pas un sentiment uniquement personnel. On se l'est dit à un moment avec des mots simples qui ont généré un silence qui eut la densité de l'éternité.