J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
*

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, facile et cela n'engage à rien. Vous n'aurez plus à prouver que vous n'êtes pas un robot !


lundi 15 avril 2019

La carte postale


"En haut de la rue Saint-Vincent, un poète et une inconnue,
S'aimèr'nt l'espace d'un instant, mais il ne l'a jamais revue.
Cette chanson, il composa, espérant que son inconnue,
Un matin d'printemps l'entendra quelque part au coin d'une rue."
(La Complainte de la Butte)


C'est de "l'espace de l'instant" que je voudrais que vous me parliez.

Histoire inattendue, éphémère, dès lundi !







La carte postale

Trier, mettre de l'ordre, ranger, se débarrasser, détruire. Voilà ce à quoi s'emploie Jean-François depuis plusieurs semaines. Il sait bien que la fin de sa vie s'en vient. D'ailleurs les médecins ont été clairs. Le vieux célibataire sans véritable descendance va bientôt rendre la vie qu'il avait reçue par hasard.

Depuis un moment il regarde cette carte postale en noir et blanc  d'Albert Monnier, représentant les berges de la Seine au petit jour.(*) C'est en la retournant quelques instants auparavant que le souvenir est revenu. Il était écrit : « À toi que j'aime pour toujours — Paris 20 juillet 1964 — Sylvie ».

C'était si loin. Et pourtant tout lui revint en mémoire, la Place du Trocadéro  comme si c'était hier. Son visage souriant de petite brune aux yeux bleus, son parfum discret, son corps qu'il estima merveilleux, svelte et souple. Cette petite robe toute simple et néanmoins élégante qui laissait voir ses genoux. Ils avaient échangé quelques mots. Des banalités sur la beauté du lieu.   Jean-François avait fait une plaisanterie sur la tour Eiffel qui changeait de place la nuit. Elle avait ri. Elle était seule. Il était seul. Pourquoi quelques instants plus tard se serraient-ils  dans les bras ? Comment savoir : c'est tellement mystérieux parfois la rencontre d'un homme et d'une femme. C'est sans raison. Mais que viendrait faire la raison dans cette histoire, puisqu'elle n'y a pas sa place.

On n'est pas sérieux quand on a 17 ans. À 20 ans non plus. On n'est pas sérieux dans les années 1960. Alors quand il approcha ses lèvres, ils n'échangèrent pas un baiser sérieux. Simplement un baiser délicieux qui dura au moins une éternité.

La journée passa comme un éclair blanc dans un ciel d'été andalou. Jean-François pensa : je suis amoureux. L'était-il vraiment ? Encore une question inutile. C'est un état que l'on reconnaît même si on ne l'a jamais ressenti auparavant. Pour Sylvie c'était évident. Elle avait découvert l'homme de sa vie. En un instant tout devenait possible. Mais tout à coup elle se montra pressée de partir, comme une urgence. Elle devint fébrile, lui dit qu'elle était en retard. Presque tremblante elle lui annonça qu'on l'attendait dans un hôtel chic du côté du Louvre.

 Il voulut la retenir d'un baiser, elle se dégagea et s'enfuit presque, le laissant comme figé sur place par l'étonnement. Ils eurent tout juste le temps de se donner rendez-vous le lendemain à 14 heures au même endroit du Trocadéro.

À l'hôtel, les Dupont-Duville attendaient impatiemment leur fille Sylvie en compagnie de Gonzague, son fiancé, un des fils Mercier-Poulain. Les deux familles se réjouissaient du prochain mariage de leurs enfants respectifs. Ce rapprochement était bon et nécessaire pour les affaires. 

Le soir, dans sa chambre d'étudiant sous les combles, Jean-François découvrit la carte postale que Sylvie Dupont-Duville avait glissée discrètement dans sa poche. Le lendemain, au Trocadéro, personne ne vint. Pas plus que les jours suivants. Jamais il ne sut ce qu'il advint de Sylvie. Et dire qu'il ne savait même pas son nom de famille. Il garda longtemps la nostalgie de son parfum chaque fois qu'il croisait une femme qui le portait. Et puis il oublia Sylvie. On oublie toujours. 

Mais aujourd'hui tout revient. Comme une blessure qui saigne à nouveau. 

***
*

(*) Ci-après la carte postale de Sylvie retrouvée par Jean-François. 
(clic/photo pour agrandir)





vendredi 12 avril 2019

En dérangement…


Ce n'est pas confortable de se trouver « en dérangement ». L'expression m'est venue en pensant au bon vieux temps où le téléphone filaire fonctionnait de la manière humoristique mais non moins pertinente dont la définissait un politique : — la moitié de la France attend le téléphone, l'autre moitié attend la tonalité. Combien de fois la ligne à la maison était « en dérangement » et cela énervait un peu tout le monde.

Pas d'énervement en ce qui me concerne. Mais le sentiment inconfortable de cet entre-deux d'un état à un autre. Depuis plusieurs semaines un certain nombre d'événements m'ont dérangé, au sens d'une provocation à certaines reconsidérations de mon habitus. Des pratiques et comportements qui sont comme « allant de soi ». Avoir à reconsidérer ce qui semblait une sorte d'acquis quasi définitif est dérangeant.

La tentation du « on continue comme avant » est une pente forte. Il faut alors ancrer « l'appel ailleurs » dans une roche solide, celle de l'être profond. Sinon la barque retourne au ballonnement berceur dont on ne veut plus dès lors qu'on prend conscience qu'il entraîne un engourdissement, que d'aucuns appelleront « celui d'une vie pépère ». Ce qui ne veut pas dire une vie inactive… on peut être très occupé dans une vie pépère.


 Il s'agirait plutôt de ce qui ressemble à une perte de sens. Or, ma vie s'affaiblit si elle n'a pas à mes yeux un sens fort. Une trajectoire où je puisse reconnaître mon humanité, et, osons le dire, ma dignité.

lundi 8 avril 2019

La vérité sur Sherlock Holmes

Un Tableau, une histoire, chez Lakevio



La vie de quartier

Revenons à nos moutons maisons !
En voici une, en voici deux, en voici trois ! 
De quoi nourrir une vie de quartier, n'est-ce pas ?
Les rideaux se soulèvent...

On attend les commères... lundi !



La vérité sur Sherlock Holmes

— Mary, je crois que nous n'allons pas tarder à pouvoir réaliser nos projets, déclare John Watson à son épouse bien-aimée. Miss Hudson, notre gouvernante se monte absolutely parfaite pour propager la nouvelle avec un succès indéniable. Qui dans le Royaume britannique pourrait bien douter de la moralité de Miss Hudson !

Les Watson louent un appartement cossu dans le quartier de Baker Street. Plus précisément à Manchester Square, là où vit son célèbre ami Sherlock Holmes. Oui, bien sûr, on a fait croire qu'il habite 221 B Baker Street. C'est une légende. Vous pensez bien que compte tenu de sa célébrité il lui faut une fausse adresse. On devrait s'en douter d'ailleurs puisque personne ne le voit jamais sortir de cette maison-là. Et pour cause.

La véritable résidence de Sherlock est celle que vous voyez, avec la porte d'entrée bleue. Si vous avez lu les récits du docteur Watson, vous savez ce qu'il en est de la couleur bleue pour Mister Holmes !

Miss Hudson vient de rentrer de ce qu'elle appelle sa promenade poison. Et cela fonctionne. Qui n'est pas avide d'entendre les confidences d'une gouvernante émérite ? Petit à petit l'ensemble du quartier est informé que la bizarre maison à porte bleue est occupée par un drôle de personnage aux pratiques réprouvées et autant le dire, mais ne le répétez pas, sataniques ! Alors Miss Hudson s'empresse de faire plusieurs signes de croix, et se réjouit intérieurement de voir son interlocuteur faire de même, preuve que ses mensonges fonctionnent.

John Watson, contrairement à ce qu'il écrit, éprouve à l'égard de Sherlock Holmes une haine féroce. Son plus grand souhait est de le voir disparaître à jamais. Ce Sherlock imbu de lui-même n'a de cesse que de le faire passer pour un fieffé imbécile. Mais à présent il tient sa revanche.

Watson a mis au point et dissimulé tout un dispositif dans la haie, lequel se déclenche dès que Holmes s'absente pour quelque temps. On entend alors des bruits étranges qui semblent venir de l'intérieur de la maison. C'est là où l'ingéniosité de Watson est remarquable. Au départ les bruits étaient anodins et domestiques. Puis, semaine après semaine, leur étrangeté s'est accrue et l'imaginaire du voisinage, alimenté par les inventions machiavélisme  de Miss Hudson, a fait le reste. 

Peu à peu le piège fonctionne. Certaines ladies affirment qu'elles ont entendu des gémissements de femmes et d'horribles cris. Chacun se met à regarder Sherlock Holmes d'une manière suspicieuse lorsqu'il rentre at home. 

— Il faut plutôt dire qu'il s'enferme chez lui, déclare péremptoirement un quidam. C'est louche ça ! Et en plus il ne parle jamais à personne. On raconte qu'il élucide des énigmes, des histoires avec des cadavres. Oui, mais comment ? Il semble en savoir bien plus que la police. A-t-il vendu son âme au diable ? Miss Hudson a dit la Vérité. Satan s'est incarné en ville Fuyons ! 

*

On mit beaucoup de temps avant de s'inquiéter de la disparition de Sherlock Holmes. Il n'est pas impossible qu'on préféra ne plus entendre parler de lui. Et puis, qu'il aille au diable ! Puisque c'est son maître semble-t-il.

*

Bien entendu, seul le docteur Watson connait la vérité vraie.
Enfin, lui et moi, qui suis l'un de ses plus vieux patients. 
Un soir, je suis le dernier de la journée à consulter. Le docteur Watson semble d'une lassitude intense. Il se met à parler devant moi, presque pour lui-même. J'apprends  que l'œuvre dont Sherlock Holmes et lui sont tous les deux issus, ainsi que Madame Hudson et bien d'autres, ne viennent nullement de l'imagination d'un certain Arthur Conan Doyle, totalement inventé lui aussi.

*

Je suis sûr que désormais vous lirez autrement certains romans policiers  célèbres, d'autant plus quand vous saurez que cet Arthur fut en réalité une femme  qui a tout écrit des années auparavant. Une certaine George Sand qui appartient au troisième sexe. Mais selon d'autres sources, l'œuvre aurait été écrite par une certaine Madame Arthur, qui d'ailleurs fit parler d'elle longtemps, et eut une foule d'amants.






jeudi 4 avril 2019

Vivement Dimanche ! ....


Il y a des semaines où ce n'est pas tous les jours dimanche.
Tiens, par exemple, la semaine dernière.
Ah bon ? Nous sommes déjà jeudi de cette semaine ? Donc j'ai bien fait d'écrire « des semaines ».
Je ne vais pas vous raconter en détail, il y en aurait pour des plombes. Et comme j'ai écrit dans un commentaire pas plus tard qu'il y a trois minutes : « avant trop, c'est déjà trop ! ». J'accumule des ennuis liés à la gestion de mon handicap. Et cette accumulation me met en face de la fragilité de ma force.
 — « Tu es très courageux » me répète ma compagne de vie. Ce n'est pas faux. Disons que cela me fait du bien de l'entendre, car parfois j'en doute. Comme s'il me fallait sans cesse une sorte de sur–courage. Être quelque peu obligé à vivre comme le sportif compétiteur qui fait son ultime effort en fin de course. Sauf que moi l'ultime effort à l'allure du quotidien. Certes, je force un peu le trait, mais pas tant que cela… disons qu'il est multiple dans la journée. Sans doute comme le sportif à l'entraînement quand il se prépare au prochain championnat.  Mais le sportif agit par choix. Moi c'est une obligation contraignante et je n'ai aucun choix, sauf à devenir totalement dépendant d'autrui et je le suis déjà plus que partiellement.
Photo du Net

Je ne suis pas à plaindre, donc je ne demande rien de ce genre. Je dis simplement ce que je vis, même si habituellement je suis plutôt silencieux sur ce terrain de mon quotidien. J'estime que cela ne présente pas d'intérêt pour mes lecteurs. Sauf peut-être de temps à autre, parce que le réel est ce qu'il est.



———
C'est toujours une question importante à mes yeux. L'acceptation du réel. Sans acceptation du réel pour ce qu'il est : pas de changement possible. On tombe en effet très vite dans les yaka faukon, on voit fleurir les moi-à-leur-place-je-ferai... (évidemment bien mieux que tous les autres imbéciles qui nous gouvernent…). Tout cela est une excellente façon de stagner durablement. Et une excellente manière de ne rien faire, et de ne s'engager nulle part.  
[Fin de mon aparté]

ce sont certains réveils nocturnes que je n'arrive pas à gérer comme je le souhaiterais. Des scénarios catastrophes surgissent contre mon gré. Ils se structurent d'une manière sournoise en prenant les apparences d'une réalité potentielle possible. Il n'y a pas la conscience d'élucubrations, à raison même de cette apparente rationalité qui s'élabore toute seule. C'est très sournois. Et comme je suis entre les brumes du sommeil est un état de veille lucide, monte progressivement une angoisse latente qui se mêle à des souvenirs lointains des temps qui ont succédé à l'attaque du poliovirus, me laissant pantelant et immobile dans tout le corps.
Je le répète : c'est très sournois. J'expérimente alors la « mémoire du corps » dont je ne pensais pas qu'elle pouvait être aussi prenante. Alors certes, les neurosciences commencent à expliquer « la chose ». Bien entendu j'ai eu l'occasion de constater cela pour ce qui est des traumatismes psychiques et corporels, liés à des agressions par une tierce personne, volontairement ou non.
Moi j'ai été agressé par un virus. Sauf que rien ne fut le fruit d'un hasard. J'en ai suffisamment parlé sur ce blog dans les années antérieures.
Certes, je me suis sorti de tout cela avec « les honneurs de la guerre ».
Mon expression « victorieux de l'impossible » demeure une présence d'actualité au fond de moi, comme un feu purificateur. 
Il n'empêche.
Il est des jours, ou plutôt des nuits, où j'ai cet amer sentiment que le feu s'est éteint.

Parfois, au cœur de la nuit, j'arrive à retrouver une suffisante conscience claire et une maîtrise qui me permet de revenir à ce réel tel que je l'expose juste au-dessus. Alors je retrouve une forme de lucidité sur mes acquis et sur la manière de gérer l'ensemble.
Parfois, il faut attendre le rendormissement  issu d'un minimum de calme retrouvé peut aider à ce qu'il se produise. Beaucoup plus rarement il faut attendre le petit jour. 
Ce genre d'épisode avait disparu pendant bien des années. Je vivais des nuits paisibles. Elles étaient parfois troublées par des événements extérieurs difficiles ou douloureux, comme chacun en rencontre. Mais cela ne durait pas.


C'est toute une nouvelle gestion de moi-même qu'il me faut mettre au point. Je ne sais pas encore très exactement ce qui convient. J'ai cependant quelques pistes. C'est déjà ça.

lundi 1 avril 2019

Il y a du monde au balcon...




… Enfin, du monde…

 au moins deux femmes… !



Pour une bouffée... d'air.

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Mythe au logis

— Tu vois, Athéna, l'homme qui arrive là-bas à l'autre bout de la rue ?
— Oui, Pénélope, celui qui marche à grands pas ?

— Exactement, c'est mon fils : Télémaque. C'est tout son père dans cette démarche !
— De loin je ne l'avais pas reconnu. Qu'est-ce qu'il est beau ! Il faut dire que toi et ton mari vous n'êtes pas moches non plus ! Tu as des nouvelles de ton mari Ulysse ?

— Hélas non ! Les communications sont difficiles. Cela fait des mois maintenant qu'Ulysse est parti faire la guerre à Troyes, quelque part là-bas en Europa, pour repousser l'invasion des Tuniques-d’Or-Jaune. Il paraît que tous ces gens sont des barbares révoltés pour d'obscures raisons que nous ne pouvons comprendre, nous qui sommes à l'origine d'une civilisation policée, bien propre sur elle..

— Cela doit être difficile à vivre pour toi, j'imagine. 

— J'espère qu'il reviendra bientôt. Tu sais Athéna, dormir seule dans des draps froids, comment dire… c'est glaçant !

— Mais il y a tous ces hommes qui te tournent autour à cause de ta grande beauté. Moi, à ta place, j'en profiterais. Ni vu ni connu. Si mon mec partait chercher la gloire dans des contrées lointaines, à son retour les draps seraient toujours aussi chauds du corps d'autres hommes. Je ne suis pas du genre à rester inactive au lit. Je suis La gardienne de la Sagesse, certes, mais pas après 22 heures !

— Sache, Athéna, que je suis une femme fidèle. Je n'y peux rien. C'est écrit. Une Pénélope est fidèle par nature. Je dois tenir mon rôle dans l'histoire. Comme mon mari d'ailleurs.

— Parce que tu crois que tu vas laisser ton nom dans l'histoire ? Ma pauvre Pénélope ! Tu ne manques pas d'air ! Tu n'es qu'une petite bourgeoise bien comme il faut, et  tu imagines que ta vie pourrait être une véritable Odyssée ? Franchement, ça me fait bien marrer !
Profite donc de la vie Pénélope. Elle est courte. Tu as des prétendants par dizaines. Ne joue pas les innocentes. D'autant que sur l'Intergrec le bruit court qu'Ulysse ne reviendra pas de sitôt. Il aurait été pris en otage par les Tuniques d’Or-Jaune. Mais bon c'est peut-être une Cassandre-bredaine.

—Ulysse rentrera vainqueur de Troyes. Je fais confiance aux bons augures. Et pour l'instant je me consacre entièrement à mon entreprise de tissage.

— Tiens, regarde en bas Pénélope, derrière le char deux-chevaux, ton fils Télémaque est en train de draguer une vestale. Nom de Zeus, il est entreprenant le bougre ! Et tu crois que son père ne prend pas du plaisir ? Tu devrais faire de même ! Plutôt que de passer ton temps à tisser, détisser, retisser....c'est ridicule à la fin ! Tout ça en pensant que les hommes vont te foutre la paix.

— Je crois que je vais rentrer, Athéna. Cette soirée m'ennuie à mourir. Et puis je dois aller voir mon médecin Asclépios, c'est un vrai dieu pour moi. Il paraît que je souffrirais d'un syndrome qui porte mon nom, et qui consisterait à défaire tout le bon travail qu'on fait, ceci sans raison apparente en plus. 

Mais pourquoi mes parents m'ont-ils appelé Pénélope ! ?

lundi 25 mars 2019

Spécialités

Mais oui ! C'est lundi ! Allez Zou ! La consigne c'est la consigne !

Luce appelle Francis.

Nous ne connaissons que les réponses de Francis.
A vous d'imaginer  et d'intercaler ce que raconte Luce,

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- Oui ?
- Non.
- Mais, comme tu veux !
- Ah bon !
- Mais non !
- Non
- Pas cette fois.
- Pourquoi pas.
- Ah, non !
- En effet.
- Peut-être.
- Fais pour le mieux.
- Oui.
- D'accord.
- C'est ça.
- A tout à l'heure.


Spécialités
----------------
- Oui ?
— Coucou ! C'est Luce, tu te souviens de moi ?
- Non.
— Mais si voyons, la petite brune, il n'y a pas bien longtemps, après la réception, tu veux que je te redise ce qu'on a fait ensemble ?
- Mais, comme tu veux !
— Tu ne vas pas me dire que tu as oublié ? Tu es quand même un sacré coquin !   
- Ah bon !
— Même que tu as voulu que Joséphine se joigne à nous !

- Mais non !
— Comment ça mais non ? Sois-tu es de très mauvaise foi, soit tu es Alzheimer. 
Ah ! Je crois comprendre, tu n'es pas seul ?
- Non
— Ben voilà, donc tu te souviens très bien des spécialités que tu as réclamées ! Et c'est pour ça que tu m'as laissé ton numéro de téléphone. Alors c'est OK, on remet ça la semaine prochaine ?
- Pas cette fois.
— Alors la semaine d'après. Avec Joséphine on a mis au point des trucs nouveaux, ça t'intéresse ?
- Pourquoi pas.
— Faudra que tu y mettes du tien quand même ! Parce que la dernière fois on peut pas dire que tu as vraiment assuré ! Tu étais malade ou quoi ?
- Ah, non !
— Pense à apporter tout le matériel nécessaire
- En effet.
— Est-ce que tu viendras avec le collier de chien et la laisse pour... ? Enfin, tu vois ce que je veux dire, Personnellement je trouve que c'est plus hygiénique d'arriver avec son propre matériel.
- Peut-être.
— De mon côté je serai là avec ma chatte ! Hihihi ! Si tu vois ce que je veux dire !
- Fais pour le mieux.
— Et Joséphine a promis de te faire une superbe démonstration !
- Oui.
— Et je t'assure que c'est une championne
- D'accord.
— Donc on se retrouve dans une quinzaine pour le concours de dressage d'animaux domestiques « Dog and cat Dancing » à la ferme bio « le Gai Pâturage » ?
- C'est ça.
— Je vais annoncer la bonne nouvelle à Joséphine, et je te rappelle ensuite pour confirmer.
- A tout à l'heure.




vendredi 22 mars 2019

forsythia (quoi encore ??)

Hier je vous ai mis une photo du forsythia prise avec mon téléphone.
Pour vous aider à franchir le week-end, voici deux petits gros plans 
avec un meilleur matériel…

J'espère que comme nous vous êtes sous le soleil…








jeudi 21 mars 2019

en fleur...

Vous vous souvenez peut-être de ce billet : « leçon d'un petit bâton »

Eh bien, le petit bâton devenu forsythia, est actuellement en fleurs.

Je ne résiste pas, en passant, à vous en faire partager la floraison.




mardi 19 mars 2019

Faire taire le mental ou écouter ses cheveux pousser ?


Me souvenant des bons vieux principes d'antan que me vantait la publicité lorsque j'avais encore du cerveau disponible, j'ai mis un tigre dans mon moteur de recherche, grâce auquel je n'ai pas tardé à trouver vingt astuces pour écouter ses cheveux pousser.

Lorsque j'eus fini ma lecture, je suis passé à la pratique. Je me suis dit qu'il était temps, car les années s'écoulaient et je commençais à me dégarnir du bulbe. Fort heureusement, je disposais encore de cheveux en quantité largement suffisante pour être attentif à leur tintamarre.

L'article captivant que je venais de lire attirait mon attention sur l'impératif d'une écoute active susceptible de produire des bienfaits corporels inestimables. Meilleur sommeil, moins d'angoisse, amélioration de la peau, pleine conscience de soi, parfait substitut aux huiles essentielles, fin définitive des cheveux gras, secs, fourchus et poilus, perception des battements  binauraux (que je ne sais pas encore ce que c'est, mais ça viendra…), et bien d'autres bienfaits dont je ne veux pas vous infliger la longue liste qui risquerait de devenir soporifique.


Les apprentissages ne sont efficaces que si l'on rejoint un groupe de d'adeptes sous la houlette d'un Maître. J'ai donc rejoint l'association mondiale ETC bien connue : « Écoute Ton Cheveu ». 

Après six mois d'exercices et de pratiques quotidiennes, je fus assez fier de constater mes progrès indéniables. Le Maître fut même surpris, si bien qu'il me proposa d'aller plus loin au cours d'un stage dans la forêt tropicale en Amazonie du sud-est. Cette forêt étant le poumon de la terre et disposant d'un humus rare, je pourrais y fertiliser par l'intérieur du cerveau la pousse de mes cheveux et amplifier leurs ondes sonores.

Je n'allais pas m'arrêter en si bon chemin et même s'il fallait verser 75 000 $ pour la semaine d'initiation, c'était quand même tout frais compris, même le voyage.
Une fois que notre petit groupe fut à bord du jet privé du Maître, ce dernier nous révéla qu'à l'issue de l'initiation totale, les meilleurs d'entre-nous pourraient accéder à l'écoute très spécifique de la pousse du poil pubien. Je vis alors le visage de certaines initiées se décomposer et j'en conclus qu'elles étaient adeptes de l'épilation totale.

Je garde de cette semaine amazonienne un souvenir inoubliable. Je fus de celles et ceux qui atteignirent le Graal. 
— « Tu es mon meilleur disciple » me confia le Maître, et mon émotion fut à son comble.

— « Tu es maintenant prêt pour l'initiation suivante : apprendre à faire taire ton mental » ajouta-t-il l'index gauche  levé vers le ciel, la main droite tendue vers moi, pour que j'y dépose le gros chèque que j'avais préparé.

lundi 18 mars 2019

Hors du commun (devoir du Lundi)





"Il est des hommes, lorsqu'on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu'exigent les règles de politesse, n'ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu'ils vous attirent aussitôt."
extrait de  Le Lion de Jodeph Kessel
Admiration, fascination, amour, amitié...
Vous inclurez la phrase citée dans le portrait de votre choix.





Hors du commun

Hors du commun. C'est sans doute ainsi que l'on pourrait le qualifier.
Encore faudrait-il définir ce qu'est le commun. 
Il s'appelle Pierre. Dieu sait si j'en ai connu avec ce prénom  d'une grande banalité.   Lorsque Albéric m'en parla je n'ai pas mis 12 secondes avant de prendre la décision dans ma tête. Il fallait que je le rencontre. Comme un impératif du passé simple pour l'avenir.

D'après Albéric, Pierre aurait trouvé sa voie en entendant un curé du catéchisme lui dire : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai… »
... et lui aurait aussitôt ajouté : «… une HLM des mille et une nuits ! ». 

— Ça, tu vois, Claude, c'est tout à fait lui ! Un homme grandiose et dérisoire à la fois, précisa Albéric

Je rêvais d'être bâtisseur. J'avais trouvé mon maître. Du moins je le croyais.

 Ce fut moins difficile que je l'entrevoyais pour obtenir un rendez-vous. J'ai supposé qu'Albéric lui en avait touché deux mots. La salle d'attente était vaste aux allures de cathédrale. Une chaise unique, au dossier immense trônait  au milieu de celle-ci. Mes pas pour m'y rendre produirent un écho particulièrement sonore. J'attendis un temps qui me parut  particulièrement long. Cependant  l'attente m'offrait   la possibilité  de peaufiner  ce que je dirais.
Il est des hommes, lorsqu'on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu'exigent les règles de politesse, n'ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu'ils vous attirent aussitôt. Il devait en être ainsi pour  Pierre, certainement. il fallait savoir aller droit au but, à l'essentiel.

Je fus introduit par une sorte de serviteur silencieux. Pierre ne parla pas tout de suite. Il eut ces gestes ordinaires lorsqu'on accueille quelqu'un dans son bureau. Comment se fait-il qu'un homme puisse poser des actes ordinaires et que la manière dont il s'y prend apparaisse peu commune ?

Toujours en silence il fit un signe de la main me faisant comprendre qu'il attendait que je m'exprime. J'ai alors indiqué les raisons de ma visite. De temps à autre il opinait du chef. Il avait saisi un coupe-papier en forme de poignard antique et le faisait tourner entre ses doigts d'une manière quasi magique. Je n'arrivais plus à détacher mon regard de ses mains agiles.
Il toussota une ou deux fois, pour me faire comprendre que j'en avais assez dit. Alors il se leva, contourna le bureau, s'assit sur une fesse à l'angle de celui-ci, tourné vers moi qui demeurai sur le fauteuil. Il avait toujours le poignard à la main.
— Regardez, dit-il
Le poignard tenu verticalement, il étendit son bras gauche à l'horizontale et écarta les doigts. Le lourd poignard vint se ficher d'un bruit sec,  dans le bois du parquet qui datait certainement de plus d'un siècle. Mon regard fasciné fixait la lame enfoncée dans une latte. Je remarquais tout autour une série de trous. Il devait être coutumier de ce geste.
— Voilà ce que je pense de votre proposition continua-t-il. Merci de votre visite, mon secrétaire vous contactera. 

Il était déjà à la porte et l'avait ouverte. Le corps très droit, son regard bleu me transperçait du haut de ses 1m, 85 au moins. Il avait des lèvres épaisses qui ne manifestaient aucun sentiment. Il ne m'a pas serré la main. Tout juste esquissa-t-il un vague sourire lorsque je franchis le seuil de la porte. J'étais à la fois excité et fasciné.

Je racontai tout cela à Albéric. Il me dit :
 — « Voilà ! Tu vois c'est exactement lui. C'est tout à fait ça. C'est quelqu'un quand même ! On pourrait penser que… et puis en fait non. Mais crois-moi, tu ne seras pas déçu. Moi je travaille pour lui depuis cinq ans. Évidemment je dors peu. Mais c'est tellement passionnant. Ma femme est partie avec les enfants il y a deux ans. Je crois qu'ils sont à la campagne. C'est vrai qu'il faudrait que je prenne de leurs nouvelles, mais avec Pierre c'est difficile. Tant d'exigences, c'est exceptionnel. On ne peut pas se permettre de ne pas lui être entièrement dévoué. Il y a tant de personnes qui voudraient être à notre place. Je dis « notre » car je suis certain que tu feras bientôt partie de l'équipe. 

Tu remplaceras certainement Cédric. Il s'est suicidé la semaine dernière, ce con !

vendredi 15 mars 2019

Revisiter....


*
* *





J'aime assez les Shadoks revisités…
Avec Benoît Poelvoorde
Une manière ludique de nous interpeller sur la pollution 
et la dégradation de notre environnement

Allez !
Bon week-end à tous !
Profitons d'un printemps avec éclosion de bourgeons et petits oiseaux


… tant qu'il y en a encore !

*

Edit :
j'ai ouvert une nouvelle rubrique ICI



mardi 12 mars 2019

Des petites phrases


« Toutes ces petites phrases anodines qui font du bien à entendre ». C'était un commentaire sur un blog.

Me sont revenus des propos du temps de ma formation « psy » lors d'un échange de pratiques avec des superviseurs, sur les difficultés en relation d'aide. J'avais abordé le cas d'une personne où je sentais la nécessité d'attirer son attention sur un certain nombre de choses qui dysfonctionnaient fortement. J'anticipais que ce ne serait pas facile à entendre pour elle. Comment m'y prendre ?
— « Dites tout avec amour ! »
Bien sûr il y eut d'autres propos et suggestions, mais c'est cette petite phrase que j'ai gardée. C'était une parole juste, mais pas anodine. Aux apparences faciles. Mais d'une certaine manière tout était dit. Je suis reparti avec cela. La phrase m'a toujours habitée, comme fond de tableau, lors des entretiens.

# Il y a des petites phrases qui nous font un bien profond. Elles traversent notre sensibilité, avec des vibrations positives, mais vont bien au-delà, jusqu'à notre être, parfois jusqu'à l'essentiel. Il arrive que la lecture nous en soit donnée immédiatement. Il arrive que l'on garde mémoire de la vibration positive comme une bienfaisance, mais la germination profonde n'apparaîtra que plus tard. Question d'attention à la profondeur de soi.
Photo AlainX

# Il y a des petites phrases bienfaisantes qui accompagnent l'ordinaire des jours. Elles sont comme de l'huile dans les rouages relationnels. Il y en a qui savent mieux que d'autres utilisaient la burette d'huile. Au temps de ma jeunesse, je n'ai pas été super doué en la matière. Certaines de mes relations émettaient des bruits de grincements parfois sinistres. J'ai manié la causticité avec délice, sous couvert d'un humour noir et d'un sens de la répartie assez bien développé.
À ce petit jeu on met les rieurs de son côté. Mais c'est toujours au détriment de quelqu'un. Et ce quelqu'un était souvent une personne que j'aimais bien… paradoxe s'il en est. Paradoxe apparent, car c'était une manière imbécile et hyper détournée d'exprimer une affection plus profonde que je ne m'autorisais même pas moi-même à ressentir pour l'autre.
Quand on vous a quelque peu tordu dans tous les sens dans l'enfance, la méfiance envers autrui devient une nécessité de survie. Avant d'apprendre à vivre.

# Offrir des petites phrases bienfaisantes (parfois sans une volonté explicite) c'est venu peu à peu. Probablement le fruit d'avoir expurgé, grâce a mes phases thérapeutiques, les êtres maléfiques qui œuvraient en moi.
On ne lutte pas contre ses démons ; on invite des anges.

# Recevoir des petites phrases qui font du bien, cela suppose que je les accueille pour ce qu'elles sont. Ni en les minimisant, ni en les survalorisant. Pour ce qui est d'être attentif « aux fleurs artificielles » je n'ai pas trop de difficultés, je perçois très bien et très vite les petites phrases à la diplomatie calculée (pour rester correct), qui sentent mauvais à plein nez. Question d'odorat interne.


Je termine par un merci à la cantonade, car les petites phrases qui font du bien, j'en reçois ici et ailleurs. Et je confirme : elles font vraiment du bien ! Notamment parce qu'elles ouvrent des chemins intérieurs, des portes nouvelles, mais souvent des portes qui sont déjà là, mais on avait totalement égaré les clés…