J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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, facile et cela n'engage à rien. Vous n'aurez plus à prouver que vous n'êtes pas un robot !


lundi 12 août 2019

Bouche bée


On sait que « le goût des autres » a eu la bonne idée de poursuivre les « lundis de Lakevio. »
Voici donc ma production de cette semaine. À partir de la photo qu'il propose.


-o0o-


— « Ferme ta bouche ! On voit ton slip !… » Lui avait dit son frère aîné en ricanant, alors qu'il était béat d'admiration devant le spectacle qui s'offrait à lui.
C'était en effet la première fois que dans la vitrine du magasin, il apercevait des images animées sortants d'une grosse boîte, qui paraît-il s'appelait « une télévision ».
Jean-Pierre devait avoir sept ou huit ans. En ce temps-là les enfants croyaient toute parole qu'un grand prononçait, même si c'était n'importe quoi. 

Le soir il se regarda dans le miroir de la salle de bains, bouche grande  ouverte, pour vérifier. Seulement voilà c'était un miroir très abîmé, de plus la lumière était mauvaise et il ne distinguait pas grand-chose.
Le lendemain Jean-Pierre demanda à ses petits camarades de jeter le regard jusqu'au fond de sa gorge et de lui dire ce qu'ils voyaient.
Le copain Jules glissa deux doigts pour appuyer sur la mâchoire inférieure afin de lui ouvrir la bouche au maximum. Un autre scruta à l'intérieur d'un air malicieux. 

— Tu vois quelque chose ? Marmonna tant bien que mal Jean-Pierre, bouche ouverte.
— Oui, affirma Jules péremptoirement.
— Qu'est-ce que tu vois ? bava Jean-Pierre.
Jules pousse un grand cri avant de répondre :
— Je vois une énorme araignée ! 
Et il éclata d'un rire sardonique.

Jean-Pierre paniqua, toussa, s'étrangla, émit des borborygmes. 

La maîtresse d'école releva la tête. Elle aperçut Jules qui enfonçait ses doigts dans la bouche de Jean-Pierre.

Jules se demande encore aujourd'hui pourquoi il a reçu une punition sévère, et une raclée par son père, lorsque ce dernier apprit par la Directrice de l'école que son fils était exclu trois jours pour avoir tenté d'étrangler son camarade en enfonçant ses doigts dans la gorge de l'élève dénommé Jean-Pierre.




samedi 10 août 2019

Un peu d'exercice…



Je dispose de trois petits cygnes en laiton. Je serais bien incapable de vous dire d'où ils proviennent. Ils ont le mérite d'être d'excellents presse-papiers lorsque j'écris ou lis sur ma terrasse et qu'il y a du vent !

Un autre de leur mérite aura été de m'inspirer une petite histoire sans prétention dans le cadre mes « exercices gymniques d'écriture ».


Si vous n'avez rien d'autre à faire : c'est ici que je dépose mes bêtises.  


mardi 30 juillet 2019

Jardins





“Notre monde est un jardin bienfaisant et un immense champ de bataille.”

SHAFIQUE KESHAVJEE

Ecrivain kenyan






Lui


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Je


Le jardin de la Paix -  Mais 2015 - Extrait

Je vis au jardin de la Paix. Ce jardin de notre maison.
« C’est calme ici » disent souvent les gens venant pour la première fois. Sans doute sont-ils frappés de ce havre à quelques centaines de mètres de l'agitation ordinaire.
La paix à portée de main, celle qui apaise le tumulte intérieur.
Ce jardin cherche à être beau, à l'image de la beauté humaine si souvent bafouée et défigurée. Depuis deux ans nous en prenons un soin plus particulier. — Un jardin de paix au cœur du tumulte ambiant. — Le temps de se retirer du monde pour y être plus présent.

(...)
Ici, un jardin de Paix, pour ne pas désespérer, un parmi les autres, où on vient se reposer, reprendre Force et retourner au combat d'humanité. Ce combat où l'on arrive les mains vides, le cœur offert, parce qu’elle est ainsi la force du vulnérable.
On n’apporte pas la Paix les armes à la main. — Peut-être faut- il parfois venir armé pour faire cesser le combat. — Mais on n'apporte pas la Paix si on ne se présente pas nu et sans défense.
C'est peut-être comme cela qu’un jour on devient vraiment humain.

Un jour... oui, un jour ....

(...)

Alain Rohand "120 pensées plongeantes" 

-o0o-

l'Autre








jeudi 25 juillet 2019

Reprise d'écriture




Sur son blog « le_goût_des_autres » semble bien désireux de reprendre les « devoirs de Lakevio » qui étaient   proposé chaque lundi.
Allons-y donc pour ce tableau de Renoir !

Et puisque c'est la canicule, on fera de circonstances…







On croit se connaître, et puis non. Je suis pourtant une jeune fille bien rangée, bien propre sur moi, élégante dans ma robe évanescente, presque transparente (heureusement qu'on ne voit pas le bas…). J'ai une hygiène parfaite et couvre mon corps de parfums subtils.

Et voilà que j'ai été attirée par cet homme mal soigné, aux cheveux gras peignés avec une fourchette à huîtres, à la dentition jaunie par la nicotine, à la veste qui manifestement ne sort pas de chez le teinturier. Mais le pire, c'est ce trouble intense qui a pénétré ma narine, est descendu jusque dans mon ventre, lorsque j'ai humé l'odeur âcre de sa transpiration des aisselles.

C'est fou ! Je fonds ! Et pas seulement parce qu'il fait une chaleur étouffante dans cette salle de bal. J'imagine son torse poilu, perlant de sueur, que mes lèvres recueillent. Et je ne vous parlerai pas du reste de son corps à ce sujet.

Jamais je n'oserai confesser  cela à Monsieur le curé. Il me refusera l'absolution et si ma mère ne me voit pas avancer vers le banc de communion dimanche, ce sera la catastrophe. Elle croira que j'ai perdu ma virginité. Ce qui je dois le dire, pourrait bien arriver avant longtemps s'il continue ainsi à transpirer des aisselles, car je suis proche de la pâmoison.

Il me serre fort par la taille et je sens que sa main n'a qu'un désir : descendre plus bas.
Je me frotte à lui. Je crois qu'il a compris, si j'en crois sa virilité montante.


Ma fille, ce n'est pas sérieux, que je me dis tout à coup. Arrête de rêver !

C'est comme d'habitude : dans la salle de bal, tu fais tapisserie assise sur ta chaise !

lundi 15 juillet 2019

Séquence souvenir.


L'autre jour, je ne sais comment cela est venu, mais on a évoqué « l'autre Grand Jacques ».
Cela vous dit quelque chose ?
Peut-être… peut-être pas…
Qui donc se souvient aujourd'hui de Jacques Debronckart ?
Sa lucidité dans les années 70 sur ce que nous allions devenir…
J'ai toujours ses vieux vinyles avant qu'une « longue maladie », comme on dit, ne l'emporte en mars 1983.

Il excellait dans bien des registres.




De 10 ans mon aîné, cette chanson marqua et ému ma jeunesse et encore aujourd'hui.




Et dans un tout autre genre son extraordinaire causticité à propos des mœurs du temps. Ce temps qui dure et perdure… quelle actualité !



Si vous aviez envie de réécouter ou de le découvrir, vous n'aurez aucune difficulté à le retrouver sur YouTube ou ailleurs. malheureusement on ne trouve que quelques-unes de ses chansons, pas forcément les meilleures d'ailleurs.


Puisque je vous disais que nos mémoires sont courtes !

vendredi 5 juillet 2019

L'au revoir

Lakevio, qui nous proposait chaque semaine une consigne d'écriture, fait accoster son bateau définitivement au port.
C'est toujours un peu triste un site qui se ferme.

Occupé par de multiples préoccupations en ce début d'été, je n'ai pas pris le temps de publier sur sa dernière consigne.
Je le fais à présent, en prenant pour sujet cette fermeture de son blog…






Vous commencerez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Ainsi, après bien des années, je me retrouvais chez moi." Propos tenu par Milan K., qui plaisante.

Vous terminerez par la phrase suivante : "La vie, voyez-vous, ce n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit." Ainsi philosophe la bonne Rosalie, personnage de Guy de M., quand il raconte Une Vie.

Entre les deux, casez ce que vous voulez !






L'au revoir

Ainsi, après bien des années, je me retrouvais chez moi et je ne peux pas dire que c'étais vraiment de gaieté de cœur. J'avais quitté pour partir à l'aventure, sans but précis, sans boussole, puisque je ne m'étais donné aucun cap.

C'était à cause d'elle. Ce jour-là elle avait lancé à la cantonade :
— En bateau, Lakevio !
J'avais pris un modeste paquetage et allons-y ! Il faut croire que d'autres avaient entendu le même message, puisqu'au final on s'est retrouvé assez nombreux sur cette embarcation qui, il faut bien le dire, était particulièrement agréable. 

Chaque vendredi, jour du poisson, nous allions à la pêche à la consigne. Il ne fallait pas oublier son épuisette à imaginaire. Pas question de ramer dans le sable en étant à court d'idées. La consigne, c'est la consigne.

Fort heureusement, les matelotes et les matelots, des idées ils en avaient plein la tête. Chacun avait l'imagination tellement débordante, qu'il fallait parfois écoper si on ne voulait pas se laisser submerger par les larmes d'émotions fortes ou de joies profondes.

Nous avions ensuite la semaine pour parcourir les cabines des uns et des autres, découvrir leurs trésors littéraires et bavarder ça et là.

Toutes les aventures ont une fin. La Capitaine Lakebio nous fit savoir que le bateau rentrait définitivement au port. 11 années de navigation, il faut reconnaître que l'on n'est pas loin de l'exploit. Et puis, que dire face à son projet de s'occuper d'une bande de lutins charmeurs, nous qui adorons les histoires de toutes sortes.

Me voilà donc rentré. J'ai retrouvé ce bistro en bas de chez moi ou j'avais tant apprécié cette première gorgée de bière avec Philippe, qui ne cessait de dire : 
— Il faut s'aérer, respirer, Delerm, Delerm !


Bien entendu il y a un peu de nostalgie, mais la vie continue, autrement, sans elle, sans ce bateau délicieux. On se retrouvera certainement d'une autre manière, d'ailleurs. "La vie, voyez-vous, ce n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit.

vendredi 28 juin 2019

Alain et Emile

Je me disais l'autre jour, il y a un truc qui tourne pas rond, j'écris moins de conneries qu'il y a lurette, et ce n'est pas bon pour l'urètre de moins souvent pisser de rire.
Remarquez, je ne sais pas si certains de mes textes avaient ou non cet effet diurétique, mais rien ne m'interdit de le penser.
Faudrait renouer avec les traditions.
Les traditions ont du bon, disent les cons.

Seulement voilà, il faut trouver des idées connes. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ça ne se trouve pas sous les pieds d'un serpent à sornettes.
Je me suis dit que dans l'actualité j'allais certainement trouver matière.


Je n'ai pas eu à chercher bien loin pour trouver une histoire d'andouille. Cela se passe à Vire, ou comme chacun sait, l'andouille y est supérieure. Ben mon cochon, si tu contestes cela tu vas te faire mal voir.
L'histoire a un rapport avec moi. Pas du côté de l'andouille (quoique). Du côté de mon pseudo !
Je l'avais choisi à cause de « Propos sur le bonheur » d'Alain. Comme je voulais rester anonyme, j'ai ajouté un X.
à Vire
Dans la bonne ville de Vire, on aime aussi ce philosophe et, pour lui rendre hommage, on lui a offert une rue : « rue Émile-Alain ». (Entre la rue Foubert et la rue Péguy).
L'erreur est humaine, même au pays de l'andouille. Car bien évidemment Émile Alain n'existe pas. En revanche, Émile Chartier, le vrai nom du philosophe Alain, c'est bon !
La connerie date de 1979. Ils ont mis 40 ans à s'en apercevoir.
On n'est pas obligé de philosopher partout en Normandie.

Quant au maire, il écrivait des maximes de cet auteur sur ses cartes de vœux : « le pessimisme est d'humeur, l'optimisme de volonté »
Faut quand même pas Chartier....

Peut-être que je vais changer de pseudo : Alain–Émile

Alain-Émile Ajar-rai peut-être la chance d'avoir le Goncourt un jour ! 
Et deux fois, en plus.

Ou alors Emile et Images (moi qui fais de la photo). Déjà que ma mère disait que j'avais le diable dans le ventre, je suis bon pour les démons jusqu'à minuit.






mercredi 26 juin 2019

Le lundi chez Lakevio... c'est mercredi...

La consigne du lundi chez Lakevio (qui chez moi devient un mercredi)

La toile du jour et les dix mots choisis à introduire dans votre histoire :



cheval
cinglant
stigmate
outrage
porcelet
caravane
pouf
parfum
digérer
limitrophe





Comme je suis en retard, j'ai fait le choix de traiter la consigne dans un texte le plus court possible.

Cela fait un moment que je le surveille, ce porcelet qui m'a pris à cheval dans la caravane. Je garde les stigmates de ce cinglant outrage que je n'ai pas digéré. il  m'a pris pour une pouf.  Je respire le parfum de la vengeance jusqu’au delà de ma zone limitrophe.

dimanche 23 juin 2019

Combat ?


Histoire de commencer la semaine....
H
PP

Photo AlainX-  clic/photo = + grand
Impression d'un combat entre  deux "choses bizarres "




vendredi 21 juin 2019

Graphorter en vacances

En voyant apparaître à l'écran mon calendrier électronique du jour, je lis : « départ vacances ». Il y a huit jours encore j'aurais eu peine à lire cela. Mais, comme je le disais sur le billet précédent, c'est passé. Nous sommes dans l'organisation du temps à venir. Faire en sorte que la quinzaine qui vient soit aussi agréable à vivre dans Les Hauts De France, qu'elle devait l'être en Bretagne. Question d'état d'esprit, finalement. Le lieu et le temps qu'il fait dehors, pour important qu'ils soient, ne sont pas déterminants.

Je ne vais pas tarder à passer ce blog en « mode estival ». J'ignore si je viendrai écrire souvent, mais ce sera probablement plus primesautier que réflexion profonde sur pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien…

En ce sens je vous retranscris mon texte de la dernière consigne de Kaléïdoplumes  (fondé avec Cassy en 2007 [je crois]). Il s'agissait d'inventer un mot, d'en donner la définition du dictionnaire et d'écrire un petit texte en l'utilisant évidemment.

Cela m'a rappelé le « dico de la rentrée » qui date de Mathusalem et que j'avais republié en 2014. - Ça ne nous rajeunit pas !

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Graphorter : verbe trans. Premier groupe (Se conjugue comme chanter)
— Personne qui a une compétence particulière dans le graphortage.
Cette activité peu connue est exercée par des graveurs-graphorteurs, généralement secrètement, avec contrat comportant une clause de confidentialité. Il s'agit de concevoir et réaliser la graphie authentique de la signature des grands de ce monde ou de personnalités remarquables, lorsqu'elles sont incapables de s'inventer une signature digne de passer à la postérité.
au fig. : Se dit d'un écrivain dont l'écriture est sans talent « les ouvrages d'Honoré de Balzeuk sont tous graphortés n'importe comment » (Alexandre Dumasnoir, in, la revue des trois mondes – 1892, N° 4 p. 26).
argot :  « il graphortait dur pour obtenir les faveurs d'une rombière richissime qui n'avait toujours pas signé le contrat de mariage » ( in « il y a du graphortage dans le potage » (San Antonionio - éditions de minuit dix - 1977, p. 87) 
mus. :  par extension se dit d'un compositeur de musique de peu de talent mais convaincu de compter parmi les meilleurs : « lorsque Camille  Cinqsens présenta ses partitions au chef d'orchestre de l'opéra  Castille, celui-ci les trouva horriblement graphortées et indigne d'un opéra parisien ». ( in« Mémoires d'un copiste » – Wolfgang Amandéhoust -   éditions le dièse volant-  1903 p. 527)

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Roberto Signard était un modeste graveur dont l'atelier se situait au fond d'une impasse parisienne. Il fallait vraiment connaître pour s'y rendre. Il travaillait essentiellement à la restauration d'objets précieux du patrimoine national qui, pour la plupart, ornaient les palais de la République. Ce travail lui permettait de vivre sans ostentation. La République aime le beau travail, mais le rémunère particulièrement mal.

Aussi, et par l'intermédiaire de hauts fonctionnaires, il découvrit l'existence du graphortage. Mais chut ! Il convenait de n'en parler à personne. C'est ainsi qu'il fut contacté par un Ministre à l'écriture de mouche et qui se voyait déjà présider la France. Roberto lui graphorta quelques projets de signature grandiloquente qui ravirent le ministre, en sorte qu'il en parla autour de lui. Mais chut !

Si je vous disais le nombre incalculable de personnalités, de chanteurs, d'artistes, d'acteurs de cinémas internationaux, de PDG, de dirigeants de multinationales, qui eurent recours à ses services, vous seriez ébahis. La plupart sont incapables de s'inventer une signature à la hauteur de leur succès ou de leur destin présupposé.

Roberto Signard proposait d'ailleurs des variantes et des évolutions au fil des années. En 20 ans  graphorter fit sa fortune.
Depuis qu'il a prit sa retraite. Il vit en Patagonie où il a acheté une propriété de 300 ha, pas très loin de l'endroit où résida Florent Pagny… qui, comme d'autres, a su le remercier financièrement très dignement.


jeudi 20 juin 2019

Mieux !

Bon, cela va mieux pour moi. Merci !
Rien n'est véritablement résolu de mes problèmes techniques et je suis toujours quelque peu assigné à résidence. Mais je n'ai pas de pouvoir direct sur cela.

En revanche, mon modeste pouvoir c'est mon état intérieur sur lequel j'ai quand même une marge de manœuvre. J'ai donc fait ce qu'il fallait pour retrouver la sérénité nécessaire à une existence satisfaisante !

Finalement je suis quand même content de ces petites forces intérieures qui me sont données quand c'est nécessaire. Certes, j'ai quelque peu appris où il fallait aller les chercher, mais cela prend quand même parfois un peu de temps…

À ceux et celles qui s'intéressent à ma petite vie, je livre cela.
Ci-après une photo provenant de mon jardin il y a quelques semaines

J'ai un peu trouvé qu'elle évoquait mon état intérieur…




samedi 8 juin 2019

Ah ! La belle saison !


Au cours de l'automne et de l'hiver, souvent il m'arrive de pester à propos de ce que j'appelle mon « assignation à résidence » en raison du froid et du mauvais temps. Aussi, lorsque les beaux jours sont censés arriver, je me réjouis de pouvoir sortir plus facilement et aussi à la perspective vacancière qui me permettra de visiter le beau pays de France !
Cette année c'est mal barré !
Il fait froid, c'est la tempête, je me gèle, et, cerise sur le gâteau, je suis toujours « assigné à résidence ».
Mon billet de mi-mai : « trop c'est beaucoup »  demeure d'actualité. Je croyais en avoir terminé avec mes emmerdements mécaniques. Mais non.
Je viens donc d'annuler mes vacances bretonnes.
Vous me direz qu'il y a pire dans la vie. Vous aurez parfaitement raison. J'ai encore quelques ressources intérieures pour réaménager mon été de la moins mauvaise manière qu'il se pourra.
Mais ce que je vis assez difficilement, c'est que je ne pourrais rendre visite à l'un de mes amis les plus chers, vivant en Bretagne, qui lutte contre le cancer, et la lutte est inégale… on devait se rencontrer chez lui fin juin (il est en chimio depuis plusieurs mois et c'est une troisième récidive). Il m'étonne par sa force intérieure. Plutôt non. Je la connaissais. Mais là je la vois en action. Il force mon admiration et augmente mon affection pour lui et son épouse.
Je l'ai déçu de devoir lui annoncer cela. Déçu moi-même de l'adversité. On a reporté cela fin août-début septembre. Mais qu'en sera-t-il alors de sa santé ?

*

Dans ce contexte, j'ai écrit sur la consigne des impromptus littéraires de cette semaine. ( incipit : C'était donc huit heures du matin au début du mois de juin) Comme d'habitude je me suis laissé aller au gré de l'inspiration du moment. Cela a donné le texte qui suit. C'est amusant, parce que ce n'est pas sans lien avec mon vécu du moment. Normal d'ailleurs. J'aime assez comment notre état intérieur peut rejaillir dans l'imaginaire.

**
*


Ah, la belle saison !

C'était donc huit heures du matin au début du mois de juin qu'il avait commencé à neiger. Beaucoup de gens s'en étonnaient encore. Pensez donc, neiger en juin sous ces latitudes, on ne s'y faisait guère. Maryse leva les yeux au ciel : 
—  À notre époque, il ne faut plus s'étonner de rien !

En levant les yeux, elle découvrit cette énorme masse noire qui assombrissait l'horizon et se dirigeait vers elle lentement. C'est absurde, mais elle pensa à cette saga qui eut son succès fin du XXème et début du XXIème. Son père lui en avait parlé : « la guerre des étoiles » où il était question d'une étoile noire. Paraît que les récits d'anticipation finissent par se réaliser.

D'habitude, il ne neige pas avant la mi-juillet. Mais enfin, peut-on encore vraiment parler d'habitude. La neige tombait drue, les flocons s'épaississaient de minute en minute. La couche au sol atteignait déjà quelques centimètres et cela ne faisait qu'à peine un quart d'heure qu'il neigeait. Maryse pensa : 
— Il ne pourra certainement pas rentrer cette nuit. Par ce sale temps les navettes ne seront pas autorisées à voler.

Parfois Maryse  rêvait aux journées ensoleillées qu'elle avait connues enfant, aux petites fleurs rouges des champs. À quoi bon se montrer nostalgique. Les temps changent : tout le monde le disait.

Elle ouvrit son placard alimentaire. Il ne lui restait que trois paquets de nourritures synthétiques. De quoi tenir trois jours, donc. Cela devrait aller puisque le camion auto-livreur était prévu pour demain. Elle tenta de chantonner dans sa tête pour calmer son angoisse. En effet le DFQ (diffuseur musical de quartier) avait cessé de fonctionner vers minuit. Ce système automatisé tombait le plus souvent en panne au mauvais moment. La dernière fois il avait fallu plus de 15 jours pour le chef de district trouve un dépanneur qui sache encore comment fonctionnait ce genre d'engin.

La neige tombait compacte à présent. Bientôt ce serait sous forme de picots pointus de glace, comme l'an dernier. Elle se souvint même que c'était arrivé le 15 août vers 17 heures. Heureusement, plus personne ne sortait dans les rues. Il y avait eu trop de blessés les années précédentes.

-o0o-

lundi 3 juin 2019

Edmonde & Irénée

ROMANCE
Frais ombrages, amers ou doux secrets
On se découvre, on se frôle, 
les baisers se donnent ou se volent.
En route pour l'été
Ou pour l'éternité...
A vous de composer.

PS : Phrase à inclure dans votre récit : 
"Une absence totale d'humour rend la vie impossible."
(tirée de Chambre d'hôtel de Gabrielle Sidonie Colette.)





Edmonde de Lentournette était promise en mariage à Irénée de Courtevue. Certes, dans ce mariage il n'était nullement question de sentiments amoureux, mais, comme il se doit, d'un mariage de rapprochement de patrimoines dont chacune des familles tirerait de grands profits.

Néanmoins, les parents n'étant pas absolument dénués de tout sentiment, ont permis aux futurs époux de se promener sur le chemin de sous-bois, suivi à bonne distance par les deux familles, qui auraient sans doute aimé à tout le moins qu'ils se tiennent par la main, pour montrer un minimum « d'amitié respectueuse », avant le mariage et avant qu'Edmonde de Lentournette « ne passe à la casserole », selon l'expression de sa vénérée mère. Malheureusement il n'en était rien. Edmonde restait droite et guindée dans son corset, Irénée serré contre lui les ustensiles à pique-nique dont il avait la garde, en tant que futur chef de famille.
Tout cela ne présageait rien de bon !

C'est alors qu'Ernestine, la mère d'Edmonde, lança à  la cantonade, et bien fort pour que tout le monde entende :
— Une absence totale d'humour rend la vie impossible, puis elle ajouta dans un long soupir,… j'en sais quelque chose !
— Est-ce que par hasard tu dis cela pour moi ? Sembla s'étonner Albert, le mari et  père d'Edmonde, en arborant un sourire qui ressemblait largement à une grimace.
— Pas du tout, mon ami, répliqua Ernestine, je pensais simplement à notre futur gendre Irénée de Courtevue.
— Quoi ? S'étrangla le père d'Irénée, vous osez prétendre que mon fils n'a aucun humour !
Tout le monde s'arrêta de marcher pour se toiser et s'interpeller. L'heure des premières embrouilles avaient sonné dans les futures familles alliées. Une explication s'imposait sur le champ. Ils restèrent ainsi immobiles pendant de longues minutes afin que chacun s'explique sur ces propos déplacés. 

Pendant ce temps les futurs époux continuèrent la marche sur le chemin, gardant leurs distances apparentes en tant que fils et fille de la bonne société. Mais Irénée se retourna. 
— On n'aperçoit plus nos parents respectifs ! Ils semblent loin derrière !
— Vite ! Profitons-en gloussa Edmonde !
Aussitôt Irénée lacha les ustensiles du pique-nique, Edmonde poussa son futur époux sur le bas-côté et vint sur lui à califourchon en retroussant sa robe.
— Vite ! Vite ! Irénée, ouvre ta braguette !

*

Les familles finirent par se réconcilier et le mariage ne tarda pas.
Tout le monde fit semblant de rien, lorsque la jeune mariée mit au monde un fils… quatre mois plus tard…



samedi 25 mai 2019

Corps d'humanité


Il y a ces êtres de pureté, pleins de défauts ; ces cœurs aimants, pleins de défaillance ; ces femmes de lumière, avec leurs ombres ; celles et ceux dont j'étais des leurs, que je rejoignais, sous une même bannière, autour d'une mission.

J'étais des leurs parce que je suis pureté, cœur vibrant, lumière avec en plus mes défauts, défaillances et ombres. Je suis leur semblable leur égal (pas égalitaire) au même niveau, dans la même humanité ni en dessous d'eux, ni au-dessus.

Et cependant combien de fois suis-je passé à côté de moi, en raison d'une enfance où je fus laissé de côté. Fruit d'un plaisir ou d'une nécessité ET d'un certain désir d'un « autre enfant ».
On me voulait comme on commande un livre qui manque  sur un rayonnage, comme un tiroir absent dans une commode. Une famille doit avoir plus d'un enfant, et même trois à cinq en ce temps-là.

Rechercher l'amour dans le tiroir qui manque comme on y chercherait un doudou maternel. C'est tout un art de chercher les choses là où elles ne sont pas.
Un art consommé où on se consume.

« Dis-moi que tu m'aimes » mais le dire n'est pas le montrer, encore moins le démontrer.
Chérir n'est pas serrer. Les bras sont là pour offrir pas pour enserrer. On n'aime pas les bras croisés, mais les bras ouverts.
« Prends-moi dans tes bras » n'est pas ma demande, mais « ouvre les-moi  » pourrait l'être, surtout si je ne suis pas obligé d'y venir.

La Grande Foule -Axelle Bosler



Je suis un corps d'humanité, prévu pour l'être et missionné pour l'accomplir. J'ose croire que mes semblables sont issus de ce même corps d'humanité, par création en quelque sorte. Cet acte créatif s'appelle la Vie et son histoire d'apparition sur des millions d'années avec sa part de mystère, ses réussites, ses errances et ses imperfections. Je suis cela, et chaque être humain l'est également.
Chacun partage individuellement et collectivement ce patrimoine commun d'une existence dépendante de celle d'autrui pour sa réussite.
De même que chaque grain de raisin n'existe qu'au sein d'une grappe et d'un pied de vigne qui tire sa propre existence de la Vie sur Terre.





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Je republie ce texte en  supprimant la fin. Mes lectrices et lecteurs intelligent(e)s comprendront qu'à mon âge m'énerver dans la zone de commentaires n'est pas bon pour ma santé.

lundi 20 mai 2019

J'embauche chez Lakevio





La consigne du lundi (Lakevio



Les mots de la mémoire 
ou de l'avenir



je vous propose d'écrire à propos d'un des jeunes hommes peints par Michael Carson.





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Cela fait déjà pas mal de temps que je suis chargé de recruter le personnel masculin pour l'usine de fabrication de machine à laver les lessiveuses, qui est en pleine expansion depuis le boom économique de la libération de la femme.

Ce sont des travaux répétitifs et fastidieux sur les chaînes de montage. Pour autant une « formation maison » est absolument indispensable. Le patron ne veut pas investir cette formation sur du personnel qui se montrerait versatile, et profiterait de la moindre occasion pour aller gagner plus ailleurs.

Au début, lorsque je les recevais, ils se montraient sous leur plus belle apparence, polis et souriants, enfin bref, toutes les bonnes attitudes pour pouvoir se faire embaucher et être bien payés. Malheureusement, une fois formés et dans la place, chez certains, le naturel revenait au galop. Ils n'étaient pas vraiment à la hauteur et le patron exigeait qu'ils soient virés. Et moi je me faisais engueuler.

C'est pour cela que j'ai fait installer dans la salle d'attente attenante à mon bureau un petit œilleton dans le mur, quasiment invisible car bien dissimulé dans la tapisserie, qui me permet d'examiner le gars et ses attitudes avant de le faire entrer dans mon bureau. Je me fais ainsi une pré-opinion.

Me voici donc en train de reluquer le dénommé Raoul Dupignon. Il est assis sur la chaise, bras croisés, jambes écartées. Il a mit ses habits du dimanche, pantalon sombre et veste claire, chemise blanche à cravate noire. Jusque-là c'est correct. Quoique, les jambes écartées c'est pas bon signe. Le genre de mec qui veut montrer « qu'il en a » et qu'avec lui on va voir ce qu'on va voir. Il suffit de regarder son visage pour confirmer l'impression. Ce type ne me plaît pas du tout. Il arbore la tête du mec qui va chercher les embrouilles,  attirer des ennuis. Le genre qui ne supporte pas l'autorité et encore moins les remontrances. Je l'imagine déjà en train de monter le personnel de l'atelier contre la direction et pourquoi pas de fonder une section syndicale.
Mon petit gars, ça va être vite réglé : dans un quart d'heure le dossier est classé !

Lorsque je le fais entrer dans mon bureau, il exhibe un sourire éclatant sur des dents d'une blancheur étincelante. Il se montre affable, presque obséquieux et pose beaucoup de questions sur l'organisation de l'usine. Je lui réponds de manière très générale, mais il insiste. Il finit par obtenir des réponses que je n'avais nullement l'intention de lui donner au départ.
Véritablement un drôle de type. Mais à peine est-il sorti de mon bureau que je déchire le dossier. Direction la corbeille à papiers.

*

48 heures plus tard le Grand patron me convoque.
— Alors ? Que pensez-vous de Raoul Dupignon  ?
— Qui ça ?
— Raoul Dupignon  ! Le jeune homme que vous avez reçu il y a deux jours. Vous n'avez quand même pas oublié !
— C'est-à-dire que je reçois beaucoup de candidats à l'embauche, et ceux qui ne sont pas retenus, je les oublie assez vite… sinon ma mémoire serait saturée !
Et à la fin de ma réponse je le gratifie d'un grand sourire.

— Comment ça un candidat à l'embauche ? Raoul Dupignon  est le fils aîné du géant de l'automobile. Notre futur associé qui nous apporte des capitaux conséquents pour le développement de l'usine ! Il est venu vous voir à ma demande pour que vous répondiez à toutes les questions qu'il vous posera. Vous vous souvenez quand même ? Ou alors, mon cher Leglouton, vous commencez sérieusement à sucrer les fraises !

*

Je dois dire que mon travail me plaisait énormément, et que me retrouver du jour au lendemain au chômage m'est plutôt difficile à supporter. Un collègue m'a dit ce midi que Raoul Dupignon  me considérait comme un chef du personnel  incompétent et qu'en plus j'avais une tête qui ne lui revenait pas.
C'est un peu dur à avaler.