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jeudi 29 août 2024

Abandon

 

J'ai mis du temps à ressentir ce sentiment d'abandon qui était enfoui au fond de moi.  Dans mon enfance je percevais la solitude qui était mon lot comme un élément ordinaire de l'existence, de la mienne, et probablement de la plupart des autres humains.
Alors, puisqu'il devait en être ainsi, je me suis mis à aimer cette solitude, enfin, à me persuader qu'il fallait l'aimer, puisqu'il n'y avait rien d'autre vers quoi porter mon affection. Enfin si, il y avait « mon ours » le seul être qui semblait me comprendre puisqu'il approuvait tout ce que je lui confiais avec un silence probablement complice. N'était-il pas seul lui aussi dans ma chambre ?

C'est le poliovirus qui, à l'âge de 12 ans,  me fit découvrir autre chose. C'est peut-être pour cela que je me  suis inconsciemment abandonné à lui. Je lui ai laissé le champ libre. Il a pu boulotter mes neuromoteurs jusqu'à se gaver, jusqu'à l'indigestion, ce qui l'amena à sa disparition définitive. 
Faible et démuni, voici mon corps à l'abandon.
C'est alors  qu'autour de moi on a commencé à prendre vraiment conscience de mon existence. En quelque sorte je me suis imposé paralysé.
 J'ignorais que ça pouvait être un pouvoir.

Me voilà passé de l'indifférence dans laquelle on me laissait, à sujet d'intérêt médical, de recherche, de sociabilisation expérimentale et de toutes ces choses qu'ils ont appelées rééducation, remise en vie, réadaptation, récupération des forces disponibles. Ce  fut un peu comme une opération de recyclage, concept tellement à la mode en ce XXIe siècle balbutiant.
Bonjour et bienvenue dans cette étape qui permettra de devenir un être recyclé.


L'abandon prend une autre forme. Il se fait plus actif. Une sorte d'abandon participatif. Parce qu'il faut le reconnaître je suis à sa merci. Mais c'est à moi de faire le choix de ma coopération. J'ai accepté de la donner à certains jours et carrément refusé à d'autres.
Une fois encore c'est bien plus tard que je comprendrais ce qu'il en est de « l'abandon confiant », composante indispensable à la vie, son surgissement et son épanouissement.
 C'est un pari. On peut gagner. On peut perdre.
Cependant ce dont je suis convaincu c'est que celles et ceux qui ne font  jamais ce pari ne se donneront jamais aucune chance de gagner. C'est ma conviction.

Eh bien, je le dis sans modestie et sans orgueil, ce pari je l'ai fait et je n'ai pas perdu.
On ne gagne pas non plus un quelconque pactole comme promettent les loteries sans jamais offrir le gros lot. 
Sans m'en rendre compte vraiment consciemment je comprendrais plus tard que j'ai fait le pari de la confiance en moi, dans mes "maîtres à revivre", qu'ils soient médecins, soignants, conseillers du psychisme, ou simplement offrant leur amitié ou leur présence bienfaisante. Enfin bref la découverte étonnante et un peu tardive de la  « vraie vie ». 

Soit résister, soit s'abandonner un choix crucial et réversible. La circonstance commande. Reste que l'abandon confiant est une résistance, un contre-pouvoir à celles et ceux qui croient que tout ira bien quand chacun aura la maîtrise de tout.

Je termine par cette citation de Romain Gary. Je peux la faire mienne mot pour mot :

"Je sais que la vie vaut la peine d'être vécue, que le bonheur est accessible, qu'il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce qu'on aime avec un abandon total de soi." 


jeudi 15 août 2024

Un monde apaisant

Un rêve dans lequel  je me laissais emporter cette nuit alors que la chaleur ne quittait pas la chambre, et ce corps qui ne sait plus ce qui lui convient. Lourd un corps comme le mien lorsque la chaleur le rend si peu mobile. Il démissionne face à l'effort.
L'esprit vagabonde, s'en va visiter des ailleurs qui ne sont pas. Et pourquoi pas envisager un monde apaisé un monde qui a enfin trouvé son aspiration la plus centrale : la paix. Pas l'absence de guerres et de conflits, ça ce sont toujours des armistices, du provisoire pour préparer la revanche. Chaque traité de paix signé comporte les ingrédients de la prochaine guerre. L'attente se nourrit de  l'heure de  l'ultime vengeance. Ce mythe de la « lutte finale » et demain un autre genre humain… mais demain sera un autre jour aussi belliqueux qu'avant-hier, puisque de tout temps on n'a jamais cessé de  fabriquer des armes. « Si vis pacem, para bellum » (si tu veux la paix passe par un bel homme parodiait un de mes amis…)…  Bah voyons ! D'ailleurs ce mécanisme bien rodé est la base économique du capitalisme mondial : la WorldCompagnie se doit d'abord  de tuer la concurrence.

 Même les J.O. sont contaminés. J'entends encore les tribunes en délire pour la gagne « aller les Bleus ! »… La France doit vaincre les adversaires de tous les autres pays. Mais on a beaucoup perdu ! (Ça, la télé d'État ne le dit pas). Cependant, déclare un nageur olympique  : « On travaille pendant quatre ans et puis en 30 secondes, c'est terminé. On a perdu, on ne sait plus où aller, et même qui on est. ». Va leur falloir un suivi psychologique, comme ceux qui reviennent de guerre… Pauvres enfants de la patrie ! Le jour de gloire a foutu le camp !
J'ai fait partie du délire général. J'ai vibré devant le jeune français  à lunettes qui a niqué les Chinois au ping-pong. Et autres compétiteurs étrangers qu'on a délicatement invités à aller se faire voir… chez les Grecs !  Fermez le ban. Aller : la suite !

Un monde apaisant pour moi c'est tout autre chose. C'est d'abord un apaisement venant de l'intérieur comme un don qui est fait. Un don d'origine, un don de relations que possède déjà l'embryon, comme le démontrent aujourd'hui les neurosciences. Un don qui donne le sentiment d'une paix accessible, malgré un état de fragilité comportant des risques. Un monde apaisant se nourrit de contemplation et de manne spirituelle.

Et peut-être plus sobrement et simplement de simplicité, d'abandon et de confiance.
Cette paix n'a jamais été et ne sera jamais imposée par la violence, la domination. Elle ne peut pas être une paix armée comme nous le croyons en adoptant « l'arme de dissuasion ». Les armes sont une offense à la réalité humaine comportant le potentiel d'une naissance de paix offerte et qui réside en nous comme « l'origine et l'aboutissement ».

Malgré les avancées en humanisation, fruit du combat (un combat n'est pas la guerre) pour des droits humains, des forces contraires s'efforcent par tous les moyens de nous faire oublier nos origines ontologiques, et de nous convaincre que l'aboutissement serait le  triomphe par la Domination, comme absolu ultime.

Mais pour cela il faut opter pour « un autre monde ». Il y a très longtemps, un homme de Galilée disait : «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre coeur ne se trouble point, et ne s'alarme point » . Mais, cet homme, comment la laisse-t-il entre nos mains cette paix ?
C'est passionnant de chercher ce qu'elle EST. Il n'impose rien et nous laisse découvrir. C'est quand même plus stimulant que les réponses toutes faites des « yaka-focon » de service.









mardi 6 août 2024

La vie, tout simplement.

 
« Enfant j’étais libre,… libre de pensées. Tu sais ce flot continue de pensées qui défile sans demander la permission. Enfant, je n’en étais pas encore affectée. Je vivais, je ressentais, je goûtais. Il n’y avait pas d’hier ni de demain. ».
C'est un commentaire de mon amie KEA chez Célestine.

Aussitôt cette phrase m'a évoqué la visite récente de ma petite-fille venue quelques jours chez nous. Ses parents habitent loin et on ne se voit pas très souvent. Elle vit ce passage de la petite fille, vers le commencement de la jeune fille. Je l'ai ressenti tellement libre de pensées, heureuse de vivre, sa douceur délicate, son rire joyeux, ses yeux bleus pétillants de vie, spontanée et en même temps pleinement présente à l'intensité du moment qui passe. Chaque matin était neuf pour elle, et comme dit Kea « il n'y avait pas d'hier ni de demain ». La vie dans sa force et sa plénitude. Ce fut un temps de jouvence.

Il y a dans notre  grande cuisine, où nous prenons le petit déjeuner (sauf le dimanche qui a son rituel au salon !) un mur complet de photos de nos enfants et petits-enfants. Chaque matin je le regarde, parfois je le contemple. Un petit moment hors du temps en savourant ma tasse de thé. Peut-être que je ne réalise pas suffisamment tout ce qui émane de ces photos qui me parlent de la joie d'exister et de partager son existence, comme le constat d'une offrande de la vie et une reconnaissance des bienfaits qu'elle donne généreusement.
Je devrais puiser dans ces instants un plus de présence consciente à cette force vitale qui, jusque-là, ne m'a jamais abandonné.

Je me crois autorisé à écrire cela, car celles et ceux qui me connaissent quelque peu savent très bien que les épreuves ne m'ont pas épargné, c'est le moins qu'on puisse dire. Et cependant je sais ce qu'il en est de la joie qui libère des entraves.
Ça existe. Je l'affirme.