Voilà un mot qui ne fait pas beaucoup partie de mon vocabulaire. Et pourtant force est de constater qu'elle est en moi, plus que je ne le crois ou ne la perçois. Et depuis bien longtemps.
C'est curieux comme parfois on ne met pas le mot qu'il faudrait sur ce que l'on vit.
La joie comme un jaillissement soudain, quelque peu inattendu, alors que rien ne semble être un terrain favorable pour qu'elle apparaisse.
Je repense à ma jeunesse, aux épisodes de joie, personnels ou partagés, que je n'identifiais pas suffisamment ni clairement dans la grisaille ambiante et triste qui m'environnait. C'est dommage à posteriori, ce manque de conscientisation. Il y aurait tout un pan de mon enfance à réhabiliter.
Et puis, ces trois années en centre de rééducation, plusieurs fois évoquées dans « Le passage se crée », où on ne rigolait pas tous les jours. J'ai beaucoup souffert dans mon corps. S'ajoutait le sentiment d'abandon définitif qui me serrait le cœur et la gorge. Et pourtant, ces instants de joie que j'ai pu vivre et auxquels je m'accrochais comme le naufragé à un débris du bateau qui a coulé. Mon erreur était de ne pas savoir les identifier suffisamment pour les savourer. Je parlais plutôt de petits plaisirs éphémères et somme toute sans intérêt, voire comme de vaines tentatives d'échapper au Destin vengeur. Car il fallait bien payer pour tant d'errance.
Jeune adulte, je me suis mis en quête du bonheur. Comme si j'allais pouvoir le découvrir au détour d'une rue. — « Ah, c'est toi enfin, j'arrive, je te suis ! »
Enfin bref, des bêtises.
À l'époque, j'ai lu « Propos sur le bonheur », de l'auteur Alain, avec espérance d'un changement radical. Des années plus tard j'ai choisi le pseudonyme de AlainX, à cause du nom de l'auteur de ce livre. Comme quoi ça me poursuit.
Quand je regarde un dico, j'observe combien j'ai privilégié des synonymes du vocable « joie ». Le mot a longtemps conservé une froideur. La joie ne pouvait être qu'éphémère et inconsistante, une sorte d'ersatz auquel il valait mieux renoncer.
Et aujourd'hui ?
Une conversation téléphonique avec un ami important et que j'apprécie énormément dans une fraternité ancienne, claire, sans nuage et sans ombre entre nous. J'évoquais mes difficultés. Il m'a dit quelque chose du genre : « Tu me parles de [cette difficulté] et cependant tu as une voix joyeuse ! ».
Comment ça ? Ai-je pensé aussitôt, sans le dire. Et en même temps je percevais qu'il y avait au cœur de mes propos et la manière dont je les disais un élan vital qui ne me quittait pas malgré l'adversité. Et à l'entrevoir à travers ses propos, je ressentais une animation intérieure jubilatoire, oh ! Pas très forte bien entendue… mais réellement présente comme une douceur en liesse.
J'ai pensé au bonheur durable d'une amitié indéfectible. Il fallait en remercier cette réalité de l'être humain en partage, en solidarité et en entraide qui fait sa valeur première.
Balayant ainsi mon existence, j'en viens à penser que la Joie a toujours habité au fond de moi, mais que je ne prêtais guère attention à elle. Négligence dommageable. Il est temps que je revienne à cette réalité qui est mienne.
Durant toute une période de ma vie, je fus facilement invité çà et là, parce que je faisais « rire la galerie ». Moi je me vivais comme le clown triste de service qui devait se réduire à ce rôle…
J'étais con quand même !
