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mardi 25 août 2026

La main.

 

 Un peu par hasard j’ai retrouvé un projet de courte nouvelle que j’avais élaborée en 2020 et qui étais resté inachevé dans mes archives. Je l’ai repris et terminé.
 Je ne sais pas si je rédigerai encore ce genre de texte…

 Le récit s’inspire de Sandrine PL, blogueuse, restauratrice de tableaux et spécialiste de l’art pictural. Grâce a elle j’ai appris beaucoup par la fréquentation de son blog qui malheureusement n’est plus alimenté depuis novembre 2021.

 En avril 2019 elle aborda la question des peintures préhistoriques d'une grotte d'Argentine dans un billet qui débute ainsi :

 «Les mains rupestres, déclinées à l’identique sur tous les continents, sont une très vieille énigme. Première expression artistique de l’homme ou rituel magique répondant à l’appel du sacré ? Simple ornement ou liturgie ? Elles s’accumulent sur les parois comme si une foule avait laissé là son témoignage en mémoire » (...)

Pour le lire l’article intégralement c’est ici

L’énigme demeure, cependant il n'est pas interdit de formuler des hypothèses tout à fait plausibles dans l’ordre de l’irréaliste au regard de la science imaginaire qui a toujours cours dans le cerveau d’écrivaillon qu’est votre serviteur…

voici donc le résultat de mes élucubrations:

 

Mains négatives – Entre 13 000 et 7 000 av. J.-C. – Argile rouge sur roche – Cueva de las manos, province de Santa Cruz, Patagonie, Argentine

*

La main.

 

Pablo revient tout excité de La Cueva de las Manos (« Grotte des Mains ») dont il termine l’inspection selon le protocole prévu. Il est volubile, toujours quelque chose à raconter. son collègue Ernesto l’écoute d'une oreille distraite, trop occupé à la paperasserie pour gérer la grotte aux peintures rupestres et organiser la visite des délégations autorisées après avoir montré patte blanche : Il sourit intérieurement, on aurait dû dire « main blanche ».

— Ernesto ! Oh tu m'écoutes, Ernesto ! Il y a une main supplémentaire dans la grotte ! Je l'ai tout de suite repérée, sur le quadrillage de la grotte, la section 42, au dernier relevé en haut à gauche il y a une zone dépourvue de mains. Maintenant il y en a une de plus !

— Pablo, tu vois pas que je suis occupé ? La délégation de l'Unesco débarque dans une semaine et on n’est pas prêts ! Alors, ta vision d'une main de plus (je te rappelle que c'est pas la première fois que tu me racontes des trucs impossibles…) on en reparlera quand la délégation sera repartie.

— C'est toujours pareil, répond Pablo, tu me considères comme un illuminé, mais je t'assure, j'en sais plus que tu ne crois. Je suis un scientifique intuitif, moi. D'ailleurs les grandes découvertes se font à l'intuition. Depuis quelques temps il se passe des choses étranges dans la grotte. L'autre jour j'ai cru entendre du bruit derrière la roche. 

— Du bruit ? Cela ne m'étonne pas, et des vibrations aussi sans doute, il y a des travaux à 1 km. Tout ça c’est normal. Tu ferais mieux de m'aider à achever le rapport pour l'Unesco.

 — C’est pas des vibrations ! Quelque chose « gratte » de l'autre côté de la paroi, dans une autre cavité peut-être. Quelque chose de régulier pas des bruits aléatoires, comme si…

 — Écoute Pablo, l’interrompt Ernesto, j'ai pas de temps pour entendre tes bêtises. Il y a des choses sérieuses à faire. C'est pas le moment d'aller recompter les « mains négatives » pour savoir s'il y en a 829, comme depuis toujours, ou 830 ! C'est peut-être toi qui en as rajouté une pour faire un compte rond ! Allez, vas plutôt nous chercher des bières ! On est sur les nerfs. Il est temps de faire une pause.

Ernesto est vraiment agacé. Il aime travailler avec Pablo, compétent, sérieux et même méticuleux, mais il a l'imaginaire galopant. Bien sûr la grotte garde ses mystères avec toutes ces mains apposées par les hommes préhistoriques. Un rite religieux, certainement. C’est la thèse la plus commune. Mais Pablo, il faut qu'il invente ses propres théories ! Pourquoi pas, mais qu'il s'amuse à cela en dehors du boulot. C'est trop sérieux la poursuite du financement de la préservation de la grotte par l'Unesco.

Ernesto craint de s’y perdre avec tous ces éléments chiffrés qu'il faut fournir, vérifier revérifier, afin d’évaluer avec précision les divers besoins. Surtout ne rien oublier, il n’y aura pas de nouvelle visite de la délégation internationale avant longtemps ! …

Pablo revient avec les bières et un bon sourire. Tous les deux ne sont pas fâchés d’une pause méritée

— Excuse-moi, Ernesto, de revenir sur cette histoire de main supplémentaire (voilà qu'il remet ça !), Mais je t'assure que je l'ai vu de mes yeux. Tu devrais venir pour t'en rendre compte. Il y a vraiment à présent 830 mains. La délégation est composée de gens hyper compétents sur le sujet. Ils vont s'en apercevoir. Tu leur raconteras quoi ? Que tu as laissé entrer un inconnu, qui s'est empressé de faire un pochoir de sa main, et hop un coup de bombe à peinture pour la postérité ? C’est toi le responsable. Ce défaut de surveillance peut te coûter ta place ! Et ne compte pas sur moi pour te défendre si tu ne viens pas dans la caverne, histoire que je te montre la chose.

 Ernesto finit par céder à Pablo. Les voici présents in situ. Ernesto a la surprise de sa vie ! Pablo montre l’endroit, il a raison ! Cette place précise a toujours été vierge. Aucune main. Cependant, là devant ses yeux, il y en a une !

— Alors, j'ai raconté des conneries ? Lance Pablo avec de l'ironie dans la voix. Ses yeux brillent d'une sorte de supériorité orgueilleuse. Assieds-toi, conclut-il.

Abasourdi Ernesto s’exécute. Si la grotte a été souillée par quelqu'un, c’est terrible pour lui. Il va en prendre pour mon grade.

 — Et maintenant Ernesto, tais-toi et écoute !

 Effectivement, des sortes de glissements réguliers se font entendre. On semble racler la roche de l'autre côté. Ernesto réfléchit tout haut :

—Il y a peut-être une anfractuosité de l'autre côté, où réside quelque chose, un animal, mais les animaux ne creusent pas la roche avec leurs pattes ! Ou alors une résonance venant d’un lointain passé !

Cette dernière pensée lui fait peur. Il ne va pas devenir comme Pablo et inventer dans sa tête toute sortes de choses délirantes. Flûte de zut, il est quand même un spécialiste du paléolithique !

 Tandis qu’il s’interroge à haute voix la tête dans les mains, Pablo explore la paroi rupestre de long en large, cherchant lui aussi une explication. Puis ils entament un long échange, brassant diverses hypothèses plausibles, des explications réalistes. Par exemple comment aurait-on pu pénétrer avec toutes les protections électroniques installées ? Pourquoi un olibrius aurait peint sa main sur le mur ? Ernesto émet l'hypothèse que le gars, ou la fille, a fait ça pour faire un selfie, ou un film, qu'on n'allait pas tarder à trouver sur les réseaux sociaux pour faire le buzz. Et nous de passer pour de fieffés imbéciles, incapables de protéger valablement ce patrimoine mondial ! La célèbre Cueva de las Manos taguée au nez à la barbe des responsables. comme si une nuit quelqu’un avait peint des moustaches à la Joconde au Louvre.

 Nos deux scientifiques analysent toutes les procédures de sécurité, visionnent les caméras de surveillance infrarouge, mais absolument rien ! Personne n'a pénétré dans la grotte. À croire que la main est « apparue » toute seule… ce qui manifestement n'est pas possible non plus.

 C'est alors que Pablo assène sa théorie :

— il y a des choses vivantes DANS la paroi. Des survivances préhistoriques et elles sont toujours là. Je ne sais pas comment tout ça vit, ni à quoi ça ressemble. Peut-être qu’ils sont semblables à des humains, comme au temps des cavernes, ils veulent nous montrer qu'ils sont là en ajoutant une main à un endroit facilement identifiable. C’est-à-dire ailleurs qu’au milieu de toutes ces autres mains mêlées les unes aux autres. C'est un signe d’une volonté de communiquer. Ils savent que nous allons forcément repérer le truc lors d’une visite de contrôle.

Donc l'empreinte de la main provient de l'intérieur de la paroi. Elle est en quelque sorte « sortie de la roche ». Voilà pourquoi on ne voit rien sur les vidéos de surveillance. Rien ni personne ne s'est introduit dans la caverne.

 Ernesto et bien obligé de l'avouer, il trouve la théorie de Pablo totalement incroyable, mais c’est une hypothèse et la science doit examiner toutes les hypothèses, même si elles semblent farfelues.

Après tout on est persuadé qu'il y a dans l'univers d'autres civilisations intelligentes. Et pour les dénicher on scrute l’espace sur des années-lumière avec nos télescopes de plus en plus puissants. Jusqu'à présent on n'a strictement rien trouvé ressemblant à une quelconque pensée structurée. Ce n'est pas pour autant qu’on déclare qu'il n'y a rien… on continue à chercher et à espérer de l’intelligence ailleurs que sur Terre…

Il faut croire qu'on a une sorte de besoin vital d'imaginer sans cesse l'extraordinaire, une vie autre, ailleurs, des mystères à résoudre, des découvertes étonnantes à faire, des dieux à scruter dans les cieux, des paradis à explorer, des « frères humains » à aller rencontrer aux confins de l'univers, « en vrai » ou dans nos têtes…

 Dès lors, pourquoi faudrait-il prétendre a priori qu'il n'y a rien, ni personne, ni vie dans la paroi des cavernes préhistorique ? Alors qu’on aimerait trouver de la vie ailleurs, dans les gros cailloux de l'univers, formée à partir du chaos et de la soupe stellaire initiale ? Si l’hypothèse de Pablo est idiote, les autres aussi… et dans ce cas pourquoi dépenser des milliards de dollars pour rechercher un « ailleurs habité », quand nos semblables, au coin de la rue, crèvent de faim ?

 Ernesto entend se comporter en personne responsable. :

— Pablo, voilà ce que nous allons faire. On va garder cette nouvelle pour nous, provisoirement. On ne touche à rien. On ne cherche pas à faire disparaître la main surnuméraire. On examinera calmement cette main après la visite de la délégation. Ils voudront revoir la grotte, mais ce n'est pas l'essentiel. Ils la connaissent dans ses moindres détails, et ne vont pas s’attarder à ce côté protocolaire de la visite. Ils viennent surtout pour des raisons juridiques, financières et légales. Après leur départ nous aurons tout le temps de résoudre ce mystère.

 

*

Journal de bord d ’Ernesto Sanchez rédigé à époque de la visite de l’Unesco.

J'affirme que je n'ai pas rêvé tout ce qui concerne la 830ème main, les grattements réguliers et cadencés sur la paroi, la certitude que quelque chose, disons une forme d’entité pensante cherche à communiquer. Dans les temps qui ont suivi, j'ai fait des rêves où je voyais ces êtres. Je percevais des formes de bienveillances non belliqueuses. Cependant aucune forme de message intelligible ne parvenait jusqu’à moi. Par conséquent je ne pouvais formuler une quelconque réponse. Tout cela n'est pas le fruit de mon imaginaire, parce que Pedro faisait le même genre expériences diurnes/nocturnes que moi. À mesure que les semaines passent nous avons l'un et l'autre le sentiment d’expérimenter une forme d'accroissement des capacités de nos sens à percevoir certaines réalités. Nous, des scientifiques expérimentés à la tête froide, constatons d’étranges phénomènes. Une inquiétude envahie de plus en plus nos corps et nos esprits. Tout s’amplifie autour de nous.

Le journal d'Ernesto Sanchez s'arrête au 3 mai 2022.

Il a été miraculeusement retrouvé dans les décombres de l’effondrement de La Cueva de las Manos (« Grotte des Mains »). en 2077, mais depuis, conséquence du réchauffement constant de la planète, celle-ci s'est littéralement mise à fondre, entraînant l'extinction quasi-totale du vivant, humains compris,  en raison du degré extrême de pollution et de radiation qui a rendu l’atmosphère terrestre irrespirable.

Désormais nous tentons de survivre en nous adaptant à la vie aquatique dans des vaste capsules marines construites en urgence.
Nous, c'est-à-dire les derniers survivants d’une humanité en voie de disparition.

Dernier rapport rédigé par Augustina Sanchez, descendante d’Ernesto Sanchez.
Fosse sous-marine de survie de l’ancien océan Pacifique Nord, en l'an 96 après « La Catastrophe ».

 

mardi 23 juin 2026

La disparition (façon AlainX)

Petit amusement par temps chaud 

 Sur un site d'écriture, désormais devenu confidentiel, cette petite consigne :
« Racontez une histoire réelle ou inventée sur un objet disparu, du point de vue de celui qui cherche ou de celui de l’objet lui-même ou même des deux »

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Objet disparu
 (bien avant la canicule… et en espérant que celle-ci aille rapidement voir ailleurs si nous y sommes…)


Un matin, tu as disparu.
Moi j'étais perdu.
J'ai poussé un cri aigu
la lèvre me suis mordue.

Je t'emmenais partout
ne joue pas les voyous
où es-tu, avoue. 

Tu fus toujours poli
et même très poli
joli, anobli, une folie.

Pour moi la mer t'avait préparé
je n'avais plus qu'à te trouver
ça s'est réalisé
tu es mon petit galet

Fignolé par le temps pour mon bonheur
je t'ai saisi comme un voleur
sur la plage je fus cambrioleur
ton destin c'est mon cœur.

On dit que le bonheur tu portes
alors il a franchi ma porte
bienvenue dans ma bicoque. 

Ma poche est ta résidence
comme ma réjouissance
en toi nulle déficience
tu es ma providence

Galet plus que caillou
reviens, ne fais pas le fou
reviens au rendez-vous
d'avoir fui je t'absous.

**


Mon petit galet porte-bonheur a entendu. Il est revenu un beau matin.
 Il s'était égaré au fond d'un tiroir de ma table de nuit.
Nous voilà réconciliés
Il souhaite être présenté. Il ne dépasse pas 3 cm.



vendredi 17 avril 2026

Délire pour le week-end …

 

… Avec l'atelier « mil et une » sur une toile de Dali (sujet 182)
vu chez filigrane
 




Tentative de poème Dalien
Qu'on prenne qui peut 

  

Il était  gauche de ce côté-là
Le pinceau pinçait en jaune et bleu

Le pouce hier désastre 
Aujourd'hui la poussière des astres

l'oiseau s'envole
sans vol précis

Sa mer bleue broie du noir
Sa mère amère en amarre de tout 

À droite, c'est nu à jeux
le bras zéro froid n'est pas taupe
sombre héros en haut
pied noir en bas
va-t-on enfin réussir à le prendre


Dali ! Da !
Ça ira dit 
oui ça irradit ?

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samedi 7 mars 2026

Petit défoulement du week-end


Après mes divers proverbes illustrés, voici que je tombe (sans me faire mal) sur des propositions d'écriture ou d'illustration de « l'agenda ironique » qui semble sauter de blog en blog. La proposition pour mars se trouve ici

Il est question des Émoji ou émoticônes que nous utilisons tous. Malheureusement il en manque, selon l'auteure de la consigne : comme la framboise, le pangolin, l'entonnoir, le rein, et bien d'autres choses qui ne sont pas nommées.

Voulant contribuer à l'amélioration du système, voici quelques propositions, qui j'espère vous amuseront un brin en ce week-end de brouillard, du moins là où je suis.

 

La tête d'ail qui rigole : 

 

 


 

Jean,  l'entonnoir qui rit et qui pleure :

 

 


  


des reins tout tristes !


 

 la framboise :


 le pangolin :


 Et voilà !

Fin de mes élucubrations du week-end 

samedi 28 février 2026

L'escalier — écrit pour un atelier d'écriture

 

Un texte sur une proposition que j'ai faite pour l'atelier d'écriture Kalïdoplumes.

 



Regardez cette image…
 Laissez votre imaginaire vagabonder…
… en descendant l'escalier
.
Où cela va-t-il vous mener ?
Racontez…


Voici ce que j'ai pondu :

Ce n'est pas la première fois que je passe devant cette descente d'escalier, hésitant, n'osant pas m'aventurer. Et puis, aujourd'hui, je me sens pris de hardiesse. Il n'est plus temps de tergiverser. Alors, assez timidement, me tenant à la rampe, j'y vais.

Évidemment, je ne suis ni très malin, ni prévoyant, je ne me suis même pas muni d'une lampe de poche. J'aurais dû. Car il y a beaucoup plus de marches que je ne le pensais. Tant que la lumière du jour m'éclaire, ça va. Mais peu à peu le sombre gagne du terrain. Je décide de remonter et d'abandonner. Mais, mystérieusement, mon corps est d'un autre avis, mes jambes continuent à descendre les marches, presque contre mon gré. Ce n'est pas raisonnable me dit ma raison, continue se murmure-t-il au fond de moi.

Et puis tout à coup : plus aucune marche, juste une porte et sous celle-ci un rai de lumière. J'empoigne la clenche, je baisse un peu les paupières et j'ouvre.
Le sol est plat à présent. Une lumière douce, venue de je ne sais où, baigne un long corridor qui semble  n'en plus finir. De chaque côté il y a des rayonnages et des livres, des livres, des livres à perte de vue. De quoi lire pour toute une éternité.

J'avance lentement, étonné, mais sans peur ni crainte. Comme si j'étais conduit vers je ne sais quel destin. À mesure que je marche, les livres sont des éditions plus anciennes. Le corridor continue en forme de courbes si bien que je n'en vois pas le bout.. Et puis tout à coup j'aperçois au loin une silhouette comme assise derrière une grande table qui fait la largeur du corridor. Je marche plus lentement, par prudence. Mais qui donc peut bien vivre là ? Tout du moins s'il s'agit d'un être humain… car la silhouette est assez curieuse, on dirait qu'elle porte sur la tête un long chapeau conique de clown, aussitôt je pense : «  turlututu ! Chapeau pointu ! » en me mordant la lèvre.

Me voilà devant la table où il y a une chaise. C'est bien un être humain, un genre de mage pour histoires d'enfants (tiens, il doit sûrement y avoir des livres pour enfants dans tous ces rayonnages…). Une voix grave mais douce s'adresse à moi :
— Assieds-toi, mon enfant. !
Mon enfant… il me fait sourire… je viens d'avoir 30 ans, je suis prof de littérature ancienne à l'université, avec ma compagne nous avons deux enfants.
— Comment t'appelles-tu, mon petit, ? Est-ce que tu es sage avec papa et maman ? Est-ce que tu travailles bien à l'école ?
Mais qu'est-ce que c'est que ces questions idiotes ! Je vais me réveiller, je suis en plein rêve. Mais voilà que je lui réponds avec assurance, que je suis « tête de classe » et que j'aime l'école et ma jolie maîtresse.

Alors il me parle de mon avenir, que je deviendrai prof de littérature (mais ça je le sais, banane !), Mais il ajoute que je publierai des livres qui marqueront mon époque, ce pourquoi j'aurais le prix Nobel de littérature vers ma soixantaine.
Bon, il serait temps que je me réveille.

Le type se lève, derrière lui il y a une bibliothèque classique en bois précieux, que d'ailleurs j'aimerais posséder, il ouvre, prend un livre à la couverture ancienne de cuir précieux. Il se rassied, il tourne vers moi le livre, le tenant à deux mains, sur lequel il est écrit : « Ceci est le Livre de ta Vie ». 
J'observe alors qu'il y a un fermoir et un petit cadenas. L'homme a sur son index une petite chaîne en or avec une petite clé. Je m'avance pour la saisir. Il retire sa main d'un « chut ! » : — Pas aujourd'hui ! Tu reviendras en temps voulu ! Alors tu connaîtras tout de toi, de ta vie jusqu'à ton dernier souffle !… Mais le désires-tu ? Ouvriras-tu le petit cadenas ? Ça peut être merveilleux ou très dangereux ! Rentre chez toi maintenant, Reviens dans une semaine.

Il ouvre un tiroir sous le bureau, saisit une petite lampe torche et me la tend : « tu vas en avoir besoin ». Puis il se lève, s'éloigne, et disparaît par je ne sais quelle porte dérobée… à l'instant même la douce lumière disparaît. L'obscurité s'installe.
Je comprends alors ce qu'est la bonté : une petite lampe torche…

Tout se brouille dans ma tête en rebroussant chemin, en remontant l'escalier vers la lumière du jour. C'est infiniment curieux, j'ai vécu un rêve éveillé en marchant.
Je fais quelques pas, malhabile, hésitant, puis je me retourne.
Le livre est toujours là, mais c'est un monument de pierre en hommage à la littérature, sur lequel il est écrit « la littérature ouvre sur le Grand mystère ».
 Aucun escalier à descendre. 

Est-ce que j'aurai l'audace de revenir ? D'espérer l'escalier pour revoir l'homme ?
Et puis, de terribles mots s'imposent : 

— Vivement la semaine prochaine !


vendredi 6 février 2026

Vendredi 13 et Saint-Valentin (atelier d'écriture)


Changement de registre, après le billet précédent.
Un petit tour du côté des ateliers d'écriture.
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Texte pour « l'agenda ironique » de février, avec une proposition d'écriture que l'on trouve ici.

résumé de la proposition :Comme en 2015, cette année-là Saint-Valentin tombe un samedi qui succède pile à un vendredi 13. Il s'agit là d'un accident calendaire. Il faut traiter le sujet de cette manière. En plus il convient d'évoquer Francis Cabrel et, qui plus est, ne pas oublier la photo jointe, d'une soirée littéraire chez Flammarion en 1926.
Donc, y'a plus qu'à !…

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Ce jour-là, de février, je roule tranquillement sur la route de ma vie, jetant de temps à autre un œil dans le rétroviseur, sans pour autant abîmer ma rétine, afin de vérifier que dans le passé je n'y suis plus, car, on ne sait jamais. Je l'avoue, je n'aurais pas dû et pas aussi longtemps.

Évidemment, arrive ce qui doit arriver : un terrible accident calendaire, juste là, devant moi, sous mes yeux. Ça ne se produit pas tous les jours, ni tous les ans. Le vendredi 13 février, cet imbécile, n'a pas pris la déviation pourtant parfaitement indiquée en amont. Et voilà, ce gros cul entre en collision frontale avec le samedi 14 jour de la Saint-Valentin ! Imaginez un instant l'hécatombe de tous ces amoureux qui viennent d'être victimes de cette horreur.

On lui avait pourtant dit à ce poids-lourd de vendredi 13, cet énorme bahut, de passer par la déviation. Seuls les vendredis 12 sont autorisées à circuler, à l'instar des 12 lunes de l'année, des 12 heures du jour,  des 12 tribus d'Israël, 12 dieux de l'Olympe, 12 travaux d'Hercule, 12 signes du zodiaque, et j'en passe… (sa sœur aussi).

Heureusement, on fait rapidement appel aux 12 mercenaires. Ils ont quitté le film aussitôt, pour venir donner un coup de main aux policiers à coups de revolvers. Mais déjà le SAMU arrive, pour secourir les cœurs blessés des amoureux amochés. 

Personnellement, j'aurais pu moi-même aider. Puisque je suis écrivain, je suis capable de me transformer en urgentiste en à peine quelques  lignes rapidement écrites. Mais j'ai rendez-vous.

Je suis attendu à la librairie « Flamme à Rion » pour préparer la remise des prix littéraires aux lauréats du certificat d'études.


  

Soirée littéraire à la librairie Flammarion, 4 rue Rotrou, Paris,  1926.

 
Sont en lice :
— Riri, Fifi, et Loulou vont à la pêche aux moules frites
— Le Secret de La Bignole
— Le Trésor de Raclette la Courge

Les débats sont houleux comme la photo ne le montre pas.
Certains n'aiment pas la raclette, d'autres n'ont pas la frite, Aristide Buanderie n'a jamais touché une moule, Simone d'Abreuvoir s'abstient parce que Riri est son amant. Léon Foucault dit qu'il choisira selon ce que son fameux pendule lui indiquera. Cette méthode est refusée par Justin Panthéon qui espère y entrer.
Pour mettre fin à cette philippique les trois dames au chapeau-cloche le font tinter : digue, dingue, donc. Il faut voter maintenant.

Le calme revient, l'homme qui prend des notes se dirige vers le gramophone pour hisser le pavillon et poser sur le plateau tournant le dernier 78 tours de Cabrel :


 le moteur que j’allume
M’aide à prendre lentement
À prendre ma place dans le trafic
(...)
 Et quoi que je fasse
Il faut que passent les voitures noires
Je suis un mutant, un nouvel homme
Je ne possède même pas mes désirs
Je me parfume aux oxydes de carbone
(...)
déjà mes enfants savent
Qu’il faudra qu’ils s’habituent
À prendre ma place dans le trafic
Ma place dans le trafic 
*
— Francis Cabrel — 1981



samedi 17 janvier 2026

L'interview de Dieu

 Petit exercice littéraire sur une proposition de Jobougon pour l'agenda ironique de janvier 2026, que l'on trouve ici
Voici des bouts de phrases imposées et il faut: en placer quatre dans le texte :
1 – Aujourd’hui à midi pile
2 – Ça ressemble presque à une blague
3 – Succession de bruits
4 – Comme un avis à la population
5 – Cherche toujours
6 – Sujet brûlant
7 – Profonde pensée philosophique
8 – Ça a l’air vieux mais
9 – Pas de place pour

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En tant qu'envoyé spécial permanent pour tout ce qui est religieux ou ésotérique, la rédaction de Paris-Flash (le poids des vieux, le choc des gros mots) me demande de lui ramener une interview de Dieu, sujet brûlant s'il en est dans le contexte international actuel.
J'ai donc appelé le secrétariat du Grand-Saint-Pierre : Paradis 666 00. L'attente est interminable… on voit bien que le mec a l'éternité devant lui… ça a fini par décrocher :

— Allô ?  Ici le secrétariat à l'ambiance infernale, Cruella à l'appareil, c'est pourquoi ?
— Je souhaiterais obtenir un interview avec Dieu en personne, enfin, si toutefois Dieu est une personne, à défaut un membre de la Trinité pourrait faire l'affaire. Généralement ces gens ont une profonde pensée philosophique. Après je bidouillerai le truc de mon côté pour le rendre compréhensible par des terriens..

— Excusez-moi, mais je connais mal la procédure à respecter, vous savez je ne suis que stagiaire, je viens de l'enfer, je suis là pour une réduction de peine.
— Je croyais que l'enfer c'était pour l'éternité ! Que je me suis étonné

— Oui, mais ça c'était l'ancien Dieu ! Depuis il a été viré et renvoyé sur terre, comme vous vous en doutez c'est pire qu'un enfer cette planète…
— Alors, c'est qui son successeur ? Me suis-je enquis

— New-Jupiter ! Un dieu entièrement relooké. Une beauté à tomber. Quittez pas je consulte l'agenda… alors voilà, j'ai un créneau pour le 1er janvier terrien 2027. Z'avez de la chance le votre de Jupiter a décommandé sa visite hier soir, trop de problème avec son peuple.
— Mais je ne peux pas attendre jusque-là ! Je dois déposer mon article pour la fin de la semaine !

— Quittez pas, je vais voir, New-Jupiter m'a à la bonne, il adore les nanas dans mon genre, bien roulées et prêtes à tout.


Ça ressemble presque à une blague ce que je vous raconte, mais je vous assure, c'est la pure vérité divine du moment. Cruella m'a branché sur une musique d'attente : « les mésanges dans nos campagnes ont entonné un chant nouveau, celui des corbeaux. Glo...oooo...ooo...oooo.. ria ... à gorge déployée ».

 
Tout à coup, une succession de bruit dans l'appareil téléphonique, un vrai tintamarre, pire que la musique métal, sur fond de corne de brume et de bruits de chaînes du Père Noël.
Écrire ça dans mon article ça fera un bon début. et puis tout à coup une voix fluette : 

— Allô allô ? Ici New-Jupi en personne, que c'est moi la divinité qui te cause. Tout va comme  vous tu veux sur la terre ? Ici c'est pas du top de Dieu, mais au moins du top  de Moi. 
 Quoi c'est-y  qui y a pour ton service gamin ? Une interview ? Mais c'est impossible mon gars, je boude la terre et les français en particulier, car le hic c'est qu'ils sont laïques, pour ça ils méritent des cliques et des claques. D'ailleurs je lis dans tes pensées de petit journaleux (oui, Jupi-le-New est omnipotent, omniscient et omnivore) qui recherche du sensationnel pour sa revue au papier trop glacé qui me fait froid dans le dos.
Je vais raccrocher et sache, petite tête de stylo plume, que je déteste l'humanité sur cette planète minable, que j'ai bien l'intention de faire exploser un de ces quatre. Mais bon, j'attends encore, car avec toutes vos bombinettes atomiques vous allez bien arriver à faire le boulot à ma place. Grouillez-vous, car ma patience a des limites, elle n'est pas éternelle.

Là dessus, New-Jupiter a raccroché.
Va falloir que j'appelle le rédacteur en chef et lui dire que s'il ne veut pas s'attirer toutes les foudres des religions, des plus gentilles aux plus virulentes, il faut qu'il renonce à un article dans Paris-Flash, car désormais, Dieu, c'est pas ce qu'on croyait. Mieux vaut maintenir les croyants de tous poils dans l'ignorance de ce qui les attend.

lundi 21 avril 2025

Le retour des devoirs de « Lakevio du Goût » : numéro 201.

 
On ne peut que se réjouir de voir « le Goût des Autres » nous proposer à nouveau des consignes d'écriture, signe qu'il est revenu à meilleure santé !
 

Histoire de nous remettre dans le bain, je vous propose de dire ce que vous ressentez à la vue de la Dame de Shalott, ce tableau de John William Waterhouse censé traduire la pensée de lord Tennyson lorsqu’il écrivit le poème éponyme.

Même si lundi est le lundi de Pâques qui vit sortir à la surprise générale le Christ sortir de sa tombe, et dire bêtement à Marie-Madeleine qui ne demandais que ça « Noli me tangere », je compte sur vous pour donner à ce lundi toute la sensibilité nécessaire.

 

Madame, Monsieur,


Je m'en va vous narrer l'histoire célèbre entre toutes de la Dame de Shalott, (mais non, pas d'échalotes !), qui le matin de Pâques s'en alla retrouver sa barquette, non pas d'œufs de Jeff de Bruges, mais néanmoins sa barquette de luxe, parée des atours de son rang, qui forcément est le premier.

Si nous étions à l'époque décadente du XXIe siècle, des âmes incultes déclareraient certainement d'un air hautain « qu'elle fait la gueule… ». Voilà qui serait inapproprié,  qui plus est hautement contestable et non conforme à la réalité, nonobstant que celle-ci soit le plus souvent alternative à cette époque qu'il faudra  très vite oublier.

Non, ce qu'elle déplore, c'est à quel point l'endroit est dégueulasse, la flotte pue littéralement,  que s'en est une infection. C'est glauque, sale, poisseux, très mal entretenu par le Seigneur du lieu, qui soit dit en passant n'a strictement rien à voir avec le Dieu que fêtent les adorateurs du Graal chaque année en bouffant du chocolat à s'en rendre malade. Il est des civilisations d'une étrangeté particulièrement étonnante.

Mais revenons à la Dame dont s'agit. Elle a fauté ! Elle est tombée en amour comme on dit ailleurs. Un amour chevaleresque avec un chevalier, ça va de soi . Un nommé Lancelot qui n'en a rien à foutre d'elle,  soit dit en passant par la Lorraine avec des sabots . Elle  le voyait dans un miroir. (miroir ! Mon beau miroir !…).
 Histoire de vérifier si celui-ci n'était pas déformant, elle voulut l'admirer par la fenêtre pour du vrai de vrai comme dit un gosse que je connais. Pas de bol ! C'était une très mauvaise idée… l'inventeur de l'histoire l'avait assortie d'un sortilège de derrière les bouteilles de vin de messe. Malheur à elle si elle regardait par la fenêtre : la mort ! La pauvre, qui n'en a cure (de jouvence), jeta un œil dehors, espérant qu'il y déambula. Que nenni ! Lancelot était déjà parti pour tenter de retrouver le sang du cadavre du fameux dieu mort, mais pour trois jours seulement , tout là-bas, en terre dite saine et Sainte.

Bon, vous me direz, voilà une histoire foireuse d'amour sans intérêt. Vous auriez raison, mais attendez la fin, si toutefois vous  aimez les trucs bien crades.  Parce que pour tout vous dire,  elle a pris  la barque pour aller vers la mort. C'est comme je vous le dis. C'est pourquoi il y a trois bougies dont deux sont déjà éteintes. C'est un signe non ?

La barque  où elle s'embarque est celle du célèbre Charon qui l'a revendue à cette brave Dame de Shalott, parce que sa coque était toute pourrie. Notre héroïne peinte  avec ses longs cheveux et son vêtement blanc fait donc une tête d'enterrement car de mourir bientôt  elle en a pleine conscience. (Elle pratique la méditation de pleine conscience depuis lurette). Pour se sauver de ce péril il fallait qu'elle se rende à Camelot (le repère où habite Lancelot et son équipe de chevaliers  des tables rondes comme des queues de pelles), histoire de trouver la Cassette qui contenait la camelote dont elle avait besoin pour traverser l'Achéron sans péril et ne pas être engloutie dans l'empire des morts.

C'est là qu'on voit combien les légendes se télescopent et s'entrecroisent pour le plus grand bonheur des complotistes de tous poils et de toutes époques.
Et c'est là aussi qu'on se dit que ce texte est totalement dénué d'intérêt.

Pour ma  part je  préfère et de loin rejoindre la barque pour Cythère qui offre des perspectives bien plus exaltantes et voluptueuses.