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jeudi 9 avril 2026

La patrouille.

  

Par je ne sais trop quel enchaînement, en faisant une recherche sur Internet, je tombe sur « La patrouille des Castors » et mieux encore la BD « Le Disparu de Ker-Aven » qui a marqué mon enfance.

De fait, j'ai oublié l'histoire, mais  à l'époque, la couverture du livre, je l'ai regardée bien souvent entretenant le mystère que j'aimais y voir. 

J'inventais une autre histoire.  
Pourquoi ce rocher en forme de tête? Pourquoi l'ombre de ce bras en bas à gauche, et surtout cette main tendue, comme une menace, ou un appel à l'aide..
Le jeune scout, évidemment, c'était moi, en danger. Mais j'allais m'en sortir, ce n'était pas possible autrement. J'avais la force de mon foulard scout.

 

 Alors je suis parti à la recherche de l'autre opus, le premier, « Le mystère de Grosbois ». Il n'y a que ces deux albums que l'on m'a offerts. À Noël sans doute, mais je ne sais plus qui. 

Ce furent les seules B.D. de cette série que j'ai pu lire.
Ils avaient de la chance les jeunes de cette « patrouille ». (Pas trouille ?) Ils étaient ensemble, solidaires, inséparables, et surtout jamais seuls !

C'était AVANT
avant que ma vie ne bascule dans la paralysie.

 **

Me voila alors passé dans l'APRÈS.
Il m'a permis d'accéder à un « être ensemble », en collectivité, pour quelque chose qui nous concerne tous  : apprendre à vivre « autrement », où j'ai passé trois années de  mon existence.
Avec quelques-uns,  je fonde un club. Avec ses codes et ses valeurs. Je vis sans en avoir conscience une dimension de leader qui rejaillira plus tard.

Remonter du fond  de  l'abîme : une aventure qui forge.

Et nous voilà ce jour. 

mercredi 28 janvier 2026

Cet enfant que je ne connais pas




Tu l'ignores, mais j'ai quasi tout oublié de toi, petit garçon.

L'original de cette photo est tout petit. Grâce à l'IA, j'ai pu l'agrandir et l'améliorer grandement. Je ne sais pas où elle a été prise, ni par qui, ni comment elle est atterrie un jour dans mes archives photographiques. Au dos,  juste ton/mon prénom, pas de date. Probablement une photo de vacances. En tout cas assez loin de chez nous. Il y a un chat. On n'a pas eu de chat à la maison.

Je sais, petit garçon, que tu as marché « normalement », que tu aimais courir à perdre haleine, que tu faisais du cross-country et que tu étais fier d'être arrivé dans les premiers de ta catégorie, lors d'une épreuve organisée par l'école. Que tu faisais de grandes balades à pied, en ville, et à la montagne durant les vacances, tenant la main de ton/notre papa De cela je me souviens, c'était quelques semaines, quelques mois, avant la paralysie complète.

C'est de ta petite enfance dont je n'ai quasiment aucun souvenir. Et même le « quasiment » est en trop. Mais je n'ose écrire « absolument aucun ». Mes filles (oui je te le dis, je me suis marié j'ai eu des enfants) qui approchent la cinquantaine racontent des souvenirs de leur 4/6 ans. Moi jamais, faute de mémoire.

Je revois cependant par cette photo, l'enfant solitaire que tu as été. Qui découvre que l'on peut jouer avec un chat. Je crois que je t'aurais bien aimé si nous avions pu être deux. Enfin je veux dire que si j'avais été « un grand frère », sûrement que je t'aurais aimé. Mais pourquoi donc mon frère, ce « grand », lui, ne m'a jamais aimé vraiment. Je débarque 10 ans après et il perd son statut de fils unique. La tuile !

Je vais faire comme dans cette émission télé : en te voyant sur cette photo qu'est-ce que j'aurais envie de te dire aujourd'hui, moi qui connais la suite de l'histoire ?
— J'aime autant te prévenir, tu vas avoir une vie d'une richesse incroyable. Alors bien sûr tu vas traverser une épreuve difficile, très difficile, mais je peux te dire (croix de bois, croix de fer, si je meurs j'vais en enfer) que tu vas ressortir grand vainqueur, avec une force de vie et une détermination que tu ne pouvais imaginer avant. Tu le comprendras bien plus tard, mais frôler la mort, ça t'a sauvé la vie !

N'empêche, petit garçon, mes souvenirs de cette époque-là demeurent très peu nombreux et dans un flou non artistique. J'ai souvenance néanmoins que tu parlais à ton ours, ton seul confident, et qu'il te répondait, même si les adultes ne comprennent jamais rien à ce genre de dialogues indispensables.
Tu traînais l'image d'un mauvais élève, d'un incapable et bon à rien. D'autant qu'on te le répétait. Mais moi j'ai retrouvé des vieux bulletins, et leurs mentions remarquables. Tu fus au tableau d'honneur en raison de ton prix en rédaction, et petites choses de ce genre. Je suis pas sûr que tu ne t'en réjouissais pas vraiment, d'autant que tu te persuadais qu'il pourrait y avoir que des erreurs à ce niveau te concernant. Les adultes appellent ça « le syndrome de l'imposteur »

Bon, je vais te remettre dans la boîte à souvenirs.
Toutefois une dernière chose : à propos de tes cheveux, tu te souviens sûrement des propos de ton père chez le coiffeur  : 
— « Bien dégagé derrière les oreilles ! ».
Ça se voit sur la photo ! 
Tu ne disais rien… mais n'en pensais pas moins… 

lundi 8 décembre 2025

Téléthon

 

L'autre soir, j'ai regardé le Téléthon. J'ai même appelé le 36 37.
Ma relation à ce « système AFM » a été fluctuante au fil des années. Je suis allé voir dans mes vieilles archives, ayant souvenance de l'avoir évoqué. Je retrouve un texte de 2006. 20 ans exactement. Rien n'a changé : toujours Miss France et le téléthon le même soir.
J'en publie quelques extraits. J'étais vachement plus virulent il y a 20 ans ! (Bien trop long aussi et parfois brouillon),
Est-ce que je me suis trop émoussé ? Est-ce que je ne m'indigne plus suffisamment ?
Synthétisons : suis-je devenu si vieux que ça ?


Cependant le fond de contestation demeure : la responsabilité de l'État dans ce système de purification génétique.

Extrait de mon blog de décembre 2006 :

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Miss France et le Téléthon

Une fois n'est pas coutume, il y aura ce soir à la télévision deux programmes très complémentaires et le choix sera difficile.
D'un côté l'élection de Miss France, le déballage d'ersatz de la beauté ; de l'autre le téléthon, le déballage d'ersatz de la compassion.


Étalage des corps (étalage décor)

Ce soir la télé va vous montrer des corps.
Vous y aurez droit des deux côtés. Vous pourrez admirer de belles plastiques où vous apitoyer sur des enfants déformés. Votre côté voyeur sera pleinement satisfait, avec un zeste de piquant en zappant d'une chaîne à l'autre. Jeunes corps quasi dénudés exhibés d'un côté ; jeunes corps déformés par la maladie, cachés au fond des fauteuils roulants, d'un autre.

L'objectif de ce voyeurisme est le même. Dans les deux cas, il s'agit de vous émoustiller, mais pas au même endroit ni de la même manière...
En regardant "les anormaux" du téléthon et en les comparant aux beautés répertoriées et interchangeables des Miss, vous allez être dérangés au beau milieu de vos neurones. Déstabilisés par ce contraste. Alors pour y mettre fin vous serez prêt à faire un don, afin de ne plus voir dans l'avenir "les anormaux", qui dérangent la quiétude lisse de l'élection de Miss France.

Car finalement c'est bien ce vers quoi il faut tendre. L'uniformisation de la race humaine. A peu de choses près, toutes les Miss ont sensiblement le même corps, la même plastique, la même taille, des mensurations contenues dans des normes précises. "Les anormaux" sont disparates, ils nous provoquent trop par leurs différences, par leur aspect "pas-comme-tout-le-monde". Or c'est vers cela qu'il faut tendre. Que chacun soit comme tout le monde et le bonheur devrait finir par apparaître. 
Le monde merveilleux des Miss voilà un réel projet de société.
Le monde merveilleux sans les "anormaux" et les handicapés en voici un autre, plus intéressant encore.


Sélection des meilleurs

 La recherche en vue de développer l'aptitude au bricolage dans les gènes humains, est l'essentiel des financements de l'AFM. 
Soigner en vue de réparer les conséquences des loupés de la nature, est une chose ; intervenir sur l'origine de la vie (en bricolant le génome humain) pour tenter de supprimer la cause première, c'est tout autre chose...  Sélectionner les embryons, en triant les bons des mauvais (diagnostic préimplantatoire), ouvre sur des perspectives qui devraient nous interroger quelque peu... 

C'est un peu comme l'élection des Miss. Le jury va sélectionner la meilleure. Le chercheur-appreti-sorcier, sous son microscope, va se comporter comme le jury et sélectionner aussi le meilleur embryon, puis congèlera les autres et un jour les détruira.
C'est comme avec les Miss. Les jeunes femmes  "insuffisamment normalisées" sont renvoyées à la maison.  mais, pour l'instant elles ne sont pas détruites comme les embryons ... 

A quand l'élection de Miss France génétiquement purifiées ?

heureusement,  le show du téléthon, les propos lénifiants des animateurs, tout comme l'extase d'un jury devant les Miss, sont là pour nous empêcher de trop réfléchir. Ce qui compte c'est de voter pour la plus belle d'un côté, de faire le 36.37 pour donner des sous de l'autre.

Ensuite,  la bonne conscience en bandoulière, nous passerons à autre chose... Et il faudra bien se poser la terrible question cruciale :


— Qu'est-ce qu'on va donc bien manger à Noël cette année ? 

 

mardi 2 décembre 2025

La personne abandonnée



Combien furent-elles/ils, les abandonné(e)s, à venir dans mon cabinet de consultation ?
Je n'ai pas décompté. De nombreuses personnes en tout cas. Sans vouloir catégorier on peut toutefois quelque peu distinguer :

— Les « abandons objectifs », à la naissance, « né sous X », ou la mère décédée dans la toute petite enfance, et autres cas particuliers comparables.

— Les gens qui vivent le « sentiment d'abandon » jusqu'au plus profond d'eux-mêmes  par celles et ceux qui avaient en charge leur éducation, à commencer par les parents, et en premier la mère. Sentiment ressenti fréquemment dans bien des circonstances, à l'école, puis adulte et même plus tard jusque dans leurs relations amoureuses.

Ces accompagnements se déroulent fréquemment dans la durée et selon mon constat, celle-ci est plus longue avec les hommes. Je n'en fais pas une loi générale,  c'est uniquement mon expérience. Je crois que l'homme, même s'il s'en défend généralement, est plus fragile dans la mesure où il cherche à s'en sortir  par rebondissements successifs, suivis souvent d'échecs successifs.
Les femmes ont une capacité de résilience plus intense. Elles accèdent plus facilement à la profondeur de leur personne. Elles sont plus matricielles. Plus intériorisées.
Plus proche des aspects émotionnels, relationnels, sensoriels et spirituels.
On me dira que je schématise et simplifie. C'est partiellement vrai. Je n'écris pas ici un traité sur tous ces sujets…

Le sentiment d'abandon est souvent complexe. Les situations très différentes. L'enfant a été « bien éduqué », selon les principes reçus, la lignée familiale, le milieu, les théories éducatives de l'époque parfaitement appliquées.  Bref, les parents ont fait comme ils pouvaient avec ce qu'ils étaient.  Des parents ordinaires, pas plus mauvais  ou meilleurs que d'autres… ou que moi-même…

Et pourtant l'adulte continue à se sentir comme ayant été abandonné. À 40 ans il/elle continue à en souffrir. Dans sa fratrie,  la personne considère être celle dont on s'occupa bien mal. On préférait les autres frères ou sœurs. Parfois la jalousie s'installe et justifie des processus de vengeance plus ou moins subtils, moraux ou physiques. Cela n'arrange rien, développe fréquemment une forte culpabilité destructive. Autrement dit : l'impasse.

Dans le long travail que  j'ai  entrepris sur moi-même pendant plusieurs années, je fus confronté au « sentiment d'abandon » qui me  fit remonter  à ma petite enfance avec des spasmes d'étouffement devant ma thérapeute. Mais qui donc m'étouffait ainsi ? 
La clé arrivera plus tard, par une amie de ma mère : Ma mère m'enfonçait le biberon dans la bouche. Elle le faisait tenir avec des coussins, puis allait s'occuper des clients dans la pièce à côté.
C'est passionnant de pouvoir vérifier certains ressentis en thérapie par une explication objective d'une tierce personne de l'époque. On se dit qu'on ne s'est pas leurré durant la séance sur la réalité objective, sur le factuel de l'époque.
 Et en plus il paraît que Madame ma mère était fière de cette manière… de m'abandonner… pas étonnant que je déteste le lait depuis toujours…
Néanmoins le travail fut long… mais bénéfique…

Et aujourd'hui ? L'angoisse de l'abandon a disparu. Une crainte demeure quand je me sens en état de faiblesse, de grande dépendance. Je continue en ces cas-là à penser que tout  le monde finira un jour ou l'autre par m'abandonner… et que j'y perdrais la vie.

Je m'en sors en revenant à cette certitude de mes liens intérieurs les plus profonds. Cette sorte  de reliance fondamentale et fondatrice à ce « plus que moi en moi » qui fait mon identité d'être humain unique au milieu de mes semblables uniques. Nous tissons l'étrange toile de cette immense tapisserie planétaire  dont je suis un fil. 

Cette confiance demeure chevillée au corps que la solidarité finira toujours par triompher de l'égocentrisme mortifère. J'en ai  l'expérience. La lutte contre les séquelles de la polio était vouée à l'échec si elle avait dû se dérouler en solitaire. Je démontre cela le mieux possible dans mon livre « le passage se crée » : le passage de la mort à la vie. Je n'ai de cesse d'en remercier les vivants. Les vrais !

samedi 29 mars 2025

Hommage


Hommage à une jeune femme et un amour de la fin des années 1960 qui demeurent comme une traînée de lumière qui ne s'éteint pas. Voilà bien des années qu'elle est dans la tombe, quelque part, là-bas, je ne sais où exactement.

Cette chanson de Hugues Aufray me l'évoque toujours. Sa mélodie produit en moi ses effets comme une douce nostalgie. Hélas je ne suis pas étonné qu'elle soit partie bien trop tôt… il est des destins tragiques face auxquels nul ne peut s'interposer.






lundi 18 novembre 2024

En terre happy

 

200ème Devoir de Lakevio du Goût.

Je suis sûr qu’il y a chez chacune et chacun de vous une endroit qui, bien qu’il ait peu changé a subi un changement qui, pour petit qu’il soit, a modifié grandement votre perception de l’endroit où il a eu lieu.
Et je suis tout aussi sûr que vous mourez d’envie de le raconter…

Pour la suite de la présentation vous pouvez la lire sur le blog de « le goût »


En terre happy

La consigne demande d'évoquer un endroit lié à quelque chose d'important pour soi, et depuis cet endroit a changé…Bon, ben, ça en fait des endroits possibles dans ma vie ! Et a priori aucun ne s'impose à moi plus que d'autres.

Tous ces lieux modifiés au fil des années par la modernité, l'urbanisation ou la destruction, s'il m'arrive d'y retourner et que je n'y reconnaisse plus grand-chose, je pense à  certains quartiers de mon enfance qui ont tous été grandement transformés, ça ne change rien à mes souvenirs. Il suffit que je ferme les yeux et me voilà sur les lieux avant. Quand je les rouvre, je me dis que les rénovations étaient nécessaires, pas toutes réussies, mais certaines offrent de nouveaux enchantements.

En fait j'ai l'impression de ne pas être tellement ni progressiste ni passéiste, au sens que la réalité concrète, c'est le présent et rien d'autre. Mais il nous  est sans cesse proposé d'échapper au réel, soit par retour arrière, soit par élucubrations sur l'avenir dont on ignore tout. Le métier de prévisionniste est une superbe arnaque, qui fonctionne parfaitement. Il n'y a qu'à écouter les médias chaque jour. Et, comme tout un chacun, à mes heures, je me fais avoir.

Geneviève Tabouis, célèbre chroniqueuse politique, des années 50/60, aurait encore du succès avec son célèbre « Attendez-vous à savoir… ». Elle concluait toujours son éditorial à radio Luxembourg par : « Au revoir, Mesdames et Messieurs, et à dimanche prochain, pour les dernières nouvelles de demain. ». Mon père n'en loupait pas une. Comme gosse, je n'y comprenais rien, mais j'écoutais quand même, pour faire « comme les grands » (clin d'œil pour  mes vieux lecteurs et lectrices).

Alors je vais choisir l'inverse. La rue où j'allais à l'école, qui existe toujours, relativement semblable à elle-même. Cette école qui fut mon enfer. Et là lorsqu'il m'est arrivé d'y repasser, il y a bien des années, j'ai dû arrêter ma voiture à cause d'une envie de vomir qui m'a saisi.
Le petit déjeuner qui passait mal, certainement.
 
À l'époque, je travaillais sur cette enfance lamentable qui fut la mienne. Quand j'ai raconté ça à la  psy elle a esquissé un sourire avant de dire une phrase du genre : « Alors donc, il a vraiment fallu que vous alliez repasser dans cette rue ? »
J'ai répondu que c'était un peu par obligation, j'avais un rendez-vous dans le quartier. En fait j'ai menti , j'avais fait le détour sciemment.
La fine mouche m'a répondu : « Je ne vous crois pas ! » J'ai osé murmurer :

- « Bah moi non plus… »
Ensuite, durant la séance, j'ai trucidé post-mortem au moins quatre ou cinq frères des écoles chrétiennes !
Une séquence mémorable ! Oh happy day !

jeudi 29 août 2024

Abandon

 

J'ai mis du temps à ressentir ce sentiment d'abandon qui était enfoui au fond de moi.  Dans mon enfance je percevais la solitude qui était mon lot comme un élément ordinaire de l'existence, de la mienne, et probablement de la plupart des autres humains.
Alors, puisqu'il devait en être ainsi, je me suis mis à aimer cette solitude, enfin, à me persuader qu'il fallait l'aimer, puisqu'il n'y avait rien d'autre vers quoi porter mon affection. Enfin si, il y avait « mon ours » le seul être qui semblait me comprendre puisqu'il approuvait tout ce que je lui confiais avec un silence probablement complice. N'était-il pas seul lui aussi dans ma chambre ?

C'est le poliovirus qui, à l'âge de 12 ans,  me fit découvrir autre chose. C'est peut-être pour cela que je me  suis inconsciemment abandonné à lui. Je lui ai laissé le champ libre. Il a pu boulotter mes neuromoteurs jusqu'à se gaver, jusqu'à l'indigestion, ce qui l'amena à sa disparition définitive. 
Faible et démuni, voici mon corps à l'abandon.
C'est alors  qu'autour de moi on a commencé à prendre vraiment conscience de mon existence. En quelque sorte je me suis imposé paralysé.
 J'ignorais que ça pouvait être un pouvoir.

Me voilà passé de l'indifférence dans laquelle on me laissait, à sujet d'intérêt médical, de recherche, de sociabilisation expérimentale et de toutes ces choses qu'ils ont appelées rééducation, remise en vie, réadaptation, récupération des forces disponibles. Ce  fut un peu comme une opération de recyclage, concept tellement à la mode en ce XXIe siècle balbutiant.
Bonjour et bienvenue dans cette étape qui permettra de devenir un être recyclé.


L'abandon prend une autre forme. Il se fait plus actif. Une sorte d'abandon participatif. Parce qu'il faut le reconnaître je suis à sa merci. Mais c'est à moi de faire le choix de ma coopération. J'ai accepté de la donner à certains jours et carrément refusé à d'autres.
Une fois encore c'est bien plus tard que je comprendrais ce qu'il en est de « l'abandon confiant », composante indispensable à la vie, son surgissement et son épanouissement.
 C'est un pari. On peut gagner. On peut perdre.
Cependant ce dont je suis convaincu c'est que celles et ceux qui ne font  jamais ce pari ne se donneront jamais aucune chance de gagner. C'est ma conviction.

Eh bien, je le dis sans modestie et sans orgueil, ce pari je l'ai fait et je n'ai pas perdu.
On ne gagne pas non plus un quelconque pactole comme promettent les loteries sans jamais offrir le gros lot. 
Sans m'en rendre compte vraiment consciemment je comprendrais plus tard que j'ai fait le pari de la confiance en moi, dans mes "maîtres à revivre", qu'ils soient médecins, soignants, conseillers du psychisme, ou simplement offrant leur amitié ou leur présence bienfaisante. Enfin bref la découverte étonnante et un peu tardive de la  « vraie vie ». 

Soit résister, soit s'abandonner un choix crucial et réversible. La circonstance commande. Reste que l'abandon confiant est une résistance, un contre-pouvoir à celles et ceux qui croient que tout ira bien quand chacun aura la maîtrise de tout.

Je termine par cette citation de Romain Gary. Je peux la faire mienne mot pour mot :

"Je sais que la vie vaut la peine d'être vécue, que le bonheur est accessible, qu'il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce qu'on aime avec un abandon total de soi." 


vendredi 7 juin 2024

De l’utilité des mots sur les actes.

Ces derniers temps la nuit, je rends visite à mon père décédé il y a plus de 30 ans, parce que je me découvre des choses à lui dire plutôt dans le registre gratitude pour tout ce qu'il a fait pour moi et que j'ai ignoré au temps de son vivant.

Ce n’est donc pas que je rêve de mon père, mais en quelque sorte il vient à moi dans ma pensée lorsqu’elle est en roue libre, entre veille et sommeil.

Cet homme qui ne parlait guère de ce qu'il ressentait, mais agissait beaucoup en faisant « de bonnes choses ». Je n'étais pas assez futé dans ma jeunesse pour comprendre le moteur intérieur qui animait son âme généreuse.

Il n'y a pas d'âge pour les prises de conscience. C’est bien des années après son départ que je les ai faites. En retrouvant des documents, en comprenant mieux sa manière de vivre et les valeurs de sa vie. D’une certaine manière il était animé par : ce qui compte ce n’est pas de dire des mots d’amour, c’est de poser des actes d’amour.

Il posa beaucoup d’actes de ce type par rapport à moi. Je n’en ai rien su mais la réalité c’est qu’ils me furent excessivement bénéfiques. Parfois je me dis que mon état d’inconscience tenait de l’aveuglement, du manque de recul, et d’une forme d’immaturité, d’insouciance et d’inattention au réel.

C’est pourquoi il me faut ajouter ceci : Pour ma part je dirais que les deux (les mots et les actes) ont la même importance à égalité, la même nécessité, comme on a deux bras, deux jambes, deux yeux, etc. sinon ça n’est pas foutu mais il manque quelque chose ! C’est comme un amour qui serait amputé d’une partie importante de sa réalité.

Je voudrais pouvoir réparer cette forme d’injustice envers lui, car bien souvent je me suis senti délaissé, à la limite d’une forme d’abandon. Je le trouvais trop préoccupé par « ses affaires professionnelles envahissantes » et bien peu par son fils. Nous aurions dû avoir des conversations sur l’essentiel. Mais était-ce possible ? Il était tellement pudique sur ce qu’il ressentait comme si ce serait une faute de le faire. C’était rarissime quand il laissait transparaître ses ressentis.

J’ai écrit sur ce blog et aussi ailleurs, ce que je lui reprochais en ce sens et que j’ai interprété comme un manque d’intérêt pour moi. De cela évidemment je souffrais. C’est une partie de la réalité bien entendu, je ne l’ai pas inventée. Mais c’est seulement une partie, celle vue de ma fenêtre. Je veux que l’autre soit désormais visible plus clairement, même si j’ai toujours considéré mon père comme une belle personnalité avec un grand humanisme, un grand dévouement pour les gens et une droiture hors du commun… mais moi je me croyais constamment délaissé… et cependant je ne l’étais pas, faute d’en percevoir suffisamment les manifestations.

 

J’avais dans les 15/16 ans, nous étions seuls dans la cuisine, il se préparait une collation comme cela lui arrivait parfois, entre deux rendez-vous en clientèle, je l’ai trouvé taiseux et triste et il a eu cette phrase :

— « J’ai le spleen… »

il n’a rien dit d’autre, moi non plus. J’ai tellement été surpris de cette confidence qui lui échappait. C’est peut-être la première fois qu’il exprimait un ressenti plutôt profond et important.

Ce petit épisode que j’ai toujours gardé en mémoire, il dit beaucoup sur ce que fut notre relation sur ce registre.

Depuis, j’ai réalisé combien il « agissait dans la coulisse » pour mon bien propre. J’ai compris trop tard tous les bienfaits que je lui devais, moi qui me sentais tellement délaissé , il n’en était pas ainsi dans les faits.

C’est probablement pour cela que je me suis efforcé de ne pas agir de cette manière avec mes enfants. Non pas qu’ils avaient à tout savoir, loin de là, mais nous avons beaucoup dialogué sur ce que nous ressentions et vivons les uns par rapport aux autres. Mon épouse et moi nous avons voulu leur ouvrir l’accès à l’intériorité c’est-à-dire les inviter à rejoindre le fond de leur personne ou se découvrent et peuvent se déployer leur identité en toutes ses potentialités accessibles.

Ai-je réussi, au moins partiellement ? Ça n’est pas si mauvais au final, si j’en crois ce qu’elles sont devenues et leur épanouissement dans bien des domaines. De même que leur réussite en tant que femmes engagées dans la société. Et je me permets aussi d’ajouter la reconnaissance qu’elles expriment envers les parents que nous sommes pour tout ce que nous avons pu leur apporter. Je n’écris pas cela pour me faire mousser (qu’est-ce que j’en ai à foutre à mon âge où je n’ai plus rien à prouver). Je pense que je suis autorisé à la réjouissance de tous ces constats positifs, parce qu’au moins quelque part, ça sert à construire un monde un peu moins à la dérive que ce que l’on constate beaucoup actuellement.

Il se pourrait qu’un jour je me dise que j’ai apporté ma petite goutte dans l’immensité des océans de la planète. C’est pas grand-chose, n’empêche qu’il n’y a que des gouttes d’eau dans l’immensité de la planète.

(À suivre… peut-être…)

 

mardi 16 avril 2024

Partie de cartes

 

 Prêt-en-bulle (préalable à rendre jaloux "Le goût-des-autres").

J'ai perdu mon inspiration, si quelqu'un la retrouve, prière de me la rapporter.

Trop d'ennuis, de soucis, de problèmes qui tardent à trouver leurs solutions, jusqu'à mon informatique qui a clashé nécessitant un changement de bécane et de logiciel de dictée qui m'est à présent indispensable parce que physiquement je décline, et que je ne souhaite pas continuer à mettre 15 minutes pour écrire péniblement au clavier un texte de quelques lignes… Donc en attendant livraison et installation du matos, je farfouille dans mes archives encore disponibles et qui remontent à 2005 pour les plus anciennes. (en espérant que mon moral remonte lui aussi).

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Partie de cartes -  (Mars 2005)

C'était il y a longtemps. Oui, il est bien longtemps.
Il y avait de la bière, des sandwiches.
Des cigarettes et de la fumée.
On jouait, on buvait, on fumait, tard dans la nuit.

Elle n'aimait pas les jeux, ni boire, ni la cigarette.
Elle venait cependant près de moi, m'embrasser dans le cou.
Elle m'enlevait la clope des lèvres et infiltrait sa langue dans ma bouche.
Elle murmurait "arrête de fumer" en mordant ma lèvre.

La mère de Roger disait "ces deux-là il va falloir les marier rapidement".
Cela nous faisait rire.
J'avais du jeu, je gagnais.
Joël s'exclamait "tu as une veine de cocu !"
Je la regardais dans les yeux : « dis-moi que ce n'est pas vrai ! »
elle riait. « T'es bête »

Roger distribuait les cartes.
Elle passait sa main sur ma cuisse et remontait.
Je l'embrassais dans l'oreille soufflant : « arrête, t'es folle ! »
Elle continuait.

Plus tard, dans la voiture, elle recommençait.
Je ne disais plus t'es folle, je disais je t'aime.
C'est moi qui devenais fou quand sa bouche arrondie m'enserrait.

Je me suis souvenu de tout cela
parce qu'elle m'a dit l'autre soir : « tu te rappelles des parties de cartes chez Roger ? »
et qu'elle a eu ce même geste sur ma cuisse.

Bon sang ! Si je m'en souviens !






lundi 25 mars 2024

En mai fais ce qu'il te plaît

 

189ème Devoir de Lakevio du Goût.



Ce vendredi nous sommes le 22 mars.
Ce fut un moment important pour moi.
Mais pas que pour moi.
Mais pour vous ?
Je suis sûr que nombre d’entre vous se rappelle quelque chose d’un 22 mars.



En mai fais ce qu'il te plaît


Lorsque j’ai pris connaissance de la consigne et de l’illustration j’ai eu immédiatement la sensation d’avoir des souvenirs de vieux soixante-huitards. Le gars qui raconte mai 68 à ses petits-enfants qui n’en ont rien à cirer ! Ils pensent sans le dire, pour pas froisser le vieux, qu’on s’est gavé pendant les 30 glorieuses et qu’à présent on leur laisse une planète en ruine et qui sent la pollution à plein nez.


Je n’ai plus grand-chose à dire sur cette époque là. J’ai passé le bac rien qu’en oral, j’ai frôlé la mention très bien, normal, j’ai toujours eu pas mal de bagout à l’oral. Ensuite on est parti en vacances dans le Cantal. Puis la rentrée universitaire où on organisa des chahuts remarquables, et certains déclenchaient de belles bagarres avec les types d’extrême droite. 


Mais le plus sympa fut la rencontre d’Éliane au Resto U. 

On a rapidement confronté nos points de vue révolutionnaires.

De plus Éliane était forte en révolution mathématique. Elle ne tarda pas à m'apprendre que 1 + 1 = 1 au cours de leçons très particulières dans sa piaule.

Moi je n'avais pas mauvaise mémoire pour retenir les slogans à la mode.

Nous n'avons pas tardé à mettre tout cela en pratique comme le recommandait Mao dans le "Petit livre rouge", du genre « Si tu veux prendre un bain commence par construire ta baignoire. »


Ensemble nous avons appliqué religieusement les slogans à la mode concernant les nouveaux jeux de l'amour :


— Jouissez ici et maintenant

— Plus je fais l'amour, plus j'ai envie de faire la révolution. Plus je fais la révolution, plus j'ai envie de faire l'amour.

— Je jouis dans les pavés.

— Embrasse ton amour sans lâcher ton fusil.

— Vivez sans temps mort, jouissez sans entraves.


Hélas l'inspiration finit par se tarir et Éliane alla s'abreuver de grand air sur le Larzac.


Et vous savez le plus désespérant ?

J’ai appris quelques années plus tard qu’Eliane avait épousé … un CRS !








lundi 18 mars 2024

Souvenirs et délires

 

188ème devoir de Lakevio du Goût


Pourquoi cette salle est-elle aussi déserte ?

Pourtant on dirait bien qu’il y a peu quelqu’un était dans cette salle, Il a laissé des saletés par terre.

Que s’est-il passé au château. J’ai peut-être une idée, mais vous ?

On verra bien lundi

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Souvenirs et délires


En voyant la photo de cette salle, me sont revenus des souvenirs anciens, Du temps des premiers jeux vidéo avec mes filles il y avait « Alone in the Dark » c’était dans les années 80. Une découverte, un étonnement, on voyageait d’un endroit à un autre avec les flèches du clavier, passant d’un niveau à un autre. Il fallait résoudre des énigmes en fouillant partout. Enfin bref, les lecteurs de ma génération ont connu ces temps préhistoriques de l'Internet. J’étais dans un certain émerveillement, le mien bien sûr, mais surtout celui de mes filles en raison de la rapidité avec laquelle elles comprenaient les logiques et manières  de faire.

Quant à moi, je renouais avec mes difficultés de latéralisation issues  de mon éducation défaillante de gaucher contrarié.

— « Mais non, papa ,là il faut prendre à droite pour retrouver l’escalier vers l’étage ! ».

 Je me disais décidément les échecs éducatifs on les traîne partout pour toujours. Mais je me réjouissais de la qualité pédagogique qu’elles ont reçue, en particulier de leur mère qui à l’époque était institutrice. Je pense aux trésors d’ingéniosité dont elle faisait preuve pour toutes sortes d’apprentissage, Et moi j'étais étonné de voir ce qu'il en était des fruits d'une éducation « normale » celle que je n'avais pas eue… 


Mais revenons à la proposition de notre profémérite. Disons que ce château c'est tout ce qui ne m'attire pas. C'est froid, sale, ça devait puer. Alors bon, qu'est-ce qui a bien pu s'y passer ce jour là dans cette pièce mortelle dont on se dit qu'il faudrait la quitter rapidement. C'est d'ailleurs ce qui a dû se passer. Puisqu'on a laissé des saletés (mais c'était peut-être des gens malpropres !). Enfin bref tout le monde a foutu le camp et je dois dire que j'en aurais fait certainement autant pour ne pas mourir d'ennui.  Ce qui est pour l'instant ne m'attire pas particulièrement. 


On me souffle à l'oreillette qu'il pourrait s'agir du château de la Belle au bois dormant. Hypothèse audacieuse me semble-t-il. Il n'y a pas de lit où la Belle attendrait tranquillement le jour J. Pas de ronflements intempestifs. En regardant par la fenêtre nous ne sommes pas au milieu des bois, et même avec des jumelles, je ne vois pas de Prince charmant à l'horizon sur un destrier galopant en excès de vitesse.


Tout à coup l'idée me vient de téléphoner au célèbre Inspecteur Bourrel, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, lequel a généralement l’idée de génie lorsqu'on arrive dans les cinq dernières minutes d'un texte, l'éclair en forme d'ampoule avec de beaux rayons juste au centre du dessus de sa tête et le bras levé déclarant dans un claquement de doigt : —« Bon sang ! Mais c'est bien sûr ! … » et nous donne la solution du pourquoi du comment de quoi qui s'est passé dans cette horrible pièce lugubre du manoir. 

Hélas quand le sort s'acharne, rien ne va. J'entends dans mon appareil téléphonique :

—« Il y a plus d'abonné au numéro que vous avez demandé ».

C’est bien ma veine!


À présent arrive le moment où il faut se rendre à l'évidence. On n'a aucune idée valable pour baver quelque chose qui puisse ressembler à une histoire quelconque que le lecteur aurait un minimum de plaisir à lire et peut-être à commenter sympathiquement.


C'est donc ici que j'arrête avant que la littérale catastrophe Littéraire ne prenne une ampleur démesurée et que votre écran  ne vous claque à la figure.