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lundi 30 mars 2020

Théophile et Mademoiselle Fang





vous ne trouvez pas que ce dessin d’Albert Marquet, est un beau symbole d’évasion ?
En ces temps d’emprisonnement généralisé racontez nous une histoire de liberté récouvrée.








Théophile Grospied est un avocat d'affaires dans un grand cabinet international parisien. Dans ce métier il est à son affaire, des affaires, il aime faire. Je suis prisonnier de mon travail dit-il régulièrement. Ce n'est pas faux, il travaille à l'international, et l'international est à l'œuvre 24 heures sur 24. En conséquence Théophile dort peu, son téléphone sonne jour et nuit.
« Les prisonniers du boulot ne font pas de vieux os » chantait un célèbre Henri.
Théophile veut vivre longtemps. Il aimerait s'évader. Prendre quelques vacances. Dans une île paradisiaque, par exemple. Et pourquoi pas en bonne compagnie. Et pourquoi pas Mademoiselle Fang, avocate délicieusement discrète, mince chinoise aux yeux de jade, toujours si parfumée comme son nom l'indique. Depuis le temps qu'il rêve d'une aventure exotique. Ils iraient à Hainàn, cette île tropicale au sud de la Chine.

Un matin il tente d'en parler à Mademoiselle Fang, avec toute la diplomatie nécessaire, en insistant essentiellement sur le côté culturel du projet. Sur place il serait temps d'envisager si l'exotisme peut aller jusqu'à l'exploration de zones plus privilégiées. Mademoiselle Fang de par son éducation chinoise stricte est enfermée dans des principes tout aussi stricts. Elle décline la proposition avec de grands sourires et une fermeté tout aussi grande dans le regard.

Le lendemain Théophile Grospied affiche dans son bureau, juste derrière derrière son fauteuil à bascule, un dessin d'Albert Marquet, évocateur de calligraphie chinoise qui aurait pu symboliser l'évasion et même la fuite dans on ne sait quel véhicule bizarre mais dont la légèreté permet certainement d'être emporté très loin. Il convoque alors Mademoiselle Fang pour étudier un dossier épineux relatif à l'évasion fiscale massive d'une multinationale de renom dont ils assurent la défense et qui a l'avantage de verser des honoraires faramineux directement dans les derniers paradis fiscaux. Bien entendu, Mademoiselle Fang bénéficie également de ces petits arrangements financiers entre amis. C'est normal. Pour bien connaître les mécanismes d'évasion fiscale, les pratiquer soi-même est une méthode à la fois efficace, professionnelle et donc morale.

Alors qu'ils sont penchés ensemble sur l'épineux dossier, Théophile laisse entendre à Mademoiselle Fang qu'il rencontre désormais des problèmes de conscience à propos de toutes ces magouilles fiscales dans lesquelles il trempe. Il indique qu'elles sont d'une telle ampleur qu'il envisage de les dévoiler à la presse spécialisée, quand bien même cela déclenchera un énorme scandale. Évidemment il allait perdre sa place avec tous les avantages afférents. Il se déclare désolé de devoir emporter dans sa chute Mademoiselle Fang elle-même puisqu'elle trempe avec lui  dans toutes leurs magouilles.

L'intelligence de Mademoiselle Fang fonctionne à la vitesse de la lumière. Elle indique aussitôt qu'à la réflexion des vacances exotiques serait une évasion tout à fait nécessaire pour mettre fin à la surcharge de travail qu'ils ont tous les deux.

15 jours plus tard Théophile Grospied et Mademoiselle Fang goûtent aux délices des massages dans les sources chaudes de l'île d’Hainàn, ainsi qu'à la cuisine chinoise particulière. C'est le quatrième soir qu'ils goûtent également à d'autres plaisirs aussi gustatifs que sensoriels.
Cette nuit-là Mademoiselle Fang déclare :
— Pouvait-on rêver plus belle évasion ? Sais-tu ce qui m'a décidé ? (Oui, cela fait 45 minutes qu'ils se tutoient).
— Non, je ne vois pas ! réplique Théophile avec la plus belle hypocrisie en pensant au scandale évité de l'évasion fiscale.
— C'est la calligraphie qui était au mur derrière ton bureau. C'est fou comme elle m'a donné ce désir irrépressible d'évasion… (puis avec un temps d'arrêt)… avec toi !



vendredi 27 mars 2020

Nouvelles du forsythia (saison 3)

Comme vous verrez, il se porte très bien. En pleine floraison. Il remplit avec zèle et ponctualité le rôle que la nature lui a confié. Il s'expose au soleil, profite de la douceur du temps. Là où nous sommes, lui et moi, sous l'auvent de la terrasse, il fait même chaud, alors qu'à quelques mètres, c'est franchement frisquet. Cet endroit fait partie de la liste des chances que j'évoquais chez Coumarine, et dont nous avons fait en couple l'inventaire. C'est jouissif.

Le forsythia fait le choix de rester dehors. De toute façon ce n'est pas vraiment un choix. C'est sa destinée. Ce n'est pas plus mal pour lui, car, entré à l'intérieur, il serait peut-être tenté par la télévision et la radio où s'enchaînent les nouvelles les plus épouvantables les unes que les autres. J'écoute le matin histoire de voir quel nouveau décret est tombé dans la nuit. Je n'ai peut-être pas tort, car j'ai appris qu'il y avait une nouvelle attestation que j'ai imprimée pour la remettre à mon épouse qui sortait faire les emplettes de la semaine. J'ai bien eu raison. Elle a été contrôlée deux fois !
Je me demande si le prochain exemplaire tiendra sur une seule page. Pour la deuxième mouture c'est tout juste. Pour le peu qu'un énarque se mette sur le truc il va nous obliger à imprimer un livret complet. Et à chaque sortie.

Tiens je vous rédige la première autorisation avec les compléments de l'énarque en italique :

[X] : déplacements consistant à se rendre d'un point A à un point B que le titulaire de l'attestation pourra montrer sur son Smartphone de manière claire et non contestable aux membres des forces de l'ordre national, régional ou municipal, qui sont habilités à examiner ladite attestation dans le respect total et absolu des règles dites « barrières » conformément au décret qui les a détaillées, entre le domicile, à savoir le lieu habituel de résidence principale secondaire auxiliaire où se trouve actuellement confiné le titulaire de l'attestation produite, et le lieu d'exercice de l'activité professionnelle, à savoir les bureaux, usines, ateliers, succursales, établissements principaux, établissements secondaires, boutiques, magasins, entrepôts, et en général tout autre lieu où pourraient s'exercer une activité professionnelle, commerciale, artisanale, libérale, et plus généralement tout autre type d'activité susceptible de se rencontrer sur le territoire français en ce compris les départements d'outre-mer.

Quand j'ai expliqué ça à mon forsythia, il a rigolé de toutes ses fleurs jaunes. Je lui ai quand même précisé que tout cela était sérieux de chez on rigole pas. Il m'a fait comprendre que si on avait comme lui le sens des responsabilités et un minimum de sens civique ce type d'attestation serait inutile.
Je lui ai répliqué dans un grand soupir (parce que je ne suis pas encore contaminé je peux soupirer) : 
— Que veux-tu ! On n'est pas des Allemands, ni des Chinois !

Ayant le respect des institutions et la déférence nécessaire envers le chef de la nation, ou de l'État, ou de la République, Aparté : il faut que je vous explique la différence entre nation, état et république. Comment ça ne vous intéresse pas ? Vous savez ? Sinon je peux vous faire un Cours de droit constitutionnel, j'adorais ça quand j'ai usé mes culottes sur les bancs de la fac. D'ailleurs j'étais pas mauvais sur les tenants et aboutissants de la Ve République telle qu'elle était à l'époque. Passons…
donc par déférence comme je vous disais, j'ai regardé le président à la télé, quand en bon chef des armées, il nous disait « Groupir, mes chers concitoyens, groupir » c'est alors que mon attention fut attirée par la personne qui donnait le discours en langage des signes pour ceux qui ont les esgourdes ensablées. Et j'ai remarqué ceci.



Finalement, avec la traduction en langage des signes, cela devient tout de suite plus clair !

On n'est pas sorti de l'auberge à coronavirus ! 

lundi 23 mars 2020

Ana et Salvador




La consigne du Lundi de " Le Goût"


Elle est comme nous.
Elle est à sa fenêtre.
Que souhaite-t-elle ? 
Que pense-t-elle ? 
Comme nous est-elle confinée, prisonnière, recluse ? 
Dites lundi ce que vous pensez à partir de cette toile de Salvador Dali.




-o0o-



Ana et Salvador

— Tu cherches quoi à la fenêtre ? Demanda-t-il
— Il y a rien à trouver, donc je ne cherche pas. J'attends. Répondit-elle

— Alors, tu attends quoi ?
— Parfois on n'attend rien. C'est juste une attitude flottante, comme le voilier sur les flots là-bas au loin. Je ne suis pas la sœur de l'épouse de Barbe-Bleue qui me demande si je ne vois pas venir ses frères pour la délivrer. Il y a longtemps que je n'attends plus rien, ni de personne.

— Pourtant, l'espoir fait vivre, dit-on. Qui n'espère pas des jours meilleurs quand tout va mal ?
— Qu'est-ce que ça veut dire « quand tout va mal » ? Est-ce que je vais mal ? Est-ce que tu vas mal ? Et puis de quel mal parles-tu ?

— Tu vois que tu espères quelque chose, répliqua-t-il. Tu poses des questions, c'est donc que tu attends des réponses.
— Tu as raison : j'espère. J'espère perdre l'espoir. C'est une tyrannie. Regarde, les flots dans cette anse, parfois je me demande s'ils remuent en tous sens en espérant que la marée les emporte au large ; parfois je me demande s'ils ne sont pas fébriles du contraire. Rester là, à tout jamais. Devenir eaux stagnantes, et puis mourir par évaporation.

— Anne, ma sœur Anne, tu penses trop.  Tu ferais mieux de peindre, comme moi. Profite de la beauté offerte, remercie le ciel d'être jolie. Pense à  Don José qui t'aime, qui est prêt à tout, même à trahir les siens et se trahir lui-même pour toi.
— Arrête tes bêtises, je ne m'appelle pas Carmen. Mon pauvre frangin ça ne tourne pas rond dans ta tête. Si tu continues comme cela tu vas la perdre ta caboche. D'ailleurs si j'avais une inquiétude ce serait à ton égard. L'autre jour j'ai vu les toiles que tu cachais sous le lit. Non, je ne fouillais pas, je faisais un peu de ménage. Et bien c'est franchement n'importe quoi ! C'est quoi ce portrait de moi que tu as trafiqué, façon carte à jouer, avec un bras énorme ou une tête de madone aux yeux glauques ! Et après tu vas me dire que je suis jolie ! Tu me montres des portraits de moi qui sont, disons, « normaux » puis après, en cachette, les transformes totalement ! Tu n'as pas le droit. Je t'interdis de le faire.
Mon pauvre Salvador, peindre de telles horreurs, ça n'a aucun avenir !
Évidemment, j'ai débarrassé ces cochonneries !


— Mais tu es complètement folle ! S'indigne Salvador. Ce sont MES œuvres, on ne touche pas MES œuvres ! C'est absolument lamentable. Je suis certain que mon originalité plaira un jour. Moi j'ai de l'espérance ma sœur Anne, moi j'y crois, je suis convaincu que j'ai du talent. Tu verras un jour !
— Et voilà Môôôsieur se prend pour une célébrité en herbe ! Bientôt il va prétendre que ses œuvres sont dignes des grands musées ! Tu n'es qu'un mégalomane, un égotiste ! Dorénavant je refuse de poser pour toi, si c'est pour que tu fasses de moi une horrible personne.

*

Anna Maria Dali, dans son adolescence et sa jeunesse, fut le modèle préféré de son frère Salvador. Durant la guerre d'Espagne elle fut arrêtée, accusée d'espionnage, et torturée. Elle sombra alors dans la dépression longue et finit par s'en sortir quelque peu par l'écriture. 
Le dialogue ci-dessus a été vérifié par les autorités compétentes afin d'établir que son authenticité est entièrement inventée. 




jeudi 19 mars 2020

Solidarité, responsabilité, confiance, ne sont pas confinées.


 Les faits extérieurs, surtout ceux qui nous interpellent, positivement ou négativement, nous tombent dessus comme la pluie. Ils tombent sur nous et en nous, extérieurement et intérieurement.


La pluie événementielle tombe dans nos têtes et peut les inonder. Un trop plein de nouvelles tous azimuts et nous voilà noyés, « ça prend la tête » comme disent les jeunes. On ne sait plus trop ce qu'il faut en penser, en faire (enfer ?). À qui se vouer, qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est faux et c'est la panique cérébrale.

La pluie événementielle tombe dans notre sensibilité et notre corps, faisant éclore  des ressentis mêlés, variables et fluctuants. Il y a tout ce qui concerne le registre de nos peurs, nos angoisses, la crainte de ne plus maîtriser, d'être débordé, de ne plus savoir que faire, ni où, ni quand, ni avec qui. En plus nous disposons au niveau cérébral d'un certain nombre de fonctionnements, dont « le fonctionnement imaginaire » (différent du « fonctionnement imaginatif »), qui s'empresse de mouliner les scénarios catastrophes qui vont immanquablement arriver demain matin ou plus tard. Et comme l'environnement médiatique extérieur s'ingénie à en rajouter des couches et des couches, les angoisses, paniques et autres, sont invitées à se mobiliser pour que notre état intérieur devienne pire encore.

La pluie événementielle tombe dans les profondeurs de nous-mêmes. Elle a parfois de la difficulté à arriver jusqu'à cette zone profonde au-delà de nos perturbations dont quelques-unes viennent d'être mentionnées. C'est pourtant là qu'il y a le meilleur lieu pour analyser les événements, pour observer ce qu'ils produisent à ce niveau, que ces événements aient une apparence positive ou négative, peu importe.
La conscience que la pluie événementielle est arrivée à ces profondeurs dépend du regard que nous portons à l'intérieur de nous. De notre capacité plus ou moins grande à accéder à ce lieu profond. Mais c'est possible. À tout moment.

C'est là où je tente de me situer en ces jours, le plus fréquemment possible. Ce n'est pas toujours le cas car je suis un être aussi ordinaire que quiconque. Parfois je suis saisi par les autres niveaux que j'ai cités et qui ne sont jamais des « lieux de bon conseil ». Il est alors hygiénique de s'en éloigner volontairement.

Quand je suis à ce niveau-là, je me sens actif au plan de la solidarité. Parce que je ne suis plus mené par les peurs ni les spécialistes des nouvelles catastrophistes qu'ils prennent un immense plaisir à faire circuler partout. Pour certains c'est excessivement jouissif de foutre la trouille  à un maximum de personnes. Ça donne le sentiment d'exister et d'avoir de l'importance. « Tu as vu, je te l'avais bien dit, ça va être terrible, tu vas voir, c'est moi qui ai raison, on va tous frôler la mort, et certains, dont toi probablement, vont mourir ! ».
Le sentiment de solidarité, qui est une valeur qui réside au fond de moi, me fait prendre des décisions simples et concrètes. Comme je l'ai fait aujourd'hui. Il s'agit de se tourner vers autrui et agir à la petite mesure de ses possibles.

Dans ces profondeurs de moi je trouve aussi la présence de ma responsabilité humaine dans l'univers qui est le mien. Donc je respecte scrupuleusement les consignes qui sont données. Je ne suis pas rebelle, comme les comportements adolescents que je vois autour de moi vis-à-vis des décideurs : puisqu'ils ont dit blanc, nous allons nous empresser de faire noir puisque tous ces responsables sont une bande de cons ! Non. Je n'agis pas en contre-dépendance. J'agis en fonction de ma conscience et de ma responsabilité « d'être social » dans ce monde.

Dans ces profondeurs de moi, je trouve la présence de ma confiance. Confiance en moi. Confiance dans la vie. Confiance dans ceux qui m'entourent et qui ne veulent pas du mal. Confiance en ceux qui ont une compétence avérée, et ma  capacité de la discerner. Confiance dans tous ceux qui sont déjà engagés dans la lutte contre la pandémie. Inutile de les citer, chacun sait des personnes dont il s'agit. Je mettrais volontiers l'accent sur les camionneurs, vous savez, ces conducteurs de gros culs qui nous font chier sur l'autoroute ou nous collent de trop près derrière. Cette cohorte emmerdante en quelque sorte. Et bien ce midi j'entendais le sens des responsabilités de l'un d'eux qui livrerait son changement parce qu'il fallait bien livrer pour que nous ayons de quoi bouffer demain. Alors que les stations-service sont fermées, les restaurants aussi, et que ce chauffeur routier n’a pas grand-chose à manger…
Ce camionneur contre lequel j'aurais peut-être râlé sur l'autoroute, je l'admire et je le remercie de son sens civique.

Alors voilà. C'est juste une question de choix personnel de niveau à l'intérieur de soi. Ça ne dépend absolument de personne d'autre que de soi-même. De personne d'autre.

Le plus merveilleux peut-être de ce genre d'attitude, c'est que l'on ressent une grande paix intérieure, l'absence d'angoisse, et la puissance d’efficacité de sa force vitale.

Ainsi avec tout cela je peux faire face à la somme d'emmerdes qui me sont tombés sur le coin de la figure ces derniers jours, quant à la fragilité qui est la mienne de vivre en fauteuil roulant  en période de pandémie,  ainsi que l'impossibilité de recevoir des soins habituels.

lundi 16 mars 2020

La consigne c'est la consigne












Ces deux là font quand même une drôle de tête, même s’ils nous tournent le dos, ça se voit, ça se sent, ça se sait.
Que diable arrive-t-il ?
Faites nous part de ce que vous en pensez lundi.





La consigne c'est la consigne

Ce n'était pas gai de les voir assis au sommet de la dune à regarder les flots. Faut dire que les raisons d'être triste ne manquaient pas. Déjà il y a quelques mois, ils assistèrent à l'enduro du Touquet, où comme chaque année, on avait massacré les dunes, les ajoncs, avec ces motocyclettes pétaradant au point que les mouettes préférèrent déserter. On peut quand même se demander pourquoi ils y étaient allés, étant donné  leur fibre écologique. Mais bon, les humains sont parfois particulièrement surprenants.

Rien ne s'était arrangé sur la route du retour, puisqu'ils furent acteurs et victimes d'un  accident de voiture sur les petites routes encombrées de la région, envahies par les engins motorisés à deux roues, de retour de l'événement et  qui slalomaient entre les véhicules, se croyant au 24 heures moto. Oui, je sais, c'est une phrase longue, mais parfois il en faut.
 L'enquête avait démontré que le mari n'était pour rien dans le fait qu'il avait écrasé un motocycliste. Il l'avait vu mourir sous ses yeux dans d'atroces gémissements. Quoique non responsable, il s'ensuivit une longue et grave dépression dont il ne se remettait toujours pas.

Durant l'arrêt de travail du mari, le couple avait quand même repris une activité sexuelle que l'on qualifiera d'abondante. Madame pensait que faire preuve d'ardeur pour la chose serait bon pour le mari et amènerait la fin de la dépression. C'est ainsi qu'elle se retrouva enceinte, alors que ni lui ni elle ne désirait d'enfants. L'avortement ne s'est pas bien déroulé. Il y a eu des complications inattendues que même le médecin avorteur cherche encore à comprendre. Ce qui est certain, c'est qu'à la suite de l'intervention il fut établi qu'elle ne pourrait jamais avoir d'autres enfants, si tant est que le désir leur en vint un jour. La conséquence de tout cela et qu'ils se retrouvèrent tous les deux totalement déprimés, malgré une médication de choc, censées remettre leur moral en direction du beau fixe. Au contraire, les nuages s'accumulaient.

C'est ainsi qu'ils perdirent tous leurs amis, qui, comme chacun le sait, prennent la fuite, dès lors qu'il n'est plus question de rigoler en buvant des coups ensemble le week-end. D'ailleurs, les ex-amis venaient de trouver la parade la meilleure pour refuser toute rencontre et invitation : le coronavirus !

La femme s'était mise à tousser. Lui aussi. Leur conviction était nette : ils étaient contaminés. C'est dans cet état d'esprit qu'on les retrouve assis au sommet de la dune à regarder les flots.
Est-ce que le suicide par noyade ne serait pas la meilleure solution ? D'autant que ni l'un et l'autre ne savait nager et qu'il n'y avait personne à des kilomètres alentours.

Pour ma part, témoin de la scène sans qu'ils s'en aperçoivent, je me disais que j'avais rempli mon contrat. J'avais fait ce que la consigne demandait : plomber l'ambiance au maximum !
Remarquez, c'est toujours une bonne chose de pouvoir se dire : il y a pire que moi !

Ce sont ces propos que je vous souhaite de retenir : c'est pire ailleurs.
Ainsi vous passerez une bonne semaine, le masque sur le nez, le désinfectant à la main, et vous vous tiendrez à 3 m de tout être humain jusqu'à l'été prochain.

Bon courage quand même !



jeudi 12 mars 2020

Leçon de choses



Leçon N°1



J'ai passé un long moment avec lui ce matin. Nous avons écouté ensemble le chant joyeux d'un oiseau inconnu. À moins que ce soit moi qui ai oublié comment chantent les oiseaux.
Cela nous a fait du bien. Pour ma part, c'est certain. Toi ? je ne sais, tu sembles encore timide et ne pousses tes premières fleurs qu'avec délicatesse, pour ne pas dire une certaine avarice. Mais je n'ose retenir ce mot, la nature étant d'ordinaire si généreuse.
… Mais pas toujours avec tout le monde.






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Leçon N°2







Il faut savoir être audacieux dans l'adversité. Ce fut une autre leçon matinale. Celle de la naissance d'un érable qui y croit. Il a pointé sa feuille double entre deux lattes. Bien décidé, semble-t-il, à prendre de l'espace et à grimper bien haut, pour conquérir le monde. Mais on ne choisit pas toujours le bon endroit.
Cet érable encore trop jeune risque rapidement de s'en mordre les feuilles. Car il n'est pas certain qu'il soit accueilli à branches ouvertes là où le destin semble l'avoir planté.
La vie est ainsi. Il n'y a pas d'égalité. Tout le monde ne surgit pas sous une bonne étoile. Petit érable, tu risques de ne pas plaire à tout le monde. Tu seras arraché ou piétiné par un humain qui n'est pas décidé à te voir faire éclater la belle terrasse en bois, même si ce n'est pas pour tout de suite. Ta graine aurait dû aller se déposer plus loin avec son ailette de papillon…
On a appelé cela la dure loi de la jungle.
À mon sens c'est tout simplement la dure loi de la vie. 

C'est peut-être parce qu'elle est ardue qu'elle en vaut la peine, la vie.

lundi 9 mars 2020

Le silence du mâle








Ah... Ce « But » qui gâche tout dans certains cas.
Roy Lichtenstein l’avait bien senti qui le dessina dans les années soixante.
Si vous avez une histoire de « mais » à raconter, n’hésitez pas !
Dites le lundi.


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Le silence du mâle

Je me demandais souvent ce qu'il pensait vraiment de moi. Je faisais tout pour lui plaire, depuis toujours. C'était dans ma nature d'être soumise. Il paraît que certaines femmes ne le sont pas, mais sont-elles heureuses ?
Moi, je suis heureuse et il me dit que c'est bien comme ça.
Le but de l'existence est de satisfaire l'autre, et non pas de se satisfaire soi.
Déjà, au catéchisme, le prêtre me l'enseignait, de la part de Dieu, lorsqu'il posait sa main sur mon genou.
— Sois gentille, ma petite, je t'en prie, sois gentille.
Et moi j'étais gentille. Je voyais sa satisfaction dans ses yeux lorsqu'il reboutonnait sa soutane.
À quoi peut donc tenir une vocation ?
Le plaisir dans l'abnégation me fera gagner mon ciel. Certes, le prix est parfois lourd à payer, mais c'est ainsi. Les écritures l'attestent. Il faut respecter le Livre.

Alors l'autre jour au téléphone je lui ai demandé ce qui lui ferait plaisir. Il sait à quel point je suis toujours prête à tout. Il sait avec quel naturel je suis capable de réaliser les pires folies par amour. Rien ne pouvait lui être refusé. Je dois avouer que cela ne nécessitait pas d'effort de ma part, dans les domaines qu'il privilégiait. Il savait bien que ses propositions ne pouvaient que m'emporter encore plus loin dans l'accomplissement total. Et c'est sans doute pour cela que je l'aimais avec une passion paroxystique et permanente.

De sa voix chaude, sensuelle et qui me pénétrait déjà, il a formulé sa demande avec exactitude, assez longuement, en précisant des détails qui me firent frissonner. Je ne savais pas encore si c'était de joie anticipée ou de crainte à venir. Mais j'adore les frissons. À la fin, il a formulé l'ultime exigence. C'est alors que je lui ai dit :
— Oh ! Serge ! Je vous aime tellement, tellement intensément, mais là…

C'est alors qu'à l'autre bout du fil j'ai entendu TuuuT...TuuuT...TuuuT

Depuis ce jour-là le téléphone reste muet. Quand je tente d'appeler ça ne décroche plus.


Quelqu'un a-t-il déjà ressenti aussi profondément que moi la désespérance désespérée du plus grand désespoir ?

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Viens petite fille dans mon comic strip 
Viens faire des bull's, viens faire des WIP ! 
Des CLIP ! CRAP ! des BANG ! des VLOP ! et 
des ZIP ! 
SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ !
S. Gainsbourg






  

dimanche 8 mars 2020

mardi 3 mars 2020

Je me suis levé de bonheur.


Dans un récent billet j'évoquais le bonheur dans le malheur à partir d'un souvenir du temps de l'épreuve. Ce n'est pas que j'avais oublié, mais les ressentis sous-jacents les plus intenses n'étaient pas remontés à la surface jusqu'au jour où j'ai écrit ce billet là.

Comme par phénomène de chapelet qui s'égrène sont revenus d'autres souvenirs accompagnés des sensations qui y correspondent. Ainsi de ce premier jour où je me suis mis debout en salle de rééducation, avec des coquilles de plâtre aux jambes, car il n'était pas encore question de faire fabriquer des appareillages. On était loin de croire que je remarcherai un jour. Mais « Mademoiselle Antoinette » que j'évoque dans mon premier livre a insisté et même a fabriqué elle-même les coquilles en question.
 J'ai tenu debout. « Comme une poupée » dira une ergothérapeute présente. Ça m'avait chagriné. J'étais chosifié. Et en plus féminisé… mais le bonheur d'être debout même si cela ne devait être qu'éphémère, ce fut un instant magique, une félicité son nom, une griserie intense. Tous les possibles s'ouvraient. J'en ai eu la tête qui tournait. C'est même pour cela que l'on m'a allongé à nouveau. J'avais le vertige.

Ce matin en me levant  j'ai retrouvé dans mon corps les sensations de ce jour-là comme intactes,  présentes. Je retrouvais ce bonheur-là, debout dans la salle de bains devant le miroir. Je me suis laissé le ressentir, m'envahir. C'était le même. Celui là-bas, et celui de maintenant. Car, oui, je tiens encore debout, malgré mon âge qui s'avance, malgré la force qui diminuent encore, malgré la dextérité qui s'amoindrit, malgré les pronostics des augures médicaux dont certains se délectent à annoncer les malheurs à venir, qu'ils lisent certainement dans mes muscles morts.


Alors j'ai un bonheur de remerciement. Un bonheur sans cesse associé à tous ces gens qui ont concouru, soit par compétence, soit par foi en la vie, soit par amour. Surtout par amour. J'y associe le divin déposé en moi, puisqu'il est inséparable du bonheur humain. Ne pas accueillir l'ouverture divine en soi, c'est comme se fermer aux bras ouverts de celui qui vous apporte toute l'affection du monde.

C'est banal  un Zhandi qui tient encore sur ses pattes.  C'est juste une petite expérience personnelle. Sans grand intérêt, je vous l'accorde. 

Mais cela suffit… à mon bonheur… 

lundi 2 mars 2020

fête champêtre



les autres participants: ICI





Fausses rencontres





La consigne du lundi (Le Goût)




Cette toile me raconte une histoire...
Et à vous, que dit cette toile d’Aldo Balding ?
Dites lundi ce que cette image vous inspire…







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Fausses rencontres

Jeanne d'Arçon : — Il sera en retard, comme d'habitude. Et je lui ferai un grand sourire quand il arrivera. Comme d'habitude. Comme si tout cela était parfaitement normal. Bien entendu il s'excusera. Je dois le comprendre. C'est un homme d'affaires tellement occupé. Évidemment, il aura ses mimiques habituelles pour me faire comprendre que, moi, comme je ne travaille pas, j'ai tout mon temps pour me préparer et être à l'heure, histoire de bien me faire admettre que c'est lui la priorité des priorités. Et le retard chez lui est une priorité pour démontrer qu'il est un homme de première importance, qui a quand même su se pencher sur la petite aristocratique que je suis à ses yeux. Ma seule préoccupation majeure étant de bien dépenser l'argent de papa.

 Henri de Navet : — C'est le genre de femme déterminée qui n'est pas pour me déplaire. Je l'observe depuis que je suis attablé, juste en face d'elle. Elle ne cesse de regarder vers la porte d'entrée. C'est manifeste elle attend un homme. Pas de bague, pas d'alliance, pas de bijoux, une robe noire simple et chic. En plus c'est certain, elle sort de chez le coiffeur. C'est donc un rendez-vous amoureux. Le premier ? Non ! Ou alors le type est un goujat. On ne fait pas attendre au premier rendez-vous. On sent bien qu'elle s'impatiente. Reste à savoir à quel moment et comment je vais intervenir. Ici, à « la taverne du chat qui fume », c'est mon terrain de chasse favori.

Jeanne d'Arçon : — L'autre jour il m'a dit que je suis la femme de sa vie. Mais laquelle de ses vies ? Sa vie d'homme d'affaires, et sa convoitise pour l'argent de papa ? Sa vie de futur père, où je serai la génitrice des garçons ? Parce qu'évidemment ce sont des garçons que je dois lui faire ! Sa vie sentimentale, enfin je veux dire son objet sexuel pour l'hygiène ? Laquelle de ces vies ?
Et moi, pauvre conne, j'ai ce type horriblement beau dans la peau. Et je n'arrive même pas à comprendre pourquoi il me trouble à ce point les hormones.

Henri de Navet : — Elle n'a pas de montre. Est-ce qu'elle réalise qu'elle attend depuis 37 minutes ? Le garçon est pourtant venu deux fois s'enquérir de ses désirs. Mais à bien la regarder, est-ce une femme de désir ? Elle a le profil de celle qui traverse l'existence par devoir. Les coudes sur la table, les doigts croisés comme une sorte de détermination passive. Cela peut donner une femme dangereuse. Le genre, je contiens tout, mais quand j'exploserai ça fera pas mal de dégâts autant principaux que collatéraux. Je me demande si je ne ferai pas mieux de renoncer.

Jeanne d'Arçon : — Papa soutient que ce n'est pas un homme pour moi. Le fond de sa pensée est clair : aucun homme n'est pour moi, sauf lui… c'est vrai qu'il fut veuf trop jeune et que je suis sa fille unique. N'empêche l'autre jour il me disait qu'il aimerait bien avoir un petit-fils ! Les hommes sont étranges. Je les désire sans amour, souhaitant les dominer, mais trois mots gentils me désarment instantanément. Je me donne des allures de femme accomplie mais ne suis qu'une gamine qui cherche à être aimée, tout en ne le voulant pas.

Henri de Navet : — Le voilà qui arrive, l'inconnu au retard de 40 minutes. Un beau brun, grand, svelte, à la tenue décontractée. Un grand sourire sur des dents qui font des étincelles. Georges Clooney mais en mieux. Mon compteur de chance arrête instantanément et retourne à zéro ! En plus il apporte un bouquet de fleurs, pour se faire pardonner. Un assortiment harmonieux de cinq roses différentes. Elle arbore un sourire resplendissant. Ce n'est presque plus la même personne. Elle hume les roses une à une. Il s'assit à côté d'elle. Elle pose le bouquet sur la banquette. Ils s'embrassent au coin des lèvres. La classe quoi !

Jeanne d'Arçon : — Une fois de plus il pense s'en tirer avec des roses. J'aimerais tellement arriver à le détester. Seulement voilà il s'est rapproché. Sa cuisse touche la mienne. Sous la table j'y pose ma main. J'en frémis. Je le respire. Et lui fait comme si de rien n'était, il me parle, m'envoûte de ses mots ordinaires, mais lorsqu'ils passent entre ses lèvres ils se chargent de sucre de miel et de délices. C'est terrible. Il me fait devenir une autre que j'ose à peine laisser vivre. Ça ne m'intéresse pas vraiment ce qu'il raconte de son rendez-vous avec ses clients importants. Les mots ne montent pas même pas jusqu'à mon cerveau. Ils envahissent tout mon corps. Je m'en veux. Je déteste le désirer. C'est papa qui a raison : ce n'est pas un homme pour moi.

Henri de Navet : — Elle termine d'avaler son café. Ils se lèvent. Il la prend par la taille et elle, subrepticement, lui caresse une fesse. En même temps elle a retrouvé son visage froid, presque dur.