« Votre vie profonde a rencontré un problème et s'est fermée ».
Le message était apparu quelque part en lui. Seulement voilà, il ne l'avait pas vu. Cela faisait plusieurs jours que la bécane de son intériorité avait des ratés. Habituellement cela finissait par se résoudre de soi-même. Pas de panique !
Mais cela perdurait.
Pire. La bécane intérieure recevait des virus, et son logiciel de protection appelé « présence à soi-même » se montrait défaillant. Impossible d'éradiquer un malware qui s'était introduit nommé « invasion extérieure néfaste ». Vous connaissez peut-être ce genre de truc qui s'étale sur vos terres intérieures, comme une pollution au fioul lourd sur une plage jusque-là préservée. C'est visqueux, poisseux, et cela vient se coller sur vos neurones qui finissent par s'en trouver fragilisés.
Ce qui est ennuyeux c'est que lorsque vous voulez contacter l'assistance, vous obtenez ce message : « Toutes nos lignes sont occupées, veuillez rappeler plus tard ». Et plus tard, c'est encore plus tard. Alors vous commencez à craindre le « trop tard ».
Dans cette grisaille intérieure, pire que le ciel si bas qu'un canal s'est pendu, comme chantait le grand Jacques, il pensait à ce « groupe de lecteurs/trices » qui allait venir chez lui dans 48 heures, parce que les participants voulaient rencontrer « l'auteur qu'il était ». Alors il s'était dit : il vaudrait mieux dire l'auteur qu'il AVAIT peut-être été.…
C'est alors qu'il se mit à relire ses « 120 pensées plongeantes ». Au bout de quelques pages, il il vit clairement, écrit entre les lignes, et dans une grande émotion, ce message :
« Vous avez été déconnecté de vous-même ».
Ce fut comme une fulgurance. À effet immédiat. Le malware qu'il avait laissé s'infiltrer fut instantanément éradiqué. Comme par miracle.
Peut-être que cela en fut un d'ailleurs.
Lorsqu'il tentait d'enseigner, combien de fois avait-il souligné à qui voulait bien l'entendre, à quel point « les relations vitalisantes », c'est-à-dire celles qui réveillent la vie profonde, étaient tout aussi indispensables pour l'intériorité que de respirer et de boire.
Ce dont il faisait à cet instant l'expérience, c'est qu'on pouvait être soi-même sa propre relation vitalisante. Parce que ce qu'il venait de relire , écrit il y a bien des années par lui-même, avait trait à de l'essentiel de sa propre personnalité profonde.
Il s'en était coupé, l'espace de quelques temps, se laissant envahir par une extériorité, qui, si elle existait pour ce qu'elle est, nécessitait d'être remise à la bonne distance à l'intérieur de lui.
Il se demanda même s'il allait remercier ce groupe de lecteurs de lui avoir permis de renouer avec ses assises les plus essentielles.
Il existe des périls invisibles.
Un peu comme dans ces films où le héros s'apprête à être attaqué par derrière et où le spectateur se demande :
« — Mais bon sang ! Va-t-il enfin se retourner et voir le danger qui le menace ? ».




