175 ème Devoir de Lakevio du Goût.
Vous avez vu le temps qu’il fait ?
Je suis que vous avez, comme moi, plein de choses a dire sur ‘l’automne.
Sans aller jusqu’à tartiner sur « Ô bruit doux de la pluie par terre et sur les toits », si vous parliez quand même de « ce cœur qui s’ennuie » et de ce que suscite chez vous cette ambiance si particulière de l’automne, cette saison à la fois triste et belle ?
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Il est bien loin le temps où nous nous demandions si il ne valait pas mieux descendre vers le sud pour y vivre une retraite heureuse, paisible, tranquille et ensoleillée. Mon père avait paraît-il rêvé d'un genre de vieux moulin au bord d'une rivière chantante.
Hélas aujourd'hui, là-bas, c'est catastrophe sur catastrophe !
Comme c'est beau tout ce que chacun se construit avec des rêves, les siens et ceux des autres qui font des confidences semblables.
Ce qui était certain en ce temps-là, c'est qu'on n'aurait plus jamais la guerre en Europe !
Ce qui était tout aussi clair, c'est que le réchauffement de la planète, (à cause de nous, car tout est à cause de nous) commencerait à avoir quelques effets vers la fin du XXIe siècle, si tout va mal.
Je me souviens des cours sur « le principe de réalité ». C'était excessivement simple : il suffisait de couper radicalement avec le principe de plaisir à tout prix, surtout si on n'était pas fortuné. J'ai toujours adoré les principes qu'on ne s'applique jamais à soi-même : et ceci par principe !
Alors donc nous voici en automne.
Revenons à nos moutons tondus, parce que la consigne, c'est la consigne, et que le devoir, c'est le devoir. Et j'ai donc le devoir de vous dire que généralement l'automne m'emmerde. Il pleut, il fait froid, il y a du vent, des tempêtes, des inondations, des coulées de boue et des morts. D'ailleurs les feuilles sont jaunes, couleur cadavérique et de plus elles sentent mauvais. Essayer de faire une salade avec des feuilles mortes de chênes et de bouleaux. Non seulement c'est du boulot mais franchement c'est immangeable, même avec de l'huile d'olive première pression à froid. Mieux vaudrait probablement de l'huile de vidange.
Alors donc nous voici en automne.
C'est merveilleux l'automne. Des couleurs mordorées (et non pas mort doré), chatoyantes, diaprées, chamarrées, matinées de couleurs étincelantes, sur lesquelles il pleut des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas.
Voici que la saison décline,
L’ombre grandit, l’azur décroît,
Le vent fraîchit sur la colline,
L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.
Ah la vache ! Comme il cause beau le Victor !
Prenant conscience de cela, ne voulant pas que l'herbe de mon jardin s'enrhume, je vais couvrir ma pelouse de ces petites billes de polystyrène qui isolent le toit de ma maison et polluent l'ordre naturel des choses. Voyez comme j'ai le sens du sacrifice ainsi que celui de la nature et pour tout dire de l'univers entier.
Bon voilà, pour une reprise des devoirs après 15 jours d'absence, je trouve que j'ai fait un effort aussi suffisant que délirant.
Et rendez-vous au tas de sable.
(— Lequel ? Me demande une âme charitable. — Mais bien entendu celui qui est à l'ouest, toujours à l'ouest !)


