Bien sûr on déclare que jamais on n'oubliera. Ce fut tellement heureux, ce fut tellement important, en quelque sorte inoubliable. Bien sûr.
Et puis cette fin brutale à laquelle personne ne s'attendait, surtout pas soi. Et voilà c'est terminé. Elle part. Plus aucun demain ne brillera comme auparavant. Enfin c'est ce que l'on affirme. Non on n'oubliera pas, on y pensera chaque jour du reste de sa vie. Il ne peut en être autrement. C'est d'ailleurs ce qu'on a fait chaque jour qui naquit par la suite. Certaines fois l'histoire terminée occupait une grande partie de la journée.
Ensuite…. Ensuite il arriva ce qui devait arriver. Les années se sont succédées les unes après les autres. C'est comme ça la vie. On le sait, le temps passe.
Il est des matins où le souvenir s'absenta. C'est normal, d'autres choses occupent. Et puis ce furent des semaines, et puis des mois. Ça revenait de temps à autre, mais l'émotionnel s'endormait jusqu'à ce que le souvenir s'assèche des larmes qui parfois montaient encore, mais qu'on avait appris à refouler d'un geste du doigt sur l'œil.
Le chagrin finit par ne plus avoir de chagrin.
Si bien que désormais on pouvait en parler sans affect de ce souvenir désormais lointain. Et même, était-ce exactement comme cela que tout s'était passé ? Est-ce qu'on ne s'était pas mis à réécrire bien des choses plus ou moins inconsciemment ?. L'endroit était-il bien celui-là ? Les baisers furent-ils aussi intenses ? Les gestes aussi chargés de l'amour que l'on croyait ?
La fin ne fut pas si tragique au final. C'est ce qu'on finit par penser, ce ne fut que le simple aboutissement de ce qui se préparait et auquel on ne voulait pas croire. Et d'ailleurs, la « vraie rencontre », celle de l'autre plus tard, ne se serait jamais produite si on avait continué comme l'imaginaire le prévoyait en développant sa chimère, nous enfermant en elle.
Alors le souvenir achève de se déliter et on se met à penser que c'est bien ainsi. Même que c'est mieux, finit-on par oser se dire. Et donc, la dernière photo qu'on avait d'elle, si jeune, alors que désormais elle n'est plus sur terre, emportée par l'âge et la maladie, on la remet dans cette enveloppe jaunie. Puis elle retournera dans cette boîte archive.
Définitivement.











