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dimanche 29 décembre 2024

Ultime délire

 Petit bilan statistique de fin d'année. (C'est un passage obligé paraît-il)
— le PIB de la France est en baisse sur les quatre dernières années.
— Le taux de chômage sur la même période et aussi en baisse, mais ça c'est plutôt bien à ce qu'il paraît.
— Mon taux de cholestérol est en baisse, ainsi que la moyenne de ma tension, ce qui semble réjouir mon médecin, un des rares qui garde bonne mine au charbon quand il visite ses patients impatients.
— Le nombre de billets que j'ai publiés depuis quatre ans est lui aussi en baisse.

Conclusion sommaire excellente : je rejoins allègrement ce qui est à la baisse en France.

Tout va donc très bien Monsieur le marquis de Carabas qui aimait jouer à chat avec sa magnifique marquise. Celle-ci nettoyait à cheval les écuries d'Augias. Un travail de femme de ménage pour une marquise, c'est pas vraiment top !

Mais, trèfle à quatre feuilles de plaisanterie, je sens bien que ce qui va être particulièrement en baisse dans les années à venir ce sont mes facultés mentales.
Et d'ailleurs ça commence à se voir…

Je m'en vais donc, de ce pas de cheval, continuer d'aller faire un tour dans les recueils statistiques, car je trouve sabot.   [jeu de mots foireux]. Rien n'est plus beau qu'une courbe de Gauss (ah, ces jeunes !) Malheureusement elle est un peu cloche !





Pour le 31 décembre je vous souhaite un bon petit rêve ! (Oui, vous l'aurez compris, un réveillon).
----------------

Serais-je encore là l'an prochain ?


 

vendredi 27 décembre 2024

Apple d'api

 

Bidouille d'AlainX


Hélas trop souvent, les pépins, c'est pour ma pomme.
Parfois je vois double.
Mais quand on est deux, souvent surgit la pomme de Discorde.

Magritte passa aux aveux :
 il aimait les pommes
surtout les pom-pom girls

(Délire de fin d'année)

 

 

vendredi 6 décembre 2024

C'est quoi l'humanité

  J'ai écrit il y a quelque temps le texte qui suit dans le cadre d'un petit groupe d'écriture sur Internet, à caractère privé.

Je le publie aussi sur mon blog.
La consigne : « C'est quoi l'humanité »



« Inspirez vous de cet extrait de journal datant de 1934 pour écrire un texte que vous situerez, soit à l'époque du journal (1934) soit à notre époque.
Le texte aura pour excipit la phrase suivante:
“C'est qu'au fond, il n'y a qu'une seule race : l’humanité.” (J. Jaures) »

C'est quoi l'humanité

L'humanité, c'est une aventure commune à laquelle j'appartiens et dont j'essaye d'être solidaire, bien que ce soit un objectif qu'on n'atteint pas du premier coup.
L'humanité c'est une longue caravane humaine venant des frontières de l'animalité et dans le destin et de… de quoi d'ailleurs ? De s'améliorer ? Et pour aller où ?
L'humanité c'est immense et minuscule.
L'humanité un truc perdu dans l'immensité des univers qu'on ne cesse de découvrir n'ayant ni début ni fin.
Que suis-je donc venu faire dans ce grand machin qui n'est par ailleurs que petite poussière perdue et éphémère face aux milliards d'années-lumière ? Moi, dans mon coin, je me débats tant bien que mal avec autour de moi des conneries comme cette affiche des jeunes de droite extrême des années 30. Je ne vais pas la commenter. Ce serait leur faire trop d'honneur. Je dirais seulement c'est l'ignominie habituelle des racistes pourries jusqu'à la moelle enfin bref : de la merde.
Mais voilà cette merde c'est aussi l'humanité à laquelle j'appartiens quelque soit le temps, le lieu et l'époque. Je suis le fruit de cette aventure-là aussi.
Et dans cette aventure cette « non française », considérée comme une belle salope vicieuse, dort à présent au Panthéon à Paris pour tout ce qu'elle fut, tout ce qu'elle a accompli, artistiquement, politiquement, socialement, humanitairement, etc.
Ouf ! Parfois on fait un peu de chemin quand même…
Bref, une femme qui a aimé cette humanité de son temps, parmi les hommes estimés « honnêtes gens » qui voulaient la mettre à la poubelle de l'histoire.

C'est difficile de ne pas s'emporter. C'est plus facile de hurler avec les loups.
C'est difficile d'essayer de comprendre. C'est plus facile d'exterminer et se débarrasser.
En quelque sorte : c'est difficile d'être humain. Ou plutôt de le devenir quand on sort à peine de temps excessivement troublés, pour retomber en 2024 dans d'autres tout aussi inquiétants et sans doute bien plus dangereux, parce que planétaires.

Peut-être que le seul chemin accessible est celui de l'intériorité. Un long chemin pour arriver jusqu'au cœur de l'humanité vivante en soi totalement. Cela fait très longtemps que je suis mis en route sur ce chemin que j'appelle « le Royaume intérieur » qui en réalité n'est pas une cachette secrète mais ressemblerait plus à une plage immense ouvrant sur l'infini que l'on découvre. Ainsi peu à peu la densité des êtres nous emporte dans l'immense courant du monde visible et invisible.

Pour y parvenir il faut côtoyer ceux qui sont sur ce chemin un peu en avant de soi, les chercher, et aussi croire qu'ils viendront à nous là où on ne les attend pas. Je parle de ma modeste expérience.

Je vais en rester là. Je ne placerais pas la phrase proposée, non pas que je la conteste, bien au contraire, mais la notion de race me gêne beaucoup. Même si à l'époque de Jaurès elle était employée sans les connotations clivantes apparues depuis, car où sont les frontières humaines… s'il y en a….

lundi 25 novembre 2024

La Leçon


                   

Je cherchais un sujet de devoir quand j’ai repensé à une toile de Mark Keller.

Une toile qui amena aussitôt une question : Où était cette image, j’étais sûr de l’avoir rangée quelque part dans les quelques milliers de gigaoctet qui encombraient ma machine.

Et la voilà, je l’ai retrouvée. Et je me demande encore que fait-elle, cette jeune femme ?

Qu’attend-elle ? Qui attend-elle ? Que pense-t-elle ? Sort-elle du lit ? Y va-telle ?

Bref, des tas de questions se pressent. J’espère lire vos réponses lundi…

 

Sidonie est songeuse :

— Et voilà, ça fait plus d'une heure qu'il discute avec elle au milieu de la rue. Exactement comme hier. Non, hier c'était pire, ça a duré plus de deux heures avant qu'il ne remonte à l'appartement. Il ne faut pas quand même qu'il pense que je vais attendre comme ça pendant des plombes, du début jusqu'à la fin de la semaine, pour lui donner sa leçon de violon  !

Bon voilà, il donne l'impression qu'il va la quitter. Il la prend par les épaules. Je suppose que c'est pour lui dire au revoir. Ah ben non ! C'est quand même un sale gosse : il tente de lui rouler un patin ! Mon Dieu, les jeunes d'aujourd'hui : ça m'affole ! Il n'a quand même que 12 ans. Et sa copine guère plus.

 D'accord, j'ai accepté le job pour faire plaisir à son père mais faut pas non plus me prendre pour une idiote. J'ai parfaitement compris ce que voudrait ce père. Le coup des leçons de violon fait uniquement partie des manœuvres d'approche.

J'ai tout à fait conscience que je suis jolie et attirante. C'est pas pour autant qu'il faut me prendre pour une traînée qu'on ramasse à la cuillère.

J'ai mal aux pieds. Les grolles que m'a offertes son paternel sélectionnait la marchandise sont trop petites. Je me demande même s'il ne les a pas récupérés auprès d'une maîtresse précédente.

Je suis quand même tombée sur une drôle de famille.

Ah ! Voilà le père qui se pointe.

 — Bonjour Mademoiselle Sidonie. Hubert n'est pas encore arrivé ?

— Il ne va pas tarder Monsieur Dupuis de la Margelle du Parc. Je le vois il est là dans la rue avec une copine. Il lui dit au revoir.

— Est-ce qu'il progresse en violon ?

— Oh ! Ça va certainement venir bientôt, je l'espère en tout cas ! Soupire Sidonie avec une lassitude non feinte.

— Madame la Comtesse et moi nous aurions dû choisir le piano, probablement. Mais vous ne donnez pas de leçons de piano j'imagine  ?

— Je ne touche pas la note de ce côté-là, répond Sidonie, qui tout à coup se croit subtile.

Monsieur Dupuis de la Margelle du Parc esquisse un rictus :

— Vous savez Mademoiselle Sidonie, je cherche une préceptrice pour ce jeune garçon qui paraît-il est mon fils. Seriez-vous disponible facilement ?

 Sidonie retient surtout le mot « facilement ». Monsieur Dupuis de Machinchose doit aimer les facilités que la vie peut lui offrir ou plutôt qu'il aime se payer. Elle songe : s'il croit qu'il peut se payer ma tête…

En même temps, il faut le reconnaître, ce n'est pas facile en ce moment avec son banquier. Alors… préceptrice… s'il ne faut pas faire trop d'heures supplémentaires nocturnes en dehors du service… pourquoi pas ! Et puis loger chez les « Dupuis  de Truc  »… ça la changerait de la chambre de bonne.

 

Hubert, le fils de la  Margelle du Parc arrive :

— Père, ma décision est prise, j'arrête le violon. Je veux apprendre à jouer de la batterie. Tu n'as pas le droit de t'y opposer, Mère ne le permettrait pas.

 Sidonie se dit qu'elle doit réfléchir à la place de préceptrice, parce que là… supporter Hubert 24 heures sur 24… ça semble mission impossible !

— Mon cher fils, la seule batterie que je peux tolérer, c'est la batterie de cuisine. Tu vas donc rentrer comme gosse à tout faire dans le Restaurant Gastronomique que j'ai choisi pour toi. Tu commences demain. Joignant le geste à la parole, il lui refile une paire de claques qui résonnent dans le salon comme un tambour de guerre. Et file dans ta chambre ou je te défonce le fion.

Sortie d'Hubert du salon.

 

Le Maître et Seigneur Dupuis de la Margelle du Parc adopte instantanément un ton très doux, presque tendre, en regardant Sidonie du sommet du crâne aux pieds dénudés. Manifestement il évalue le dévoilement des possibilités. La rentabilité est possible.

 — Mademoiselle Sidonie, pour la fonction de préceptrice, votre prix sera le mien, que diriez-vous de commencer par 1500 € par semaine, logée et nourrie ? Durant la période d'essai bien entendu ! Ensuite nous définirons un salaire convenable en fonction des résultats.

 Vlan ! Le maître de ces lieux n'a rien vu venir. À présent il est affalé par terre, le crâne en feu, à cause des coups de violon qui lui ont fracassé la tête. L'instrument est en miettes.  Il se touche l'oreille. Il un peu de sang apparaît sur ses doigts.

— Mademoiselle Sidonie ? Vous êtes toujours là ?

vendredi 22 novembre 2024

Les amoureux du Pont-Neuf



Jeu d'écriture N° 100 proposé par Filigrane (clic)
photo + phrase à placer. — « Que serais-je sans toi ? »

En ce temps-là, la symbolique de l'amour était au cadenas. On se rendait sur le nouveau pont parisien avec l'accessoire indispensable aux ébats amoureux. Depuis longtemps plus personne ne convolait en justes noces, c'eût été ringard en diable. Même Cupidon n'était pas loin de débander son arc. L'amour se voulait cadenassé et pour qu'il ne s'enfuit pas, on jetait la clé par-dessus le parapet et : plouf !

C'est là-bas que j'ai photographié Firmin et Angèle les bouches collées, lui l'enfermant par les épaules pour qu'elle comprenne bien que désormais elle était sa possession légitime puisqu'elle avait accepté le cadenas. La chose était entendue. Elle, le sac pendant au bout du bras s'apprêtait à le lâcher. Ce serait le signe de son abandon total à tous ses désirs, même les plus fous, les plus invasifs, les plus interdits.
Quand il décolla ses lèvres, Angèle s'écria : « que serais-je sans toi ? »
Firmin aussitôt répondit : « et moi, que serais-je sans Toit ! » Songeant que sans elle il serait toujours à la rue.
Témoin involontaire de ces paroles je me suis forgé un dicton personnel :
« jamais Toi sans Toit », pensant bien trouver la photo d'une maison cossue dans ma collection.
Ainsi donc ils seraient heureux !

Tout cela avait le poids de la passion fermée à clé.
Bien plus tard, lorsque le pont s'écroula sous le poids des cadenas, ceux-ci partirent à vau-l'eau jusqu'à la mer.

Angèle et Firmin avaient dès lors laissé tomber à l'eau leur projet amoureux et les baisers mouillés de larmes leur faisaient prendre conscience qu'ils auraient mieux fait de garder la clé…

lundi 18 novembre 2024

En terre happy

 

200ème Devoir de Lakevio du Goût.

Je suis sûr qu’il y a chez chacune et chacun de vous une endroit qui, bien qu’il ait peu changé a subi un changement qui, pour petit qu’il soit, a modifié grandement votre perception de l’endroit où il a eu lieu.
Et je suis tout aussi sûr que vous mourez d’envie de le raconter…

Pour la suite de la présentation vous pouvez la lire sur le blog de « le goût »


En terre happy

La consigne demande d'évoquer un endroit lié à quelque chose d'important pour soi, et depuis cet endroit a changé…Bon, ben, ça en fait des endroits possibles dans ma vie ! Et a priori aucun ne s'impose à moi plus que d'autres.

Tous ces lieux modifiés au fil des années par la modernité, l'urbanisation ou la destruction, s'il m'arrive d'y retourner et que je n'y reconnaisse plus grand-chose, je pense à  certains quartiers de mon enfance qui ont tous été grandement transformés, ça ne change rien à mes souvenirs. Il suffit que je ferme les yeux et me voilà sur les lieux avant. Quand je les rouvre, je me dis que les rénovations étaient nécessaires, pas toutes réussies, mais certaines offrent de nouveaux enchantements.

En fait j'ai l'impression de ne pas être tellement ni progressiste ni passéiste, au sens que la réalité concrète, c'est le présent et rien d'autre. Mais il nous  est sans cesse proposé d'échapper au réel, soit par retour arrière, soit par élucubrations sur l'avenir dont on ignore tout. Le métier de prévisionniste est une superbe arnaque, qui fonctionne parfaitement. Il n'y a qu'à écouter les médias chaque jour. Et, comme tout un chacun, à mes heures, je me fais avoir.

Geneviève Tabouis, célèbre chroniqueuse politique, des années 50/60, aurait encore du succès avec son célèbre « Attendez-vous à savoir… ». Elle concluait toujours son éditorial à radio Luxembourg par : « Au revoir, Mesdames et Messieurs, et à dimanche prochain, pour les dernières nouvelles de demain. ». Mon père n'en loupait pas une. Comme gosse, je n'y comprenais rien, mais j'écoutais quand même, pour faire « comme les grands » (clin d'œil pour  mes vieux lecteurs et lectrices).

Alors je vais choisir l'inverse. La rue où j'allais à l'école, qui existe toujours, relativement semblable à elle-même. Cette école qui fut mon enfer. Et là lorsqu'il m'est arrivé d'y repasser, il y a bien des années, j'ai dû arrêter ma voiture à cause d'une envie de vomir qui m'a saisi.
Le petit déjeuner qui passait mal, certainement.
 
À l'époque, je travaillais sur cette enfance lamentable qui fut la mienne. Quand j'ai raconté ça à la  psy elle a esquissé un sourire avant de dire une phrase du genre : « Alors donc, il a vraiment fallu que vous alliez repasser dans cette rue ? »
J'ai répondu que c'était un peu par obligation, j'avais un rendez-vous dans le quartier. En fait j'ai menti , j'avais fait le détour sciemment.
La fine mouche m'a répondu : « Je ne vous crois pas ! » J'ai osé murmurer :

- « Bah moi non plus… »
Ensuite, durant la séance, j'ai trucidé post-mortem au moins quatre ou cinq frères des écoles chrétiennes !
Une séquence mémorable ! Oh happy day !

vendredi 15 novembre 2024

Il y a une terre pour toi

Sur le blog de mon amie Myrte un billet intitulé « Ajaccio d'automne » avec un diaporama sur Ajaccio vu autrement que les cartes postales touristiques.
Et puis il y a une chanson Corse qui accompagne l'enchaînement des photos.
Je suis profondément ému, quelque chose d'indéfinissable qui m'envoûte et m'emmène loin.

Le refrain qui revient : « Il y a une terre pour toi ».
Et voilà que je me sens interpellé, comme si les photos, la douceur du chant, la magie des voix, la simplicité et la profondeur de l'interprétation créaient cette intense émotion.

Où est-elle donc la terre pour moi ? Est-ce que je la connais ? Est-ce que j'y suis, peut-être ?.
Il y a longtemps que j'ai renoncé à un quelconque « Ailleurs » qui viendrait un jour ou qu'on rejoindrait plus tard.
Alors pourquoi ce refrain produit-il une intensité, comme un soulèvement de désir, mais là, pour tout de suite. Dans l'instant.
Je compléterai volontiers : « il y a une terre pour toi, tu y es déjà, et qu'attends-tu d'autres ? »

 
Voilà, c'est tout !
C'est un simple petit événement, une étincelle vibrante, comme une sorte d'étonnement que ce soit ainsi et que bien souvent je passe à côté.

— Le billet de myrte est ici

— Une autre version du chant

— Une traduction automatique du texte Corse
(je n'en connais pas la valeur, ne connaissant rien à cette langue…)

Il y a une terre pour toi
Des larmes d'hiver
Les heures qui passent
Et de lumière qui finit
Touchez septembre, douce frontière.
Il y a une terre pour toi
Des sarres effrayés
Charges sur les doigts
Hommes dans des tanières et des cabanes
Quand les tons s'entrechoquent.
Il y a une terre pour toi
Détruit par le feu
Brûlé par les coupures
Mariage éternel
Entre la nuit et la foi, et l'enfer.
Il y a une terre pour toi
De la mer, du monde et du désert
Des contestations et des dommages auxquels il ne s'est pas ouvert
Les rues de l'amitié
Il y a une terre... division !

lundi 11 novembre 2024

La femme en rose et la maison

 199ème Devoir de Lakevio du Goût.


Je connais depuis longtemps cette toile d’Andrew Wyeth.
Chaque fois me vient une série de questions.
Souvent les mêmes questions…
Cette jeune femme couchée dans l’’herbe, qu’y fait-elle ?
Tente-t-elle de fuir ?
Est-elle surveillée par une marâtre ?
Veut-elle atteindre ou fuir la maison qu’on aperçoit au loin ?
Et si oui, pourquoi ?
Et si non, pourquoi ?
Faites part de vos conjectures et je vous ferai part des miennes.
À lundi…


La première fois que j'ai vu cette œuvre c'était… il y a tellement longtemps… que ma mémoire ne garde plus que des traces de peintures affadies. Pourtant cela m'avait marqué. Bien sûr il s'agissait d'une jeune femme par terre. Mais moi je me suis projeté aussitôt. Cette attitude je la connaissais, elle était mienne. C'est comme cela que je rampais quand je n'avais pas mes orthèses marche. Exactement comme ça. Une sorte de réputation en tirant sur les bras. Il fallait que le peintre connaisse parfaitement cette attitude pour la représenter aussi bien, avec autant de réalisme.


Ce sont des dizaines d'années plus tard qu'il fut remis sous mes yeux. Exactement comme ici par « le goût », lors d'une proposition d'atelier d'écriture. Le thème s'intitulait quelque chose comme : « la longue quête vers là-bas ». Et nous y revoilà.
C'est à la fin de l'atelier que l'animatrice exposa l'histoire du tableau. C'est là que j'ai compris que c'était moi cette femme en rose. Enfin, disons c'était ma sœur d'infortune.
Comme moi, elle était victime de la poliomyélite*. Elle rampait, faute d'un appareillage adapté. J'avais appris à faire de la même manière, lorsque je me retrouve sans mon attirail orthopédique, chez moi, le soir et le matin, à l'hôtel pour prendre la douche, à la plage dans le sable, etc. je faisais l'admiration ou la risée, ou l'interrogation. Je m'en foutais.… Enfin c'est ce que je disais…

Mais au-delà de cette projection égocentrique, le thème était tellement juste. Celui de la quête pour vivre et s'accomplir. La maison au loin (qui est en réalité celle de l'auteur du tableau) c'est le but. À la fois immense et dérisoire. Celui que l'on n'atteindra pas. Celui pour lequel on fera des efforts désespérés.
« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » Interrogeait Louis Aragon, dans le roman inachevé.

Est-ce ainsi que j'ai vécu ?
Peut-être. Peut-être pas. La quête n'est pas finie. Elle ne finira pas. Au final elle concerne chacun. Sauf la vie d'errance désespérante, chacun désire et désire encore. Le grand Désir du Vivre. Peut-être est-ce pour cela que le tableau fascine.

Je reviens à la femme en noir qui regarde :… sa fille ?
Son regard se fixe sur elle, sa reptation, son effort. Elle ne regarde pas la maison.
Réalisme ? Désespérance ? Encouragement silencieux ? Mais non, ses mains témoignent d'une forme de résignation. Évidemment qu'elle ne rampera pas jusqu'à la maison. Il faut se rendre à l'évidence, elle n'en aura pas la force. Bientôt la femme se relèvera pour s'avancer vers sa fille la prendre dans ses bras, ( elle est si maigrichonne), et il faudra bien rentrer parce que le temps va finir par se couvrir, le soleil disparaître, l'ordinaire reprendre ses droits de tristesse…

Finalement j'aime bien m'identifier à la jeune fille/femme, parce que nous avons cela en commun elle et moi, c'est une évidence, nous vivons de la conviction de l'atteindre cette maison et vivre autrement parce que la vie qui nous anime est une force que l'on croit invincible. La vulnérabilité doit être vaincue.
Avançons le bras droit. Tirons sur les hanches, on gagne quelques centimètres, et on recommence, on recommence, on recommence,…
On a bien le droit de se tromper !
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* Plus tard on estima qu'il s'agissait plutôt de la maladie de Charcot.

lundi 4 novembre 2024

L'étranger.

 


Je suis tombé sur un dessin d’Alcide, artiste dont j’ignorais totalement l’existence.
Ce dessin, probablement inspiré par le risque de voir l’extrême droite arriver à l’Élysée
m’a rappelé l’époque où les Algériens vivant en France étaient l’objet de remarques
racistes quand ce n’était pas d’agressions ou d’accusations diverses.
Ce dessin m’a rappelé quelques scènes vécues dans l’enfance.
Mais à vous ?
Je sais d’expérience que parmi les premières choses dont on avertit « l’étranger » qui arrive à la
Gare du Midi à Bruxelles est souvent « Faites attention aux Marocains ».
Les saints étant une petite minorité de la population, il est probable que le dessin donne une idée de ce que risque de devenir la société sous peu, vu la façon dont s’étend la pensée qui a mené à ce dessin…
Que vous ayez été témoin ou qu’un souvenir plus ancien vous revienne, on verra bien lundi ce que vous en pensez…


L'étranger.

Voilà un moment que je regarde ce dessin et que je relis la proposition de « Le Goût », cherchant une inspiration qui ne vient pas. Il y a un côté : trop c'est trop. Trop d'idées terribles qui me traversent, qui défilent dans ma tête, à la télé, dans les journaux, sur un état de la planète où l'étranger doit être rejeté, si possible supprimé. Qu'il aille mourir et se faire pendre ailleurs. Il faut se méfier de tous ceux qui ne sont pas comme nous, qui ne sont que de la racaille à éliminer.

Et tout à coup voilà que s'impose dans ma tête la chanson de Graeme ALWRIGHT « L'Étranger » que j'ai écoutée je ne sais combien de fois dans ma jeunesse et plus tard. Chanson qui est l'adaptation de «The Stranger Song» par Leonard Cohen. Sa mélodie qui est comme une berceuse qui nous piège ou comme une désespérance qui s'étale et envahit peu à peu comme une boue poisseuse.

Chanson dans laquelle il est question d'un autre. Il est question de moi.
J'ai tellement longtemps été étranger à moi-même. Étranger pour les autres parce que trop différent dans ce corps déglingué.
J'ai déposé « toutes [mes] cartes comme une défaite » *

Cette oscillation entre la médiocrité d'une existence qui a perdu son sens, et ce désir d'un « plus loin qui veut atteindre le ciel pour se livrer » *
ils sont nombreux ceux qui ont un désir ardent de relations « vraies », profondes et qui enrichissent. Or pour y parvenir il faut nécessairement sortir dehors, sortir de soi, aller au devant, et découvrir que l'autre, l'étranger, est une richesse qui nous est offerte, justement parce qu'il est autre que moi..

J'ai cette expérience. Une chance sans doute. La vie m'a permis de rencontrer de nombreuses personnes « étrangères », d'autres pays, d'autres continents. Et cependant je ne suis guère allé dans ces pays-là. Je n'ai jamais fait de tourisme à l'étranger. Mais j'ai vécu des rencontres d'une profondeur intense dans le cadre d'un organisme international consacré au développement. C'est en France. Avant de prendre ma retraite, j'y avais des responsabilités et je crois pouvoir dire que j'ai rencontré des personnes d'une bonne trentaine de nationalités différentes pendant des années assez régulièrement. Je précise que les personnes rencontrées n'appartenaient pas à des élites. Je n'avais pas un ami diplomate africain !
Ça fait partie de mes plus fortes expériences positives. Bien sûr ce n'est pas une merveille extraordinaire. On reste toujours un étranger pour l'autre. Au sein de cet organisme, j'ai vécu des tensions et des conflits inévitables dès lors qu'on cherche à se rapprocher, à s'apprécier, surtout à se comprendre « autre » et si possible à s'aimer différents. Les barrières culturelles sont parfois élevées comme les murailles. J'affirme que ce n'est pas impossible pour l'avoir vécu. Reste que je n'ai jamais rêvé d'une paix universelle qui est une illusion dangereuse.

Comme dans la chanson il faut abandonner ses cartes pour un nouveau chemin.
« En bas au bord du fleuve demain
Je t'attendrai si tu veux bien
Là tout près du pont qu'ils construisent » *

Et surtout ne jamais oublier cette réalité, sans cesse répétée :
« Je t'avais prévenue je suis étranger
Je t'avais prévenue je suis étranger... » *
 

* Extraits de la chanson de Graeme ALWRIGHT  




lundi 21 octobre 2024

Des jambes pour danser

196ème Devoir de Lakevio du Goût.

La première chose qui m’est revenue quand j’ai vu cette image, c’est la voix de Tino Rossi.
« Le plus beau de tous les tango du moooonde… C’est celui que j’ai dansé dans vos braaaas »
Mais pas seeulement.
Mais vous ?
Que vous inspire cette toile de Mark Keller ? Un souvenir ? Un spectacle ? Un morceau de vie ?
Nous verrons bien lundi qui ce tango aura inspiré…
Espérant toutefois que le sujet ne fera pas peine à Alainx qui n’a pas pu danser le tango mais semble néanmoins très bien passé de la danse pour fasciner quelqu’un pour le suivre pour la vie.
À lundi donc…



« Quand Jules est au violon et Léon à l'accordéon faudrait avoir deux jambes de bois pour ne pas danser la polka ». (Gilbert Bécaud)
Moi c'était deux jambes de fer et la polka ou le tango argentin, fallait pas trop y compter.
« Le goût des autres » fait allusion à moi dans sa proposition et je l'en remercie. J'ai quand même vécu une période où mon rapport à la danse fut assez complexe.
Jusqu'à mes 11 ans on ne dansait guère, peut-être quelques rondes enfantines dont ma mémoire ne garde plus trace. Après ma polio et jusqu'à aujourd'hui cela ne fut pas d'actualité. Sauf une fois : une fête de famille et parmi les invités il y avait une kiné. Lorsqu'on a poussé les tables pour danser, elle m'a invité. J'ai accepté en confiance me disant qu'elle allait « exercer son métier en heures sup. ». On a fait une sorte de valse lente, elle me tenait fermement, professionnellement. J'ai presque eu le tournis, à la limite de la chute. Mais j'ai aussi bien ri. Et puis à la fin je lui ai dit : « C'était sympa, mais dommage que tu danses si mal ! » On est parti chacun d'un grand éclat de rire. En fait ce fut comme une belle revanche sur le passé. Je me suis dit que pour elle aussi, quelque part ça devait avoir du sens.

À l'adolescence et jusqu'à mes 18 ans, dans les fêtes de famille, mais surtout les sorties « en boîte » avec copains et copines (en Belgique principalement), j'appréciais qu'on insiste pour que je vienne. Je disais oui. Au retour j'avais surtout des sentiments mitigés. Parfois j'avais passé un bon moment, car les amis ne faisaient pas que danser. Et puis j'étais quand même pas mal entouré et je n'ai jamais ressenti de « forme de pitié ». Reste que d'autres fois je vivais une forme de colère contre ce corps qui m'avait lâché.

Ce qui a tout changé fut le permis de conduire et la bagnole. C'est fou comme à l'époque les filles adorent les mecs qui ont une bagnole pour les embarquer loin de chez elle. Un jour on était cinq, moi et quatre nanas pour une virée en Belgique. Il y avait encore des contrôles à la frontière. Je n'oublierai pas la jeune douanier, tendance flamingant, qui eut une phrase à mon égard du genre : « Ben dis donc toi, vous en avez de la chance avec les filles ! »
Hé oui ! Y'a pas que la danse dans la vie !
Et je passerai sous silence les tête-à-tête à l'arrière de la petite bagnole. À chaque lecteur/lectrice de se faire son opinion personnelle du vécu correspondant en fonction de ses propres expériences.

Mon rapport à la danse est aussi avec ses paradoxes.
J'adore voir danser. Les grands spectacles de ballet. Casse-Noisette, les ballets russes, l'oiseau de feu, le Lac des Cygnes, le Sacre du printemps, la Bayadère, et bien sûr les grands metteurs en scène et les grands danseurs, Marie-Claude Pietragalla, Patrick Dupont, Maurice Béjart et son célèbre Boléro, etc. etc.
Comme cela m'est inaccessible je ne suis pas envieux et je n'en rêve pas. Mais je regarde l'extraordinaire beauté des corps en mouvement, la créativité, la rigueur du travail. Ce côté difficile avec le corps je le connais très bien par tant d'années de rééducation pour simplement essayer de redevenir « un homme ordinaire dans son corps ». Je n'y suis pas parvenu évidemment, mais j'ai fait le maximum de mon possible.

Et comme j'avance vers plus de repos nécessaire, au final, je me demande si ce qui me conviendrait le mieux ne serait pas « le Tango Corse » façon Fernandel.
Je vous laisse apprécier et c'est peut-être sourire et rire. Même si c'est vieillot.



lundi 14 octobre 2024

L'étrange conversation.

 195ème Devoir de Lakevio du Goût



Cette toile de Mark Keller me rappelle quelque chose et m’inspire un conte.
Mais à vous ?
Qu’inspire-t-elle ?
On le saura peut-être lundi…



— Le violoneux : salut, Coincoin ! Comment vas-tu ? Aujourd'hui je vais te jouer, rien que pour toi, la version pour violon et orchestre que nous sommes en train de travailler de la célèbre chanson « La Danse des canards ». Évidemment je ne peux te jouer que la partition du violon.
— Le Coincoin : Ha ! Vous n'avez pas trouvé mieux ? Décidément les humains me surprendront toujours. Une imagination très limitée et généralement répétitive. Mais bon, je t'écoute et j'enregistre pour avoir l'avis de Madame Coincoin.

— Le violoneux : Alors toi, tu me fais marrer avec tes réflexions à l'emporte bec. Tu crois que ta race est sortie de la cuisse du canard de Poméranie ? Monsieur se prend sans doute pour un canard huppé débarquant des Indes orientales !
— Le Coincoin : Absolument pas. Je suis un banal canard d'Estaires, dans le Nord de la France, mais j'ai quand même des  ancêtres qui  furent canards de Barbarie. Ce sont eux qui ont inventé l'orgue de barbarie. Tu as inventé quoi toi ?

— Le violoneux  J'ai inventé le fil à clouer le bec aux canards prétentieux dans ton genre. Alors, tu veux m'écouter, oui ou non ?
— Le Coincoin  Aller vas y mon gars  fait vibrer tes cordes sans en péter une. Je t'accorde ta chance (ta corde de violon évidemment des fois que tu n'aurais pas compris l'humour Coincoin).

— Le violoneux :Assez rigolé . Ça suffit. Je boude. Je ne te jouerai rien du tout. D'ailleurs je déteste le violon. C'est mon père qui m'a obligé à tirer sur l'archet. J'aurais aimé jouer du cornet à pistons. Un truc pour fanfares et gaudrioles. J'aurais soufflé dedans tout au long du carnaval de Dunkerque tandis que mes copains chanteraient des chansons paillardes. (« Elle a des grosses tototes, / ma tante Charlotte/ Et c’est moi qui les p’lote / ses grosses totottes ») .C'était plus festif que cette saloperie de danse des canards. Mais les humains ne font pas ce qu'ils veulent dans la vie. C'est pas comme les canards. Vous pouvez aller où bon vous semble tant que vous ne vous faites pas capturer pour être gavés et finir en foie gras de canard.
— Le Coincoin : Moi non plus je rigole pas. Mon rêve était de devenir canard sauvage. Partir en voyage chaque année avec les copains et copines. Vivre de grandes migrations, battre de l'aile sur des milliers de kilomètres, échapper à des conditions domestiques pour ne pas finir à la casserole et dans des estomacs humains. Être libre, quoi !

— Le violoneux : dans la vie « en vrai », je suis tourneur sur métaux à l'usine qui fabrique des chars d'assaut pour aller tuer… n'importe qui d'ailleurs… on a généralement pas trop de difficultés à s'inventer des ennemis. Ça aide pour conquérir le pouvoir. Et surtout le garder. J'essaye de ne pas trop réfléchir à tout ça sinon je vais avoir des insomnies et des problèmes de conscience. J'ai pas le temps, je dois faire bouillir la marmite familiale. Alors je trime sans penser à rien. Et ce projet d'adaptation de la danse des canards… ça me tue !
— Le Coincoin : vous êtes marrant vous les humains mâles et femelles. Vous n'avez pas de constance vous courez toujours après je ne sais quoi et quand vous réussissez à attraper une chose il vous en faut une autre immédiatement après. Jamais satisfait de rien, vous êtes !

C'est en me promenant sur le chemin de halage le long de ce magnifique fleuve que j'ai surpris cette conversation étrange. J'ignorais cette possibilité artistique d'entrer en conversation avec un volatile. J'avais une fois saisi la conversation entre un violon et son propriétaire, mais cela m'avait semblé de la vibration entre cordes. Cordes de violon d'une part, cordes vocales d'autre part. C'était donc tout à fait naturel.

J'ai passé mon chemin, je ne voulais pas les déranger. Plus tard je me suis dit que je devrais me foutre à l'eau et me laisser entraîner jusqu'à la mer.

 

mercredi 9 octobre 2024

Écrire l'instant

Depuis quelques temps je lis l'œil du Krop  au début c'était surtout son autre site de photos que je trouvais très intéressant et diversifié. Inspirant aussi. À présent je m'attarde sur son site plus personnel, partiellement de style journal extime [journal intime sur le net], passant d'un sujet à l'autre au gré de l'écriture qui vient.


À mes débuts sur le net, il y a largement plus de 25 ans, mon blog était plus facilement de ce type, avant de devenir… ce qu'il est aujourd'hui… parfois j'ai l'impression que je me suis réduit à un type de sujets plus restreints. C'est intime sans l'être vraiment. Ça s'est installé sans que ce soit le fruit d'une décision délibérée.
La nuit, entre brume épaisse et clarté lunaire, me viennent des sujets et des propos plus diversifiés, plus engageants peut-être. L'autre nuit défilait dans ma tête des images et des souvenirs évoquant ceux et celles qui ne sont plus, accompagnés de sentiments tendres envers eux. Comme une forme d'affection épurée de tout ce qui avait pu parasiter la relation « au temps du vivant ».

C'est peut-être cela « l'autre monde » qui n'est pas ailleurs qu'au fond de soi-même. Le passage par divers filtres, comme dans un épurateur, qui débarrassent tout ce qui n'est pas l'essence de la personne et de la relation avec elle. Un lent travail de décantation. Ce fut un temps de non sommeil et nullement d'insomnie. Comme une plénitude simple et ordinaire, des instants avec des sourires et des gestes doux. Même ma mère n'était plus la mère que j'ai dû supporter, mais l'être originel qu'elle était avant de sombrer mentalement. Me revenait alors de rares souvenirs quasi oubliés de sa présence intense lors de mon accident de santé, mais que j'étais incapable d'accueillir de cette manière. Je ressentais plutôt  qu'elle n'avait strictement rien compris au pourquoi du comment j'étais dans l'état où je venais de tomber.
Cette nuit-là je me disais que j'allais écrire tout cela. Mais au réveil, plus rien, ou presque. Une vapeur de sensations qui se dissipent et cette obligation de « revenir à la réalité du présent ». Mais qu'est-ce que le présent ? Est-ce que toute l'intégralité de l'histoire vécue n'est pas contenue dans la seconde présente ?
C'est le dernier billet de l'auteure du fameux blog que je cite, sans doute à raison de la diversité de sujets, la simplicité et vérité de l'instant, qui me donne de rédiger le mien aujourd'hui.

 L'illustrations du billet vient du site de l'œil du Krop

 

 

lundi 7 octobre 2024

La fin d'une histoire.

 194ème Devoir de Lakevio du Goût



De fait, quel sens donner à cette toile ?
Qui part ? Elle  ? Lui ? Eux ?
Revient-elle ? Part-elle ?
Qui est la silhouette derrière la fenêtre ?
Celle qui fait partir ou celle qui fait revenir ?
Et qui doit partir ou revenir ?

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Liminaire personnel :
Richard Tuschman, auteur de l'œuvre, est un artiste intéressant, photographe s'inspirant de grandes œuvres de la peinture, qui maîtrise son immense travail de prise de vue et d'éclairage sophistiqués, associé à un grand art de l'utilisation de Photoshop, pour raconter une histoire ou pour nous inviter à en inventer une.
Alors… essayons d'inventer… tout en restant dans la dynamique de l'œuvre qui, d'après l'auteur,  met en scène une séparation…


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Depuis la fenêtre, Jacqueline regarde Mélanie partir, valise à la main, avec son éternel imperméable qui lui donne des allures masculines malgré une chevelure abondante qu'elle ramène sur le cou. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elle en a parlé à Gérard, qu'elle a attiré son attention que ce n'était plus « comme avant » et que ça finirait un jour comme ça.

Gérard est descendu avec Mélanie jusque dans la rue. Il y a toujours un ultime espoir. Il faut y croire, se plaît-t-il à répéter souvent. L'optimisme désespérant de Gérard ! À trop vouloir croire au « tout va bien », on finit par ne plus percevoir la réalité telle qu'elle est.

Cela fait deux ans. Deux ans de vie commune à trois. Deux ans d'utopie à espérer qu'advienne ce partage total, cette symbiose magique à laquelle ils croyaient parvenir. Le doux pays des rêves. Mais dans leur for intérieur aucun des trois ne se leurrait, sauf Gérard peut-être.

Les débuts furent merveilleux, bien entendu. Tout leur entourage les enviait, surtout qu'ils avaient l'art d'improviser en public leur magie fantasmée et de transformer les plus belles banalités en expériences grandioses dans tous les domaines. Et puis l'effroyable routine a fini par venir les visiter, les envahir, squatter toutes les pièces et surtout la chambre à coucher commune et ce grand lit pour trio. Après les extases merveilleuses, la fusion des corps, le sublime apparent, le poison de l'habitude a fini par s'installer. Les mêmes scénarios, l'ennui qu'on garde pour soi, et puis le silence, l'absence de mots, la réduction aux gestes et la tristesse qui poisse.

Jacqueline voit Mélanie se retourner vers Gérard. Une vague lueur d'espérance passe devant les yeux de Jacqueline. Et si jamais… Malheureusement Gérard reste immobile, main dans les poches. Le réalisme vient-il de le figer sur place ? Redescend-t-il sur terre ? La Réalité aurait-elle pris place dans son cerveau ?

Jacqueline quitte la fenêtre. Elle s'assied sur le bord du canapé, coudes sur les genoux serrés, la tête dans les mains. Elle pleure.

lundi 30 septembre 2024

Délires et choix m'échoient


193ème Devoir de Lakevio du Goût.


J’aime particulièrement l’automne mais que vous inspire-t-il ?
Certains lieux me remuent le peu d’âme qui me reste, surtout celui-ci que j’ai parcouru tant de fois.
Êtes-vous plus « Ô bruit doux de la pluie, par terre et sur les toits »
Ou « Longue comme des fils sans fin, la longue pluie
Interminablement, à travers le jour gris, »
Êtes vous plus branchés Verlaine ou Verhaeren ?
Ou êtes vous simplement vous et vos rêves ou vos idées ?
À lundi, j’espère…


Délires et choix m'échoient


Verlaine ? Verhaeren ?
Est-ce que j'irai vers l'Aisne, ou prendre un verre à Rennes ?
À moins que j'ai des idées de rêves de brume ou de brune…
Une bière brune pour enterrer l'été. Pourquoi pas.
 

Ah l'eau tonne l'orage.
L'automne sera un délice de délires
de psalmodies langoureuses avec des lyres.
 Ô bruit doux de la pluie par terre et sur toi
fais gaffe tu vas être toute mouillée
la terre toute souillée
par cette terrible giboulée.

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
c'est quoi cette mise en scène
l'amour comme une pluie lente
et l'espérance est violente.
Guillaume en poésie flottante.

Automne, pluies monotones
ciel gris atone
plaintes molasses de saxophone
mais, ardeurs encore polisones
mes amours je révolutionne.

Les feuilles mortes se ramassent à la pelleteuse
l'éboueur les trouve emmerdeuses
moi je les trouve prometteuses
de brassées merveilleuses
de douceurs duveuteuses.

Descendons l'escalier
sans trop se tracasser
en bas c'est encore printanier
on peut encore s'encanailler
Paris va nous gracier.



 

lundi 23 septembre 2024

Au Bar

 

191ème  Devoir de Lakevio du Goût.



Cette scène, courante dans un bar, l’est beaucoup moins dans l’œuvre d’un peintre.
Elle parut amener Mark Keller à la peindre.
Quelles sont les questions qu’il a pu se poser en les voyant ?
Que pensaient les deux protagonistes qui semblent muets ?
La vie semble beaucoup plus riche en questions qu’en réponses…
Je compte sur vous pour nous éclairer lundi.
Vous êtes toutes et tous riches d’interrogations.
Je suis sûr qu’elles nous intéressent tous.
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— Elle (en pensée) :  Voilà, il est parti sans se retourner. Ce n'est plus qu'une ombre qui s'éloigne avec son éternel chapeau et son long manteau gris. C'était écrit. Je l'ai toujours pensé. Il ne faut pas nourrir de faux espoirs. Je me fais toujours avoir.
— Lui (en pensée) : Elle a demandé un autre verre et une bouteille de blanc. Ça pue la rupture à plein nez. Souvent c'est le soir que se constatent les ruptures, tardivement le plus souvent. Si je pouvais vous raconter tout ce que j'ai pu entendre ! À désespérer du genre humain parfois. Mais là, eux deux, je n'y aurais pas cru. Vous savez quand on tient un bar de ce genre on en voit  de toutes sortes : des belles histoires comme des tragédies.

— Elle (à lui) :  Vous voyez, Firmin, la bouteille va me faire tenir jusqu'à midi. Après, vous appellerez un taxi, car je crois que je ne serai pas en état de rentrer par mes propres moyens.
— Lui (à elle) : Pas de problème Mademoiselle. J'ai l'habitude… (et aussitôt il regretta ces derniers mots).

— Elle (assez agacée) :  Vous me considérez comme un pilier de bar, une alcoolique ? C'est triste ! Mais surtout c'est faux ! Je suis une personne respectable. Vous n'avez jamais été quitté sans doute, ou alors vous avez le cœur froid comme un glaçon dans du whisky.
— Lui (un peu embarrassé, ce serait con de perdre une cliente) :  Excusez-moi, je voulais seulement dire que je voyais fréquemment des personnes en difficultés qui ne vont pas bien, cherchent un peu de réconfort dans l'alcool. Je vous comprends, croyez-moi, un barman a du cœur comme tout le monde. D'ailleurs…

— Elle (commence à s'énerver) :  Arrêtez votre baratin ! Servez-moi plutôt si toutefois vous savez déboucher une bouteille ! Parce que là… vous ressemblez à un débutant. Les hommes sont toujours des débutants en toutes choses. Maladroits avec les femmes, maladroits en amour.
— Lui (après l'avoir servie , contourne le bar,  s'assied sur le tabouret à côté d'elle) : Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous ? Je n'ai pas toujours été barman. J'étais chanteur, je faisais la manche, avec ma guitare et des rengaines langoureuses et romantiques. Ça plaisait aux terrasses mais j'étais terriblement seul. (Il hésite un peu et pose la main sur son épaule. Elle le laisse faire).

— Elle (portant le verre à ses lèvres) : Deux solitudes côte à côte. Et après ? Chacun ira de son côté vers le pas grand-chose, l'ordinaire qui ne compte guère. Tuer le temps ne fait naître personne. Vous servez des verres, moi je les bois et l'existence s'écoule en répétitif. De week-end en week-end, une petite aventure çà et là. Une petite lueur d'espérance suivie d'une grosse déception. La vie quoi. Enfin disons la vôtre et la mienne. (Elle met sa main sur celle du barman qui est déjà sur son épaule).
— Lui (approchant sa bouche de son oreille, lui souffle) : Je termine mon service. Vous venez ?



 

samedi 14 septembre 2024

LE TEMPS

 

Montage AlainX

Le temps se tire vers les délires


Je regardais par la fenêtre
à ma montre l'heure avançait
à pas cadencés
plus question qu'on  répète.


L'époque du balancier était passée
l'électronique avait tout cassé
le temps s'accélérait
pourtant je continuais d'espérer
qu'il s'arrêta
juste pour un constat.


Tire et retire les aiguilles ma fille
Pour que jamais plus  le tic-tac grésille
cette montre est en toc
et je la boycotte.


Le temps s'étire
moi je me tire
il est temps de sortir.


J'ai dit à ma toquante
montre-toi à la minute présente
montre-toi à la hauteur
montre-moi la bonne heure
montre-moi le bonheur.


Ce ne fut pas pour autant le bon  réveil
seules restent des séquelles
du temps d'avant quand ce n'était pas encore l'heure
de ces foutus ordinateurs.


lundi 9 septembre 2024

Jour de pêche.

190ème Devoir de Lakevio du Goût.

À la demande générale d’au moins deux amateurs, voici de retour des « devoirs de Lakevio du Goût ».
J’ai obtempéré aussitôt car habituellement, personne n’a besoin de moi alors imaginez un peu mon amour-propre d’un coup caressé dans le sens du poil. Bref, « je biche »…
Ainsi, je propose à votre imagination de raconter une histoire qui vous serait inspirée par cette toile de Gustave Caillebotte.



Jour de pêche.

Chaque dimanche mon père m'emmène au bord de la rivière où il aime aller pêcher. Il espère encore me faire partager sa passion, mais je préfère regarder les scintillements de l'eau sous le soleil et rêvasser. Parfois des amis à lui viennent nous rejoindre. Ce sont plutôt les collègues de travail me semble-t-il, des ouvriers raboteurs de parquets et plus généralement hommes à tout faire, c'est-à-dire beaucoup et pas grand-chose.

On ne se parle guère dans ce monde-là. On se comprend du regard, du geste ébauché qui parfois suffit pour transmettre un ordre ou un conseil. Mon père est comme ça. C'est ainsi. Il ne me parle pas beaucoup, mais je sais qu'il m'aime et qu'il tient encore plus à moi depuis que maman est morte.

Parfois je tente d'évoquer sa mémoire. Peut-être finira-t-il par me dire quelque chose sur ce qu'ils ont vécu. Pourquoi elle est morte dans de telles conditions. Rien de bien précis cependant, sauf qu'il lui arrive de marmonner :
— « Ah ! Si j'avais su ! Si j'avais su ! »

S'il avait su quoi ? Et alors il aurait fait quoi ? Il me laisse dans des supputations qui me montent à la tête aujourd'hui en regardant ces scintillements hypnotiques. La rivière lorsqu'elle coule au soleil a ce pourvoir de ramener à la surface de ma petite conscience les questions que je me pose depuis bien trop longtemps.

Il est gentil mon père. Il ne ferait pas de mal à une mouche. Il a l'air bourru comme ça, mais c'est une apparence qu'il se donne. Derrière son chapeau de paille il dissimule ses sentiments à l'ombre de ses pensées.

Bientôt ce sera l'été, le soleil plus haut dans le ciel, les blés mûrs, peut-être que nous irons à la campagne chez Tante Germaine et son poulailler dont elle est si fière. Oncle Hector et lui aussi ouvrier, mais dans les fermes aux alentours. Bien différent de mon père il faut le dire. Lui est aussi bavard que papa est taiseux. Je me demande parfois s'ils sont vraiment frères !

L'autre soir les gendarmes sont venus à la maison. Ils voulaient parler à papa. J'ai dit qu'il faisait des heures supplémentaires en ce moment. Ils ont dit qu'ils allaient l'attendre. Pour s'occuper un peu je suppose ils ont fait le tour de la maison, regardant partout. J'ai même cru qu'ils cherchaient quelque chose, mais rien. Enfin papa est rentré. Il m'a aussitôt envoyé dans ma chambre avec l'interdiction d'en sortir. Ça a duré longtemps. Et puis ils sont repartis. J'ai demandé à papa ce qu'ils étaient venus faire. Il m'a répondu :
— « Ma fille, ce sont des histoires de grands qui ne te regardent pas »

À son ton j'ai compris immédiatement que je devais me taire et faire comme si rien n'était arrivé ce soir.
De ne rien connaître d'un essentiel qui me concerne peut-être, je traîne sans cesse un mal de vivre qui pourrait me pousser à une action malheureuse, il suffirait de quelques pas et me laisser tomber. Mon père ne sait pas nager. Nous serions peut-être victimes tous les deux du Destin qui n'est pas toujours une bienfaisance, puisqu'il a déjà emporté maman. Alors je me raccroche de toutes mes forces à cet arbre presque mort (comme moi) en l'enserrant de mon bras. Il est mon soutien, ma protection.

Dimanche prochain nous reviendrons ici, comme chaque dimanche que Dieu fera jusqu'à la fin des temps. Pourvu qu'elle arrive bientôt.


jeudi 29 août 2024

Abandon

 

J'ai mis du temps à ressentir ce sentiment d'abandon qui était enfoui au fond de moi.  Dans mon enfance je percevais la solitude qui était mon lot comme un élément ordinaire de l'existence, de la mienne, et probablement de la plupart des autres humains.
Alors, puisqu'il devait en être ainsi, je me suis mis à aimer cette solitude, enfin, à me persuader qu'il fallait l'aimer, puisqu'il n'y avait rien d'autre vers quoi porter mon affection. Enfin si, il y avait « mon ours » le seul être qui semblait me comprendre puisqu'il approuvait tout ce que je lui confiais avec un silence probablement complice. N'était-il pas seul lui aussi dans ma chambre ?

C'est le poliovirus qui, à l'âge de 12 ans,  me fit découvrir autre chose. C'est peut-être pour cela que je me  suis inconsciemment abandonné à lui. Je lui ai laissé le champ libre. Il a pu boulotter mes neuromoteurs jusqu'à se gaver, jusqu'à l'indigestion, ce qui l'amena à sa disparition définitive. 
Faible et démuni, voici mon corps à l'abandon.
C'est alors  qu'autour de moi on a commencé à prendre vraiment conscience de mon existence. En quelque sorte je me suis imposé paralysé.
 J'ignorais que ça pouvait être un pouvoir.

Me voilà passé de l'indifférence dans laquelle on me laissait, à sujet d'intérêt médical, de recherche, de sociabilisation expérimentale et de toutes ces choses qu'ils ont appelées rééducation, remise en vie, réadaptation, récupération des forces disponibles. Ce  fut un peu comme une opération de recyclage, concept tellement à la mode en ce XXIe siècle balbutiant.
Bonjour et bienvenue dans cette étape qui permettra de devenir un être recyclé.


L'abandon prend une autre forme. Il se fait plus actif. Une sorte d'abandon participatif. Parce qu'il faut le reconnaître je suis à sa merci. Mais c'est à moi de faire le choix de ma coopération. J'ai accepté de la donner à certains jours et carrément refusé à d'autres.
Une fois encore c'est bien plus tard que je comprendrais ce qu'il en est de « l'abandon confiant », composante indispensable à la vie, son surgissement et son épanouissement.
 C'est un pari. On peut gagner. On peut perdre.
Cependant ce dont je suis convaincu c'est que celles et ceux qui ne font  jamais ce pari ne se donneront jamais aucune chance de gagner. C'est ma conviction.

Eh bien, je le dis sans modestie et sans orgueil, ce pari je l'ai fait et je n'ai pas perdu.
On ne gagne pas non plus un quelconque pactole comme promettent les loteries sans jamais offrir le gros lot. 
Sans m'en rendre compte vraiment consciemment je comprendrais plus tard que j'ai fait le pari de la confiance en moi, dans mes "maîtres à revivre", qu'ils soient médecins, soignants, conseillers du psychisme, ou simplement offrant leur amitié ou leur présence bienfaisante. Enfin bref la découverte étonnante et un peu tardive de la  « vraie vie ». 

Soit résister, soit s'abandonner un choix crucial et réversible. La circonstance commande. Reste que l'abandon confiant est une résistance, un contre-pouvoir à celles et ceux qui croient que tout ira bien quand chacun aura la maîtrise de tout.

Je termine par cette citation de Romain Gary. Je peux la faire mienne mot pour mot :

"Je sais que la vie vaut la peine d'être vécue, que le bonheur est accessible, qu'il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce qu'on aime avec un abandon total de soi." 


jeudi 15 août 2024

Un monde apaisant

Un rêve dans lequel  je me laissais emporter cette nuit alors que la chaleur ne quittait pas la chambre, et ce corps qui ne sait plus ce qui lui convient. Lourd un corps comme le mien lorsque la chaleur le rend si peu mobile. Il démissionne face à l'effort.
L'esprit vagabonde, s'en va visiter des ailleurs qui ne sont pas. Et pourquoi pas envisager un monde apaisé un monde qui a enfin trouvé son aspiration la plus centrale : la paix. Pas l'absence de guerres et de conflits, ça ce sont toujours des armistices, du provisoire pour préparer la revanche. Chaque traité de paix signé comporte les ingrédients de la prochaine guerre. L'attente se nourrit de  l'heure de  l'ultime vengeance. Ce mythe de la « lutte finale » et demain un autre genre humain… mais demain sera un autre jour aussi belliqueux qu'avant-hier, puisque de tout temps on n'a jamais cessé de  fabriquer des armes. « Si vis pacem, para bellum » (si tu veux la paix passe par un bel homme parodiait un de mes amis…)…  Bah voyons ! D'ailleurs ce mécanisme bien rodé est la base économique du capitalisme mondial : la WorldCompagnie se doit d'abord  de tuer la concurrence.

 Même les J.O. sont contaminés. J'entends encore les tribunes en délire pour la gagne « aller les Bleus ! »… La France doit vaincre les adversaires de tous les autres pays. Mais on a beaucoup perdu ! (Ça, la télé d'État ne le dit pas). Cependant, déclare un nageur olympique  : « On travaille pendant quatre ans et puis en 30 secondes, c'est terminé. On a perdu, on ne sait plus où aller, et même qui on est. ». Va leur falloir un suivi psychologique, comme ceux qui reviennent de guerre… Pauvres enfants de la patrie ! Le jour de gloire a foutu le camp !
J'ai fait partie du délire général. J'ai vibré devant le jeune français  à lunettes qui a niqué les Chinois au ping-pong. Et autres compétiteurs étrangers qu'on a délicatement invités à aller se faire voir… chez les Grecs !  Fermez le ban. Aller : la suite !

Un monde apaisant pour moi c'est tout autre chose. C'est d'abord un apaisement venant de l'intérieur comme un don qui est fait. Un don d'origine, un don de relations que possède déjà l'embryon, comme le démontrent aujourd'hui les neurosciences. Un don qui donne le sentiment d'une paix accessible, malgré un état de fragilité comportant des risques. Un monde apaisant se nourrit de contemplation et de manne spirituelle.

Et peut-être plus sobrement et simplement de simplicité, d'abandon et de confiance.
Cette paix n'a jamais été et ne sera jamais imposée par la violence, la domination. Elle ne peut pas être une paix armée comme nous le croyons en adoptant « l'arme de dissuasion ». Les armes sont une offense à la réalité humaine comportant le potentiel d'une naissance de paix offerte et qui réside en nous comme « l'origine et l'aboutissement ».

Malgré les avancées en humanisation, fruit du combat (un combat n'est pas la guerre) pour des droits humains, des forces contraires s'efforcent par tous les moyens de nous faire oublier nos origines ontologiques, et de nous convaincre que l'aboutissement serait le  triomphe par la Domination, comme absolu ultime.

Mais pour cela il faut opter pour « un autre monde ». Il y a très longtemps, un homme de Galilée disait : «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre coeur ne se trouble point, et ne s'alarme point » . Mais, cet homme, comment la laisse-t-il entre nos mains cette paix ?
C'est passionnant de chercher ce qu'elle EST. Il n'impose rien et nous laisse découvrir. C'est quand même plus stimulant que les réponses toutes faites des « yaka-focon » de service.









mardi 6 août 2024

La vie, tout simplement.

 
« Enfant j’étais libre,… libre de pensées. Tu sais ce flot continue de pensées qui défile sans demander la permission. Enfant, je n’en étais pas encore affectée. Je vivais, je ressentais, je goûtais. Il n’y avait pas d’hier ni de demain. ».
C'est un commentaire de mon amie KEA chez Célestine.

Aussitôt cette phrase m'a évoqué la visite récente de ma petite-fille venue quelques jours chez nous. Ses parents habitent loin et on ne se voit pas très souvent. Elle vit ce passage de la petite fille, vers le commencement de la jeune fille. Je l'ai ressenti tellement libre de pensées, heureuse de vivre, sa douceur délicate, son rire joyeux, ses yeux bleus pétillants de vie, spontanée et en même temps pleinement présente à l'intensité du moment qui passe. Chaque matin était neuf pour elle, et comme dit Kea « il n'y avait pas d'hier ni de demain ». La vie dans sa force et sa plénitude. Ce fut un temps de jouvence.

Il y a dans notre  grande cuisine, où nous prenons le petit déjeuner (sauf le dimanche qui a son rituel au salon !) un mur complet de photos de nos enfants et petits-enfants. Chaque matin je le regarde, parfois je le contemple. Un petit moment hors du temps en savourant ma tasse de thé. Peut-être que je ne réalise pas suffisamment tout ce qui émane de ces photos qui me parlent de la joie d'exister et de partager son existence, comme le constat d'une offrande de la vie et une reconnaissance des bienfaits qu'elle donne généreusement.
Je devrais puiser dans ces instants un plus de présence consciente à cette force vitale qui, jusque-là, ne m'a jamais abandonné.

Je me crois autorisé à écrire cela, car celles et ceux qui me connaissent quelque peu savent très bien que les épreuves ne m'ont pas épargné, c'est le moins qu'on puisse dire. Et cependant je sais ce qu'il en est de la joie qui libère des entraves.
Ça existe. Je l'affirme.

vendredi 26 juillet 2024

Une histoire un peu rock 'n' roll


Après réception de la family par morceaux successifs, reprise d'une activité de repos estival  de retraité . C'est alors que traînant du côté d'Arte-concert je tombe sans me faire mal sur un « live » (comme on dit maintenant) d'Elvis Presley de 1968. Je regarde un peu en me disant qu'Elvis ça n'a pas vieilli tant que ça, en revanche le public, l'orchestre, c'est vraiment super ringard et je me dis c'étais le temps de ma jeunesse ça ? Ben oui ! Les filles avec coiffure en choucroute et les mecs en costards. Et tout ça ne bouge pas ou à peine. On est loin de Patriiiiiiiiiiiick et autres glissades verbales dans les aigus qui viendront bien plus tard avec l'hystérie des foules.

C'est alors que ma mémoire, qui n'a pas son pareil pour ressortir quelques vieilleries d'un placard dont on croyait avoir perdu la clé, me balance un 45-tours qui revient de loin. Certes je ne l'ai pas oublié mais le voilà qui ressurgit un moment où je ne m'y attendais pas.

Bill Haley & His Comets - Rock Around The Clock . Je vais vous expliquer pourquoi dans un instant. Auparavant je me mets à une recherche et je trouve sur le net une version en public de 1968 du groupe en question. Le comportement de la jeunesse de ce temps n'est guère mieux que la version Elvis.





Je reviens à mon souvenir du 45-tours. Il m'a été remis par mon père vers 1960/61 qui le tenait d'un de ses clients, lequel avait relaté à sa fille que j'étais un jeune comme elle qui avait été terrassé par la polio. C'est vrai que la chose avait fait le tour de la clientèle de mes parents. Alors il paraît que la toute jeune fille avait décidé de « m'offrir » ce 45-tours à la mode. Je ne connaissais pas mais ça m'avait emballé. Je l'ai écouté encore et encore sur l'électrophone que j'avais aussi reçu en cadeau suite à la polio.
La paralysie ça a quand même ses bons côtés).
Mais quand même je ne pouvais guère remuer mon corps au rythme de l'enfance perdue. J'ai toujours le 45-tours, comme une sorte de relique bienfaisante.

Voici pourquoi :
J'ai appris bien plus tard, par mon père, que la fille du client en question avait choisi un 45-tours auquel elle tenait beaucoup et elle en faisait « le sacrifice » en espérant que ça me plairait et apaiserait mon malheur. Ça m'avait marqué. Mais c'est  bien plus tard encore que j'ai mesuré (ou supposé) ce que cela avait pu représenter pour elle.
Je n'ai jamais vu cette fille devenue femme âgée comme moi si elle vit encore. Je ne sais même pas son nom et mon père n'est plus là pour évoquer ce souvenir.

Alors ces quelques lignes c'est un peu pour lui rendre hommage et lui dire que c'est peut-être le souvenir le plus marquant de ce que j'ai pu recevoir à l'époque comme signe qui me reste tangible et palpable de ce temps-là.
« Madame la fille du client » vous ne lirez jamais ces lignes. Je les écris cependant pour vous à travers le temps et l'espace, parce que des personnes qui vous ressemblent avec générosité manifestée avec intensité, en ce temps de trouble des esprits, vous méritez bien que je vous évoque pour faire figure d'une certaine illustration de ce qui devrait être une ordinaire solidarité active et une générosité, fussent-ils un modeste 45-tours sans grande valeur, mais emblématique pour moi, dont je ne me séparerais jamais.
Puissiez-vous avoir eu une vie heureuse.