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lundi 28 juin 2021

La mèche

 

87 ème devoir du lundi 


J’aime ce pastel de Sally Strand.

Même s'il vous a déjà été proposé par Lakevio, je vous le propose.
Pourquoi ?
Eh bien parce que cette « rouquine » me parle.
C’est un sujet – pas un objet – sur lequel j’ai toujours aimé m’étendre.
N’y voyez rien de leste quoiqu’on puisse penser de cette tournure de phrase.
Mais, mon dieu ! Que cette épaule et ce cou pâles me parlent et m’appellent !
Et vous ?
Que vous inspire ce pastel de Sally Strand.
Bien que je vous aie déjà parlé de cette rousse, je pense avoir encore quelque chose à en dire.
Pourtant, ça fait des décennies que je vous en parle mais je suis intarissable car il y a encore tant à découvrir.


La mèche


C'était en passe de devenir obsessionnel. Cette mèche rebelle au-dessus de son épaule gauche, qu'elle n'arrivait pas à domestiquer. À quoi peut tenir l'insupportable !

Ce ne sont que quelques cheveux, mais c'était depuis toujours. La nature n'est pas aussi bienveillante qu'on le croit. Elle avait réussi à lui implanter une sorte d'épi latéral qui n'en faisait qu'à sa tête,… sur sa tête.

Probablement qu'elle ferait mieux d'être reconnaissante à ce rebelle. Il avait façonné sa personnalité. Car il ne fallait pas lui raconter des histoires. D'ailleurs sa mère le lui disait fréquemment : « Marie-Sophie, tu n'en fais qu'à ta tête ! ».

Une tête rousse, comme Isabelle Huppert, comme Delphine Wespiser (comment vous ne la connaissez pas ? Mais enfin ! La Miss France 2012 !), Vous préférez sans doute Mylène Farmer, ou Véronique Genest dans un autre genre, à moins que vous ne flashez définitivement sur Axelle Red. Et si nous restions dans notre petit monde de l'élite d'Internet à laquelle nous appartenons, comment ne pas citer une certaine Célestine.


Seulement voilà, tout le monde n'a pas la mèche rebelle. Et Marie-Sophie aimerait tellement ressembler à tout le monde. Or chacun sait que ce n'est pas possible. Aucune rousse n'est tout le monde. Tout comme Larousse n'est pas un dictionnaire comme les autres.

Alors, Marie-Sophie a encore un travail important à accomplir sur elle-même, pour accepter sa singularité d'avoir une mèche rebelle sur la gauche à l'arrière de la tête. Je sais, ce n'est pas évident. Son miroir, son beau miroir, lui reflète la réalité vraie et ne peut pas lui raconter des chimères comme certains miroirs magiques savent le faire. Ce miroir-là relève d'une autre école, celle du réel à la fois joyeux et merveilleux mais parfois terrible à assumer en matière de statut capillaire. Il faudra trouver la bonne lotion, celle qui sait domestiquer l'indomptable, qui oblige le cheveu à rester à la place qu'on lui a désignée et qu'enfin on puisse cesser de se faire des cheveux à son sujet.


Marie-Sophie ferait bien de ne pas gâcher sa beauté en raison de ce simple détail. Son élégance, son raffinement, sa manière simple et à la fois originale de se vêtir, sa robe verte qui va très bien avec une chevelure écologique, et je ne vous parlerai pas de ses milles et un attraits secrets.


C'est dans ce contexte global que j'ai fait sa connaissance vers la fin juin de cette année-là. J'ai osé l'aborder dans la rue à raison de sa flamboyance, mais principalement à cause justement de cette mèche rebelle qui flottait sur le côté de sa tête à chaque pas avec une ondulation qui en laissait présager d'autres, sûrement délicieuses. Évidemment elle a tout de suite capté que j'étais roux moi-même, et que ma flamboyance allait bien avec la sienne. Nous nous sommes tout de suite reconnus comme étant de la même trempe. Aussi nous sommes rapidement devenus intimes.


Mais là, je dois bien l'avouer, de la voir chaque matin se bagarrer avec cette mèche rebelle qui m'avait pourtant  fait trembler de tout le corps lors de notre rencontre, ça commence sérieusement à me pomper l'air ! Et même si nos instants sont délicieux, je commence à me lasser. Et cette fameuse robe verte ! Est-ce que vraiment elle est obligée de la porter tous les jours ? Et ce gros bracelet en bois des îles exotiques qu'elle ne veut même pas retirer le soir dans le lit ? Franchement, ça ne facilite pas les choses !

Je pense que la fin est proche. Ça tient parfois à peu de choses une rupture. Un léger agacement au départ et puis peu à peu ça devient insupportable. Je serais prêt à lui serrer le cou, jusqu'à ce que sa main s'écroule et qu'elle arrête de faire suer le monde avec sa mèche.

Mais, en homme civilisé et conscient de ses responsabilités, j'ai préféré lui dire avec un ton suave, à la fois manifestant proximité et détachement :


— « Chérie, je vais m'en aller faire un tour. Ne t'inquiète pas, je ne sais pas exactement quand je reviendrai… ».




lundi 21 juin 2021

Fleuve de bêtises

 

Le 86e devoir du lundi


Que me direz-vous lundi matin de cet endroit plutôt bucolique ?
Virgile lui-même en aurait dit joliment du bien j’en suis sûr.
Peut-être même eût-il tartiné le XI ème livre de son célèbre recueil.
Enfin, célèbre chez ceux qui ont eu à transpirer sur des versions et qui, lycéens citadins dans l’âme durent se taper de la poésie pastorale…
J’ai bien quelque chose à vous en dire lundi.
Quelque chose de triste.
Mais c’est quand même quelque chose à dire…




Fleuve de bêtises


Cette photo m'a fait penser à la Loire, mais cela pourrait être n'importe où en France ou ailleurs. Mais pourquoi pas du côté de Tours ? Le long du quai Paul Bert, il y a des arbres comme cela, et même plus loin après le pont Wilson sur le quai de Portillon il y en a encore. Plus loin évidemment tu ne prends pas le passage souterrain sinon tu vas louper le pont qui passe au-dessus de l'île Simon et t'amènerai place de la Victoire, parce que tu y trouveras une agence du Crédit Agricole, si par hasard tu avais un compte dans cet établissement bancaire. Tu me diras qu'on peut en trouver ailleurs que là, mais dans cette agence ils sont très sympathiques et en plus parlent un français impeccable, ce qui est rare pour des banquiers.


En fait ce n'est pas à Tours que je voulais t'emmener, mais plus loin, à l'hôtel de Choiseul à Amboise, pas bien loin du château du Clos Lucé, où j'ai passé une nuit absolument merveilleuse avec la marquise de Pompehafont, descendante directe des de Pompabrah qui ont toujours été valeureux lors des campagnes militaires. Je voulais mieux connaître les mœurs réputées particulières des de Pompehafont, dont un lointain cousin m'avait vanté les mérites. Et je dois dire que je ne fus pas déçu.


Sans doute que je vous donne le sentiment de bien connaître la Touraine. Ce n'est pas exact. En revanche je garde une excellente impression d'une tourangelle particulièrement accorte qui me permit d'accéder à la visite guidée de son petit intérieur dont je garde un souvenir ému comme il en est lorsqu'on pénètre dans une habitation troglodyte qui à chaque détour offre des surprises. Elle me mit le feu à l'Anjou et je Liré encore longtemps l'amour dans ses yeux. J'aurais pu être capable d'aller danser avec elle sur le pont de Nantes, où un bal était donné, mais la belle ne voulut pas y aller. Aussi elle finit par me dire : maintenant c'est Azay le rideau est fermé…


Pourquoi je vous raconte tout ça. Absolument pour rien, sauf le plaisir du n'importe quoi. Bien sûr si la photo avait représenté des bords de Seine, j'aurais pu vous narrer mes aventures avec une certaine classe parisienne sélecte que l'on croise facilement dans les jardins du Louvre, plus particulièrement sous une des arches de la Cour Carrée (je vous laisse deviner laquelle). Prenez la porte dérobée à gauche en quittant la cour et vous découvrirez des merveilles insoupçonnées. Mais hélas on ne peut pas tout révéler de ce qui est classé secret défonce de la république. Il est cependant indéniable qu'on peut y trouver quelques alcôves accueillantes ou, à défaut des bords de Loire en Touraine, on peut, la chose faite, y dormir comme un loir.


samedi 19 juin 2021

Des regards

 

Il y a mille et une manière de regarder le monde

on peut voir ceci, par exemple

et être effrayé par cet Alien



Est-ce que savoir que c'est un ver minuscule

du fond des océans, observé au microscope,

 nous rassurera ?


*



On peut rejoindre des endroits magnifiques

mais où la chaleur écrasante, la soif,

la peau brûlée,

auront raison de nous, 

définitivement




Il est possible de tourner la mappemonde

de s'arrêter là où on ne s'attarde pas

habituellement



et se dire : 

C'est là que je suis ?



*


à 12 ans,

un homme important pour moi

m'offrit cet atlas mondial

(je l'ai toujours)




J'y ai découvert ceci

et je suis resté à contempler

longuement





Souvent cette image me revient en tête

et me revoici à 12 ans

sur mon lit d'hôpital


qu'est-ce que je fais là ?

Qu'est-ce que cela veut dire tout ça ?


*



mardi 15 juin 2021

Voyage vers ici



Il est toujours possible de partir loin.

À pied, à cheval, en voiture hybride, en chaise à porteurs

et pourquoi pas fauteuil roulant électrique.


Quelle que soit la destination, 

on se déplace toujours avec soi-même .


Route en forêt, sous le soleil,

à la belle saison

 le voyageur à vélo.


Paysage familier

ressemble à tant d'autres

pas bien loin de chez soi,

c'est ainsi que l'on voyage parfois.


On mène cette route ?

Va-t-on découvrir des merveilles ?

Un étonnement peut-être ?

Ou alors  déception à destination ?


Aventure en continu

tous les chemins mènent à Rome disait-on

quand la chrétienté se targuait d'être 

centre de l'univers.


Dans la réalité

cette route mène à Moscou 

dans quelques kilomètres.

Mais pas au Kremlin-Bicêtre


*


vendredi 11 juin 2021

Reprise…

… Comme dit l'arbitre aux joueurs à Roland-Garros lorsque la pause est finie.


Ce sera possible par l'amélioration du service, qu'il soit lifté ou slicé.

Subir moins de revers et une volée qui ne finisse pas dans le filet.

Commettre moins de doubles fautes.

Supporter moins de jeux blancs.

Ne pas se prendre la tête de série à coups de aces.

Développer le passing-shot, en surprendre plus d'un s'il a l'audace de monter au filet.

Les efforts ne finiront plus dans le couloir et l'homme de chaise constatera qu'on a repris l'avantage.


D'ici là, faire un break dans un autre carré de service.

Rendez-vous au prochain tournoi.




LE TENNISMAN - Oeuvre de Céline Lust



mardi 8 juin 2021

Matinale



Ce matin je me suis énervé.

C'est un euphémisme. J'étais en rage, comme on dit, « hors de soi » et l'expression est juste. Je suis sorti de moi dans une colère inutile, même s'il s'agit d'un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Inutile parce que l'endroit où ma colère se dirige, ça ne sert à rien d'aller de ce côté.


Ce matin je me suis calmé.

C'est le bon mot. Redescendu dans le calme intérieur, avec ce regret de recommencer à en sortir un peu trop souvent. Il faut dire que les raisons d'aller jusqu'au bord de l'explosion se sont multipliées ces derniers jours. (Tu cherches à te justifier, Alain ?) Les raisons forcément légitiment à mes yeux. Peut-être pas à ceux d'autrui. Mais enfin, ce sont mes yeux, pas ceux des autres.


Ce matin je suis retourné dans le passé.

Quand j'étais sur les bancs d'écoliers il y avait un module « textes anciens ». Je ne suis pas retourné à l'école, mais dans mes anciens textes écrits et publiés il y a une dizaine d'années
et plus anciens encore. J'avais oublié la plupart. Je les redécouvrais comme si c'était tout de suite. J'ai relu des morceaux au hasard. Et ce sentiment de temps révolus. Non pas de temps un peu lointain avec une continuité et une lente évolution. Non. Les temps révolus, finis, soldés définitivement, dépassés, engloutis, qui ne peuvent resurgir. Comme s'ils avaient été écrits au temps des labours à cheval et du char à ban.


Ce matin j'ai eu froid sous le ciel bleu et le soleil.

Froid comme la vie qui ne sait plus où elle habite.


lundi 7 juin 2021

Marie Laurencin

Le 84e devoir de "Le Goût" 





Cette artiste est connue dans le monde entier.
Parfois vue avec admiration.
Parfois avec détestation.
Mais vous ? Qu’avez-vous à dire de Marie Laurencin ?
Que vous laisse-t-elle comme souvenir ?
Nous espérons tous en savoir plus lundi...




Marie Laurencin


Est-ce que j'ai à dire quelque chose de Marie Laurencin ?

Évidemment ! Je suis bien placée pour le faire, puisque c'est moi !

Bien sûr que je suis morte à la moitié du siècle dernier. Tout le monde est au courant. Enfin tout le monde… les Français un peu vieux sans doute, et puis les esthètes, à claques ou non.


Pourquoi ai-je la possibilité d'être présente alors que le XXIe siècle est déjà bien entamé ? Si vous posez la question c'est que vous n'avez pas compris grand-chose à la vie prolongée des artistes. Des femmes notamment, des bisexuelles en particulier. (C'est bien comme ça qu'on dit dans la modernité ? De mon temps on disait gouines).



Nos œuvres sont immortelles et nous presque. Alors, les vrais artistes, nous sommes encore, là observant le monde. Ne me demandez pas comment ça se produit, je ne le sais pas moi-même. En tout cas, je perçois. Pas de la même manière, mais c'est largement aussi bien. L'autre fois je me suis projetée chez Christie's à New York, j'ai vu que « femme aux tulipes » s'était vendue 358 000 €. Bédidon !! Si à l'époque je l'avais vendue 1/10 de ce prix j'aurais été contente, d'autant que j'ai peint ça en moins d'une heure et que je ne trouvais pas que ce fut une réussite ! C'est rentable l'aquarelle ! Sauf que je suis morte et que je n'en profite plus !


En revanche, je suis toujours heureuse de voir qu'Apollinaire est toujours « d'actu » (comme vous dites…). On a pris du bon temps ensemble. Tour à tour, l'un s'inspirait de l'autre. Lorsqu'il s'est mis à boire plus que de raison et pas seulement boire, il a commencé  à avoir la main lourde sur mon délicieux corps. Aussi j'ai préféré m'enfuir.


Vous y dansiez petite fille

Y danserez-vous mère-grand

C’est la maclotte qui sautille

Toute les cloches sonneront

Quand donc reviendrez-vous Marie


Bah, mon pauvre Guillaume, tu peux toujours te brosser une toile !




 Vous croyez qu'il m'aurait remercié d'avoir fait son portrait entouré tous ses amis ? Les hommes… tous pareils… c'est pour cela que j'ai fini par choisir les femmes, sans pour autant renoncer pleinement aux hommes. Alors à leur contact j'ai commencé à développer « le nymphisme». OK ça n'a pas plu à tout le monde mais qu'est-ce que je m'en tape ! (Vous voyez que je m'adapte parfaitement au vocabulaire moderne !).

On s'est quand même bien amusé dans les années 30 et jusqu'à la guerre. Ils m'ont même refilé la Légion d'honneur ! Après ce fut autre chose. Je préfère ne pas en parler. C'est tellement moche toutes ces saletés qu'on m'a reprochées. Certes j'ai été parfois imprudente, mais quand même…


Quant au tableau représenté ici, c'est le souvenir d'un super délire entre copines. Il est hors de question que je vous raconte ce qu'on a fait ce jour-là. N'allez pas croire à des choses que la morale réprouverait. C'était primesautier et bon enfant. D'ailleurs il est très probable que cela ait inspiré Guillaume, si j'en crois ceci par exemple :


Et les enfants s’en vont devant

Les autres suivent en rêvant

Chaque arbre fruitier se résigne

Quand de très loin ils lui font signe.


Mais je dois à présent vous quitter. Le sursis de présence qui m'a été accordé arrive à échéance. De toute façon vous finirez par m'oublier, à quoi bon dans ce cas rester encore.


Votre chère Marie L.


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Ces propos de Madame Laurencin sont évidemment authentiques. Ils ont été recueillis post-mortem au sein même de mon imaginaire personnel, certifiés comme véritablement inventés par mes soins attentifs.