J’aime ce pastel de Sally Strand.
Même s'il vous a déjà été proposé par Lakevio, je vous le propose.
Pourquoi ?
Eh bien parce que cette « rouquine » me parle.
C’est un sujet – pas un objet – sur lequel j’ai toujours aimé m’étendre.
N’y voyez rien de leste quoiqu’on puisse penser de cette tournure de phrase.
Mais, mon dieu ! Que cette épaule et ce cou pâles me parlent et m’appellent !
Et vous ?
Que vous inspire ce pastel de Sally Strand.
Bien que je vous aie déjà parlé de cette rousse, je pense avoir encore quelque chose à en dire.
Pourtant, ça fait des décennies que je vous en parle mais je suis intarissable car il y a encore tant à découvrir.
La mèche
C'était en passe de devenir obsessionnel. Cette mèche rebelle au-dessus de son épaule gauche, qu'elle n'arrivait pas à domestiquer. À quoi peut tenir l'insupportable !
Ce ne sont que quelques cheveux, mais c'était depuis toujours. La nature n'est pas aussi bienveillante qu'on le croit. Elle avait réussi à lui implanter une sorte d'épi latéral qui n'en faisait qu'à sa tête,… sur sa tête.
Probablement qu'elle ferait mieux d'être reconnaissante à ce rebelle. Il avait façonné sa personnalité. Car il ne fallait pas lui raconter des histoires. D'ailleurs sa mère le lui disait fréquemment : « Marie-Sophie, tu n'en fais qu'à ta tête ! ».
Une tête rousse, comme Isabelle Huppert, comme Delphine Wespiser (comment vous ne la connaissez pas ? Mais enfin ! La Miss France 2012 !), Vous préférez sans doute Mylène Farmer, ou Véronique Genest dans un autre genre, à moins que vous ne flashez définitivement sur Axelle Red. Et si nous restions dans notre petit monde de l'élite d'Internet à laquelle nous appartenons, comment ne pas citer une certaine Célestine.
Seulement voilà, tout le monde n'a pas la mèche rebelle. Et Marie-Sophie aimerait tellement ressembler à tout le monde. Or chacun sait que ce n'est pas possible. Aucune rousse n'est tout le monde. Tout comme Larousse n'est pas un dictionnaire comme les autres.
Alors, Marie-Sophie a encore un travail important à accomplir sur elle-même, pour accepter sa singularité d'avoir une mèche rebelle sur la gauche à l'arrière de la tête. Je sais, ce n'est pas évident. Son miroir, son beau miroir, lui reflète la réalité vraie et ne peut pas lui raconter des chimères comme certains miroirs magiques savent le faire. Ce miroir-là relève d'une autre école, celle du réel à la fois joyeux et merveilleux mais parfois terrible à assumer en matière de statut capillaire. Il faudra trouver la bonne lotion, celle qui sait domestiquer l'indomptable, qui oblige le cheveu à rester à la place qu'on lui a désignée et qu'enfin on puisse cesser de se faire des cheveux à son sujet.
Marie-Sophie ferait bien de ne pas gâcher sa beauté en raison de ce simple détail. Son élégance, son raffinement, sa manière simple et à la fois originale de se vêtir, sa robe verte qui va très bien avec une chevelure écologique, et je ne vous parlerai pas de ses milles et un attraits secrets.
C'est dans ce contexte global que j'ai fait sa connaissance vers la fin juin de cette année-là. J'ai osé l'aborder dans la rue à raison de sa flamboyance, mais principalement à cause justement de cette mèche rebelle qui flottait sur le côté de sa tête à chaque pas avec une ondulation qui en laissait présager d'autres, sûrement délicieuses. Évidemment elle a tout de suite capté que j'étais roux moi-même, et que ma flamboyance allait bien avec la sienne. Nous nous sommes tout de suite reconnus comme étant de la même trempe. Aussi nous sommes rapidement devenus intimes.
Mais là, je dois bien l'avouer, de la voir chaque matin se bagarrer avec cette mèche rebelle qui m'avait pourtant fait trembler de tout le corps lors de notre rencontre, ça commence sérieusement à me pomper l'air ! Et même si nos instants sont délicieux, je commence à me lasser. Et cette fameuse robe verte ! Est-ce que vraiment elle est obligée de la porter tous les jours ? Et ce gros bracelet en bois des îles exotiques qu'elle ne veut même pas retirer le soir dans le lit ? Franchement, ça ne facilite pas les choses !
Je pense que la fin est proche. Ça tient parfois à peu de choses une rupture. Un léger agacement au départ et puis peu à peu ça devient insupportable. Je serais prêt à lui serrer le cou, jusqu'à ce que sa main s'écroule et qu'elle arrête de faire suer le monde avec sa mèche.
Mais, en homme civilisé et conscient de ses responsabilités, j'ai préféré lui dire avec un ton suave, à la fois manifestant proximité et détachement :
— « Chérie, je vais m'en aller faire un tour. Ne t'inquiète pas, je ne sais pas exactement quand je reviendrai… ».













