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jeudi 20 novembre 2025

Novembre éparpillé en mots.



 

Le ciel est très gris.
La terre est blanche. 
Il neige.
Entre les deux, des flocons descendent en rythmes différenciés.

La fenêtre sépare le chaud et le froid.
Différence théâtrale.
Le spectacle se déroule sur la scène. Pas le spectateur.

Dans ma vie d'aujourd'hui.
Exit l'acteur ou metteur en scène de vie, comme je l'ai été [ou croyait l'être] dans mon parcours professionnel.
L'eau de l'existence débordait, jaillissait, bouillonnait. Elle me donnait raison d'exister et d'essayer de servir.

Je relis mes écrits publiés de 2005 à 2015 
 (« 120 pensées plongeantes » éditions TheBookEdition).
 Je  m'en étonne. Tout cela était-ce bien moi ? Comme si un autre avait vécu ce temps-là, puis s'était enfui. 

Je suis désormais une eau à l'agitation calmée, au bouillonnement dormant, à la patience énervée, à la sagesse turbulente, la retenue explosive.

Où faut-il m'investir désormais ?
Sans doute aller au bout de mes engagements post-professionnels, là où on me sollicite encore. Est-ce suffisant ? 
Comment être inutilement utile ?

La neige faiblit et s'arrête.
Reprendra-t-elle ?
Le flocon redeviendra de l'eau et la pelouse verte.
Rien n'est pérenne.

L'arbre n'a plus de feuilles mais il n'est pas mort. Il a le sommeil du juste.
La sève neuve reviendra. Il le sait et l'attend

Je me sens proche du sommeil
engourdi comme la nature.

Novembre, morne transition nécessaire. 

dimanche 16 novembre 2025

Le XXIe siècle ne sera pas ...

… Malraux l'a dit : « le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas »


Dans le Petit prince de Saint-Exupéry, notre héros apprivoisa le renard.
« ...si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde.Je serai pour toi unique au monde... »

L'apprivoisement suppose que chacun fasse sa part de chemin vers l'autre. Cela demande du temps, de la gratuité, une volonté, un désir d'altérité.
 C'est ce qu'explique le renard : chaque jour tu pourras t'asseoir un peu plus près, mais ne vient pas n'importe quand ni à n'importe quelle heure. Il faut des rites, explique-t-il en substance.
C'est une longue aventure l'apprivoisement, avec ses joies, ses bonheurs et ses écueils. Les larmes et les éclats de rire. La compassion dans l'épreuve, la réjouissance des joies partagées et du bonheur de l'autre.

Les temps ont changé. Le Petit Prince s'en est allé, et le renard se terre au fond de son trou.

Aujourd'hui prenons-nous encore le temps de s'apprivoiser ? Il convient d'aller de plus en plus vite, chacun est pressé d'accomplir son individualisme. Courons vers ce qui nous attire à chaque instant et nous flatte. La radio m'explique que de plus de en plus de gens visionnent les vidéos en accéléré. Ça fait gagner du temps.

Les générations montantes vivent  entourées d'écrans et branchées sur  les réseaux sociaux. Le Smartphone est devenu un partenaire qui accompagne la vie à chaque instant : à la maison, au travail, chez des amis, au restaurant, au cinéma, (qui, soit dit en passant,continue de passer le film à une vitesse normale : quelle erreur… ), dans la rue, partout, même en conduisant les yeux plus souvent sur  l'écran que sur la route, provoquant ainsi des accidents mortels.

Je ne fais pas exception, je m'adresse à vous devant un écran. Mais la différence est que j'utilise mon écran d'ordinateur  pour y être proactif, rédiger des textes, des articles, créer, composer, bref un outil parmi d'autres. Mon Smartphone est le plus souvent en veille, en mode silencieux que je consulte peu de fois dans la journée.
  

J'observe le développement de l'IA. J'ai testé la bestiole. On nous explique  que grâce à elle  il sera  prochainement très difficile de différencier ce qui existe réellement, de ce qui est fictif.  La génération qui vient affrontera ce qui n'a jamais existé dans les milliers d'années antérieures.  Tiendra-t-elle coup ?

Alors certes, l'IA permet de réels progrès dans des domaines qui servent l'être humain positivement, je pense à la santé en particulier et certains domaines scientifiques. En revanche, beaucoup d'emplois seront supprimés, des professions vont disparaître. Il faudra créer de nouveaux secteurs superflus et inutiles pour donner à des humains de quoi survivre avec un modeste salaire.

À quoi va bien pouvoir servir une démocratie dans les décennies qui viennent ? Les machines qui bourdonnent dans les Big Data (qui se développent d'une manière exponentielle sur toute la planète et accélèrent l'épuisement des ressources) volent et pillent 24H/24H tout ce qui passe par le net partout sur la planète Terre. L'objectif est de tout  engranger pour modéliser notre vie, décider  à notre place, tout en nous maintenant dans l'illusion  qu'on  choisit encore librement  par soi-même.  On se base sur un principe simple et avéré : les humains sont comme les moutons de Panurge !


 Big Brother qui nous faisait flipper dans notre jeunesse, c'était vraiment petit joueur par rapport à ce qui s'organise pour la suite du XXIe siècle.

Mais j'allais oublier mon propos liminaire… ce siècle ne sera pas !

Je crois que je vais aller me verser un petit verre de rhum arrangé, fait maison,  que ma fille ramène des îles lointaines…

mercredi 12 novembre 2025

Le jour d'après

 Hier, 11 novembre, le jour difficile de l'année. Je n'y ai pas vraiment échappé, mais au moins il ne m'est pas arrivé les aventures terribles de certaines années, qui se sont plus d'une fois terminées à l'hôpital !
« Le syndrome d'anniversaire » explique celles et ceux qui réfléchissent. Et quel anniversaire, penseront peut-être mes lectrices et lecteurs qui connaissent de quoi il s'agit.
J'ai lu en son temps les théories de Anne Ancelin Schützenberger, sur le transgénérationnel. Je n'ai pas été convaincu. D'autant que ces théories n'ont jamais été confirmées à ce jour par la psychologie moderne et les neurosciences.

Je crois beaucoup plus à la mémoire traumatique. À la date anniversaire le cerveau rejoue la réponse émotionnelle qui lui est associée. C'est quasiment scientifiquement démontré. J'aurais pu servir de cobaye. Il s'agit d'une réminiscence tant physiologique que psychologique. J'en ai l'expérience dans mon cerveau, dans mon corps et dans ma chair, pendant maintenant plus de 40 ans, car il a fallu que les années passent avant que la mémoire traumatique fasse son apparition. Je dois être un mec à effet retard !

Dans cet ordre d'idées, je visionne avec grand intérêt le feuilleton actuel à la TV qui montre les effets traumatiques dans la durée des victimes des attentats du 13 novembre.
 

Et cependant le transgénérationnel évoqué plus haut ne me laisse pas non plus totalement indifférent.
Le 11 novembre : l'armistice du 14 18. Une guerre qui frappa ma famille (comme tant d'autres évidemment…), rendit mon père orphelin de mère, et d'autre de son village natal. Ce grand-père taiseux qui avait au fond des yeux quelque chose de terrible que je n'identifiais pas lorsque j'étais enfant. Mon frère confirma dans les écrits familiaux qu'il y avait une forme de terreur étouffée en lui.
J'ajoute pour la petite histoire qu'il est mort peu de temps avant le 11 novembre de cette année-là.

Voilà. Cette année encore je ne passe pas à côté, mais cette année, aucun malheur personnel supplémentaire. Je ne me suis pas cassé l'autre fémur, pas cassé un doigt de l'autre main, ni l'autre poignet, ni un grave incident cardiaque qui me donna aux urgences, etc. ni quelques autres bricoles dont je fus coutumier.
Non, rien de tout ça, alléluia !
Comme quoi, il peut encore y avoir des progrès personnels dans le grand âge !

Rendez-vous le 11 novembre 2026, si toutefois la nature, Dieu ou son fils (paraît qu'il n'aurait pas de fille, c'est la raison pour laquelle il nous envoya son garçon) me prêtent vie jusque-là.
En attendant, portez-vous bien, et continuer à me lire, j'ai besoin de vous, chères lectrices et chers lecteurs.
 

lundi 3 novembre 2025

Hommage.

Mon père est né un 3 novembre dans les premiers temps du siècle dernier. Comme beaucoup de nos ancêtres, il connut la première et la deuxième guerre mondiale. Cela marqua fortement et douloureusement l'existence de toute une génération. 
Est-ce que je connaîtrais la troisième  guerre mondiale et/ou atomique ?

Voilà bien des années qu'il nous a quitté. Il serait encore là, on fêterait ses 114 ans.  Selon la tradition, parmi les cadeaux, il y aurait un 33 tours de chants Grégorien. Paradoxe apparent, pour un homme d'affaires, juriste, surbooké comme on dit aujourd'hui. Mais qui, dès qu'il a un peu de temps, va désherber le jardin,  ouvre un livre dans son fauteuil club en cuir véritable, écoute les fameux chants religieux.

Voilà un homme qui ne s'exprime jamais pour ne rien dire. Non pas que ces mots soient rares et mesurés, mais il y a toujours une justesse dans le ton et les propos. Mais plus que les paroles, ses actes parlent pour lui, parlent de lui.
Mais moi trop souvent je ne vois rien. Jeune imbécile que je suis. Tout ce qu'il a pu faire pour moi dans la lumière de l'ombre, je ne le découvre et le comprends que bien plus tard. Et même après sa mort dans bien des documents.

Chez moi, comme dans beaucoup de familles de cette génération là, on ne parle quasiment jamais d'amour. Tout se dit autrement par les gestes et les actions directes. Les mots tendres sont excessivement rares, comme s'ils ne pouvaient être que des maladresses. Cependant la bienveillance est présente ou n'est jamais loin. Dans un silence réfléchi l'action se mène, se déroule et s'enchaîne. Il m'a accompagné de cette manière  dans l'existence  pas après pas. Mais je ressentais bien plus ses exigences éducatives que l'affection qui les accompagnait.

 

Si on lui manifeste une reconnaissance, j'en fus témoin bien des fois, il estime qu'il n'a jamais fait que  son devoir, ce qu'il fallait, en pensant souvent qu'un autre en aurait fait tout autant. Et pourtant, ce n'est pas nécessairement évident.

J'ai mis des années après sa mort à découvrir toute la richesse de sa personnalité d'homme intègre que je voyais insuffisamment, contrairement à d'autres qui le côtoyaient, travaillaient avec lui,  ou  ses côtés dans divers engagements caritatifs ou associatifs.

Le jour de son enterrement, un de ses amis, chirurgien, me déclara : 

— « Ton père, c'était vraiment un grand Monsieur ! ».
 Je n'ai pas su que répondre. J'ai découvert par la suite combien c'était vrai.

Aujourd'hui, bien sûr je pense à lui, avec une reconnaissance infinie.
Et notamment je sais que sans lui je ne serai plus en vie, mort prématurément à l'âge de 12 ans.


(Je dois ma vie continuée à sa clairvoyance inspirée dans les jours qui ont suivi l'attaque de polio)