151ème Devoir de Lakevio du Goût
Cette toile d’Adela Burdujanu montre l’allée d’un parc un jour de printemps.
Ce doit être l’approche du printemps qui me dit que cette toile ferait un chouette « Devoir de Lakevio du Goût ».
C’est du moins ce qui m’a poussé à vous le proposer.
Nous avons tous, j’en suis sûr, quelque chose à dire sur la fin de l’hiver ou les premiers soleils « efficaces ».
Nous avons tous un jardin ou un parc préféré, celui qui nous a vus, assis si ce n’est « avachis » sur une chaise.
Nous avons alors, soit un livre sur les cuisses, soit, comme disait Lakevio « L’œil balayant ».
Le regard attaché à un texte ou à l’affût d’un spectacle intéressant ou attendrissant.
Je le sais, vous avez toutes et tous quelque chose à dire sur une allée de parc à l’orée du printemps.
Alors à lundi, lectrices chéries et trop rares lecteurs chéris…
Les chaises des humains
Sidonie est revenue dans ce jardin public. Elle le fréquente depuis déjà pas mal d'années.
Elle s'assoit en retrait de l'autre côté de l'allée, à l'ombre, sur un banc et sous les arbres. Un peu comme par effraction, elle préfère se dissimuler le plus possible. Quelle faute aurait-elle donc commise ?
Sidonie a plus d'un amant, c'est une chose bien connue. Elle en attrape avec les dents, comme disait son amie Brigitte B. Du moins c'est ce qu'elle espère encore, même si les ans ont traversé ses ciels de lit et si les baldaquins sont défraîchis.
C'est dans ce jardin que tout a commencé, et c'est le même où tout finira par se terminer. Le premier amant fut blond comme cet homme en chaussures Adidas, le pull sur les épaules. Bien que le sien fut en ce temps-là non dégarni comme ce futur vieillard devant elle.
Mais ce n'est pas tellement lui qui fait ressurgir les souvenirs. C'est la chaise vide à ses côtés et qui lui tourne le dos. Un mauvais signe. D'ailleurs, déjà à l'époque, ce premier était indifférent quasiment à tout, sauf à Sidonie, ses yeux bleu lessive, ses joues trop maquillées, sa poitrine haute gentiment arrogante, et sa main qu'elle sait imperceptiblement glisser sur la cuisse des hommes.
Sidonie n'a jamais vraiment aimé. C'est une consommatrice, elle s'attache pour un temps. Puis elle quitte, se croyant libre. Cette chaise vide devant elle la trouble. Peut-être qu'elle lui ressemble. N'est-elle pas vide elle aussi, tournée vers nulle part. Elle aimerait être comme les autres là-bas plus loin, la femme en rouge qui parle avec l'homme, sûrement de leur amour invente-t-elle. Et d'autres encore qui devisent agréablement sous le soleil printanier.
Pourquoi le premier amant, rencontré ici, n'a pas su être l'unique, le comblant, le héros de sa vie, pourquoi ne lui fit-il pas quatre ou cinq enfants. Et même plus comme dans les contes de fées. N'est-ce pas cela qui fait dire au conteur « ils furent heureux » ?
Mais voilà, son destin était autre. Le blond s'en alla, les autres succédèrent. Jamais plus d'un à la fois. De la joie souvent, du bonheur rarement. Il faut savoir ne pas être trop exigeant.
Sidonie vit seule désormais, elle vient encore dans le jardin, marchant difficilement avec sa canne. Elle a perdu des cheveux et le cancer emporta ses seins. Ah la santé ! Il n'empêche, à l'EHPAD tout proche où elle réside, des résidents la regardent encore et elle sait bien qu'elle ne dira pas non.
Aussi jusqu'а ce qu'on la cloue
Au sapin de l'enterrement
Qu'on le lui reproche ou l'en loue
Sidonie aura plus d'un amant
… c'est d'ailleurs ce que Brigitte disait déjà (ICI) de Sidonie il y a un certain temps…





