Je complète le titre d'un billet de Pastelle « A m'asseoir sur un banc… » (qui évoque une chanson de Renaud), parce que ses photos ont eu sur moi un pouvoir évocateur auquel je ne m'attendais pas.
Tout à coup surgit l'importance que les bancs publics ont eu dans ma vie. Le lointain débute avec la chanson de Brassens (les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics,... bancs publics…) entendue dans mon enfance et qui me semblait à la fois extraordinairement transgressive et incroyablement affectueuse.
Puis, le banc du square sur lequel ma mère s'asseyait pour me regarder et me surveiller jouant dans le bac à sable public, où le solitaire apprenait maladroitement à jouer quelque peu avec d'autres enfants que déjà il ne comprenait guère.
Les bancs de l'école ne me laissèrent que des mauvais souvenirs. Frayeurs du paresseux congénital (selon l'expression d'un instituteur) qui attendait, figé, la sanction–punition qui n'allait pas tarder à tomber. Et elle tombait.
Et puis il y eut ce jour où tout a basculé.
Aucune autorisation de s'asseoir sur aucune chaise, aucun banc. Allongé et sanglé sur le ventre, telle fut ma position durant deux ans. Sauf exceptions, comme l'histoire du verre d'eau (pour ceux qui ont lu « Le passage se crée »).
Lorsque j'ai retrouvé ma (partielle) liberté physique, que le canard est redevenu plus agile, qu'il se lançait des défis, comme prendre le tramway seul, et revenir à pied avec ses cannes. Il repérait les bancs publics sur le trajet (il y en avait encore beaucoup en ville), là où il pourrait faire une pause sur le chemin-défi du retour .C'était son trek à lui. il l'avait inventé alors que le mot n'existait pas encore… Cela lui demandait un effort conséquent. J'ose dire méritoire. Mais il n'y avait pas encore des Smartphones pour le filmer et le diffuser sur les réseaux de l'orgueil social.
J'ose cependant en garder une certaine fierté personnelle.
Par la suite, durant des années, je ne le réalise qu'à l'instant, (ça devait être tellement intégré en moi), j'étais sans cesse à la recherche des bancs publics qui m'offriraient une pause salutaire et nécessaire pour reprendre force. Combien de temps suis-je resté sur certains à contempler ce qui se passait autour de moi. Oui, contempler, pas seulement regarder passer le temps et les gens.
Dans un certain endroit du Poitou que je fréquentais plusieurs fois dans l'année, j'avais repéré un banc sous un arbre au milieu de nulle part et je m'y rendais comme on va auprès d'une source. Un banc de ressourcement.
Enfin je citerai quelques « bancs de liberté ». Ceux sur lesquels je me suis assis et qui m'ont fait le cadeau d'un agrandissement de mon espace de liberté intérieure. Le banc du Poitou que je viens de citer, un banc sur l'esplanade de Lourdes, un banc dans une petite chapelle romane.
Cela paraîtra peut-être surprenant, mais tout cela a resurgi un peu en vrac en regardant les photos de ce billet. Je viens de tenter de séparer quelques strates brutes de cette vision d'un instant.
Aujourd'hui, la plupart des bancs publics se meurent. Les nouveaux arrivés ont des dispositifs « anti SDF ». Comme cela les Zhandis se sentent moins seuls d'être des rejetés sociaux…
Je termine avec un photomontage réalisé il y a plusieurs années et qui dormait dans mon ordinateur.
Je comprends à l'instant, peut-être un peu, pourquoi je l'ai faite…
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