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mardi 23 août 2016

Portrait - Valériane






Il y a longtemps que je n’avais pas déposé ici un des « portraits-souvenirs » que j’écris parfois….






Valériane

Je l'ai revue il y a peu encore, mais à chaque fois c'est comme hier. Valériane a toujours cette voix de cristal qui vous pénètre lorsqu'elle parle et vient vous rafraîchir l'âme comme une eau pure et glacée descendant en cascade des montagnes enneigées.

Lorsqu'elle est entrée dans le salon, elle a évoqué les temps anciens, mais le canapé où l'on s'affalait n'est plus là. Cela m'a étonné que ce soient ses premières paroles, car j'avais la pensée identique à la sienne en cet instant. Ainsi donc elle n'avait pas oublié. N'allez pas imaginer quoi que ce soit de passionnel ou de sulfureux, même si ce fut le canapé de l'intimité, des échanges les plus denses, des paroles qui vous envahissent comme une caresse infiniment tendre. Valériane, ce fut l'amie du coeur de jeunesse. Valériane, ce fut l'amour chaste, celui dont on sait qu'il ne faut pas y toucher, au risque de le perdre.

Elle est femme de pure transparence. Elle s'émerveille d'un rien, d'un ordinaire comme si c'était la chose la plus rarissime au monde. Avec elle tout prend la densité de la légèreté importante. Elle sait rendre précieux l'insignifiant, magnifier le banal.Son visage est né de la douceur d'un sourire, il ne peut en être autrement. Je voyais ce sourire transparaître dans les longues lettres qu'elle m'écrivait, me confiant avec des mots simples le coeur limpide qui illuminait ses yeux et me tirait de douces larmes d'émotion artistique à contempler en pensée l'intense beauté de toute sa personne.

Je fus le confident de ses intimes secrets, de ses pensées intègres, de l'opalescence de ses réflexions à la fois simples et denses. Valériane est une femme ordinaire, profonde, au coeur d'un monde aux allures factices de l'hypocrisie accoutumée. Elle est comme un paradoxe de naturel dans l'univers surfait qui est son quotidien.

C'est cela sans doute qui fait mon admiration profonde. Cette capacité qu'elle a de demeurer vertueuse dans un monde désordonné.

lundi 22 août 2016

Ce que j'aime.....



Mieux que de longs discours
Quelques reflets de ce que j'aime "ici" en bord de mer.... (entre autres bien entendu.....)



Cliquez pour agrandir







toutes les photos  = Alainx

jeudi 18 août 2016

Évasion




S'il y a quelque chose que j'aime tout particulièrement, ici en bord de mer, c'est la possibilité d'évasion qui m'est offerte. Une possibilité d'une grande facilité, notamment des jours comme aujourd'hui. Il suffit d'ouvrir la baie vitrée, ou de descendre sur la digue promenade où il n'y a quasi personne le matin.
Le ciel mélange ces merveilleuses teintes, allant du bleu délavé au filet blanchâtre de la claire nuée, en passant par le bleu gris et toutes les gradations, les chatoiements possibles entre les deux. Je ne suis pas doué pour décrire cela. Je sais seulement contempler et m'imprégner. À l'horizon terre et mer se rejoignent, dans l’opaline, ayant enfin réussi leur unité dans la différence.  Il n'y a pas de vent. L'air n’est ni frais ni chaud. Il a l'épaisseur de la tendresse. De ces atmosphères qui vous chuchotent à l'oreille des bruissements suaves et enveloppants d'une mer étale. Le clapotis des vagues, tel le bruissement régulier de ces berceuses d'enfants murmurées pour vous endormir dans la paix et la tendresse. Et puis passent en bande les mouettes rieuses qui s’esclaffent à gorge déployée.

Il y a quelques instants encore vous aviez cru nécessaire d'écouter les informations à la radio qui, comme d'habitude, vous lanternent avec les idioties politiciennes du moment, histoire d'occuper l'été, et le dérisoire des médaillons de chocolat distribuées à Rio au son des cocoricos bien français. Alors vous avez eu le geste salutaire. Éteindre.

Éteindre, parce que la vraie parole est ailleurs. Ici, derrière la vitre, là sur le sable. Quelques pas à faire, et vous y êtes. Alos vous est apportée la paix intérieure par imprégnation contemplative progressive.

Évasion ? Oui, au sens de sortir, de s'enfuir comme un prisonnier encerclé par les rumeurs nauséabondes d'un monde, certes attristant, mais il ne servirait à rien de se mettre à gémir avec les oiseaux de malheur qui bavassent dans les radios. Cela ne changerait strictement rien à la réalité, si ce n'est à concourir à la désespérance ambiante.

Évasion ? Non, puisqu'il s'agit de se faire totalement présent à soi-même, de cultiver ainsi ce petit pouvoir personnel que l'on a : pouvoir de concourir à sa propre croissance en humanité, qui passe nécessairement par la rechercher au fond de soi, là où elle demeure et se manifeste. C'est peut-être bien le seul exercice du pouvoir qui comporte une certaine efficacité sur le long terme. Pas sur demain matin. Encore que…

Se laisser recevoir , dans cette présence à soi-même, où le monde dans sa réalité est redonné dans une perspective, une vision, qui manque cruellement ailleurs. Cela n'a rien de bien extraordinaire. C'est tout simple. C'est comme la contemplation de la terre et de la mer qui se rejoignent là-bas parce qu'il n'y a guère d'autres choix, d'autres horizons que celui-là. L'unité dans la différence.

Alors, il reste juste à monter dans son frêle esquif, déployer la voile ou sortir les rames, et prendre la mer en chantant l'une de ses chansons de marins qui laissent entendre la promesse de celui qui connaît son cap et les vents favorables.



dimanche 14 août 2016

la phrase du jour




Entendu sur la digue-promenade ce midi :

"Ce qui est pénible à la plage....
C'est le sable "


Finalement.... il n' y pas que le sable qui le soit ....


Mais c'est évident, en effet :

Pourquoi on n'a pas encore asphalté les plages ?

Après ça, je préfère m'envoler !






vendredi 12 août 2016

à propos d'un billet de Pierre


J'ai commenté ce billet de Pierre, dont le titre est « avant la fin », cette fin étant la mort…. qui faisait d'ailleurs lui-même référence à l'un de mes derniers textes

Une blogueuse n'indique que ce commentaire est très intéressant et mériterait que j'en reparle « ici ».
N'ayant pas trop le courage (c'est les vacances !) de remettre en forme tout ça je publie ici simplement le commentaire laissé là-bas.
À vous d'aller voir chez Pierre si ça vous intéresse.
(Il y a bien d'autres choses intéressantes qui y sont dites…)

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A propos de ton titre : "Avant la fin".... 
Certes avant une "certaine fin", celle d'une forme relationnelle dont nous avions l'habitude.... se voir, se parler, se toucher, se respirer, s'entendre, être intime de corps, etc ..... Ce que nos habituels 5 sens permettaient.... 
Mais est-ce LA fin... ? 

Tu écris : "au delà de la disparition d'un être, la mort représente surtout la perte irréversible du contact avec l'être aimé. Le lien peut demeurer, spirituellement et émotionnellement, mais sans réponse désormais." 

Ma modeste expérience "avec" les morts qui me furent chers et importants me fait voir les choses sous un autre angle. 
Je suis d'accord quand tu distingues lien et relation. La relation à l'autre crée sans doute un attachement, pas nécessairement un lien. Si les 2 existent, alors certes, la relation (échange avec les sens) n'est plus de l'ordre connu jusqu'alors. Mais le lien demeure et se manifeste "de fait" si je puis dire... 
Autrement dit "réponse" il y a, malgré la mort du corps. 
Je me sens toujours en lien... et j'oserai presque dire... en relation... avec certaines personnes mortes. 
J'ai tout un temps vécu dans le "c'est fini" comme un nécessaire acceptation, et, qu’au mieux, restait le souvenir entretenu de diverses manières : évocation avec d''autres, photos, vieilles lettres, vidéos même.... etc.... Mais ce n'était que choses anciennes, comme on retrouve quelques traces dans des greniers... 
Ce n’était que la surface visible es eaux, par le mystère des profondeurs. 
Peu à peu, avec les années, je suis entré dans un nouvelle perception plus « vivante » car ne n’étais plus seulement de l’ancien…. mais « du neuf » dans le lien, toujours vivant en moi, sous forme d’une présence perceptible, sensorielle, émotionnelle sans sensiblerie, venue des profondeurs. 
Mes morts continuent de m’enseigner la vie, la mienne, et plus généralement le sens du Vivant. 
Ainsi, de mon père (mort il y a 26 ans) et aussi d’un ami de jeunesse avec qui nous avions des projets intenses (mort il y 34 ans), je demeure en lien intérieur bien au delà des souvenirs d’un passé lointain. Je pourrais ajouter deux de mes maîtres à vivre. Ces êtres m’enseignent de l’intérieur, sans mots, sans je ne sais quelle manière perceptible et descriptible, Mais « ils sont là » et d’eux « je reçois » du plus que moi-même. 
(difficile de mettre des mots sur ce que je cherche à exprimer). 

C’est juste expérientiel, ce n’est pas philosophique et encore moins religieux… au sens d’une « croyance en une vie éternelle » tel que la chrétienté (et d’autres) le proposent… 
Je comprends cependant cette démarche, que l’on puisse extrapoler en pensant à une sorte de « survivance en esprit » et que un « au-delà » soit envisagé comme une spéculation hypothétiquement plausible, par extension et universalisation de l’expérience personnelle. 
Tout cela se faisant sous forme de représentation à la ressemblance de la vie humaine ordinaire. (vie paradisiaque, jardin d’eden, et autre forme matérialisable, représentable …) 
J’essaye de m’en tenir à l’observation de ma réalité, pour autant qu’elle m’apparait. 

Autrement dit je ne crains pas la mort de l’autre comme sa disparition définitive… avec la plaque sur la tombe « Regrets Éternels » ! En revanche je crains la douleur de la séparation physique, sensible, sensuelle, intellectuelle, etc…. La fin d’une forme connue du « partage » et d’une manière « d’aimer/et d’être aimé ». 
Je redoute cette incontournable traversée, pour l’avoir vécue et l’avoir vu vivre chez d’autres… Elle est douloureuse, parfois longue, difficile à vivre… 
Je le ressens en ce moment envers mon ami d’enfance qui vient de mourir. 

Mais c’est juste une traversée. On dit faire son deuil (expression à-la-con), il s’agit surtout de faire un plus-de-vie avec l’autre en soi. 
C’est une « forme de vie » qui meurt… S’en est une autre qui nait… 

Tout cela est peut-être à l’image de ma propre trajectoire. Celle d’un jeune enfant qui flirta avec la mort, en ressortit totalement paralysé et emprunta un chemin de remise en vie pour déboucher dans un « autre monde » que celui qui lui apparaissait comme ayant dû être le sien « normalement »… 

je me console à bon compte ? je m’invente une échappatoire ? une chimère ? Je suis dans le déni de la fin totale définitive et tragique ? 
Peut-être…. Je sais que certains le pensent… C’est surement très bien pour eux. 

Pour ma part, l’éternité c’est la vie qui ne disparait pas tant que le désir qu’elle soit se fait « présent continué ». 

mercredi 10 août 2016

Qui a dit nostalgie ?




Peut-être une sorte de déception qui n'ose pas s'avouer. Quelque chose qui surgit quand on ne l'attend pas.
C’est arrivé en consultant le répertoire des photos du vieux Mac portable que j'emporte ici à la mer. Des photos d'il y a 10 − 12 ans. Vacances. Fêtes de famille. Scans de photos anciennes. Évocation de moments du passé heureux.
Alors bien sûr il y a toujours un peu de nostalgie dans ces cas-là. Mais si cela s'accompagne d'une sorte de « c’était mieux en ce temps-là », alors cela m'inquiète…
Car ce n’était pas mieux, c’était autre….
C’est juste le signe qu’ « aujourd’hui » n’est pas à la hauteur de mes attentes. Je parle de ce 10 août pas plus, pas moins.

J'ai appris à me méfier de mes attentes, du genre : — ce sera bien demain, dans 8 jours, dans 2 ans, dans 10 ans,  il y aura ceci, cela, on fera ci et ça…
Et puis le réel se passe forcément toujours autrement.
J’ai trop vécu à une certaine époque de ma vie dans la projection sur un avenir qui allait nécessairement être meilleur que le jour qui passe.
Puisque « demain on rase gratis » attendons donc demain. C'est ainsi que l'on finit avec une barbe jusqu'au nombril… Alors que l'on rêve d'être imberbe.

Malheureusement, le piège de l'attente est toujours prêt à se réouvrir.
J'avais projeté ce séjour estival en bord de mer comme un temps heureux, chaud et ensoleillé, goûtant à la fois les joies de la lumière, la douceur de la bise marine, la contemplation de l'immensité, la méditation nourrissante. Ce serait faire des provisions pour les journées plus courtes et l'automne qui viendra.
Or, globalement le temps est pourri ! Et même si le ciel est bleu depuis 48 heures, le vent du Nord est quasiment glacial. On se croirait en novembre, hormis la durée du jour…
Je ne suis pas dupe des aléas du climat en bord de la Manche. Cela fait quand même 30 ans que je le connais. J'ai donc toujours des solutions de secours en intérieur, avec des amis, etc. seulement, le hasard du calendrier de chacun fait qu'il n'y a guère de monde à voir en ce moment. 

Donc voila — ce constat fait, il est temps de revenir à une attitude proactive ! 

J’ai quand même quelques projets d’écriture sur le grill !
Et en attendant le retour d’un temps plus clément ( — soit dit au passage j’envie un peu les « valides » qui peuvent marcher et courir et sur la plage, comme le fait ma compagne d’ailleurs, sans être gelés comme on l’est dans un fauteuil roulant, même bien couvert !! — ) je n’ai plus qu’à ressortir mon projet de 4ème bouquin !! Sans attendre l’automne propice aux écritures en chambre….

Quant au 3ème bouquin, il est en phase de relecture finale avant édition ….

Allez zou !!
Foin de nostalgie dégoulinante ! 
Au turbin !!

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(en attendant, une tite photo de 2008, au temps où certaines prenaient leur pied !!)

Photo AlainX

lundi 1 août 2016

Voilà c'est fini ....

Voilà c'est terminé. Il est mort hier, à 13 heures. Là-bas à plus de 1000 kms  de chez moi. L'amitié d'enfance, l'ami de toujours à toujours. 2 années de combat contre ce crabe envahissant. 2 mois de souffrances intenses jusqu'au paroxysme. 

Tout à l'heure au téléphone son épouse me disais : - "il a parlé de toi presque tous les jours. Il voulait t'écrire une dernière fois, mais son corps ne le lui permettait plus.  Il a dit : mais je crois qu'on s'est tout dit. Elle a ajouté  tu ne peux savoir comme tu étais si important pour lui..."

Oui, tu as raison mon ami si précieux, on s'est tout dit, c'est à dire l'essentiel. Ce qu'on dit lorsqu'on sait que la séparation approche, ce qu'on dit lorsque les forces faibles le permettent encore. C'est à dire l'Essentiel.... Le lien Unique, l'attachement indéfectible, l'affection profonde et que nous étions des frères pour toujours. 

C'est moins ta mort attendue que l'intensité de tes souffrances physiques et morales qui me remue le fond de l'âme. Toi qui a vécu une vie droite et aimante, tu doutais cependant de ta valeur et de cette absence de reconnaissance qui marqua ton enfance. 
Il me reste à prendre soin de ton épouse comme je pourrai malgré l'éloignement. 50 ans de vie commune et heureuse et la disparition de l'autre, il faut du temps pour retrouver celui-ci pleinement en soi.

*

Peu à peu j'entre dans cette étape où les proches disparaissent. Mes parents sont morts il y a bien des années. Mais c'est différent : un père, une mère, on sait que cela viendra tôt ou tard. Les amis, les semblables, on croit qu'il seront toujours là, enfin bien longtemps encore. Que peut-être on mourra "ensemble" dans le même mouchoir de poche du temps, quand on sera très très vieux....
Mais non.
Ils partent, et nous sommes encore là.
C'est le . 4ème qui s'en est allé de mes précieux qui m'apprirent la vie. 
 
Un autre ami encore, à qui on vient de découvrir l'invasion du crabe qui a déjà proliféré un peu trop. Lui qui respirait la pleine santé. Lui dont nous disions  : Tu nous enterreras tous !
Alors certes, peut-être que la médecine lui accordera une longue rémission... Espérons le....

Ce soir, me voici en bord de mer, là où j'aime me retrouver, retrouver la vie, l'immensité de l'océan, la grandeur et la petitesse de tout ce qui nous entoure. 
En regardant les flots paisibles, je pense à toi mon ami si cher, te voici en paix, retourné à la terre qui te fit homme. Est-il une vie Ailleurs ? Tu étais persuadé que non. Tu as souhaité une crémation, ne rien laisser de tangible, par conviction que nous ne sommes que poussières d'étoiles. 
Ce soir je l'aimerais bien cet Ailleurs. Que l'on puisse s'y retrouver un jour, poursuivre nos inachevés, nos échanges passionnés tard dans la nuit. Car oui, on s'est tout dit sans doute d'un essentiel. Mais il y avait encore tant à partager. Tu m'avais promis : "En Octobre je reviendrai dans le Nord, je veux te revoir avant...." Et tu avais laissé la phrase en suspend...

Je ne peux te dire A-dieu... Puisque tu n'y croyais pas à une divinité originelle et encore moins à "une vie après la vie".... 
Mais je te dis à vite au fond de mon cœur, là où désormais tu as ta demeure pour toujours.
Ce soir aussi je pleurerai, comme hier soir...