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mardi 25 août 2026

La main.

 

 Un peu par hasard j’ai retrouvé un projet de courte nouvelle que j’avais élaborée en 2020 et qui étais resté inachevé dans mes archives. Je l’ai repris et terminé.
 Je ne sais pas si je rédigerai encore ce genre de texte…

 Le récit s’inspire de Sandrine PL, blogueuse, restauratrice de tableaux et spécialiste de l’art pictural. Grâce a elle j’ai appris beaucoup par la fréquentation de son blog qui malheureusement n’est plus alimenté depuis novembre 2021.

 En avril 2019 elle aborda la question des peintures préhistoriques d'une grotte d'Argentine dans un billet qui débute ainsi :

 «Les mains rupestres, déclinées à l’identique sur tous les continents, sont une très vieille énigme. Première expression artistique de l’homme ou rituel magique répondant à l’appel du sacré ? Simple ornement ou liturgie ? Elles s’accumulent sur les parois comme si une foule avait laissé là son témoignage en mémoire » (...)

Pour le lire l’article intégralement c’est ici

L’énigme demeure, cependant il n'est pas interdit de formuler des hypothèses tout à fait plausibles dans l’ordre de l’irréaliste au regard de la science imaginaire qui a toujours cours dans le cerveau d’écrivaillon qu’est votre serviteur…

voici donc le résultat de mes élucubrations:

 

Mains négatives – Entre 13 000 et 7 000 av. J.-C. – Argile rouge sur roche – Cueva de las manos, province de Santa Cruz, Patagonie, Argentine

*

La main.

 

Pablo revient tout excité de La Cueva de las Manos (« Grotte des Mains ») dont il termine l’inspection selon le protocole prévu. Il est volubile, toujours quelque chose à raconter. son collègue Ernesto l’écoute d'une oreille distraite, trop occupé à la paperasserie pour gérer la grotte aux peintures rupestres et organiser la visite des délégations autorisées après avoir montré patte blanche : Il sourit intérieurement, on aurait dû dire « main blanche ».

— Ernesto ! Oh tu m'écoutes, Ernesto ! Il y a une main supplémentaire dans la grotte ! Je l'ai tout de suite repérée, sur le quadrillage de la grotte, la section 42, au dernier relevé en haut à gauche il y a une zone dépourvue de mains. Maintenant il y en a une de plus !

— Pablo, tu vois pas que je suis occupé ? La délégation de l'Unesco débarque dans une semaine et on n’est pas prêts ! Alors, ta vision d'une main de plus (je te rappelle que c'est pas la première fois que tu me racontes des trucs impossibles…) on en reparlera quand la délégation sera repartie.

— C'est toujours pareil, répond Pablo, tu me considères comme un illuminé, mais je t'assure, j'en sais plus que tu ne crois. Je suis un scientifique intuitif, moi. D'ailleurs les grandes découvertes se font à l'intuition. Depuis quelques temps il se passe des choses étranges dans la grotte. L'autre jour j'ai cru entendre du bruit derrière la roche. 

— Du bruit ? Cela ne m'étonne pas, et des vibrations aussi sans doute, il y a des travaux à 1 km. Tout ça c’est normal. Tu ferais mieux de m'aider à achever le rapport pour l'Unesco.

 — C’est pas des vibrations ! Quelque chose « gratte » de l'autre côté de la paroi, dans une autre cavité peut-être. Quelque chose de régulier pas des bruits aléatoires, comme si…

 — Écoute Pablo, l’interrompt Ernesto, j'ai pas de temps pour entendre tes bêtises. Il y a des choses sérieuses à faire. C'est pas le moment d'aller recompter les « mains négatives » pour savoir s'il y en a 829, comme depuis toujours, ou 830 ! C'est peut-être toi qui en as rajouté une pour faire un compte rond ! Allez, vas plutôt nous chercher des bières ! On est sur les nerfs. Il est temps de faire une pause.

Ernesto est vraiment agacé. Il aime travailler avec Pablo, compétent, sérieux et même méticuleux, mais il a l'imaginaire galopant. Bien sûr la grotte garde ses mystères avec toutes ces mains apposées par les hommes préhistoriques. Un rite religieux, certainement. C’est la thèse la plus commune. Mais Pablo, il faut qu'il invente ses propres théories ! Pourquoi pas, mais qu'il s'amuse à cela en dehors du boulot. C'est trop sérieux la poursuite du financement de la préservation de la grotte par l'Unesco.

Ernesto craint de s’y perdre avec tous ces éléments chiffrés qu'il faut fournir, vérifier revérifier, afin d’évaluer avec précision les divers besoins. Surtout ne rien oublier, il n’y aura pas de nouvelle visite de la délégation internationale avant longtemps ! …

Pablo revient avec les bières et un bon sourire. Tous les deux ne sont pas fâchés d’une pause méritée

— Excuse-moi, Ernesto, de revenir sur cette histoire de main supplémentaire (voilà qu'il remet ça !), Mais je t'assure que je l'ai vu de mes yeux. Tu devrais venir pour t'en rendre compte. Il y a vraiment à présent 830 mains. La délégation est composée de gens hyper compétents sur le sujet. Ils vont s'en apercevoir. Tu leur raconteras quoi ? Que tu as laissé entrer un inconnu, qui s'est empressé de faire un pochoir de sa main, et hop un coup de bombe à peinture pour la postérité ? C’est toi le responsable. Ce défaut de surveillance peut te coûter ta place ! Et ne compte pas sur moi pour te défendre si tu ne viens pas dans la caverne, histoire que je te montre la chose.

 Ernesto finit par céder à Pablo. Les voici présents in situ. Ernesto a la surprise de sa vie ! Pablo montre l’endroit, il a raison ! Cette place précise a toujours été vierge. Aucune main. Cependant, là devant ses yeux, il y en a une !

— Alors, j'ai raconté des conneries ? Lance Pablo avec de l'ironie dans la voix. Ses yeux brillent d'une sorte de supériorité orgueilleuse. Assieds-toi, conclut-il.

Abasourdi Ernesto s’exécute. Si la grotte a été souillée par quelqu'un, c’est terrible pour lui. Il va en prendre pour mon grade.

 — Et maintenant Ernesto, tais-toi et écoute !

 Effectivement, des sortes de glissements réguliers se font entendre. On semble racler la roche de l'autre côté. Ernesto réfléchit tout haut :

—Il y a peut-être une anfractuosité de l'autre côté, où réside quelque chose, un animal, mais les animaux ne creusent pas la roche avec leurs pattes ! Ou alors une résonance venant d’un lointain passé !

Cette dernière pensée lui fait peur. Il ne va pas devenir comme Pablo et inventer dans sa tête toute sortes de choses délirantes. Flûte de zut, il est quand même un spécialiste du paléolithique !

 Tandis qu’il s’interroge à haute voix la tête dans les mains, Pablo explore la paroi rupestre de long en large, cherchant lui aussi une explication. Puis ils entament un long échange, brassant diverses hypothèses plausibles, des explications réalistes. Par exemple comment aurait-on pu pénétrer avec toutes les protections électroniques installées ? Pourquoi un olibrius aurait peint sa main sur le mur ? Ernesto émet l'hypothèse que le gars, ou la fille, a fait ça pour faire un selfie, ou un film, qu'on n'allait pas tarder à trouver sur les réseaux sociaux pour faire le buzz. Et nous de passer pour de fieffés imbéciles, incapables de protéger valablement ce patrimoine mondial ! La célèbre Cueva de las Manos taguée au nez à la barbe des responsables. comme si une nuit quelqu’un avait peint des moustaches à la Joconde au Louvre.

 Nos deux scientifiques analysent toutes les procédures de sécurité, visionnent les caméras de surveillance infrarouge, mais absolument rien ! Personne n'a pénétré dans la grotte. À croire que la main est « apparue » toute seule… ce qui manifestement n'est pas possible non plus.

 C'est alors que Pablo assène sa théorie :

— il y a des choses vivantes DANS la paroi. Des survivances préhistoriques et elles sont toujours là. Je ne sais pas comment tout ça vit, ni à quoi ça ressemble. Peut-être qu’ils sont semblables à des humains, comme au temps des cavernes, ils veulent nous montrer qu'ils sont là en ajoutant une main à un endroit facilement identifiable. C’est-à-dire ailleurs qu’au milieu de toutes ces autres mains mêlées les unes aux autres. C'est un signe d’une volonté de communiquer. Ils savent que nous allons forcément repérer le truc lors d’une visite de contrôle.

Donc l'empreinte de la main provient de l'intérieur de la paroi. Elle est en quelque sorte « sortie de la roche ». Voilà pourquoi on ne voit rien sur les vidéos de surveillance. Rien ni personne ne s'est introduit dans la caverne.

 Ernesto et bien obligé de l'avouer, il trouve la théorie de Pablo totalement incroyable, mais c’est une hypothèse et la science doit examiner toutes les hypothèses, même si elles semblent farfelues.

Après tout on est persuadé qu'il y a dans l'univers d'autres civilisations intelligentes. Et pour les dénicher on scrute l’espace sur des années-lumière avec nos télescopes de plus en plus puissants. Jusqu'à présent on n'a strictement rien trouvé ressemblant à une quelconque pensée structurée. Ce n'est pas pour autant qu’on déclare qu'il n'y a rien… on continue à chercher et à espérer de l’intelligence ailleurs que sur Terre…

Il faut croire qu'on a une sorte de besoin vital d'imaginer sans cesse l'extraordinaire, une vie autre, ailleurs, des mystères à résoudre, des découvertes étonnantes à faire, des dieux à scruter dans les cieux, des paradis à explorer, des « frères humains » à aller rencontrer aux confins de l'univers, « en vrai » ou dans nos têtes…

 Dès lors, pourquoi faudrait-il prétendre a priori qu'il n'y a rien, ni personne, ni vie dans la paroi des cavernes préhistorique ? Alors qu’on aimerait trouver de la vie ailleurs, dans les gros cailloux de l'univers, formée à partir du chaos et de la soupe stellaire initiale ? Si l’hypothèse de Pablo est idiote, les autres aussi… et dans ce cas pourquoi dépenser des milliards de dollars pour rechercher un « ailleurs habité », quand nos semblables, au coin de la rue, crèvent de faim ?

 Ernesto entend se comporter en personne responsable. :

— Pablo, voilà ce que nous allons faire. On va garder cette nouvelle pour nous, provisoirement. On ne touche à rien. On ne cherche pas à faire disparaître la main surnuméraire. On examinera calmement cette main après la visite de la délégation. Ils voudront revoir la grotte, mais ce n'est pas l'essentiel. Ils la connaissent dans ses moindres détails, et ne vont pas s’attarder à ce côté protocolaire de la visite. Ils viennent surtout pour des raisons juridiques, financières et légales. Après leur départ nous aurons tout le temps de résoudre ce mystère.

 

*

Journal de bord d ’Ernesto Sanchez rédigé à époque de la visite de l’Unesco.

J'affirme que je n'ai pas rêvé tout ce qui concerne la 830ème main, les grattements réguliers et cadencés sur la paroi, la certitude que quelque chose, disons une forme d’entité pensante cherche à communiquer. Dans les temps qui ont suivi, j'ai fait des rêves où je voyais ces êtres. Je percevais des formes de bienveillances non belliqueuses. Cependant aucune forme de message intelligible ne parvenait jusqu’à moi. Par conséquent je ne pouvais formuler une quelconque réponse. Tout cela n'est pas le fruit de mon imaginaire, parce que Pedro faisait le même genre expériences diurnes/nocturnes que moi. À mesure que les semaines passent nous avons l'un et l'autre le sentiment d’expérimenter une forme d'accroissement des capacités de nos sens à percevoir certaines réalités. Nous, des scientifiques expérimentés à la tête froide, constatons d’étranges phénomènes. Une inquiétude envahie de plus en plus nos corps et nos esprits. Tout s’amplifie autour de nous.

Le journal d'Ernesto Sanchez s'arrête au 3 mai 2022.

* 

Il a été miraculeusement retrouvé dans les décombres de l’effondrement de La Cueva de las Manos (« Grotte des Mains »). en 2077, mais depuis, conséquence du réchauffement constant de la planète, celle-ci s'est littéralement mise à fondre, entraînant l'extinction quasi-totale du vivant, humains compris,  en raison du degré extrême de pollution et de radiation qui a rendu l’atmosphère terrestre irrespirable.

Désormais nous tentons de survivre en nous adaptant à la vie aquatique dans des vaste capsules marines construites en urgence.
Nous, c'est-à-dire les derniers survivants d’une humanité en voie de disparition.

Dernier rapport rédigé par Augustina Sanchez, descendante d’Ernesto Sanchez.
Fosse sous-marine de survie de l’ancien océan Pacifique Nord, en l'an 96 après « La Catastrophe ».

 

jeudi 30 mai 2024

Micro fiction


Préambule :


Depuis quelque temps je me dis qu'il faut que je me remette à une écriture de fiction de type « nouvelle » comme j'en ai déjà publié plusieurs, soit sous forme de livres, soit sur mon blog.
Envie de relancer ça !
Récemment je lisais un article un peu ésotérique pour ne pas dire farfelu sur « la rencontre de Dieu » ça m'a donné l'idée du texte qui suit.
Bonne lecture et merci pour vos commentaires éventuels.

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Une rencontre tant attendue — micro fiction

 

Il y a longtemps que j'y pense, mais je ne fais rien pour agir. Passer à l'acte. C'est toujours un peu la même difficulté. Il faut se bouger les fesses ou se prendre par la main. C'est selon.
Mais là, je suis décidé. Il faut que je rencontre Dieu.
Lequel ? vont se demander certains.
Peu importe. Le premier qui répondra fera l'affaire.
Je me suis renseigné j'ai fini par décrocher un « 06 ». Une ligne privée, directe.
J'appelle. Après quelques instants d'attente, un message :
— « la ligne de votre correspondant a été suspendue… »
Voilà ! Pour une fois que je prends une décision importante.

Je contacte une autre source et là on me propose de passer par le Darknet. C'est pas compliqué, je peux le faire à partir de Firefox. Suffit de passer par un VPN pour, joindre Dieu en personne en toute sécurité. Puis on me dit : vous auriez tort de ne pas télécharger TOR ce navigateur qui vous ouvre les bonnes portes de la sainteté. Je m'exécute tout en craignant de l'être moi-même !

Après avoir fait les manœuvres nécessaires, j'obtiens un écran blanc quelque peu ondulant passant du blanc hyper blanc à du gris hyper clair et retour. C'est virginalement fascinant. Je me sens obligé de fixer l'écran. C'est assez hypnotique à la longue. On m'avait précisé qu'il fallait se montrer patient, Dieu étant beaucoup demandé par ailleurs. Les heures passent, je ne suis pas loin de m'endormir. Un moment je ressens des tiraillements dans mon corps. Une sorte de fébrilité. Dieu arrivait-t-il ? Il me semble que l'écran n'oscille plus du même blanc/gris. Le tiraillement corporel se fait plus fort, plus poignant et là je finis par comprendre que j'ai faim. Et soif aussi. Ça fait plus de 24 heures que je fixe l'écran.

Il s'agit certainement d'une première étape initiatique. Je commence à faire une sorte d'expérience de l'éternité pendant une journée. Ainsi, au moment du grand départ, je me sentirais prêt.  Mais bon pour l'instant je suis dans ma condition terrestre ordinaire et faut que je bouffe et que je boive ! Je me rends à la cuisine. Heureusement le frigo est bien garni. Je me rassasie et je bois jusqu'à plus soif. Me voilà apaisé. Je reviens m'asseoir face à l'écran.

Au bout d'un moment apparaît très progressivement, mais vraiment très lentement, un texte sur l'écran qui peu à peu finit par devenir déchiffrable bien qu'il soit écrit, dans une calligraphie assez mouvante et toujours hypnotique. J'arrive cependant à déchiffrer :
— Dommage pour vous. — Dieu est passé en votre absence. — Dommage pour vous —

Je veux aussitôt répondre en tapant sur mon clavier pour m'excuser d'avoir failli et savoir quand est-ce qu'il repassera par -là. Mais j'ai beau taper, rien ne s'écrit sur l'écran. Maudit Darknet !
Tout à coup ça m'énerve. Je vais chercher un marteau dans la remise et je bousille mon écran à grands coups. Il y a des morceaux partout. Ça provoque un court-circuit et un début d'incendie.

Je ne sais quoi dire dire aux pompiers qui sont venu éteindre, mais j'ai bien senti qu'ils ont des arrière-pensées, lorsqu'en partant ils m'ont dit de  « ne plus jamais recommencer ça ». Ils savent donc ce qu'il en est du « ça ». Ils en savent un rayon de lumière concernant le « feu éternel ».
J'ai alors compris que je n'étais pas le seul à tenter de joindre Dieu sur le Darknet. Aussitôt j'achète un nouvel ordinateur.

Dans les jours qui ont suivi, face à mon échec, rien ne s'est amélioré pour moi. Ma quête de Dieu devient de plus en plus prégnante. Il me faut absolument un contact. Je pressens que je sombre dans l'obsessionnel. Heureusement je reçois un mail de la part de « Voix Célestes ». On me précise avoir connaissance de mon souhait de rencontre. Il me suffit de cliquer sur le lien indiqué pour tout savoir du « comment faire ». Je m'empresse de m'exécuter. Le lien me demande préalablement de donner les coordonnées de ma carte bancaire pour un prélèvement minime de 25 € pour frais. Ensuite je pourrais télécharger la brochure « J'ai rendez-vous avec Dieu en cinq clics ». C'est pas bien cher à payer pour une rencontre qui va tout changer. Cela me confirme la générosité divine. De toute façon une telle opportunité n'a pas de prix.
Très vite arrive un nouveau mail : « vous allez recevoir très rapidement la brochure et de nouvelles indications divines à suivre ». J'attends dans une certaine impatience. Plusieurs jours se passent. Rien. Grosse déception. Et en plus j'ai perdu 25 € !

Un peu plus tard je reçois un appel téléphonique de mon banquier. Je crois bien que c'est la première fois. Il a pas l'air commode au téléphone : « vous savez Monsieur Dupuis que vous êtes carrément dans le rouge vif, avec un compte débiteur de 250 000 € ? Mais qu'est-ce que vous avez donc fait ! ».
Je comprends, par intuition immédiate, qu'il s'agit là d'une épreuve test envoyée par Dieu pour que je me détache des biens matériels de ce monde, afin de m'approcher de la félicité éternelle, mystique et surnaturelle promise par toutes les religions quelles qu'elles soient. Suffit de traverser l'épreuve en faisant montre d'un grand courage. Ce que je suis décidé à vivre.
Ce dont je suis persuadé c'est que Dieu en personne ne me laissera pas tomber et viendra à mon aide au premier appel de ma part.

Évidemment pas question de raconter la vérité au banquier quand à ma quête de Dieu sur le Darknet et qu'il avait bien fallu en payer un prix complémentaire pour la rencontre, sous forme d'un prélèvement divin qui me met certes à découvert, mais ce n'est pas grave j'avise le banquier je vais combler ce déficit rapidement. Il suffira que je vende ma maison et tout rentrera dans l'ordre. Voilà, c'est pas bien compliqué et je raccroche.

Seulement voilà, je finis par avoir un doute. Comment m'y prendre désormais pour avoir un contact concret avec Lui ? Au final Dieu serait-il un être mauvais qui ne pense que vengeance et châtiment ? Aussitôt je chasse cette idée idiote. Le doute est normal. Tous les grands spirituels ont douté. Je suis donc sur le bon chemin. Je viens de vaincre une première tentation : le doute sur l'amour de Dieu !

À peine cette terrible tentation surmontée, que mon téléphone sonne. Je décroche un peu fébrile. Est-ce encore ce fameux banquier pénible ? Mais non :
— « Ici le secrétariat des Voix Célestes, me susurre une voix féminine et délicieuse, nous avons bien reçu votre participation volontaire de 250 000 €. Dieu lui-même vous en remercie en sa personne divine. Il vous propose un entretien privé, si toutefois vous le souhaitez, à une date à déterminer ainsi que sa durée et son prix. Je dois vous dire, mais je vous demande expressément de garder le secret, que Dieu s'intéresse particulièrement à votre personnalité singulière et désire collaborer avec vous à l'amélioration de la condition des hommes. C'est un service qu'il va certainement vous demander avant de vous offrir la possibilité de le rejoindre là où il réside éternellement. Je peux vous le dire, je vous envie. Les personnes comme vous, spécialement élues, sont excessivement peu nombreuses « ici ». Mesurez votre chance et mesurer l'importance et l'ampleur de votre nouvelle participation financière à l'aune de votre chance extraordinaire. La nuit porte conseil, je vous rappelle demain. Elle raccroche aussitôt. Je suis tellement sous l'émotion que je n'ai pas prononcé un seul mot.

Dieu m'a élu ! Il faut imaginer la joie intense qui me tient éveillé toute la nuit. Au réveil j'appelle une agence immobilière pour savoir quelle pourrais être le prix de vente de la belle maison que j'occupe. Un demi-million d'euros au moins me laisse-t-on entendre. Merveilleux ! Dans la foulée j'appelle mon banquier pour lui annoncer la nouvelle que je vais vendre mon habitation, rembourser mon découvert et les intérêts dus   ainsi que les frais. Il  ne montre pas un enthousiasme particulier, mais il  me promet  de monter le dossier dès que je lui apporterai les éléments concrets nécessaires. Deux heures plus tard je  signe un mandat de vente avec l'agence immobilière. Tout  va pour  le mieux.

Dans les jours qui suivent j'ai la preuve que Dieu  est avec moi et me protège . L'agence a trouvé  un acquéreur prêt à investir en cash. Elle s'occupe de tout avec le banquier et les notaires. Tout cela se ferait très vite. Je n'aurais qu'à signer les documents et recevoir mon dû.

Peu de temps avant le jour fixé pour la signature je reçois à nouveau un appel du « secrétariat des voix célestes » qui semblait être au courant des transactions en cours. Je ne sais par quel biais. Mais ce que je trouve amusant comme coïncidence, c'est que la personne au bout du fil à une voix qui ressemble à celle de la négociatrice de l'agence immobilière. C'est fou, non ! Je pense sincèrement qu'il s'agit là tout simplement de la preuve de l'existence des signes divins.

À présent, tout est terminé, les papiers signés, tout est en ordre. Je suis très heureux et même j'ose dire : je suis aux anges ! Déjà !
J'avoue que ce n'est pas sans impatience que j'attends un nouvel appel téléphonique et le rendez-vous avec Dieu en personne. Est-ce que j'entendrai sa voix céleste ? Est-ce que je pourrais le voir en vidéo ? Comment ça va se passer…
Au courrier ce matin je reçois mon dernier relevé bancaire. Mon compte est crédité du prix de la vente, puis débité de mes dettes, les intérêts, des frais et de tout le tralala. Le solde positif ressort quand même à 472 816,32 €. Enfin ça c'était avant que je retourne l'extrait de compte, car au verso il y a un débit de 470 000 € au profit des Voix Célestes. Et finalement je me dis que c'est quand même pas donné la rencontre avec Dieu en personne !

Pas mal de jours ont passé depuis. J'attends toujours l'appel du secrétariat des Voix Célestes. Quand j'appelle par moi-même pour avoir des nouvelles, je tombe sur un répondeur qui m'invite à laisser un message. Mais ça ne rappelle jamais. Je sais bien que Dieu a devant lui l'éternité. Mais quand même je suis un mortel, pour l'instant, et faudrait quand même que ça s'organise un peu mieux là-haut pour ma visio avec lui.

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