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lundi 21 octobre 2024

Des jambes pour danser

196ème Devoir de Lakevio du Goût.

La première chose qui m’est revenue quand j’ai vu cette image, c’est la voix de Tino Rossi.
« Le plus beau de tous les tango du moooonde… C’est celui que j’ai dansé dans vos braaaas »
Mais pas seeulement.
Mais vous ?
Que vous inspire cette toile de Mark Keller ? Un souvenir ? Un spectacle ? Un morceau de vie ?
Nous verrons bien lundi qui ce tango aura inspiré…
Espérant toutefois que le sujet ne fera pas peine à Alainx qui n’a pas pu danser le tango mais semble néanmoins très bien passé de la danse pour fasciner quelqu’un pour le suivre pour la vie.
À lundi donc…



« Quand Jules est au violon et Léon à l'accordéon faudrait avoir deux jambes de bois pour ne pas danser la polka ». (Gilbert Bécaud)
Moi c'était deux jambes de fer et la polka ou le tango argentin, fallait pas trop y compter.
« Le goût des autres » fait allusion à moi dans sa proposition et je l'en remercie. J'ai quand même vécu une période où mon rapport à la danse fut assez complexe.
Jusqu'à mes 11 ans on ne dansait guère, peut-être quelques rondes enfantines dont ma mémoire ne garde plus trace. Après ma polio et jusqu'à aujourd'hui cela ne fut pas d'actualité. Sauf une fois : une fête de famille et parmi les invités il y avait une kiné. Lorsqu'on a poussé les tables pour danser, elle m'a invité. J'ai accepté en confiance me disant qu'elle allait « exercer son métier en heures sup. ». On a fait une sorte de valse lente, elle me tenait fermement, professionnellement. J'ai presque eu le tournis, à la limite de la chute. Mais j'ai aussi bien ri. Et puis à la fin je lui ai dit : « C'était sympa, mais dommage que tu danses si mal ! » On est parti chacun d'un grand éclat de rire. En fait ce fut comme une belle revanche sur le passé. Je me suis dit que pour elle aussi, quelque part ça devait avoir du sens.

À l'adolescence et jusqu'à mes 18 ans, dans les fêtes de famille, mais surtout les sorties « en boîte » avec copains et copines (en Belgique principalement), j'appréciais qu'on insiste pour que je vienne. Je disais oui. Au retour j'avais surtout des sentiments mitigés. Parfois j'avais passé un bon moment, car les amis ne faisaient pas que danser. Et puis j'étais quand même pas mal entouré et je n'ai jamais ressenti de « forme de pitié ». Reste que d'autres fois je vivais une forme de colère contre ce corps qui m'avait lâché.

Ce qui a tout changé fut le permis de conduire et la bagnole. C'est fou comme à l'époque les filles adorent les mecs qui ont une bagnole pour les embarquer loin de chez elle. Un jour on était cinq, moi et quatre nanas pour une virée en Belgique. Il y avait encore des contrôles à la frontière. Je n'oublierai pas la jeune douanier, tendance flamingant, qui eut une phrase à mon égard du genre : « Ben dis donc toi, vous en avez de la chance avec les filles ! »
Hé oui ! Y'a pas que la danse dans la vie !
Et je passerai sous silence les tête-à-tête à l'arrière de la petite bagnole. À chaque lecteur/lectrice de se faire son opinion personnelle du vécu correspondant en fonction de ses propres expériences.

Mon rapport à la danse est aussi avec ses paradoxes.
J'adore voir danser. Les grands spectacles de ballet. Casse-Noisette, les ballets russes, l'oiseau de feu, le Lac des Cygnes, le Sacre du printemps, la Bayadère, et bien sûr les grands metteurs en scène et les grands danseurs, Marie-Claude Pietragalla, Patrick Dupont, Maurice Béjart et son célèbre Boléro, etc. etc.
Comme cela m'est inaccessible je ne suis pas envieux et je n'en rêve pas. Mais je regarde l'extraordinaire beauté des corps en mouvement, la créativité, la rigueur du travail. Ce côté difficile avec le corps je le connais très bien par tant d'années de rééducation pour simplement essayer de redevenir « un homme ordinaire dans son corps ». Je n'y suis pas parvenu évidemment, mais j'ai fait le maximum de mon possible.

Et comme j'avance vers plus de repos nécessaire, au final, je me demande si ce qui me conviendrait le mieux ne serait pas « le Tango Corse » façon Fernandel.
Je vous laisse apprécier et c'est peut-être sourire et rire. Même si c'est vieillot.



lundi 14 octobre 2024

L'étrange conversation.

 195ème Devoir de Lakevio du Goût



Cette toile de Mark Keller me rappelle quelque chose et m’inspire un conte.
Mais à vous ?
Qu’inspire-t-elle ?
On le saura peut-être lundi…



— Le violoneux : salut, Coincoin ! Comment vas-tu ? Aujourd'hui je vais te jouer, rien que pour toi, la version pour violon et orchestre que nous sommes en train de travailler de la célèbre chanson « La Danse des canards ». Évidemment je ne peux te jouer que la partition du violon.
— Le Coincoin : Ha ! Vous n'avez pas trouvé mieux ? Décidément les humains me surprendront toujours. Une imagination très limitée et généralement répétitive. Mais bon, je t'écoute et j'enregistre pour avoir l'avis de Madame Coincoin.

— Le violoneux : Alors toi, tu me fais marrer avec tes réflexions à l'emporte bec. Tu crois que ta race est sortie de la cuisse du canard de Poméranie ? Monsieur se prend sans doute pour un canard huppé débarquant des Indes orientales !
— Le Coincoin : Absolument pas. Je suis un banal canard d'Estaires, dans le Nord de la France, mais j'ai quand même des  ancêtres qui  furent canards de Barbarie. Ce sont eux qui ont inventé l'orgue de barbarie. Tu as inventé quoi toi ?

— Le violoneux  J'ai inventé le fil à clouer le bec aux canards prétentieux dans ton genre. Alors, tu veux m'écouter, oui ou non ?
— Le Coincoin  Aller vas y mon gars  fait vibrer tes cordes sans en péter une. Je t'accorde ta chance (ta corde de violon évidemment des fois que tu n'aurais pas compris l'humour Coincoin).

— Le violoneux :Assez rigolé . Ça suffit. Je boude. Je ne te jouerai rien du tout. D'ailleurs je déteste le violon. C'est mon père qui m'a obligé à tirer sur l'archet. J'aurais aimé jouer du cornet à pistons. Un truc pour fanfares et gaudrioles. J'aurais soufflé dedans tout au long du carnaval de Dunkerque tandis que mes copains chanteraient des chansons paillardes. (« Elle a des grosses tototes, / ma tante Charlotte/ Et c’est moi qui les p’lote / ses grosses totottes ») .C'était plus festif que cette saloperie de danse des canards. Mais les humains ne font pas ce qu'ils veulent dans la vie. C'est pas comme les canards. Vous pouvez aller où bon vous semble tant que vous ne vous faites pas capturer pour être gavés et finir en foie gras de canard.
— Le Coincoin : Moi non plus je rigole pas. Mon rêve était de devenir canard sauvage. Partir en voyage chaque année avec les copains et copines. Vivre de grandes migrations, battre de l'aile sur des milliers de kilomètres, échapper à des conditions domestiques pour ne pas finir à la casserole et dans des estomacs humains. Être libre, quoi !

— Le violoneux : dans la vie « en vrai », je suis tourneur sur métaux à l'usine qui fabrique des chars d'assaut pour aller tuer… n'importe qui d'ailleurs… on a généralement pas trop de difficultés à s'inventer des ennemis. Ça aide pour conquérir le pouvoir. Et surtout le garder. J'essaye de ne pas trop réfléchir à tout ça sinon je vais avoir des insomnies et des problèmes de conscience. J'ai pas le temps, je dois faire bouillir la marmite familiale. Alors je trime sans penser à rien. Et ce projet d'adaptation de la danse des canards… ça me tue !
— Le Coincoin : vous êtes marrant vous les humains mâles et femelles. Vous n'avez pas de constance vous courez toujours après je ne sais quoi et quand vous réussissez à attraper une chose il vous en faut une autre immédiatement après. Jamais satisfait de rien, vous êtes !

C'est en me promenant sur le chemin de halage le long de ce magnifique fleuve que j'ai surpris cette conversation étrange. J'ignorais cette possibilité artistique d'entrer en conversation avec un volatile. J'avais une fois saisi la conversation entre un violon et son propriétaire, mais cela m'avait semblé de la vibration entre cordes. Cordes de violon d'une part, cordes vocales d'autre part. C'était donc tout à fait naturel.

J'ai passé mon chemin, je ne voulais pas les déranger. Plus tard je me suis dit que je devrais me foutre à l'eau et me laisser entraîner jusqu'à la mer.

 

mercredi 9 octobre 2024

Écrire l'instant

Depuis quelques temps je lis l'œil du Krop  au début c'était surtout son autre site de photos que je trouvais très intéressant et diversifié. Inspirant aussi. À présent je m'attarde sur son site plus personnel, partiellement de style journal extime [journal intime sur le net], passant d'un sujet à l'autre au gré de l'écriture qui vient.


À mes débuts sur le net, il y a largement plus de 25 ans, mon blog était plus facilement de ce type, avant de devenir… ce qu'il est aujourd'hui… parfois j'ai l'impression que je me suis réduit à un type de sujets plus restreints. C'est intime sans l'être vraiment. Ça s'est installé sans que ce soit le fruit d'une décision délibérée.
La nuit, entre brume épaisse et clarté lunaire, me viennent des sujets et des propos plus diversifiés, plus engageants peut-être. L'autre nuit défilait dans ma tête des images et des souvenirs évoquant ceux et celles qui ne sont plus, accompagnés de sentiments tendres envers eux. Comme une forme d'affection épurée de tout ce qui avait pu parasiter la relation « au temps du vivant ».

C'est peut-être cela « l'autre monde » qui n'est pas ailleurs qu'au fond de soi-même. Le passage par divers filtres, comme dans un épurateur, qui débarrassent tout ce qui n'est pas l'essence de la personne et de la relation avec elle. Un lent travail de décantation. Ce fut un temps de non sommeil et nullement d'insomnie. Comme une plénitude simple et ordinaire, des instants avec des sourires et des gestes doux. Même ma mère n'était plus la mère que j'ai dû supporter, mais l'être originel qu'elle était avant de sombrer mentalement. Me revenait alors de rares souvenirs quasi oubliés de sa présence intense lors de mon accident de santé, mais que j'étais incapable d'accueillir de cette manière. Je ressentais plutôt  qu'elle n'avait strictement rien compris au pourquoi du comment j'étais dans l'état où je venais de tomber.
Cette nuit-là je me disais que j'allais écrire tout cela. Mais au réveil, plus rien, ou presque. Une vapeur de sensations qui se dissipent et cette obligation de « revenir à la réalité du présent ». Mais qu'est-ce que le présent ? Est-ce que toute l'intégralité de l'histoire vécue n'est pas contenue dans la seconde présente ?
C'est le dernier billet de l'auteure du fameux blog que je cite, sans doute à raison de la diversité de sujets, la simplicité et vérité de l'instant, qui me donne de rédiger le mien aujourd'hui.

 L'illustrations du billet vient du site de l'œil du Krop

 

 

lundi 7 octobre 2024

La fin d'une histoire.

 194ème Devoir de Lakevio du Goût



De fait, quel sens donner à cette toile ?
Qui part ? Elle  ? Lui ? Eux ?
Revient-elle ? Part-elle ?
Qui est la silhouette derrière la fenêtre ?
Celle qui fait partir ou celle qui fait revenir ?
Et qui doit partir ou revenir ?

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Liminaire personnel :
Richard Tuschman, auteur de l'œuvre, est un artiste intéressant, photographe s'inspirant de grandes œuvres de la peinture, qui maîtrise son immense travail de prise de vue et d'éclairage sophistiqués, associé à un grand art de l'utilisation de Photoshop, pour raconter une histoire ou pour nous inviter à en inventer une.
Alors… essayons d'inventer… tout en restant dans la dynamique de l'œuvre qui, d'après l'auteur,  met en scène une séparation…


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Depuis la fenêtre, Jacqueline regarde Mélanie partir, valise à la main, avec son éternel imperméable qui lui donne des allures masculines malgré une chevelure abondante qu'elle ramène sur le cou. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elle en a parlé à Gérard, qu'elle a attiré son attention que ce n'était plus « comme avant » et que ça finirait un jour comme ça.

Gérard est descendu avec Mélanie jusque dans la rue. Il y a toujours un ultime espoir. Il faut y croire, se plaît-t-il à répéter souvent. L'optimisme désespérant de Gérard ! À trop vouloir croire au « tout va bien », on finit par ne plus percevoir la réalité telle qu'elle est.

Cela fait deux ans. Deux ans de vie commune à trois. Deux ans d'utopie à espérer qu'advienne ce partage total, cette symbiose magique à laquelle ils croyaient parvenir. Le doux pays des rêves. Mais dans leur for intérieur aucun des trois ne se leurrait, sauf Gérard peut-être.

Les débuts furent merveilleux, bien entendu. Tout leur entourage les enviait, surtout qu'ils avaient l'art d'improviser en public leur magie fantasmée et de transformer les plus belles banalités en expériences grandioses dans tous les domaines. Et puis l'effroyable routine a fini par venir les visiter, les envahir, squatter toutes les pièces et surtout la chambre à coucher commune et ce grand lit pour trio. Après les extases merveilleuses, la fusion des corps, le sublime apparent, le poison de l'habitude a fini par s'installer. Les mêmes scénarios, l'ennui qu'on garde pour soi, et puis le silence, l'absence de mots, la réduction aux gestes et la tristesse qui poisse.

Jacqueline voit Mélanie se retourner vers Gérard. Une vague lueur d'espérance passe devant les yeux de Jacqueline. Et si jamais… Malheureusement Gérard reste immobile, main dans les poches. Le réalisme vient-il de le figer sur place ? Redescend-t-il sur terre ? La Réalité aurait-elle pris place dans son cerveau ?

Jacqueline quitte la fenêtre. Elle s'assied sur le bord du canapé, coudes sur les genoux serrés, la tête dans les mains. Elle pleure.