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mercredi 28 juillet 2021

L'aventure en chantant


La sortie de la bulle familiale de bonheur se fait progressivement.

Ce fut une semaine autarcique en même temps qu'ouverte.

Elle et moi : parents et grands-parents

eux : nos enfants, leurs conjoints et leurs familles.

Nous tous : rassemblés pour la première fois depuis plus d'un an.

Une bulle de bonheur durant une semaine.


Une bulle multicolore avec des arcs-en-ciel, comme ces bulles de savon de l'enfance qui brillaient magiquement dans le soleil. Nous avons tout vécu, des délires avec éclats de rire, des jeux, des cadeaux, des fêtes d'anniversaire, de réussites aux examens des jeunes, des émerveillements de projets prometteurs, de nouvelles dynamiques professionnelles malgré covid, des échanges nocturnes en profondeur tandis que les petits-enfants s'occupaient entre eux loin des vieux. 


J'en ressors avec un sentiment de gratitude et de fierté. La gratitude pour la générosité de la vie, la joie et les élans de vie de ces jeunes qui ont confiance dans leur avenir. Ils préparent des choix novateurs qui n'ont plus rien à voir avec ma génération de soixantehuitards. Plus matures, plus sérieux, et en même temps une joie d'être et une vitalité débordante. Nous voilà loin des actualités médiatiques et mortifères dont on nous rebat les oreilles pour mieux placer les publicités vendant un bonheur aussi factice que mensonger.

Le vrai bonheur je l'ai vécu, et je le vis encore.

Prophètes de malheur : vous n'aurez pas ma peau !


Un sentiment de fierté m'habite également. Pour la première fois peut-être je regarde ma descendance avec « des yeux d'ancêtre » !…

Et oui ! Je suis maintenant le plus vieux ! Mes propres « anciens » sont tous partis six pieds sous terre, définitivement. Reste bien entendu leur mémoire, la reconnaissance que j'ai à leur égard et la transmission à poursuivre.

Il n'empêche : c'est désormais mézigue l'ancêtre !


D'ailleurs on me le dit, me le fait savoir, tantôt avec malice, tantôt avec ce désir de recueillir une parole. Et là je mesure une forme de responsabilité simple et naturelle, celle d'une transmission orale nécessaire juste et vrai des éléments de l'histoire dont ils ont à connaître pour leur propre construction personnelle et la bonne santé de leur vie et de sa structuration. Car on ne se construit pas à partir de rien, mais on bâtit son originalité unique intégralement dans le cadre de la lignée à laquelle on appartient, qu'on le veuille ou non, laquelle fut ce qu'elle a été, qu'on le veuille ou non.


Et c'est fondamental de la connaître avec justesse par ceux qui ont encore une voix vivante qui parle, explique, et espère porter du fruit.

Ma responsabilité est dans « la justesse du propos » qui bien entendu ne peut être que celle que je perçois de ma fenêtre. Mais j'ai des petits-enfants suffisamment capables de faire la part des choses. J'en ai eu la démonstration par la pertinence de leurs questions.


La sortie de la bulle de bonheur nécessite un temps de décompression, de repos physique, (elle  sait prendre votre énergie, cette jeunesse !). Et donc aussi de détente.

Une de mes manières de me détendre consiste à bidouiller sur PhotoShop, en écoutant de la musique que j'aime. Cette fois-ci ce fut un enchaînement de concert de « jazz classique ». L'ensemble me lave la tête.


Il en est notamment résulté la bidouille que je publie ici. Pour ma part, assez étonnamment, j'y ai vu quelque chose qui évoquait cette fameuse semaine, alors que je me laissais aller avec les possibilités du logiciel au gré d'une inventivité jaillissante et désordonnée.

J'ai eu le sentiment que ça donnait un résultat assez gai ! D'où le titre « l'Aventure en chantant »… l'aventure de la vie qui se poursuit, se transmet, ne cessera jamais de réjouir, pour peu qu'on appelle à sortir du fond de soi la joie d'être…






lundi 26 juillet 2021

le souvenir réveillé


Devoir de vacances

Cette toile de Peter Mǿnk Mǿnsted, parfaitement de saison, me semble montrer une entreprise courante.
On dirait bien une invitation au bal, peut-être une demande en mariage.
Qu’en pensez-vous ?
Qu’en dites-vous ?
À lundi, si vous n’êtes pas sur une plage quelconque pleine d’eau, de sable, de monde et de cris.
Bref, là où il est impossible de penser à quoi que ce soit d’autre qu’à la chance qu’a eue Siméon le Stylite…


 le souvenir réveillé


Lorsqu'il aperçut la toile de ce peintre danois au nom imprononçable pour le latin qu'il était, Raphaël fut aussitôt saisi par cette fulgurante remontée à la surface de sa conscience d'un souvenir enfoui dans les catacombes les plus sombres de sa mémoire, où résident les amours cadavériques d'une histoire qui eut pourtant des heures lumineuses qu'il avait crues inoubliables. Il était tellement convaincu que chaque instant heureux s'inscrivait dans l'éternité de l'univers.


Et il avait oublié. Il avait oublié le muret sur lequel ils s'asseyaient chaque soir, Maria et lui, lorsque la fraîcheur commençait à permettre le renouvellement de toutes choses. Ce n'était pourtant pas un lac contemplé par les montagnes qui s'offrait à sa vue comme sur le tableau. Derrière eux, cette année-là, en contrebas, des champs blonds annonçaient une moisson regorgeant de promesses. Maria et Raphaël rêvaient que déjà les moissonneurs leur apporteraient l'odeur des foins du bonheur et la promesse de félicités à venir. Leur vie serait encore plus belle que cet été délicieux.


Alors, pourquoi le tableau faisait-il resurgir ces amours mortes alors qu'il visitait cette galerie avec à son bras Muriel qu'il avait épousée il y a plus de 20 ans ? Pourquoi le Destin prenait-il plaisir à ramener à la surface ce qui s'était terminé si tragiquement ? Il avait fallu effacer de sa vie Maria définitivement et jusqu'au moindre souvenir de la tragédie qui s'en était venue à la fin de cet été-là dans ce petit village perdu de la Drôme abandonnée. María qui n'était durant ces vacances  que rire, joie de l'ivresse du vivre, allégresse, jubilation exaltée, éclat de jeunesse qui brûle du désir de TOUT.


Raphaël avait été non seulement subjugué, mais totalement envoûté par cette fille à l'aura luminescente, au point qu'il lui fut impossible de détecter au fond des yeux de Maria l'infinie détresse que l'on pouvait y lire. Il était tombé en amour comme d'autres tombent dans un piège sans s'en apercevoir.

Et voilà Maria explosait de nouveau dans sa tête à la vue du muret imposant qui traversait la toile de part en part faisant resurgir sa propre histoire et le drame qu'elle comporte.


— Quelque chose ne va pas ? lui dit Muriel qui avait perçu une réaction troublante chez son mari. Tu ne te sens pas bien mon chéri ? C'est vrai qu'il fait étouffant dans cette galerie !

— Non ! Ça va ! Comme tu dis, c'est sûrement la chaleur… il vaut mieux que nous partions. C'est vrai, on étouffe ici ! Viens !


Raphaël mit du temps avant de retrouver sa sérénité. Durant plusieurs nuits il revécut la scène qui mit fin à ses espérances de bonheur avec Maria.

Ce soir-là elle s'était mise debout sur le muret. Elle sautillait, chantonnant cet air à la mode et si dansant. Il lui avait dit fait attention, ça peut être dangereux !

Il est vrai que le contrebas était vraiment bas. De ce côté-là le muret était un véritable mur d'une hauteur de  6 à 8 m.

Et au pied de ce dernier il y avait dimposants rochers de granit.


  — Tu as toujours peur, mon amour ! s’exclama María dans un rire, tout en se  retournant vers lui. C'est dans ce mouvement  de demi-tour qu'elle perdit l'équilibre, tomba,  et se fracassa le crâne sur les rochers.

Raphaël poussa un si puissant cri de douleur qu'on l'entendit probablement jusqu'à l'horizon. 


dimanche 25 juillet 2021

Totem pensant







***

Rémanence de pensées totémiques

issues d’une  floraison  magnétique 

transcendantalement chamanique

favorisant une imprégnation hygiénique

à sémantique rythmique 


***

Oui, je sais, même moi je m'inquiète 



 
ggggg

lundi 19 juillet 2021

Histoire fumeuse ?

 

Où il sera démontré que l'été on n'est pas forcément obligé de bronzer entre les doigts de pied sur les plages françaises alors qu'il y a de la place à l'intérieur près de la cheminée, comme le laisse entendre Monsieur Le Goût et sa consigne.


Vous aimez les cheminées ?
Vous aimez l’odeur du bois qui brûle ?
Vous aimez les flammes dansantes quand elles sont la seule source de lumière de la pièce ?
Vous aimez tout cela ?
Ou pas du tout…
Alors dites ce que vous inspire cette toile de Childe Hassam qui vous rappelle ce que vous aimez ou détestez.
Ou ce qu’elle ne vous inspire pas.
À lundi.



Histoire fumeuse ?



Cet été-là en Bretagne, il y a bien des années, une amie nous avait prêté une petite propriété familiale au milieu de la campagne, une ancienne « grange à sel » en pierre avec une énorme cheminée à feu de bois. L'été il ne fait pas toujours très chaud en Bretagne (amis bretons : prière de ne pas m'assassiner !) Et cette bâtisse, fermée depuis des mois était quelque peu humide. Cela nous incitait à allumer de grands feux le soir, d'autant que ce n'était pas le bois qui manquait.

« Fait du feu dans la cheminée…

on est bien gelés… »



Mes enfants étaient… des enfants… encore à des années du Bac avec mention.  Jeune père, je jouais déjà au patriarche. Alors, le soir au coin du feu, dans le genre « veillées des chaumières » je me lançais dans des récits imaginaires et c'est ainsi que j'ai commencé à élaborer peu à peu la nouvelle « portrait de femme à l'arbre » que je publierai bien des années tard en retravaillant le texte bien évidemment. Mes filles qui ont à présent dépassé la quarantaine s'en souviennent encore… ce fut un été marquant à plus d'un titre.


Je leur appris à allumer le feu et à l'entretenir. Une de mes filles me rappela un jour la métaphore que j'avais développée autour de l'âtre pour expliquer l'importance des relations, de la proximité et de l'amour partagé pour s'accomplir. Je me souvenais vaguement… et je fus surpris de constater que cela les avait marquées et qu'elles s'en rappelaient 20 ans plus tard…

Je rapprochais deux grosses bûches, l'une attisant l'autre, elles rougeoyaient plus fortement. Je les éloignais et l'intensité du foyer diminuait. Alors j'exposais que dans leur vie il pouvait en être de même : s'entourer d'amitiés, de belles relations ne pouvaient avoir que des aspects positifs à terme, même si parfois il y avait des épisodes difficiles à traverser. Et je pensais alors à l'une de mes filles avec qui j'avais « travaillé » à propos d'une relation d'enfance difficile et décevante pour elle. Tout cela est revenu plus tard comme je le dis plus haut. Comme quoi un père n'est pas toujours totalement inutile.


J'ai dit un été marquant à plus d'un titre, car à la même époque j'ai finalisé officiellement mon changement professionnel, mettant un terme définitif à mes fonctions de juriste là où je sévissais alors, au grand désespoir de ma hiérarchie qui pour la première et la dernière fois fit mine qu'on allait me regretter, selon le bon principe que nul n'est irremplaçable. Dans la foulée j'ouvrais ma petite entreprise de formation humaine en espérant un franc succès, ce qui, fort heureusement, ne tarda pas trop à arriver grâce à ma mauvaise réputation et mon réseau déjà bien constitué….

Le réseau il n'y a que cela de vrai, dès lors qu'il n'est pas rézosocio !… qui d'ailleurs  n'avait pas d'existence en ce temps-là.


Voilà ma petite histoire fumeuse et enflammée. Et comme mes enfants avaient été avertis qu'on allait changer de mode de vie, ils se sont demandés si cette année-là le Père Noël passerait quand même par la cheminée bretonne… ce qui ne fut pas le cas, puisqu'on rentra chez les ch'tis. Mais rassurez-vous, l'homme à la houppelande rouge apporta quand même quelques babioles cette année-là. Comme quoi même lorsqu'on n'a pas de cheminée on peut quand même se réchauffer le cœur.


mardi 13 juillet 2021

Quelques années bonheur… et puis la guerre…


Les années 1930 sont considérées comme des années de crise (suite à celle de 29) et elles se termineront par une entrée en guerre dont on connaît les affres.

Ce seront quand même quelques années de bonheur pour mes parents. Martin travaille chez un avocat, également dans un cabinet de contentieux et traite des dossiers au Conseil de Prud'hommes et en « Justice de Paix ». Marie est institutrice, mais cessera cette activité après quelques années. Les lettres, photos etc. témoignent d'un certain bonheur et de découvertes de toutes sortes. Et puis un oncle à une « Renault Mona 4 » qui fait la réjouissance des dimanches à la campagne, pour quelques parties de pêche.


Et bientôt le ventre de Marie s'arrondit !

Mon père lui offre un livre : « Comment j'élève mon enfant » :

« Ma chère petite épouse tendrement aimée tu es à la veille d'être une petite maman. Quelle heureuse perspective ! J'ai voulu t'offrir à cette occasion cet ouvrage qui j'en suis certain te fera plaisir.

Tu seras je n'en doute pas une bonne et parfaite maman pour le petit chérubin que nous attendons si amoureusement.

Ton petit homme

Martin »


ils ne savent pas encore que Martin sera mobilisé le 26 août 1939…

Durant cette guerre, mon père écrira 129 lettres que nous avons retrouvées dans les profondeurs de sa bibliothèque personnelle après son décès.


« Sois courageuse mon Amour. Je sais qu'il te faut de l'énergie pour faire face aux ennuis quotidiens, en charge de l'éducation de notre petit chéri. Sois forte ma Petite en espérant toujours le jour où nous pourrons nous retrouver bien unis, nous aimant tendrement »

(lettre du 10 octobre 1939)

La plupart des lettres ont cette tonalité : présence affectueuse, soutien, encouragements, conseils, compréhension,… il donne aussi des nouvelles de lui, mais sur un ton rassurant, et même avec un certain humour. Il ne cache pas certaines difficultés, mais pas de plaintes.

Ce genre d'attitudes, je les  lui ai vu  vivre souvent par rapport à ma mère, bien des années après quand il a fallu faire face a des épreuves de vie douloureuses.


Les lettres de ma mère sont plus descriptives de la situation. À partir d'elles je verrai très bien un film sur la période dont elle serait l'héroïne à la fois perdue, douloureuse, et magnifique de courage, d'abnégation et d'audace pour survivre et protéger la vie de son fils. Tout cela raconté avec à la fois proximité et distance. Un peu comme si « ce n'était que normal » d'agir ainsi…


Sur les routes de l'exode : Marie, devenue réfugiée, raconte plus tard à Martin toujours mobilisé :

(appelons Jean leur fils aîné, mon frère)




Le jour se lève. Les routes sont encombrées de files d'autos. Nous voyons arriver dans le ciel des avions que nous croyons anglais, quand subitement ils nous mitraillent. Ils étaient 10. Nous nous sommes jetés dans les fossés qui bordaient la route. Pendant un quart d'heure les balles sifflaient à nos oreilles les boches mitraillaient. Ce fut pour moi un affolement terrble. J'avais recouvert de mon corps le petit Jean pour le préserver. Il hurlait.

 Nous fûmes protégés par la divine providence, car, quand nous nous sommes relevés, il y avait des tas de mort sur le chemin surtout des petits enfants. Des scènes déchirantes se sont produites. La mort régnait dans le fossé et sur le bord de la route.


(…) La nuit arrive et nous traversons la forêt toujours survolés par l'aviation ennemie. Nouvelle mitraille personne n'est blessé grâce à Dieu. Le petit Jean hurle de peur. Je le remets entre les mains de la Sainte Vierge, la suppliant de nous protéger.


(…) Nous rencontrons des gens qui se sont sauvés au milieu de la nuit et avec des couvertures sur le dos. L'ennemi est là qui met à feu et à sang. D'autres incendies s'allument. (…) Alors c'est la crise de désespoir, notre vie est en grand danger il faut continuer à pied notre exode qui se poursuit dans la nuit glacée par un vent terrible. Nous pleurons à chaudes larmes.


La guerre sera la première épreuve d'ampleur.

Pour ma mère et mon frère en bas âge : la débâcle, l'évacuation, les séparations, les crapuleries, et certains faits que l'on passa sous silence. Certains événements vécus par ma mère, mon frère et d'autres de la famille sont ceux dont on dit que la réalité dépasse la fiction. Des éléments retrouvés par mon frère qui a « reconstruit l'histoire » lorsqu'il fut en retraite ont de quoi faire frémir a posteriori. Rien d'étonnant à ce que cela ait laissé durablement des séquelles et des meurtrissures qui ne guériront pas.


Il est indéniable que mon frère Jean, alors tout jeune enfant en a gardé la trace dans sa chair et dans son psychisme. Lui qui à l'époque est le fils unique, fut atteint durablement dans sa joie  enfantine. Les traces de ces malheurs demeurent. Il n'y avait pas à l'époque de « cellules psychologiques » pour amoindrir des séquelles post-traumatiques. 

Il en fut de même dans de nombreuses familles. Comme beaucoup de ma génération j'en ai vu la trace et entendu d'autres récits.


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Je n'en dirai pas plus sur cette période tragique de la guerre.

Je ne m'en sens pas la force. J'ai relu des lettres et des écrits. J'ai consulté des notes explicatives écrites par mon frère. Les traces personnelles qu'il en garde, les reviviscences douloureuses. Aujourd'hui se sont ajoutés les miennes. Et pourtant je n'ai rien vécu de cette époque. Je n'étais pas né. Et cependant j'en ai moi-même les traces dans ma propre chair. Je les ai ressentis intensément dans mon corps en reprenant contact effectif avec « tout cela ». Sensations surprenantes et perturbantes.

Alors j'en resterai là sur le sujet…

Pour la suite de ces chroniques, on verra  à quel endroit de l'histoire je reprendrai…

lundi 12 juillet 2021

L'invasion

 


Le devoir du lundi

Vous n’habitez pas forcément Paris, pas plus que vous n’en êtes autochtones.
Néanmoins, je suis sûr que vous savez ce qu’est la Tour Eiffel.
Peut-être même l’avez-vous gravie.
À moins que l’ascenseur, plus dispendieux mais plus reposant, ne vous ait fait découvrir sans effort Paris vu d’en haut.
J’en déduis que vous avez probablement quelque souvenir à raconter ou quelque opinion à nous faire partager.
Votre imagination sera sûrement sollicitée par cette aquarelle de John Salminen…
À lundi, d’accord ?



L'invasion


Ce jour-là j'ai réalisé que l'invasion ne s'arrêterait pas. Les choses commencent toujours petitement. Sournoisement. Au début on pense que c'est un phénomène passager, que bientôt ce ne sera plus qu'un souvenir lointain. On se leurre soi-même si facilement, le plus souvent parce que ça nous soulage de penser : « C’est pas bien grave ! Cela n'aura qu'un temps ! ». Alors on regarde ailleurs, et même parfois on ferme les yeux préférant ne pas voir que c'est déjà un peu plus étendu et répandu que la dernière fois.


Ainsi de la tour Eiffel, cette espèce d'horreur métallique construite pour l'exposition universelle de Paris de 1889. On pensa qu’elle serait rapidement détruite. Un collectif « les artistes contre la tour Eiffel » , éructa contre « une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu’une noire et gigantesque cheminée d’usine, écrasant de sa masse barbare : Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, l’Arc de triomphe,» (François Coppée, (pas le politicard) un poète et dramaturge)

citons encore :

« ce squelette de beffroi » (Paul Verlaine)

« cette haute et maigre pyramide d'échelles de fer, squelette disgracieux et géant, dont la base semble faite pour porter un formidable monument de Cyclopes, et qui avorte en un ridicule et mince profil de cheminée d'usine » (Guy de Maupassant).

En revanche, Guillaume Apollinaire fit un calligramme célèbre…


Désormais elle symbolise la France. Paraît qu'elle est aussi La Grande Dame intouchable. Si elle a coûté 7,8 millions de francs-or, elle aurait une valeur virtuelle d'image de marque de 432 milliards d'euros, à comparer au Colisée de Rome qui ne vaudrait que 91 milliards d'euros. Une broutille !


Depuis l'invasion s'est poursuivie. L'invasion de la hauteur. L'humanité sur la planète continue de s'interroger : qui a la plus grosse ? La plus puissante ? la plus haute ? Quelle est la hauteur érectile qui met en émoi Madame Terre au point de l'exciter jusqu'aux plus puissants des tremblements… de terre…


Mais depuis ce temps-là les petits français sont devenus ridicules avec leurs 324 m antennes comprises. On s'est fait battre par les Arabes qu'on avait cependant, paraît-il, arrêtés à Poitiers, en l'an de grâce 732 . À Dubaï on en est à 830 m avec 57 ascenseurs grimpants 600 mètres par minute. Quand tu arrives en haut tu as les tympans crevés !


Si ça vous amuse, faites donc le tour de toutes les invasions qu'on a subies ces derniers temps, virus bizarroïdes compris, qui en sont juste au début de leur apparition en vue de notre disparition. Invasion des incendies de forêts  sur des milliers d’hectares (on est juste au tout début du phénomène).




Personnellement je vais aller me verser un double whisky. Paraît que ça tue les microbes de toutes natures…

Et bien entendu ce sera un whisky français : « Artésia », le whisky des Hauts de France,

« le whisky d'main Koin » comme on dit chez les ch'tis !



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(Et avec mes remerciements à whiskypédia, qui a bien voulu m'aider pour ce billet).


mercredi 7 juillet 2021

Les amours débutantes.

 

On s'écrivait poste restante 

Au rendez-vous des apprentis 

Au rendez-vous des sans-logis 

Que sont les amours débutantes

chantait Guy Béart.





C'est toujours agréable lorsque l'on renoue avec les souvenirs ou les témoignages des amours débutantes. Qu'importe ce qu'il est advenu après, échec ou réussite. Ce qui a été, fut.


Nous sommes au début des années 30. Mon père fait son service militaire dans la marine avec son béret à pompon rouge. En bon catholique il participe à un pèlerinage militaire à Lourdes. C'est encore l'époque du sabre et du goupillon. Ma mère et ses deux sœurs, en bonnes chrétiennes, participent elles aussi à un pèlerinage à la même date au même endroit. C'est là que tout a commencé, un soir de procession aux flambeaux. Paraît qu'ils ont partagé le même cierge qui aurait fondu entre leurs deux mains réunies tant c'était chaud. Séparément ou ensemble ils nous ont toujours raconté le même scénario. On les croit, évidemment.


Pour la suite je dispose de leur récit, qu'ils aimaient à raconter, mais je n'ai eu connaissance de la correspondance de mon père avec sa future femme qu'après leur décès, retrouvé par mon frère dans les archives familiales. Mon père, qui a flashé sur la belle Marie (appelons-la Marie puisque c'était à Lourdes), parmi les trois sœurs, agissant avec diplomatie, enverra aux demoiselles une carte postale de la grotte le 24 août 1933 : « Agréez je vous prie mon meilleur souvenir, et puisse cette carte vous faire revivre un peu de votre pèlerinage. ».

Pas de difficultés à savoir aujourd'hui à qui exactement étaient destinées les mots écrits !

De son côté, celle qui sera ma mère, tient de longue date un livre de chants écrits de sa belle écriture à l'anglaise avec pleins et déliés. Elle aime chanter, c'est un cœur pur et gai de jeune fille. Dans les fêtes familiales elle aime pousser la chansonnette. Elle a une réputation de jolie cantatrice !


Elle retranscrit cette chanson :

*****

« je t'ai donné mon cœur »

le 20 août 1933

— — —

je t'ai donné mon cœur

tu tiens en toi tout mon bonheur

sans ton baiser, il meurt

car sans soleil meurent les fleurs

(……)


chanson à la mode que l'on peut entendre ici


[la chanson est extraite de l'opérette le pays du sourire. Sur YouTube il est indiqué 1934. C'est faux. L'opérette est créée à Vienne en 1923. Elle arrive en France en 1932. YouTube excelle dans l'information fausse.…] 


Comme Marie a fait des photos avec son tout nouveau Kodak à soufflet, elle les envoie à Martin (appelons mon futur père Martin, ça rime avec marin…), alors ils commencent à s'écrire tous les deux jours jusqu'au 26 septembre 1933. Aujourd'hui ce serait certainement une avalanche d'échanges de SMS ! Là il fallait deux jours pour l'aller-retour du courrier. Seules les correspondances de Martin sont parvenues jusqu'à mon frère et moi. Mais au vu de celles-ci on voit bien la progression. Les premières réponses commencent par : « Mademoiselle » et on se vouvoie… « … les photographies qui seront pour moi un précieux souvenir…… » et puis on ne cache pas son désir de se revoir un jour si possible… «… les propos que vous m'avez tenus par votre lettre ne m'ont nullement déplu : au contraire… »

on n'oublie pas d'ajouter un PS nécessaire en la circonstance :

« PS : je vous prie de présenter mon bon souvenir à vos sœurs et faire agréer mes respectueux hommages à Madame votre mère. »


En relisant ces lettres pour ce billet, je retrouve une émotion plus forte encore que celle de la première fois que j'en ai pris connaissance il y a une quinzaine d'années. Quelle délicatesse ! Quel jeune de 20 ans écrirait encore de cette manière aujourd'hui ! ?

Le 4 septembre les choses se précisent :

« je vous prie de remercier votre maman – qui est vraiment trop aimable – de son invitation. Je me fais un plaisir de passer chez vous nous aurons ainsi l'occasion de reparler de Lourdes.

Au revoir, Mademoiselle, je vous dis mon meilleur souvenir. »


La rencontre aura lieu le 9 septembre à l'occasion d'une permission du militaire.

À la suite de cela le marin, de retour à sa caserne écrira :

« j'ai gardé un souvenir inoubliable des quelques heures passées en votre accueillante maison et vous ne sauriez croire combien j'ai été sensible à toutes les marques de sympathie que vous avez bien voulu me témoigner : je vous assure que le souvenir de cette permission restera gravé en moi grâce au bon moment passé chez vous. »

Mais ce qu'il a obtenu de plus important ce jour-là, c'est la permission officielle de la future belle-mère d'écrire à celle qui ne tardera pas d'être sa fiancée !


Bon ! Ça semble clair ! D'autant que les « déjà amoureux » échangent des lettres pour organiser comment se voir « en cachette » (mais en tout bien tout honneur…).

La clandestine rencontre est fixée au jeudi 5 octobre, dans une ville un peu plus loin où ils ne connaissent personne ! Je vous passe les échanges de lettres sur l'organisation concrète qui vaut son pesant de sourires !


Et puis Martin écrira :

« je sens bien battre maintenant votre cœur à l'unisson du mien qui avait aussi besoin d'une compagnie. Il a trouvé. Comme l'union est bien réalisée. Bien souvent aussi dans la journée ma pensée va vers vous, bien souvent je me laisse bercer par de doux rêves et quand le temps me pèse trop je ne trouve de soutien qu'en lisant et relisant vos lettres. »

T'es vraiment bien accro mon cher futur papa !


J'ignore comment les familles se rencontreront mais ça ne tardera pas. Avant la fin de l'année 1933 ils seront fiancés et se marieront à l'été 1934.

J'ai une photo des fiançailles. Marie est assise sur les genoux de Martin. Évidemment ils ont l'air très heureux, mais en plus ils sont vraiment très beaux tous les deux !


Le menu du banquet de mariage tient en neuf lignes. 

Dont trois lignes de viandes différentes…

Paraît qu'on savait vivre en ce temps-là !


mardi 6 juillet 2021

Chroniques estivales.


 

Chaque année j'ouvre cette rubrique des chroniques estivales. Devenant un vieux qui a ses habitudes, je réitère. Sauf que voilà, je ne pars en vacances nulle part cette année. Peut-être quelques jours en bord de mer, mais ce n'est même pas sûr, compte tenu de mon état présent. Rassurez-vous, ne sera pas non plus « chronique hospitalière ».


Alors, ce sera un été « voyage dans le temps ». Après tout il y a bien des gens qui partent visiter des vestiges parfois millénaires pour s'en extasier. Pourquoi n'irai-je pas visiter les vestiges de mon passé pour à mon tour m'en réjouir.


À défaut d'aller visiter, cette nuit j'ai été visité par mes parents. Cela faisait longtemps. Peut-être le signe qu'ils sont sortis du purgatoire pour entrer dans la vision béatifique de Dieu-le-père en personne, assis sur son nuage avec les rayons qui lui sortent de la tête pour éclairer l'univers tout entier.

Et si ce n'est pas encore le cas, je vais faire comme ma mère me disait « prier pour les âmes du purgatoire » afin de diminuer la longueur du séjour dans les flammes purificatrices. C'est une occupation positive et qui ne demande pas un investissement en dehors de mes possibles. 


Dans ce rêve ils n'étaient que bienfaisance. C'est un bon début. J'ai souvent évoqué la mélasse dans laquelle j'ai vécu enfant. J'ai aussi évoqué les havres de paix qui me furent accordés ou que je m'accordais moi-même. Alors j'ai pensé partir en voyage vers les traces des amours anciennes, celle de mon entourage, des proches, la famille, les auteurs de mes jours,  leur aventure, leur couple et ses promesses.


Les histoires vraies, transmises par ouï-dire ou par des écrits d'époque authentifiés. Évidemment, viendront s'ajouter mes ressentis et souvenirs, avec leur part de réalité, leur part de rêve, leur part d'invention. Après tout lorsqu'on rentre de voyage est-ce qu'on raconte exactement tout ce que l'on a vu, tout ce qui s'est passé ? Est-ce qu'on n'embellit pas les choses, on en rajoute, parce que quand même il vaut mieux laisser croire que ce fut absolument merveilleux, inénarrable, et qu'on n'en croyait pas ses yeux, son nez et ses oreilles, tant le dépaysement était à la mesure du gros chèque qu'on avait fait pour la réservation.


Alors allons y…

De toute façon il n'y aura pas beaucoup de visiteurs de ce blog durant l'été. Alors autant en profiter pour publier des trucs qui n'intéresseront que moi-même  et feront la joie de mon ego.


Premier épisode à venir : l'amour des auteurs de mes jours.


lundi 5 juillet 2021

L'avenir : s'en passer


88ème Devoir de Lakevio du Goût.

Bonne ou mauvaise nouvelle ?
Qu’en pensez-vous ?
À lundi…

*


L'avenir : s'en passer


Voilà plusieurs jours que Sofiane ressent au fond d'elle-même un immense bonheur. Elle a hâte de l'annoncer à Jean André qui ne pourra que partager la belle nouvelle, même si il ne s'y attend pas et qu'elle va très certainement l'étonner.

Elle a proposé à Jean André une promenade le long de la plage si évocatrice pour la circonstance. Est-ce que ce n'est pas un des endroits où l'on forme les plus beaux projets, les plans sur les étoiles, le regard qui porte loin sur des horizons délicieux de tout ce qui est porteur des plus beaux avenirs.

Les voilà tous les deux assis dans le sable, sur la dunette qui surplombe les flots qui font entendre leur chant sans cesse répété avec le chœur des vents.


— Jean André, c'est à toi que je le confie en premier, et c'est bien normal : j'attends un enfant !

— Qu'est-ce que tu me racontes, Sofiane, comment est-ce possible, nous… enfin je veux dire je n'arrive pas à y croire ! Tu sais bien que je t'aime, mais j'ai du mal à m'en réjouir. Un enfant ! Tu attends un enfant ! Rien de tout cela ne me semblait prévu.


— Moi non plus je ne m'y attendais pas, crois le bien. Ce n'était pas dans mes projets immédiats, mais, maintenant que c'est fait, tu vois, je commence à ressentir le bonheur de devenir vraiment femme accomplie dans la maternité.

— Mais qu'allons-nous devenir ? Je veux dire, moi, qu'est-ce que je deviens ? Nous avons pourtant décidé de vivre ensemble et de tout partager. Mais il n'a jamais été question que tu aies un enfant !


— T'inquiète pas, cher Jean André, nous arriverons bien à vivre tous les trois comme un beau trio que nous formerons désormais. Ce n'est pas parce que tu es mon frère que je vais te mettre à la porte. Je me suis engagée auprès de papa, peu de temps avant sa mort,  à prendre soin de toi et je continuerai à le faire.

— Comment ça tous les trois ! Tous les quatre tu veux dire, tu oublies l'homme qui t'a fait cet enfant et dont tu aurais pu au moins me parler. Je sais bien que tu as des amants occasionnels, c'est ton droit, mais là, c'est une vie de couple qui vous attend.


— Qui te parle de vie de couple avec ce géniteur ? Je voulais un enfant, ça m'est venu comme ça un matin en me réveillant, comme une urgence. Je ressentais que mon ventre était fécond, et rien de plus facile que de concrétiser le projet rapidement. Je suis encore largement jolie, et je plais toujours aux hommes.

— Mais tu te rends compte de ce que tu dis là ! Le futur père est au courant au moins?


— Absolument pas ! D'ailleurs pour tout te dire j'ai essayé avec deux hommes de suite à 24 heures d'intervalle. Alors de qui est le spermatozoïde vainqueur ? Je n'en sais fichtre rien. Et de toute façon ça n'a aucune espèce d'importance. Je vais être mère ! C'est merveilleux ! Tu ne trouves pas ? Aller ! Ne fais pas la tête comme ça. D'ailleurs je te choisis comme parrain. Tu t'occuperas de l'enfant à mes côtés. Tu lui apprendras la vie.

— Alors, une fois de plus, c'est toi qui décides de tout sous prétexte que tu es l'aînée ! Et moi je n'ai rien à dire, comme toujours. Et bien cette fois ma chère sœur c'est terminé. Tu vas assumer et te débrouiller seule. D'ailleurs moi aussi j'avais quelque chose à t'annoncer.


— Ah bon ? Tu as enfin décroché une nana ? Tu ne t'intéresses plus aux hommes ? Tu fréquentes désormais des établissements pour gens normaux ?

— Arrête Sofiane ! Ces propos ne sont pas dignes de toi. Non je n'ai pas « décroché une nana » comme tu dis. En revanche j'ai décroché un emploi à l'étranger et je pars dans quelques jours, au moins pour une année, et probablement pour toujours. Je t'enverrai des cartes postales depuis l'autre côté de la planète. J'envisageais de t'annoncer cela avec précaution, mais là ce n'est plus la peine. Nos vies se séparent désormais pour un temps dont je ne vois pas la fin. Mais quoi qu'il en soit désormais je serais heureux de vivre par moi-même, de me prendre en charge totalement et de ne plus me sentir sous ta tutelle depuis le décès de papa.


*


La vie n'est pas toujours facile. L'histoire que je vous raconte est celle de mon amie Sofiane. Je n'aurais d'ailleurs pas dit non à l'épouser. Mais elle était un peu trop frivole à mon goût. Quant à son frère, Jean André, il me draguait régulièrement, mais n'était pas mon genre.

Après le départ de Jean André pour un pays lointain peut-être que ce fut une sorte de contrecoup pour Sofiane, mais dans les semaines qui suivirent elle fit une fausse couche. Par la suite, elle cessa d'aller à la plage.


Dans les mois qui suivirent j'appris par une tierce personne que Jean André ne termina pas sa période d'essai, là-bas, tout là-bas dans le pays de ses rêves. J'ignore ce qu'il a pu devenir.

Parfois je regarde encore la photo que quelqu'un (je ne sais qui) fit ce jour-là où elle annonça sa grossesse à son frère.


Tout en la regardant, j'ai pensé à Friedrich Nietzsche :

« Féconder le passé en engendrant l'avenir, tel est le sens du présent. »


À moins que l'on préfère le philosophe et néanmoins curé canadien, François Hertel :

« Il ne faut pas forcer le destin. L'avenir est moins facile à manœuvrer que le passé. Il faut attendre tel qu'il est prévu ».