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lundi 20 janvier 2025

Et donc , maintenant quoi ?



Comme je l'écrivais en fin d'année dernière, le nombre des billets que j'ai publiés depuis quatre ans est en baisse. À cela s'ajoute que la plupart de mes billets sont des textes de fiction issus de propositions de consignes d'écriture. C'est peut-être ludique ou amusant, j'y mets un peu de moi-même sans le vouloir vraiment, mais enfin tout cela n'a plus la teneur de mes billets d'antan qui étaient plus introspectifs ou didactiques avec de temps à autre des coups de gueule.
Qu'est-ce à dire ? Que je vieillis ? Que je n'ai plus grand-chose à exprimer ? Que je pratique la procrastination ?…

Ma production cérébrale est toujours prolifique. Les pensées s'élaborent et se développent mais rien n'est transcrit sur un quelconque support. À quoi bon. J'ai le sentiment de brasser les mêmes thèmes qui sont plus proches d'un égocentrisme de bon aloi, certes quelque peu saupoudré d'intérêt pour les autres.

Un blog se conçoit pour moi interactif avec un lectorat. C'est pour cela que je réponds toujours aux commentaires qu'on daigne déposer chez moi. Je dois cela à chaque personne qui prend le temps  de formuler une réponse élaborée et constructive. C'est souvent le cas d'ailleurs.
Le lectorat est forcément fluctuant depuis tant d'années que j'anime ce lieu. J'ai la nostalgie de certains disparus. C'est ainsi, le monde se disperse, s'éparpille sur des réseaux sociaux dont j'ai des échos qu'ils sont délétères et corrupteurs, raison pour laquelle je ne les fréquente pas.


J'ai aussi abandonné « le Voyageur de l'Aube » que personne ne fréquente plus depuis des mois. Sur ce terrain je n'écris plus que des textes personnels et intimes. Une nécessité pour mon équilibre spirituel et psychologique. La fréquentation de l'intériorité et de ce que j'appelle toujours le « plus que soi en soi » est absolument vitale pour ma petite personne. C'est dans cette dimension transcendante que je reçois le jaillissement nécessaire pour vivre et aimer.
Ce matin je pensais à ça, le transcendant, en entendant Jacques Weber répondre sur France Inter à cette question à l'emporte-pièce :
 — « Et Dieu dans tout ça ? »
— « Dieu, oui ! Les religions c'est de la merde ! »
Je signe !

Donc voilà. N'interprétez pas ce texte comme voulant dire que je vais fermer ce blog.
Il est aussi une forme de ma respiration. Mais voilà : j'ai le souffle court en ce moment !

jeudi 2 janvier 2025

La Pose

Cela fait longtemps que je fréquente le blog de l'artiste GIER.
Une de ses récentes publications, issue d'une séance collective de pose avec modèles à la « Crayonnerie », a amené l'artiste a créé en quelques minutes le dessin ci-contre. Il m'a inspiré un petit texte que voici :
(Vous trouverez à la fin du billet les coordonnées de GIER)

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Cassandre aimait prendre la pose. L'endroit n'avait guère d'importance, cela pouvait être dans la rue, prenant du plaisir à son reflet dans la vitrine d'un magasin. Peu importe que ce soit celle d'une boucherie ou d'une quincaillerie. L'important n'était pas l'activité des commerçants, mais de flatter son reflet qu'elle estimait vertueux.

Ce soir-là elle fut invitée par un groupe d'artistes à la notoriété indéniable, pour servir de modèle. L'idée lui vint de poser comme sur le dessin qui me fut confié. Cassandre masqua son regard derrière son avant-bras et étendit la main paume vers l'extérieur. L'autre main posée sur la hanche elle osa une cambrure qui se voulait à la fois chaste et provocante. Il s'agissait de prendre  plaisir  à exposer la beauté d'un corps qu'elle espérait séduisant pour ces messieurs–dame qui crayonnaient.

Derrière ses yeux fermés, tout était sombre au départ. Puis peu à peu des couleurs apparurent avec une vibration sanguine. Ensuite une sorte de cadre scintillant se forma peu à peu élaborant le cadre d'un tableau qui se dessina plus nettement. Cassandre fut surprise de voir à l'intérieur de l'encadrement surgir de l'ombre un magnifique paysage chatoyant, idyllique, merveilleux, aux couleurs chaudes, à la lumière éclatante sans éblouir. Alors dans le fond de son esprit et dans son ventre qui s'agita légèrement, imperceptiblement, elle entendit ces mots soufflés doucement mais distinctement :
— « Voici que je te donne à voir le reflet de ton monde intérieur ».

Puis, la voix de l'animateur de la séance de pose interrompit la vision :
— « Mesdames Messieurs, les cinq minutes pour réaliser votre dessin sont terminées ». Il arrêta la musique qui diffusait des aire variées durant la création des uns et des autres. Ce jour-là c'était : Le duo des fleurs de l'opéra Lakmé.

Lorsque Eirikr lui montra le dessin qu'il n'avait eu que quelques minutes pour élaborer, Cassandre ressentit une immense émotion. Heureusement qu'elle avait revêtu son châle pour couvrir son corps, car celui-ci tremblait. Elle balbutia :
— « Oh !  C'est trop fort, trop intense ! Pardon, vous ne pouvez pas comprendre mais vous avez dessiné ce que j'ai vu. Merci ! »
Et elle se précipita vers les autres participants pour découvrir leurs œuvres.

Eirikr ne comprit pas bien ce qu'elle venait de lui signifier. C'était juste une ébauche, certes c'était à la fois fini mais pas terminé. Et au final c'est ce qu'il voulait. Bien sûr il ignorait ce qui s'était passé dans la tête de Cassandre. Certes elle avait remué les doigts de sa main droite à plusieurs reprises. Il comprenait : la crampe n'était sans doute pas loin. Ça lui avait donné l'idée des rayons partant du bout des dernières phalanges. Et puis les couleurs en arrière-plan comme le début d'un paysage inachevé, quelque chose qui resterait volontairement en construction, un peu comme l'étaient nos vies, les projets dans nos têtes, longtemps pensés, trop souvent jamais réalisés.

Cassandre et Eirikr gagneraient à se revoir. Peut-être en échangeant sur leur vécu de ce soir-là pourraient-ils comprendre ce qu'il en était des subtilités des liens humains de psychismes à psychismes sans passer par la raison pure. Découvrir qu'ils avaient certainement concouru à l'élaboration du paysage intérieur et intime de Cassandre, chacun à leur manière. Cassandre pourrait sans doute  percevoir et  en comprendre le sens profond de  l'expression « terre intérieure » qui  n'est qu'une  image inventée pour  s'approcher de l'indicible. Il suffit de fermer les yeux longuement dans une circonstance particulière choisie par le hasard,  pour laisser survenir ce qui parfois peut transformer une vie.


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Vous trouverez ici  le dessin de GIER, artiste, autodidacte et original, aux productions variées, que j'apprécie beaucoup.

Voir tout son blog : « Les carnets de GIER »