La lecture de ce billet chez MaGARi! a provoqué un arrêt intérieur.
Des membres de phrase, tel : « (…) aucune action en train de se dérouler. Le vide. L'entre-deux. »
Il est question d'œuvres picturales ou apparemment aucune action ne se déroule. Rien d'intéressant. Les intérieurs vides des paysages vides, les personnages apparemment sans vie véritable,…
et puis cette phrase : « Elles [ces représentations] ne véhiculent aucune réponse du dehors, aucune séduction, aucune solution et s'adresse directement à la vie intérieure du spectateur. »
J'ai pensé : « je suis ce spectateur ». Non pas dans des salles de musée, mais dans mon ordinaire quotidien, là où je vis, sortant peu de chez moi, enfermé consentant, moins pour cause de covid qu'en raison de mon état ordinaire.Cet intérieur ouvre sur la partie avant du jardin et sur une allée dite privative, en cul-de-sac, où il ne passe quasiment personne si ce n'est quelques piétons, riverains que je connais, quelques voitures égarées ou de livreurs.
Ma maison est partie prenante et prolongement de mon intériorité psychique, je m'y sens bien. Parfois même très bien.
Peut-être parce qu'il n'y a pas de solitude vide.
J'ai pourtant beaucoup souffert de solitude dans mon enfance et ma jeunesse, mais par ce que c'était de l'abandon et donc du vide. Pas une solitude choisie ni assumée. Pas une solitude heureuse.
Solitude ? Puis-je vraiment parler de solitude.
Il n'y a jamais eu autant de monde que dans cette solitude-là.
Y a-t-il une solitude quand les moyens modernes de la communication, ordinateur, Smartphone, Internet, et j'en passe, sont à disposition, quand l'intériorité, l'attrait que j'en ai, son mystère et sa curiosité, sa population innombrable, tous ces gens qui m'habitent depuis toujours, la méditation silencieuse ou élaborée, et tant de choses encore. Et puis il y a l'écriture qui m'accompagne sans cesse (« écrire pour ne pas mourir » et le risque inverse « mourir de ne pas avoir suffisamment écrit »).
Je me faisais quasiment le reproche il y a peu de ne pas assez lire. Ça devrait plutôt être de ne pas assez écrire.
J'osais dire bêtement il n'y a pas si longtemps que je n'avais plus rien à écrire… alors que de nombreux sujets s'accumulent dans mon esprit et dans mon âme. Parfois la nuit il m'en vient. « Tiens il faut que j'écrive cela »… et puis au petit matin, malheureusement, j'ai oublié…

Si je reviens au regard sur l'extérieur, là où je suis à l'instant, regardant par ma fenêtre sans rideau, je vois un morceau de ma pelouse, la haie basse d'ifs qui bougent avec le vent, elle frissonne. Derrière les trois énormes troncs des imposants peupliers que mon voisin a enfin totalement élagués, mais a laissé trois immenses fûts d'une quinzaine de mètres de hauteur. Ils ressemblent à des totems puissants, noueux et dominateurs. Sortes de morts-vivants qui voudraient encore impressionner. Et puis sur le fond du ciel se détachent des arbres centenaires, vieillissants mais encore plein de majesté, qui bordent une allée qui fut majestueuse parce qu'elle menait à une riche propriété dont elle reste la dernière témoin de temps révolus.
Et tout cela ne cesse de me parler encore depuis plusieurs dizaines d'années que je vis ici. Lorsque nous avons acheté « sur plan » nous étions au milieu des champs boueux. C'était un jour gris d'automne. Il y avait de l'eau dans les champs. Et cependant nous avons été séduits.
Le calme, le simple, l'ordinaire, la campagne à trois pas de la grande ville.
Tout cela me fait revenir à la dernière phrase du billet de MaGARi! :
« L'espace-temps - l'espace tout court - entre un événement et un autre, entre un inspir et un expir, et où la vie, en apparence immobile, ne cesse de palpiter. »