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mercredi 31 mars 2021

« J'en appelle à la vie, je l'attends sans frayeur »

 




« J'en appelle à la vie, je l'attends sans frayeur »


*


J'ignore ce que Sa Majesté

qui doit causer dans le poste ce soir

va nous annoncer.


 Comme je pense que

« du côté de l'Élysée ! C'est pas la joie ! C'est pas la joie ! »

( ainsi qu'aurait chanté Salvador),


il me reste à me délecter de la jolie primevère

descendue du ciel jusque dans mon jardin,

 par enchantement,

 et ne provenant pas d'une jardinerie industrielle.


Elle m'enchantera par sa beauté

que Jupiter et sa clique

ne pourront me ravir.








 

mardi 30 mars 2021

Statistiques

Cela fait bien longtemps que je ne m'intéresse plus aux statistiques de mon blog. Combien de lecteurs, quand, où et comment ?

Lorsque j'ai commencé à tenir un blog, dans les dernières années du siècle dernier, c'était important d'aller scruter ses statistiques régulièrement, pour voir l'état de la courbe. On réagissait inversement de la courbe de température médicale : plus ça ça montait, meilleur c'était. Et là, il faut bien le reconnaître, parfois, la température aussi !


Les blogs étaient encore de l'ordre du confidentiel et on avait le sentiment d'appartenir à des « communautés nouvelles » promises à un avenir révolutionnaire !


Pourquoi je vous parle statistiques de blog ?

C'est parce que je viens de réaliser que sur ce blog-ci, ouvert en 2010, j'ai dépassé le demi-million de pages vues. Faudrait ajouter les pages vues des 12 années précédentes ! J'ignore combien ça ferait au total.

Je sais bien que dans le tas il y a un certain nombre de visites de robots qui ramassent tout ce que nous écrivons afin de le stocker pour la nuit des temps, mais bon, ça fait quand même pas mal de visites tout ça !


Comme disaient les psys des années 1970 : 

« et ça vous fait quoi au niveau du vécu ? ».

Aujourd'hui, pas grand-chose. Alors pourquoi j'écris sur ce sujet ?

Parce que le constat fait remonter des souvenirs de plus de 20 ans. Au bon temps de la connexion bas débit, de mon abonnement forfaitaire pour 10 heures maximum mensuellement. Si on dépassait c'était hors de prix ! De toute façon pour se connecter, il fallait pas mal de patience… parfois la connexion s'établissait, et au bout d'une à deux minutes : terminé ! En attendant de pouvoir rejoindre le réseau, on avait le temps de lire un certain nombre de chapitres de Marcel Proust !






Et puis je me souviens de cet homme, chef d'entreprise, que je recevais dans mon bureau : « est-ce que vous connaissez le World Wide Web ? ». J'ai répondu non. Il m'a alors demandé si je lisais facilement l'anglais. J'ai précisé que j'étais nul en langues étrangères. Il a alors compris l'ampleur de mes lacunes et a précisé que « de toute façon, ça fonctionne surtout avec les Américains et il faut se connecter la nuit et puis ça coûte très cher ».

J'ai donc compris que ce genre de truc ce ne sera jamais pour moi !


Mais quand même, quelques années plus tard je suivais une demi-journée de formation chez France Telecom généreusement offerte par un de mes clients, pour apprendre comment fonctionnait cet extraordinaire outil pour tout trouver sur le WWW appelé « AltaVista » ce truc qui ne tarda pas à se faire largement supplanter par « Google ».

Fin de la séquence « souvenez-vous les vieux ! »





Je n'ai pas de nostalgie. Plutôt un sourire intérieur ému et une interrogation : qu'est-ce que je vais faire tous ces textes publiés, et de ceux qui demeureront  enfouis dans mon ordinateur et ne le seront jamais ?

Je crois qu'un grand nettoyage va bientôt s'imposer.


lundi 29 mars 2021

La Liseuse..

 La consigne du lundi chez "Le Goût" 

Que peut donc être en train de faire cette jeune femme, assise à son bureau, peinte par Carl Larsson ?
Le savez-vous ?
Je le sais parce que je la connais.
Je sais même que ça devrait commencer par :
« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ».
Et se terminer sur 
« Et qu’il bruit avec un murmure charmant, le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées. »

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ».
Et se terminer sur
« Et qu’il bruit avec un murmure charmant, le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées. »



La liseuse …


Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. C’est un homme entièrement nu. En bronze. Avec une patine dans les tons verts. J'ai immédiatement pensé que c'est Charles Édouard qui a déposé l'objet sur mon bureau. Je préfère ignorer ce truc, sans toutefois l'éloigner de ma vue, mais ce n’est pas l'envie qui me manque de le jeter par la fenêtre. 

Je me concentre donc sur la lecture de la Bible. Aucun autre ouvrage n'étant toléré à une jeune fille de mon âge. Heureusement j'ai déjà repéré le « Cantique des cantiques » qui au moins me fait rêver à un probable amoureux et ressentir dans mon ventre tout ce qui est interdit à une jeune fille respectable.


Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe, Qui repose entre mes seins.

Que sa main gauche soit sous ma tête, Et que sa droite m'embrasse! -


Je médite toujours sur la manière dont la main droite embrasse, et quoi exactement. Mais bon pour l'instant je l'entends me dire à l'oreille :


Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes, Derrière ton voile. Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres, Suspendues aux flancs de la montagne de Galaad.


Ce n'est pas Charles Édouard qui me tiendra un jour de tels propos ! Et dire que Papa voudrait me marier à ce lointain cousin. N'importe quoi !


Tes jets forment un jardin, où sont des grenadiers


Mes jets de quoi ? Pas de notes de bas de page pour le préciser. J'ose à peine laisser monter à mon cerveau les images que mon corps me suggère.


Quand je lis ces textes là, je pense toujours à Firmin, le jardinier que mon père a embauché pour entretenir les plantations de la propriété. Il est d'une grande beauté athlétique. L'été dernier, avec la chaleur qu'il faisait, j'ai vu son torse et ses épaules musclés. Je rêve de lui pour m'initier à l'amour et  qu’il bruit avec un murmure charmant, le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées.


samedi 27 mars 2021

Chat m'amuse.... !




Petit amusement du WE !....

Observons le  Chat'ellite




Oui c'est n'importe quoi ! Et alors ?


 

lundi 22 mars 2021

 C'est lundi : donc consigne

j’aime ce mur.

Je le connais ce mur...
Je connais même le trottoir et le caniveau qui le bordent.
Et vous ?
Si ce mur vous inspire, dites-le lundi...




Artistes contrariés


Kevin a toujours de bonnes idées. Enfin généralement, Bébert et moi, on pense qu'elles sont bonnes. C'est pas toujours vrai.

Déjà c'est lui qui nous incite à sécher l'école et traîner dans le quartier d'à côté comme ça on risque pas trop de se faire repérer. Généralement les keufs se baladent pas dans ce coin-là. Bébert nous accompagne, parce que c'est une pointure, genre : « Je sais les trucs avant que les profs les expliquent. Donc je viens avec vous parce qu'à l'école je m'emmerde ». Incroyable le Bébert. Heureusement, son avantage c'est qu'il a une belle écriture comme celle les adultes. Alors c'est lui qui nous concocte les billets justificatifs d'absence que l'on remet au dirlo qui n'y voit que du feu.


Là où on va, c'est un peu délabré. Beaucoup même. Disons que c'est carrément crade, mais c'est tranquillos. Il y a un long mur et derrière une voie ferrée. En face des maisons d'ouvriers qui bossent à l'usine qui fabrique je sais trop quoi, et rentrent dégueulasses dans leur bleu de travail qui est plutôt marron.Je ne sais pas ce qu'ils font concrètement comme taf, mais  ça doit pas être la joie.


La dernière bonne idée Kevin, c'est de faire une bonne action pour ces gens en améliorant le quartier dans la mesure de nos moyens. On a commencé par piquer des bombes de peinture dans la grande droguerie rue de la Pisse-au-Thiers. Il a fallu s'y reprendre à plusieurs fois sur plusieurs jours parce qu'il nous fallait un max de bombes. Bébert a failli se faire gauler mais on a pu échapper de justesse.


Et donc, pendant les journées de séchage d'école, on a fait de la peinture à la bombe sur le mur de la voie ferrée. De chaque côté de la porte en fer vert caca de poule, histoire de montrer des machins un peu colorés aux habitants d'en face. Ce sera notre cadeau : un mur embelli.

Tenez, je vous montre :





Moi je trouve que c'est class', hyper class' même. 


Seulement voilà, il y a un connard d'ouvrier au chômdu qui est allé voir les keufs pour dénoncer « ces petits cons de sales gosses », que paraît-il nous sommes. Je sais pas trop ce qu'il a branlé, mais il a su dans quelle école on était.

J' te dis pas l' bordel que ça a foutu ! Côté parents, côté école, côté keufs. Même qu'on a dû se présenter devant une nana déguisée en juge qui nous a remonté les bretelles. Bébert a trouvé que la nana avait des gros nibards qu'elle cachait derrière sa robe noire. « Aussi gros que ceux de ma cousine » qu'il a dit. À nous, bien sûr, pas à la juge ! Faut pas pousser quand même.


Vous risquez un TIG, qu'il a dit l'avocat commis de cuisine. Tu le croiras si tu veux pas mais Kevin nous a raconté après qu'il avait compris « vous risquez de vous tirer sur la tige », la teub quoi ! Des fois il est con Kevin ! Bébert qui est le seul intelligent de nous trois a expliqué : TIG ça veut dire travail d'intérêt général. Autrement dit une corvée qu'on nous refile à faire.


Ces andouilles de la justice nous ont obligé à tout effacer les beaux dessins que nous avions faits sur le mur et à lui faire retrouver sa crasse d'avant.

Des fois je me dis que les adultes sont encore plus cons que nous.

Je crains le pire quand on sera grand.


samedi 20 mars 2021

Un rêve étrange, mais pas que…


Le rêve de cette nuit fut surprenant. Il était question de Monsieur D. Le directeur du centre de rééducation de mon enfance dont je parle dans l'un de mes livres, victime de guerre au niveau de la colonne vertébrale et pour toujours en fauteuil roulant. Il y avait chez lui une grande élégance, une grande volonté, une grande exigence, une grande bonté. Je l'admirais et désirais devenir comme lui. Peut être fut-il mon premier modèle d'homme. Adulte, je l'ai revu régulièrement. Il était heureux de la manière dont je m'en étais sorti, surtout de mon retour à une vie sociale normale. J'ai pleuré apprenant son décès il y a bien des années.




Dans ce rêve Monsieur D. venait chez nous aujourd'hui, à l'âge qu'il avait à l'époque. Il avait ce visage rond, ce large sourire qu'il arborait parfois, son front dégarni, ses rares cheveux tirés vers l'arrière sur son crâne, plaqués avec de la « gomina ». Il était assis à table, dans son fauteuil roulant, les bras nus. Le problème est que la peau de ses mains et de ses bras se détachait peu à peu comme de la lèpre. J'en ressentais une infinie compassion, alors qu'il avait tant fait pour nous, à laquelle se mêlait un énorme sentiment d'injustice et de révolte.


J'aurais tout donné pour une guérison immédiate. Une justice rétablie. Ma compagne de vie était là, à mes côtés, impuissante elle aussi. On s'est levé tous les deux (un de ces rêves où je ne sais pas ce qu'il en est de mon corps, s'il est toujours paralysé ou non) pour venir de chaque côté de lui et l'entourer de l'affection de nos bras. Il ne disait rien mais je me rendais compte que pour une fois il s'abandonnait à recevoir quelque chose pour lui-même. Comme s'il allait enfin s'autoriser à s'abandonner, à se laisser aimer sans donner sans cesse. J'ai déposé un baiser sur sa joue.


Et je me suis réveillé.

goutte de Sève venue d'ailleurs

Je reste marqué par ce rêve. Je n'en tire pas de plans sur la comète psychologique. J'ai juste ressenti une bienfaisance, une paix, une sorte de :

 « voilà, c'est accompli… ».


Le don de soi amène peut-être des récompenses inattendues et aux apparences trompeuses. Comme s'il fallait perdre « sa vieille peau » un jour ou l'autre, pour une nouvelle qui serait éternelle.



mardi 16 mars 2021

Faut-il se fier aux apparences ?



Un peu d'insolite pour commencer la semaine

C'était le temps où, là-bas,

 existait encore un festival.


C'est dire si ça fait longtemps.



Ernesto Sanchez (sans chaise)

La Rochelle, 2014





 
ggggg

lundi 15 mars 2021

La vie, c'est Astra

 

Chez Lakevio du Goût, c'est le 72ème Lundi




« Le beurre frais pour tous. »
Ainsi salua-t-on l’arrivée de la margarine après le siège de Paris.
Bien sûr, ça ne sert pas qu’à se laver les cheveux même si on fait croire aujourd’hui que c’est excellent pour la santé du cheveu pour peu qu’on lui adjoigne un parfum de rose, la puanteur du monoï et une bonne dose d’optimisme pour en faire la publicité.
Mais je suis sûr que pour beaucoup, la margarine rappelle des souvenirs moins « bio » et diététiques que ceux censés venir à l’esprit aujourd’hui.
Ce serait bien si vous en faisiez part à vos camarades de blogs, tous ceux qui ont encore le courage de vous lire et surtout d’écrire...




La vie, c'est Astra.


Après avoir longuement fouillé dans ma mémoire ramollie, je n'ai trouvé nulle trace d'émulsion d'eau et d'huile végétale stabilisée par l'addition d'émulsifiants dans mon histoire personnelle depuis ma naissance jusqu'à aujourd'hui.


Je me targue de penser qu'il y a dans ma cervelle plus de matière grise que de matières grasses. Et si d'aucuns prétendent que j'ai des fesses en gouttes d'huile, je ne les ai jamais trempées dans la margarine.


On m'a appris qu'il fallait parfois essayer d'avoir le beurre et l'argent du beurre, mais personne n'a prétendu qu'il fallait obtenir la margarine et l'argent de la margarine. Je pense que ce ne serait pas extra ni Astra.

Astrain là, on risquerait de s'éloigner de la cuisine au beurre. Et ce n'est pas ça qui mettrait de l'huile dans les rouages.


Ma mère a toujours rêvé d'un manteau d'Astrakan, mais mon père pensait qu'elle avait de l'huile de palme dans le cerveau. Je pense qu'elle a fini par se contenter d'une montre Oméga 3, ou 6. Je ne l'ai jamais su clairement.


Quoi qu'il en soit, Astra renaît toujours de ses cendres. Un jour on le Planta là, mais il réussit toujours à ressortir ailleurs, genre Opel Astra dans l'automobile, Ad Astra au cinéma avec Brad Pitt. Je me souviens même qu'on avait regardé ce film à l'époque où on recevait la télé grâce au satellite Astra – 19.2°E

c'est Astra comme à cette époque-là, le progrès était vraiment en marche.


Puis un jour, tout le monde crut qu'Astra avait enfin disparu, mais voilà qu'il renaît de nouveau de ses cendres avec le vaccin AstraZeneca. Il paraît que lorsqu'on nous l'injecte, l'aiguille rentre comme dans du beurre.

Franchement, je vous le dis, la vie c'est Astra, comme déjà le grand Léo le clamait :


Des cheveux qui tombent comme le soir

Et d'la musique en bas des reins

Ce jazz qui d'jazze dans le noir

Et ce mal qui nous fait du bien

C'est Astra

Ces mains qui jouent de l'arc-en-ciel

Sur la guitare de la vie

Et puis ces cris qui montent au ciel

Comme une cigarette qui brille


C'est Astra

C'est Astra

C'est Astra

C'est Astra-aaaaa-aaaaaa


(Pardon Léo ! Pardon !)







vendredi 12 mars 2021

Le murmure palpitant du silence.

La lecture de ce billet chez  MaGARi! a provoqué un arrêt intérieur.

Des membres de phrase, tel : « (…) aucune action en train de se dérouler. Le vide. L'entre-deux. »


Il est question d'œuvres picturales ou apparemment aucune action ne se déroule. Rien d'intéressant. Les intérieurs vides des paysages vides, les personnages apparemment sans vie véritable,…

et puis cette phrase : « Elles [ces représentations] ne véhiculent aucune réponse du dehors, aucune séduction, aucune solution et s'adresse directement à la vie intérieure du spectateur. »


J'ai pensé : « je suis ce spectateur ». Non pas dans des salles de musée, mais dans mon ordinaire quotidien, là où je vis, sortant peu de chez moi, enfermé consentant, moins pour cause de covid qu'en raison de mon état ordinaire.Cet intérieur ouvre sur la partie avant du jardin et sur une allée dite privative, en cul-de-sac, où il ne passe quasiment personne si ce n'est quelques piétons, riverains que je connais, quelques voitures égarées ou de livreurs.

Ma maison est partie prenante et prolongement de mon intériorité psychique, je m'y sens bien. Parfois même très bien.

Peut-être parce qu'il n'y a pas de solitude vide.

J'ai pourtant beaucoup souffert de solitude dans mon enfance et ma jeunesse, mais par ce que c'était de l'abandon et donc du vide. Pas une solitude choisie ni assumée. Pas une solitude heureuse.


Solitude ? Puis-je vraiment parler de solitude.

Il n'y a jamais eu autant de monde que dans cette solitude-là.

Y a-t-il une solitude quand les moyens modernes de la communication, ordinateur, Smartphone, Internet, et j'en passe, sont à disposition, quand l'intériorité, l'attrait que j'en ai, son mystère et sa curiosité, sa population innombrable, tous ces gens qui m'habitent depuis toujours, la méditation silencieuse ou élaborée, et tant de choses encore. Et puis il y a l'écriture qui m'accompagne sans cesse (« écrire pour ne pas mourir » et le risque inverse « mourir de ne pas avoir suffisamment écrit »).

Je me faisais quasiment le reproche il y a peu de ne pas assez lire. Ça devrait plutôt être de ne pas assez écrire.

J'osais dire bêtement il n'y a pas si longtemps que je n'avais plus rien à écrire… alors que de nombreux sujets s'accumulent dans mon esprit et dans mon âme. Parfois la nuit il m'en vient. « Tiens il faut que j'écrive cela »… et puis au petit matin, malheureusement, j'ai oublié…


Si je reviens au regard sur l'extérieur, là où je suis à l'instant, regardant par ma fenêtre sans rideau, je vois un morceau de ma pelouse, la haie basse d'ifs qui bougent avec le vent, elle frissonne. Derrière les trois énormes troncs des imposants peupliers que mon voisin a enfin totalement élagués, mais a laissé trois immenses fûts  d'une quinzaine de mètres de hauteur. Ils ressemblent à des totems puissants, noueux et dominateurs. Sortes de morts-vivants qui voudraient encore impressionner. Et puis sur le fond du ciel se détachent des arbres centenaires, vieillissants mais encore plein de majesté, qui bordent une allée qui  fut majestueuse parce qu'elle menait à une riche propriété dont elle reste la dernière témoin de temps révolus.

Et tout cela ne cesse de me parler encore depuis plusieurs dizaines d'années que je vis ici. Lorsque nous avons acheté « sur plan » nous étions au milieu des champs boueux. C'était un jour gris d'automne. Il y avait de l'eau dans les champs. Et cependant nous avons été séduits.

Le calme, le simple, l'ordinaire, la campagne à trois pas de la grande ville.


Tout cela me fait revenir à la dernière phrase du billet de MaGARi! :

« L'espace-temps - l'espace tout court - entre un événement et un autre, entre un inspir et un expir, et où la vie, en apparence immobile, ne cesse de palpiter. »


jeudi 11 mars 2021

Fécondité


Le couple sympathique de Monsieur et Madame Colvert est revenu dans notre jardin pour augmenter encore sa famille déjà nombreuse… L'an dernier nous avions assisté aux déambulations d'une petite dizaine de canetons.

Ils sont ensuite repartis sans même remercier pour la location gratuite et tranquille que nous leur avions offerte.


Et donc les voici de retour.






Il est fort possible que Madame ponde ses œufs dans le fond du jardin

 quelque part au milieu d'une végétation quelque peu sauvage.

Nous avons renoncé à les déranger, évidemment.






Le printemps arrive donc un peu partout semble-t-il !…







Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de l'évolution des situations des uns et des autres… 







mardi 9 mars 2021

lundi 8 mars 2021

Trois femmes

 


71ème devoir de Lakevio du Goût.


Pourquoi cet accoutrement si différent ?
Pourquoi est-elle là.
Pour se baigner ?
Pour s’amuser ?
Pour regarder les autres ?
Pour autre chose ?
Pourtant elle se distingue de tous.
Pourquoi ?
Si vous le savez, dites le lundi...



Trois femmes


Il faut bien que je tienne ma promesse.

Une promesse, c'est une promesse.

Je sais, il y en a qui s'en tirent en disant : je ne réalise pas ma promesse, sinon ce n'est plus une promesse… ah ah ah ! Je n'en ris pas encore !


Il faut dire que lorsque je l'ai faite, franchement, je ne  croyais pas qu'elles souhaiteraient vraiment que je la tienne et la réalise. Il était évident pour moi qu'elles n'auraient pas le courage et encore moins l'audace de me demander de passer à l'acte.

Hélas ! Elles insistèrent.


Alors, sur le coup de midi, nous voici tous ensemble se dirigeant jusqu'à la plage. J'ai pensé que la lumière au zénit serait meilleure, je veux dire la moins cruelle pour elles. Cela n'accentuerait pas les formes.

J'installe donc mon chevalet et je sors tout mon bazar. Voilà c'est parti, je commence à peinturlurer.


Devant moi, mes trois sœurs. C'est une lubie persistante. Elles veulent que je leur fasse un portrait collectif sur la plage. Une trace pour plus tard, après qu'elles aient suivi un régime amaigrissant, garanti kilos au moins. Chacun son destin…


Je leur ai demandé de me présenter leur dos ce sera plus facile pour moi. Évidemment Ernestine s'est mise de profil, toujours contrariante. Je lui rajoute une casquette comme ça le visage sera dans l'ombre.

Philomène n'a pas osé enlever sa robe. Faut dire que vu le fessier et la largeur de ses hanches, on peut comprendre

Sidonie n'a pas pu s'empêcher d'embarquer le chien ! C'est un peu son doudou et son consolateur. Va pour le chien. Tiens, je vais lui faire une laisse. On ne me reprochera pas des animaux en  divagation sur la plage.


Bon aller, je bâcle la mer, j'étale un ciel lavasse. À la dernière minute j'ajoute quatre baigneurs en quelques coups de pinceaux. Suffira bien comme ça !

Fin de la corvée !


Vous savez, j'adore mes sœurs ! Elles sont gentilles, attentionnées, d'une grande douceur, et moi je les trouve plutôt belles et ne venez pas me raconter qu'il s'agirait simplement d'une beauté intérieure. Sauf que je sais qu'au fond, elles ne s'acceptent pas. Trop dépendantes du reflet social. La grossophobie n'ayons pas peur des mots. 


Ce n'est pas ça qui me gêne dans la réalisation de ma promesse.  Mais le fait que je suis un peintre minable, et quand elles vont voir la toile, ça va sûrement être pire pour leur moral, vu que franchement c'est moche ce que j'ai peint. Ce ne sont pas elles qui sont moches. C'est moi qui n'ai aucun talent. Il n'y a qu'à voir les grandes œuvres où les femmes sont bien en chair et magnifiques.  L'admiration est générale. Même chose pour certains photographes qui savent valoriser chaque personne quel que soit son physique. Moi je suis  une nullité.

Je prends donc ma décision. Je vais barbouiller cette toile, effacer mes trois sœurs et faire uniquement une peinture de la mer.

Je leur dirai : 

— Voilà ! Je vous ai peintes comme si vous aviez plongé toutes les trois !


Cet ultime travail achevé, je leur ai crié :

— Venez voir !







dimanche 7 mars 2021

Petit poème tout nu



Petit poème tout nu

écrit rapide et matinal, à la volée…


*



Lorsque je l'ai vu dévêtue

ce fut un nouvel aperçu

franchement je ne fus pas déçu

la fesse était charnue 

j'en suis encore ému

le sein quelque peu ténu

mais la toison feuillue


Critiquer eut été malvenu

j'ai jeté mon dévolu

à l'épouser j'étais résolu

mon choix a prévalu


Je n'ai pas la berlue

la voilà qui remue

coquine et ingénue

le désir s'insinue

d'un bonheur entrevu

dès ce soir le fruit défendu.


*

(Bon dimanche bien vêtu

sinon le froid s'insinue)







Dessin de GIER (carnet de baigneuses)


l'ensemble de son œuvre ICI


(Pardon cher ami de ne pas avoir préalablement demandé la permission…)


jeudi 4 mars 2021

Aux morts !

... Proclame le militaire lors d'une commémoration. S'ensuit la « sonnerie aux morts » suivie de la minute de silence.

Et parfois sur le monument : « La patrie reconnaissante ».


Dans ma jeunesse, je me suis moqué, mais en silence, moi aussi.

Aujourd'hui, respect pour mon père, pensant à son frère, mort au combat.


*


Il est d'autres morts.

Celles et ceux de mon entourage proche ou plus lointain. Des parents, des amis, des maîtres à vivre, des icônes de jeunesse, des désespérés qui ont mis fin à leurs jours, des « mais pourquoi lui/elle, si magnifique et si jeune ! », Sans oublier celles et ceux « à qui on doit tout », et tellement d'autres.


Le dernier en date, il y a 48 heures. Un compagnon d'Aventure, un engagé et nous nous ressemblions. La dernière rencontre fut le dernier repas, et je ne le savais pas. Il est parti, comme d'autres, de la Covid, au fond d'un EHPAD. L'aventure s'arrête là. On ne rêve pas d'une mort héroïque, mais quand même, autre chose qu'abandonné dans un mouroir.

Ainsi sans doute en est-il de l'aventure des poussières d'étoiles.


*


Aux morts !

Ceux à qui je dois d'être vivant et qui ne sont plus. Tous ceux qui m'ont aidé à me construire, jour après jour, année après année. Celles et ceux à qui j'ai rendu hommage dans un livre. Je les repasse dans mon cœur tentant de dénombrer ceux qui sont morts depuis l'écriture de cet ouvrage. Ça en fait quelques-uns. Quatre depuis quelques mois. Trop.


*

Dans mon jardin, ce jour


Aux vivants !

Chouette ! Ils sont encore bien plus nombreux. Ils sont partie de moi. (Je n'ai pas écrit ils font partie de moi). Ils contribuent à me constituer. Ils sont pierres de vie, tout autant que celles et ceux qui ne sont plus.


L'inverse existe. Je suis présent en d'autres. Mystérieusement il me faut bien l'admettre. Accueillir nos interdépendances fondamentales, parce que tout seuls, sans liens, peu à peu nous devenons rien du tout. Moins que rien.


Le « que serais-je sans toi » d'Aragon doit s'écrire au pluriel.

Que serais-je sans toi, et toi, et encore toi, et tellement d'autres.

Ne pas perdre la reconnaissance fondamentale tellement enrichissante et foisonnante du : jamais l'un sans l'autre. La tentation est grande de croire en des possibles autarciques, à la réussite individuelle du « je me suis fait tout seul » qui ne sont que des chimères.


*


À la vie éternelle !

Celle des relations construites, tissées, entretenues, sublimées et qui perdurent au-delà des séparations, des retrouvailles, des déchirures, des raccommodages. Et de la mort.

À cette vie éternelle offerte ici maintenant 

et pas ailleurs et demain.