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jeudi 31 décembre 2020

Fuite du temps

 


Photo AlainX

Le temps s'écoule

 Le temps c'est cool


*


L'année s'écroule

demain 2021 déboule


 Que la vie nous chatouille

 sans embrouille


*



mardi 29 décembre 2020

Covid pose à Noël mais ne pause pas

 




Évidemment, j'aurais pu vous relater mon Noël covidesque en tête-à-tête Zoomesque via Internet interposé et intergalactique. 


Évidemment, j'aurais pu vous dire que c'était un Noël d'exception, et ce le fut. Exceptionnel par sa réussite contre toute attente.

Mais est-ce qu'on en attendait vraiment quelque chose ?


Évidemment, j'aurais pu photographier mes décorations de Noël, alors que la photo représente autre chose, car, de décoration de Noël, il n'y en eut point. Le covid foutait suffisamment les boules pour ne pas en rajouter, et le petit Jésus n'est pas descendu du ciel cette année, bras dessus bras dessous avec le Père Noël, dans ma crèche-club privée.

 Il est resté là-haut, intubé à la maternité de la Sainte-Famille-du-Ciel. 

Eh oui ! Le Paradis est aussi en pandémie. Quelle époque !


Alors, muni de toute l'électronique que je possède, de toute la sophistication dont je dispose, j'ai pu saisir par la fenêtre de tir qui donne sur la rue, le passage à grande vitesse du « covid flagella districtionis perfido » (*), venant directement du Royaume-Uni à la vitesse subsonique d'un Brexit bi-réacteur à propulsion nauséeuse.


Il m'a semblé de mon devoir de vous communiquer ce document photographique unique et exceptionnel, qui bien entendu devra rester entre nous.

Ne me remerciez pas : c'est cadeau de fin d'année !


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(*) : "Covid à flagelle perfide" 


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Pour les bidouilleurs que cela intéresse, 

l'original est une photo d'une grille d'aération aussi sale que le covid est malpropre.

Merci Photoshop-Pro !





lundi 21 décembre 2020

Et leurs baisers d'hier nous suivent

 

J'ai trouvé pour vous des exemples d'une époque lointaine





Au temps où la permissivité était grande





Au temps où les baisers s'échangeaient librement





Avant que tout ne change obligatoirement




Tout était encore possible




Quelques artistes visionnaires existaient cependant




rien n'est plus autorisé maintenant






Et que reviennent nos amours d'antan



Consolation finale :

voulez-vous connaître un secret sur la relation à distance ?

Chaque baiser est comme le premier



dimanche 20 décembre 2020

 




plaids, plis et replis.


Il estime ne pas valoir grand-chose.

Il croit manquer d'étoffe.

Il aimerait se draper dans sa dignité

mais ça ne fait pas un pli ; il est quelconque



Il prétend à l'écriture épistolaire

 prêt à se plier aux usages de son temps

il adresse des plis par porteur dans des enveloppes parfumées


Hélas rien de tout cela ne fonctionne.

Il s'effiloche par toutes les coutures

en ondulations déliquescentes



Déjà sa naissance fut un faux pli

une déformation sédimentaire

dans un plissement maternel


Rouge de confusion

à défaut d'ouverture

il se replie sous couverture

comme l'éventail se recroqueville dans ses plis

et disparaît

par le chas d'une aiguille


*



Je tente de tendre un voile sur un Noël vide

comme le linceul cache ce qui n'est pas.

À défaut de savoir mettre les voiles

on baissera le rideau

sur une année en morceaux



jeudi 17 décembre 2020

Craintes

 

  Cimetière à Saint-Malo   -   photo  AlainX

Craintes


C'était à craindre qu'il ne se laisse couler.

Il avait tellement navigué

affronté les tempêtes

en désir de conquêtes


C'était à craindre qu'il finisse emporté

pas même réconforté

prendre la poudre d'escampette

lorsque la vie vous empêtre


C'était à craindre d'être envasé

plus rien n'était à transfuser

plus personne sur la banquette

pour souffler dans la trompette


C'était à craindre qu'il soit sabordé

par lui-même trop encombré

assassinée la bonne franquette

nul besoin d'une enquête



lundi 14 décembre 2020

Noël contemporain comptant pour rien ?




La consigne du lundi, c'est Noël et Rembrandt



Comme je l'ai dit hier, j'ai bien failli zapper parce que pleuvent les mauvaises nouvelles alarmantes amicales et familiales.

Mais la vie continue. C'est ce que j'ai reçu comme consigne : continuer à vivre envers et contre tout. En vers ou en prose d'ailleurs, peu importe…

Alors voilà. 

Sans conviction, mais pour ne pas écrire le mot FIN.




Noël contemporain comptant pour rien ?


Muni de sa tablette, il parcourait fébrilement des sites de vente en ligne. Trouver les cadeaux de Noël à faire livrer. Espérer que quelques personnes penseraient à lui en ouvrant le paquet. Attendre un  merci, mais là il faut pas non plus croire aux miracles. Plutôt voir arriver des plaintes.


Ils en avaient marre du masque, désir de sauter les gestes barrières pour gambader dans la prairie, les rues, ou la montagne.  Trouver l'endroit où crier à tue-tête l'absurdité de la vie, à moins que ce ne soit l'immense joie de la liberté.


C'était quoi déjà Noël  ? Il se rappelait qu'à une certaine époque on évoquait un type venu sauver la planète de tous ceux qui nous embêtent avec leurs  interdits religieux et autres imbécillités. Il  amenait la Lumière qui  est en lui pour éclairer nos lanternes. Mais on nous a expliqué que  c'était juste une histoire de solstice. On  préféra renvoyer dans ses pénates ce Sauveur inutile. La lumière, on savait la faire tout seul, grâce à nos centrales nucléaires. Ça au moins c'était moderne avec des déchets éternels.  Pas besoin de mystère divin, nous savons faire mieux que  que tous les dieux de l'univers.


Alors, avec les feux de la rampe de bûches, on ira crécher chez le voisin ou la famille. Et on fera une méga fête de la consommation :  foie gras, huîtres, poulardes et pinards. On ne va quand même pas se laisser entraver par les pisse-virus !

Heureusement d'ailleurs, parce que j'ai mon taf à accomplir.


*


Je l'écoutais marmonner son discours. Il ne faisait que rabâcher ce qu'on entendait un peu partout, sous diverses formes. Bien sûr qu'il s'agissait depuis des décennies d'une grande fête du commerce, de la bouffe et de la teuf à donf. Celles et ceux qui comme d'habitude finiraient bourrés, s'engueuleront pour échanger du Covid de qualité haut de gamme.


Assis dans mon fauteuil à oreilles j'entendais les bûches rougeoyantes crépiter dans la grande cheminée moyenâgeuse, dans cette haute demeure dont j'avais hérité. Mon visiteur s'était endormi dans le canapé. Je dois reconnaître que sa venue m'avait surprise. j'avais l'âge où on ne croit plus au Père Noël. Et cependant il venait de se mettre à ronfler.

Comme quoi, parfois, on peut terriblement se tromper.


dimanche 13 décembre 2020

Anne ma sœur Anne, vois-tu Noël venir ?

 



On a bien peu parlé d'elle lorsqu'elle s'en est allée.

Télérama la montre en couverture.

Ça faisait bien longtemps que cette revue n'avait publié avec une conv' intéressante.

(Cela fait des mois que je me demande pourquoi je suis encore abonné à cette revue journalo-intello-mêmeplus-catho-gaucho.… Aux articles dont l'effet sur moi est essentiellement endormissoir, mais bon… le jour où je n'aurais plus de contradiction, je serai sûrement malheureux…).



Anne Sylvestre ne représente pas pour moi les fabulettes mêmes si elles agrémentaient l'enfance de mes filles. C'est surtout ses chansons « à textes » comme on disait en ce temps-là… et puis ma nuit chez Maud, qui en fait s'appelait Marie. Une nuit dans les années 1970. C'était une copine de celle qui partage toujours ma vie. (Sauf qu'à l'époque je ne savais pas qu'elle partagerait ma vie…). Non, ce ne fut pas une nuit torride. Une nuit à discuter dans sa chambre d'étudiante, sous les toits, en écoutant Anne Sylvestre sur un gros magnétophone à bande. Une nuit de douceur et de confidence. On ne se touchât même pas. C'est peut-être pour ça que je m'en souviens encore parce qu'à chaque moment de la chaleur humaine n'a pas cessé de nous baigner. Je n'ai plus de souvenirs précis des échanges, si ce n'est que l'un comme l'autre on « se reconnaissait ». Et puis on ne s'est jamais vraiment revu. Juste croisé. Je ne peux écouter Anne Sylvestre sans que son souvenir ne me traverse. Un souvenir de chaleur douce, enveloppante. Jamais il ne s'est accompagné ni de désir, ni de regret, encore moins de quelque chose qui aurait été « amoureux ».

Plus tard je me suis dit c'est de la copine, celle qui partage toujours ma vie, que j'étais déjà amoureux sans m'en rendre vraiment compte.

Qu'est-elle devenue Marie ? Je ne sais, ma dulcinée non plus. C'était copine que vent emporte après le temps des scolarités…


Évocation de souvenirs, parce que le présent est difficile. Parce que la mort n'est pas loin. La voilà encore qui se pointe à l'horizon : mon ami de toujours dans la voix au téléphone hier était à peine audible ; plus tard son épouse parla de soins palliatifs. Et puis ce matin une dame de ma parentèle enrichie : cancer + nodules + métastases... inopérable…


Et demain chez « le goût » le devoir du lundi avec une proposition autour de Noël. Mais lequel ? J'avais presque terminé un texte. Il n'est pas du tout certain que j'irai au bout pour le publier…

Quand le cœur n'y est pas la plume sèche.


Me voici entre tristesse et résignation.

Encore un pas à faire : accepter et accueillir le réel tel qu'il est.

Encore un peu de temps et sans doute ce sera fait.


lundi 7 décembre 2020

La réunion du club.

 


Ce lundi, la consigne de Monsieur Legoût propose un joli tableau



D’après vous, que font cette tasse et ce sac, abandonnés là, comme si la hâte avait saisi sa propriétaire ?
Vous aurez bien une idée d’ici lundi, non ?
Cette toile d’Adeline Goldminc-Tronzo devrait vous inspirer






La réunion du club.


Cette année encore on se retrouve chez Stéphanie pour la rencontre de fin d’année de notre club : « Les amatrices de sucettes à l’anis ». Josiane va encore faire mémoire de notre fondatrice, Francette de Galles, bien qu’elle soit décédée depuis plusieurs années. Il est vrai que peu de clubs, fondés à la fin des années 60, perdurent encore à ce jour pour célébrer les sucreries en question. Il faut de la persévérance, pour ne pas dire de l’abnégation pour continuer à défendre de telles productions, à une époque où l’on ne cesse de vilipender l’absorption buccale de sucre d’orge dégoulinant de saveurs jusqu’au fond de la gorge des femmes en particulier.

Certes nous ne faisons plus beaucoup de nouveaux adeptes, et les vieilles adhérentes que nous sommes risquent de disparaître. Les échéances se rapprochent. Il y a quelques temps eut lieu l’enterrement de Pierre, que nous surnommions « Pierrot Gourmand ». C’était le seul homme admis pour ses compétences dans la gestion de clubs comme le nôtre. Après sa mort on constata qu’il portait bien son surnom, puisqu’il avait, par gourmandise, vider la caisse du club pour s’acheter je ne sais quelles spécialités plus ou moins morales. Nous lui avons pardonné tant il fut aimable avec toutes. Et puis il était sobre ne buvait que du thé, toujours dans la même tasse en grés que nous exposons depuis sur le petit buffet, car malgré ses turpitudes plus d’une d’entre-nous a été amoureuse de lui.


Bien entendu il y aura Ursuline, qui a failli être bonne sœur au couvent du même nom, si elle n’avait rencontré un bel hidalgo aux performances intimes paraît-il extraordinaires. Mais comme il s’appelait Jésus, (prononcer Rhéssousse) elle vit là un signe de son destin. La voilà vieille et veuve désormais. Elle ne regrette pas, Jésus qui lui fit porter sa croix. Comme d’habitude elle a son cabas énorme rempli de bonbons gluants, dont personne ne veut, car ils sont tous « d’époque », c’est-à-dire des bonbons des années 70. Comme d’habitude elle va oublier son sac et revenir plusieurs jours après : — « Mon Dieu ! Mais où ai-je la tête ! »

Oui, « où » telle est bien la question. D’ailleurs a-t-elle encore une tête !


Pour ma part j’apporte toujours les fleurs que notre présidente déposera dans ce magnifique vase que j’envie. Je ne vous cache pas que plus d’une fois j’ai eu envie de le subtiliser en cherchant comment faire croire qu’il se serait brisé en tombant. Je veux un souvenir du club avant de le quitter, vu que je ne mange plus de sucettes, rapport à mes dentiers qui ont tendance à se décrocher pour un rien. Tout ceci parce que personnellement je ne suce pas. J’ai toujours détesté ça. Je croque. Et c’est cela qui fait chahuter mon dentier. Je déteste avoir l’air ridicule et me retrouver dans l’embarras de ne pas sucer.


Bien, le temps passe vite. Je vais vous laisser. D’ailleurs la rencontre du club est écourtée. Tout le monde en a marre de rester masqué longtemps. On va se donner rendez-vous à l’année prochaine. Il va falloir que l’on trouve un nouveau trésorier qui sache compter le nombre de membres qu’il nous reste. Le club va encore être amputé. En tout cas, de mon côté, pour ce qui est de bouffer des sucreries, je suis définitivement vaccinée.


dimanche 6 décembre 2020

Au point du jour





Jean Ferrat, Au point du jour (Barclay 1967)



Au point du jour

elle vint au secours

d'un pauvre amour


Mon bonheur ne me fait pas honte

voilà pourquoi il se montre

il nait de la rencontre


Et cette chanson

chaque fois même émotion

sans aucune érosion

juste ma libération



mercredi 2 décembre 2020

Sur le rebord de ma vie


Voici que je me retrouve assis sur le rebord de ma vie.

Qu'est-ce que je fais là ?

Est-ce une mauvaise question ? Se la poser est forcément un trouble.

Ce n'est pas de l'ennui. Je ne connais plus l'ennui.

J'ai pourtant vécu une enfance comme Anna Karina dans Pierrot le fou :

qu'est-ce que j' peux faire !

J' sais pas quoi faire !

Munch (1894)
E. Munch (1894)


Assis sur le bord de ma vie, statique. Et cependant la journée m'occupe. Elle passe vite, trop vite. À brasser du rien, du pas grand-chose, depuis quelques jours.

Depuis cet enterrement que j'ai évoqué, il est manifeste que « quelque chose » s'est comme déplacé en moi. Comme lorsque vous allez chez quelqu'un où vous avez l'habitude d'être, et dans le salon vous vous dîtes, quelque chose a changé, mais quoi ? Ce n'est plus « exactement » comme avant. Et en même temps tout semble pareil.


Je pense à ce directeur d'un centre de poly-handicapés où j'intervenais pour une formation des « encadrants ». En préparant avec lui les thèmes qu'il souhaitait voir aborder, ses propres interrogations, le pourquoi de son appel à moi, etc. j'avais été interpellé par cette phrase que j'ai trouvé à la fois banale et terrible :

— « Ici, on fait de l'occupationnel »

Bien entendu j'ai compris le sens du mot « technique thérapeutique », mais il y avait dans ses propos une sorte de découragement/résignation. Quelque chose comme : on les occupe comme on peut du soir au matin et vivement le soir…


Cette terrible impression de l'inutilité de toute action, quoi qu'on fasse. Au final c'est cette phrase que j'ai retenue. Je crois bien que c'est à partir d'elle que je suis reparti pour « construire » la formation sur mesure qui m'était demandée. J'aurais pu demander au directeur, sympathique, compétent, attentif et plein de bon vouloir, « un type bien » comme on dit,  cette question que je n'ai pas posée, bien entendu :

— et vous ? Qu'est-ce que vous anime encore ici ?


Parce qu'elle aurait été trop intrusive à ce stade. Je ne voulais pas le braquer et encore moins souligner son autorité qui semblait en péril. Et puis franchement je tenais à décrocher ce contrat. Il y avait un enjeu pour ce Centre, et disons-le clairement aussi pour mes finances et mon chiffre d'affaires du mois…


Aujourd'hui la question, c'est à moi que je la pose :

— Qu'est-ce que je fous sur le rebord de ma vie ?