Hier soir, j'échangeais au téléphone avec l'un de mes proches de ma parentèle. Évidemment on évoquait l'actualité de la pandémie. Existe-t-il des conversations sans que ce sujet soit abordé ?
La femme eut cette phrase : — « À un moment il faut s'en remettre au ciel »
Il était question de ne pas trop sombrer dans la surprotection, la méfiance de tous et de tout, et autres choses du genre. C'était une remarque générale.
Cette petite phrase m'a fait cogiter au réveil, tandis que je faisais dans mon lit quelques exercices de respiration profonde bienfaisante.
Je suis actuellement dans un dilemme de choix. Comme disent les médecins, l'analyse du bénéfice/risque. Vais-je reprendre ou non mes séances de kiné ? Ceci dans le cadre de mon option pour prolonger une protection personnelle stricte. Ce dernier point est une évidence pour moi bien avant que qu'on discutaille du confinement des bipèdes ou de leur déconfinement.
Mon médecin, sollicité sur la question, m'a répondu que c'était à moi de choisir et qu'il n'avait rien à induire sur le sujet. C'était la bonne réponse à une question que je n'aurais pas dû lui poser. Ça ne regarde que moi, ma santé et ma conscience.
Alors, cette petite phrase m'apaise : « s'en remettre au ciel » et même elle me fait un bien profond.
« Le ciel » ne parle pas. Il ne s'agit donc pas de demander à autrui ce que l'on doit faire, de lire des tas d'arguments du pour et du contre sur le sujet ou sur un autre. De toute façon avec l'inflation galopante des avis dans tous les sens, ça n'a strictement qu'un seul intérêt : faire monter l'angoisse du lecteur. Et plus il y a d'angoisse, plus on cherche à en lire encore plus pour trouver d'autres avis et d'autres avis encore.
Le phénomène est addictif, bien connu des psychologues, cela a des effets néfastes et délétères autant que l'alcoolisme chronique. Actuellement ça prend des proportions galopantes et donc socialement dangereuses. Mais ce serait un autre débat.
Alors, si le ciel ne parle pas, que signifie s'en remettre à lui ?
Soit c'est une formule idiote, soit elle a un sens profond. La personne avec qui je parlais n'est pas une idiote, je vous l'affirme.
J'opte pour le sens profond.
Dans ma « terre intérieure », dont je vous bassine régulièrement, il y a un ciel qui abreuve et un soleil qui réchauffe. Dès lors c'est une terre de confiance. La confiance c'est : se fier à…
C'est plus que se référer qui a une connotation vers l'extérieur intellectuellement.
La confiance il faut descendre dedans et profond, comme un spéléologue à la recherche de son trésor.
Alors, c'est le calme et la paix intérieure, sans spéculation cérébrale incessante.
Sous la terre intérieure, dans ses profondeurs, il y a l'extraordinaire foisonnement de la vie souterraine qui fait tout advenir à l'existence.
C'est le paradoxe. « S'en remettre au ciel » c'est descendre dans les sous-sols, dans l'invisible, où seul le silence permet d'entendre le suintement des gouttes d'eau bienfaitrice, l'explosion magique du petit bruit aigu de la goutte nourricière qui tombe et vient nourrir en mourant.
Alors je m'en remets à ma conscience profonde, cette petite voix douce qui n'impose jamais rien, mais propose à chaque instant. C'est là que réside ma liberté totale, à la fois ce merveilleux cadeau offert à l'homme, et à la fois cette exigence pour être pleinement humain. Cette liberté absolue, que personne ne peut m'enlever, même en m'enfermant, en m'enchaînant dans mon corps. D'ailleurs c'est fait, mon corps paralysé ne m'a jamais empêché d'exercer ma liberté intérieure. Et si je suis fidèle à ma conscience, l'espèce de « magie de la puissance de vie » opère à coup sûr.
Je n'y crois par conviction, mais par expérience sans cesse renouvelée au long de mon existence.
Alors voilà, j'ai pris ma décision librement à propos des séances de kiné.
Vous aimeriez peut-être savoir ce qu'il en est. Et bien je vais vous frustrer, j'en resterai là.