138ème Devoir de Lakevio du Goût
Cette toile d’Émile Friant m’a frappé car elle me dit quelque chose.
Mais quoi ?
La discussion semble animée autour de ce pichet de vin.
Sur quoi peut-elle bien porter ?
À lundi…
Les quatre moustachus
Et voilà, c'est l'heure de l'apéro où ils reprennent leurs discussions sans fin sur cette histoire d'héritage, de spoliation (paraît-il), de mauvais partage, de notaires complices, de vengeances anciennes et « qu'on allait voir ce qu'on allait voir ».
C'est reparti comme en 14, mais nous sommes dans les années 2000.
Robert, le maire, avec ses manches retroussées, tente d'expliquer pour la énième fois, qu'il n'y est pour rien et qu'il s'agit de sa belle-famille et pas de la sienne. Gaspard préfère tourner la tête et regarder en direction des fameux champs litigieux. Ses poings serrés démontrent qu'il n'est pas là d'en démordre.
Moi j'observe la scène depuis la table d'à côté. J'ai décidé de prendre ma retraite « à la campagne » et je me demande si je vais pas commencer à le regretter. Je rêve toujours de journées bucoliques, de chants d'oiseaux. Mais là je me demande si ce n'est pas plutôt des noms d'oiseaux que je vais pas tarder à entendre. Paraît que l'autre jour ils ne furent pas loin de s'empoigner. Je pose le regard sur Robert et ses gestes de patron de la commune en disent long sur sa bonne volonté d'apaisement. On voit bien que tout ça ça commence à le lasser, mais il espère toujours amener son ami d'enfance qui lui fait face à meilleure raison. En réalité il devrait comprendre que tout s'est fait correctement. L'emportement de Gaspard cache certainement d'autres choses beaucoup plus troubles et qui remontent à loin. Où est passé le temps où Gaspard et lui, dans la fougue de leur jeune amitié,rêvaient de faire du village un havre de paix et de bonne entente. Bah, ça en prend pas le chemin !
Ernest se tient la tête, les yeux fixés sur le maire. Ernest, personne ne sait vraiment ce qu'il pense de tout cela. C'est le taiseux. Il regarde mais ne dira rien. Sauf à moi. Ernest s'est confié un jour. Il regrette de ne pas avoir pu poursuivre des études à la ville. Il aurait largué les quelques hectares qui ne lui permettent que de survivre à peine. Pharmacien : voilà ce qu'il aurait aimé être. Ou herboriste. Ou directeur de banque. Et donc, Ernest ne sait toujours pas ce qu'il va faire de sa vie.
Le quatrième larron, Gustave, tient l'épicerie, la seule du patelin. Enfin, soyons sérieux quand même, c'est surtout sa femme qu'il fait bosser à l'épicerie. Lui ses journées il les passent au grand air, à la chasse, à moins qu'on le rencontre ici à la terrasse du « Café des gentils » dont il est un fidèle pilier. J'aime son regard malicieux sur le maire qui en dit long sur son dédain distancié concernant son égocentrisme sur le reste du monde en général et notre village, Vergougneux-les-Piconelles (*), en particulier.
Ce petit monde du genre Clochemerle je ne l'avais pas envisagé de cette manière. Mais il faudra bien que je m'y fasse.
Ah, je crois que je ne vous ai pas dit : je m'appelle Jean. À mes heures perdues j'écris des chansonnettes. Les quatre moustachus m'ont inspiré celle-ci :
(*) Mes lecteurs de très longue date (une minorité aujourd'hui) se souviendront peut-être de ma série d'aventures dans ce village imaginaire…







