Ce n'était pas prévu à mon programme cet après-midi, j'ai cependant regardé la commémoration du centenaire de Verdun avec François et Angéla. Je me suis un peu étonné de regarder si longuement. Je me suis laissé prendre par une certaine ambiance audiovisuelle. Je me demande toujours si c'est une bonne chose ces vibrations sensibles, avec le risque que cela soit au détriment, soit de l'analyse, soit des ressorts des profondeurs humaines.
C'est une sorte de simplicité qui m'a ému. Pour ne pas dire quelque chose d'assez familier, malgré le cérémonial prévu. Évidemment, comme beaucoup sans doute, j’ai pensé à ceux de ma famille qui ont laissé leur vie dans les tranchées. Mon grand-père croisa son frère sur le front. L'un y montait (le frère), lui en redescendait pour une courte « permission ». Mon grand-père ne revit jamais son frère, tué au combat.
Ce grand-père raconta une fois seulement, (je n'étais pas présent à ce récit) comment il enfonça sa baïonnette dans le corps d'un allemand. Sur tout le reste, on ne sait guère ce qu'il en fut pour lui. Mon frère, plus âgé, me dit qu'il tenta d'évoquer ces souvenirs-là avec lui. Le grand-père se contentait de dire : Si tu savais ! Si tu savais !… et mon frère d'ajouter : dans ces moments-là il avait le regard vide et lointain…
Même si je ne connais ces événements que par ouï-dire, je ne pus faire autrement que d'y penser en regardant les images sur l'écran.
*
Et puis le discours de notre président et celui de la chancelière. Cet appel à la vigilance avec le sentiment d'une gravité sous-jacente. Et cela me semble être bien la réalité, en effet.
Le fait de souligner qu'il faut très peu de temps pour détruire ce que l'on a mis des dizaines d'années à construire. C'est-à-dire la paix. Une paix fragile.
Parce qu'il en est toujours ainsi de celle-ci, ne devrions-nous pas tout faire pour consolider ce vase fragile ?
On préfère se déchirer et vouer l'Europe aux gémonies, en la rendant responsable de tout.
Il paraît qu'il suffirait de quitter l'Europe pour que tout aille mieux, nous prédit une oiselle blonde de mauvaise augure…
C'est devenu tellement quelque chose de commun que c'est toujours la faute des autres, qu’on finit par se convaincre que nous n'avons aucune responsabilité personnelle et/ou collective. Puisque c'est la « faute à l'Europe »…
— la croissance qui stagne ? : la faute à l'Europe !
— Le chômage endémique ?: la faute à l'Europe !
— Les inégalités socio-économiques ? : la faute à l'Europe !
— la dégradation de l'environnement ? : la faute à l'Europe !
— les faillites, fermetures d'entreprises, licenciements ? : la faute à l'Europe !
— Les migrants qui déferlent ? : la faute à l'Europe !
— La stagnation, voire la baisse du niveau de vie ? : la faute à l'Europe !
— La loi El Khomri ? : la faute à l'Europe ! (sic Mélanchon)
— La pluie qui mouille, et le gel qui glace ? : la faute à l'Europe !
— L'oiseau qui a chié sur ma chemise blanche ? : la faute à l'Europe !
— Le soleil qui se couche à l'ouest ? : la faute à l'Europe !
Mais c’est qui l'Europe ?
C'est nous ?
Mais non !
Nous on est français… on n'est pas l'Europe…
Ah oui ! Évidemment… j'allais l'oublier ! …













