J'avais décidé de m'installer à l'ombre d'un doute.
À force de regarder les certitudes que d'autres annonçaient dans la lumière, j'étais aveuglé par trop de vérités qui me semblaient tellement frappées au coin du bon sens, qu'elles me donnaient la migraine.
Je me suis donc mis en quête d'un doute.
Un doute unique et solitaire que je pensais trouver facilement dans la ville, écrasée par des lumières. Malheureusement, la plupart des citadins ne doutent de rien. Ils savent tout, puisqu'ils habitent là où réside la connaissance dans des bâtiments construits pour cela.
À la sortie de la ville, s'étalait la campagne. Dans ces étendues paisibles de la plaine cultivée je trouverais certainement. Entre un champ de blé et des coquelicots, devaient bien pousser quelques pensées sauvages à l'allure bleutée que le vent doit secouer jusqu'à les faire douter d'elles-mêmes.
Après une longue marche durant des kilomètres et des kilomètres, sous le soleil accablant et l'atmosphère humide, j'aperçus au loin une forme étrange. Elle montait de la terre. Enfin c'est ce qu’il me sembla. À moins qu'il ne s'agisse de la vapeur d'un mirage. Ne portant nul chapeau ou couvre-chef quelconque, mes neurones étaient presque portés jusqu'à ébullition. De cette grisaille noire, étrange, informe, qu’une ondulation hypnotique empêchait mon regard de regarder ailleurs, sortit tout à coup un doute terrible presque effrayant qui progressa vers moi et me couvrit de son ombre. Figé sur place, je ne pouvais remuer ni le petit doigt, ni le gros orteil.
Voulant pousser un cri, j’ouvris la bouche mais rien ne sortit. Au contraire, l'ombre du doute pénétra jusqu'au fond de ma gorge, descendit dans mes poumons amenant instantanément une difficulté à respirer. L’ombre me serra le cœur qui se mit à battre la chamade. Mes jambes furent prises de tremblements que mon esprit ne parvenait pas à contrôler. L'ombre du doute se noua dans mon ventre qui devint dur et douloureux.
Figé sur place, incapable du moindre mouvement, j'attendis.
À l'heure où vous lirez ces lignes, sachez que j'attends toujours.
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| Maurizio |

