dimanche 26 février 2017



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BLOG EN PAUSE
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Suis à la recherche d'une nouvelle formule
si je la trouve

vous en serez les premiers informé(e)s

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Complément : Je précise que mon blog "Le Voyageur de l'Aube" évoquant la recherche spirituelle, demeure actif.

vendredi 3 février 2017

Belles images....

Une fraction de seconde aura suffi pour que l'explosion se fasse dans le cerveau et qu'une multiplicité d'images et de sensations soient extirpées des profondeurs de la mémoire.
Je la revois tout à coup cette Directrice d'école à la retraite, ses habits noirs sur son corps plat est presque décharné. La collerette blanche autour du cou. Et cette voix précise, mal perchée, qui détachait chaque syllabe comme si elle était en permanence en train d'énoncer une dictée.
C’était une amie de ma mère, souvent en visite. Elle avait l'art de raconter, non sans un certain talent, l'ordinaire de ses jours insipides, dont elle savait faire des événements exceptionnels.

Elle était veuve depuis longtemps. n'avait qu'une fille, mariée, dont elle ne cessait de vanter les mérites. Mais ce n'était encore rien, à côté de son gendre. Elle prononçait « mon geeendre » avec une rare préciosité, comme si elle évoquait je ne sais quel trésor précieux, irremplaçable, et pour tout dire unique au monde.

Parfois, certains jeudis, ma mère m'envoyait chez elle, en tramway à l'autre bout de la ville. Elle était censée améliorer mon bulletin scolaire, et m'éviter les zéros en orthographe. J'en garde un souvenir mitigé, entre les instants où je tentais de m'appliquer et réfléchir au vocabulaire, aux accords divers, participes passés présents et à venir, où elle se montrait ferme sans être vraiment intransigeante. Elle devait considérer mon cas comme désespéré ; et des moments où elle m'accordait des sortes de « récréations ». Elle allait chercher, dans je ne sais quelle pièce dérobée, des illustrés anciens, aux odeurs de poussière et de rance. Illustrés qu'il fallait cependant feuilleter  avec le plus grand soin.



C’est la vue sur le net de dessins de ce genre,  sur lesquels je m'arrêtais longuement, qui a fait remonter le souvenir. Je désirais en comprendre toute la signification et mon esprit vagabondait au milieu de cette grande pièce, dans cette maison bien trop vaste pour une femme seule.

J’avais oublié. J'avais oublié ces visites-là. Les dictées. Les illustrés.
J'avais oublié l'ambivalence de mes sentiments du moment.
Cette femme, dont je n'aurais pas voulu comme mère, mais qui semblait peut-être avoir un comportement plus ajusté que la mienne ; qui n'élevait pas le ton à tout instant pour la moindre faute ; qui tentait d'expliquer ce que je n'écoutais guère. Et qui m'a accordé des minutes de divertissement, certes limités, mais les illustrations du genre de celles que je reproduis ici furent mes minutes d'évasion, comme si j'avais la faculté de me transporter dans un ailleurs, si ce n'est un meilleur, au moins plus supportable que la réalité.

Les jeudis où j'avais un peu progressé, tandis que je consultais toujours les mêmes vieux livres, elle se rendait dans sa cuisine, en revenait avec quelques gâteaux secs sur une assiette blanche. Elle les tendait vers moi en disant quelque chose du genre :
— C’est un peu mieux aujourd’hui. Tu peux prendre un gâteau.

Il y a quelques années, mon frère, historien familial, m'a transmis quelques lettres de cette directrice d'école en retraite, envoyées à ma mère et qui parlait de moi. Entre-temps j'avais eu la polio. Elle était emphatique dans ses compliments à mon égard. Petit garçon courageux, bien éprouvé, qu'elle admirait. Et puis, bien entendu, elle priait pour moi… Tout le monde a prié pour moi…