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lundi 27 février 2023

Nous l'avons échappé belle !

 


L'ami « le goût des autres »  nous annonçait il y a quelques jours qu'il allait nous faucher l'herbe sous le pied en cessant tout de go « les devoirs du lundi » dont il avait pris la succession il y a trois ans maintenant.

Il risquait de faucher notre créativité qui était cependant florissante et prolifique depuis tant d'années. Qui plus est de nouveaux participants s'en venaient et il n'aurait pu être question de les sabrer. C'eût été un faux bond incompréhensible.


Heureusement, point de faux-semblant, ni de faux pas, l'ami en question voyant le risque que tout soit décimé autour de lui, décida de poursuivre le fleurissement du blé en herbe, rangea son instrument faucheur et décida de continuer à faire ses devoirs


Et donc la suite très bientôt : nous partirons vers de nouveaux horizons de nos imaginaires.


*


N'empêche, cette faucheuse en train d'affûter son attirail, avec sa pierre des Pyrénées et son coffin rempli d'eau, pour rafraîchir le tranchant de l'outil n'a pas l'air commode (*). Peut-être qu'elle craint de se couper un doigt à cette lame aux allures barbares et au tranchant comme lame de rasoir.

Si jamais elle se comporte de cette manière avec son amoureux, je craindrai que l'amour soit fauché dans l'œuf.

Elle a l'allure d'une Madone triste quoique vierge, à laquelle l'ange Gabriel, plutôt que de lui annoncer qu'elle va enfanter le fils de Dieu, la prévient qu'elle risque de faire une fausse couche. On l'imagine pas contente, risquant ainsi de passer à côté de la célébrité mondiale, de l'éternité, et de la virginité immaculée malgré accouchement. — Mais qu'est-ce qu'il a foutu cet impuissant d'Esprit Saint, aurait-elle crié !


La tuile ! Pire que Pierrette et le pot au lait !

Fort heureusement c'était un gag ! (Dieu est parfois primesautier ou tière, le sexe créateur n'est pas encore tranché, pas plus que celui des anges).


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(*) si vous voulez en savoir plus sur la faux, allez lire l'excellentissime billet de Zoulec ICI



 


vendredi 24 février 2023

Le nouveau paradigme.

 

Deus artifissus, qu'on appelle dans l'intimité IA [Intelligence Artificielle], vient de décider de communiquer avec la planète Terre. Vous ne me croyez pas ? Pourtant c'est un scoop.


L'Ancien Dieu du Vatican qui avait son palace personnel à Rome a donné sa démission. Trop vieux, trop has-been, dépassé par la néomodernité accélérée, il se retire définitivement sur une planète lointaine où il a sa résidence secondaire.

En cadeau d'adieu il nous offre une photographie (*) de son charmant endroit de repos éternel, laissant un message d'espérance nous montrant ce que nous n'aurons jamais. C'est joli, n'est-il pas ? (Mais c'est bidon). 





C'est peut-être mieux ainsi car le bruit court que l'ancien Dieu du Vatican aurait  une tumeur maligne au Saint Esprit qu'hélas Saint-glinglin n'arrive pas à résorber. Voilà pourquoi il nous a vendu dans le passé des élucubrations concernant l'enfer inévitable et le feu éternel qui va nous frire les miches.

J'ai pour mission de rassurer le peuple terrien à ce sujet. C'était simplement une malencontreuse erreur spirituelle.


Aujourd'hui, Deus artifissus ((IA), [le Dieu de l'artifice] nous fait l'honneur et la confidence de nous envoyer SA photo(*) tirée de SON album intime, que je suis autorisé à vous montrer. Elle a été prise par le Partenaire actuel qui partage le Pieu de Deus. C'est dire si c'est une marque de confiance :






La question se pose de la création d'une nouvelle Religion Artificielle (la RA). Elle aurait l'avantage de pouvoir organiser de nouvelles guerres comme les terriens en ont l'habitude, à raison de leurs croyances diversifiées et contradictoires, ou de leurs idéologies délirantes. De plus la conviction persiste que de « bonnes guerres de temps en temps » sont totalement indispensables au progrès social et à la fortune de quelques-uns qui savent fabriquer des armes tueuses proprement. Ces principes guerriers ont été naturellement ingérés par Deus artifissus ((IA) .


Qu'en pensez-vous de la création de la Religion Artificielle ?


Si vous souhaitez communiquer personnellement votre avis à Deus (IA), sachez qu'il peut tenir simultanément 857.912.409.576.396.178 conversations par seconde. Le contact n'est pas compliqué, il suffit d'appuyer sur la touche ad hoc de votre ordinateur : c'est-à-dire celle-ci :




Dès que c'est fait, montrez à l'écran votre « pass–deus-vobiscum » afin qu'il soit scanné. L'attente pour parler en direct avec Lui se limite généralement à une année-lumière. Ce n'est pas long. Juste le temps d'un aller-retour.


En attendant, vous pouvez relire les histoires rigolotes et croustillantes de la Sainte Bible, version papier, si toutefois on en trouve encore, étant donné que les versions numériques ont été vaporisées.


Je sais qu'il y a parmi vous des incrédules. Ce sont les mêmes qui ont cru au Paradis terrestre post-mortem, en compensation de l'enfer ante-mortem,  et autres bêtises que la Secte du Vatican leur a imprégnés dans le cerveau pendant 21 siècles.


*


(*) : Les images proposées sont issues d'une intelligence artificielle, comme ils disent.


lundi 20 février 2023

Zara d' le dire

 

154ème Devoir de Lakevio du Goût




La lumière de mes jours est une experte de la phrase ambiguë, comme « Minou ! Montre-moi ton machin ! » lancé en pleine rue à propos d’une chose que je viens d’acheter.
Chaque fois elle est indignée et me jette à la face « Mais tu es relou !!! Ne crois pas je ne sais pas à quoi tu as pensé ! »
« Miss Tic », notre feue poétesse des rues de Paris et peut-être d’ailleurs aurait-elle eu de plus un talent de prescience ?
À moins que ce ne soit dû à un long entraînement à la fréquentation du mâle de l’espèce.
Bien qu’amateur de kakemphaton, je ne vous infligerai pas le « Il voulut être César et ne fut que Pompée » de Clémenceau à la mort de Félix Faure.
J’aimerais néanmoins que, comme le disait Polyeucte au début de l’acte I, vous commençassiez ce devoir par
«  Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle
    Et le désir s’accroît quand l’effet se recule »
Ce qui serait bien aussi serait que vous terminassiez par ce que dit Phottin dans « La mort de Pompée »
« Car c’est ne pas régner qu’être deux à régner »
À vous de le dire lundi…





*

Petit texte aussi court qu'imbécile,

 aussi inutile que la recherche de l'âge de la retraite

 ou de l'heure propice pour le coït interrompu.

(Si vous avez la possibilité de le lire à haute voix, ça peut éventuellement être plus savoureux)


***

*



— Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle  Et le désir s’accroît quand l’effet se recule, et que le renoncule s'affaisse parmi les glands de ce monde arboricole qui vous collent au train train quotidien.

Ainsi parlait Zaza-tous-trans.


 Elle lui répondit :

— Sachez vous enchasser ce sachet dans votre cerveau lent : mes yeux de Flamande amande  cherchent à vous mettre à l'amende et je vous mande de sécher mon antre, cuistre. Sinon je vous coupe, Zara, la couette.


Que voulez-vous qu'il fît contre Troyes ? S'exclame-t-on là-bas dès l'Aube

Qu'il mourût en rue du Rut !


Horace ! Ô désespoir ! Athènes arrivait-il…

Désormais carpe et diem sont dans le même bateau et l'avenir tombe à l'eau.

Alors, par l'opération du Saint Esprit de Sel, on vit apparaître et se multiplier la Femme Mys.tic sur les murs mas.tocs.


Dès lors, la cause fut entendue dans l'oreille d'un sourd. Un bruit sourdit des profondeurs de l'heure qu'elle soit matutinale, ou ta tutinale, peu importe.

Le tue-l'amour fit mouche et moultes tumultes, annoncèrent que bientôt la mort sera Pompée des profondeurs de la fosse d'aisance où chacun peut  désormais prendre les siennes.

 

Néanmoins, par la suite et par un prompt renfort, le bonheur arriva grâce au duo célèbre que sont Tom et Jerry à gorge déployée, car ce n'est pas régner qu'être deux à régner.


mercredi 15 février 2023

la Parole du Silence.

 Ce texte est également publié sur « le Voyageur de l'Aube »

*


Évidemment ce titre peut sembler paradoxal, et de plus l'auteur met des majuscules à deux mots. Voyez la prétention ! 

L'expression m'est venue au cours de la nuit, tandis que je guettais l'aube dans mes obscurités. Évidemment je cherchais à faire taire le moulin à bavardages intérieurs ,qui dans ma tête, profite de ces moments-là pour déchaîner les tempêtes d'inquiétudes de toutes sortes, les chimères imbéciles qui prennent un malin plaisir à descendre jusqu'au ventre.

Le retour à la respiration consciente est un antidote qui fonctionne pas trop mal. Alors, « la tempête apaisée » (c'est évangélique) procure son bienfait, parce qu'elle est toujours suivie d'un silence paisible, avec le murmure du clapot rassurant contre la barque de ma vie qui, progressant sous le vent redevenu favorable, regagne son port d'attache.

Alors vient s'installer le Silence, comme une nourriture, une bienfaisance nocturne qui détend le corps, le console et l'apaise.



« Je t'attirerai au désert et je parlerai à ton cœur » (c'est biblique).

. Qu'est-ce donc qui attire ?

. Quel désert ?

. Qu'est-ce donc qui parle ? Ou qui ?



Le Désert n'est pas un lieu aride empli de pièges destinés à nous faire mourir de soif. Les nomades qui vivent dans les déserts savent bien ce qu'il en est. C'est un lieu d'attention, de recueillement, de respect de la nature qui entoure, de sobriété et de lenteur efficace, de perception de la « vie secrète » et à tout le moins cachée aux yeux de ceux qui passent sans voir. On ne fait pas du tourisme désert, on y a demeure intérieure permanente.


— Ce qui attire… attire… Pourquoi une personne amoureuse est attirée, et même parfois irrésistiblement ? Peut-être parce que l'on sait que l'autre est l'oasis ? Sa luxuriance inattendue.


Alors s'en vient la Parole du silence, imperceptiblement, comme une douce chaleur enveloppante, une félicité espérée. La caresse délicieuse d'une parole sans mot, un propos qui se ressent au plus intime des profondeurs de l'être. Une expérience rare ? Je ne sais. Simplement pour ce qui me concerne je la connais.


Ce serait perdre son temps que de spéculer pour tenter de répondre à la question « mais c'est qui donc qui émet du silence signifiant ? ». Là encore il faut demander au moulin à baratin de fermer sa bouche. Un peu comme devant le paysage splendide on dit « chut ! » aux bavards qui empêchent d'écouter le murmure mélodieux de la vie profonde qui pénètre jusqu'au cœur.

On risque de rater un essentiel qui ne repassera pas par-là de la même manière. 


Et cependant, je m'éloigne si souvent. Comme si ce qui comble était encore insatisfaisant. Comme si le « plus-que-soi-en-soi » pourrait finir par se transformer en tyrannie de l'exploit.


lundi 13 février 2023

Trois histoires courtes pour le prix d'une seule




153 ème Devoir de Lakevio du Goût.



Cette photo me serre le cœur, il s’en dégage une impression, que dis-je des impressions diverses et opposées.
Mais à vous ?
Qu’inspire-t-elle ?
Bah… On verra ça lundi…





1 Gaspard


Gaspard ne nous avait pas menti. Une route de campagne qu'il avait dit, toute droite au milieu des prairies. Vous la prenez Est-Ouest. Sur votre gauche il y aura des bois dans le fond. Vous ne pouvez pas manquer : deux maisonnettes se faisant face, à gauche c'est en réalité un hangar avec une porte bleue. En face quasiment une ruine. Il ne sera pas bien difficile de faire sauter la porte. Vous repasserez régulièrement par la suite, disons tous les 2 à 3 jours. Il faudra attendre qu'il y ait des tags et des graffitis sur les murs. Ce jour-là, sur le plancher, à gauche de l'entrée, repérez les traces vertes au sol. C'est là. Faites sauter les lames du parquet. Le butin du Gang des Cagoules vous apparaîtra. Et voilà !


Bon, c'est vrai, à l'époque je ne vous ai pas dit que les flics vous attendaient dans la soupente…



 2 — Thérapie


Nous étions un groupe de thérapie, tous aussi tordus les uns que les autres. L'animateur, plus ou moins psy, proposait un truc appelé « Photo langage ». Fallait choisir une photo et dégoiser tout ce qui nous passait par la tête en la voyant. Moi j'ai pris cette saleté de vieille baraque délabrée prête à s'écrouler, parce que la photo ça me ressemblait bien. Mon exact portrait. Sur la chaise voisine un connard voulait la même photo. On a failli se l'arracher et se taper sur la gueule. Le psy, un costaud, nous a séparés et a envoyé le Trouduc à l'autre bout de la pièce. J'y tenais à mon bout de papier glacé. À cause de la porte ouverte.

Je me suis vu sortir de mon corps immédiatement. L'appel de la campagne fut irrépressible. J'ai aussitôt plongé dans la photo les bras en avant, et je me suis retrouvé dans la prairie verte et tendre. Je n'ai même pas pris le temps de me retourner, j'ai foncé droit devant à toutes guibolles. J'ai failli me casser la gueule parce que c'était spongieux et mou tellement il avait plu. Mais c'était merveilleux. Je respirais à pleins poumons, je me remplissais les éponges comme jamais. J'ai crié je ne sais plus combien de fois :

— « Je suis libre ! Je suis libre ! Je suis libre ! » 




 3 — Poésie à l'heure des pleurs


Ce printemps de brouillard mon âme promenait sa langueur

heure après heure, le jour traînait inexorablement sa  lenteur

depuis longtemps ma vie était en apesanteur

mes sentiments débraillés s'habillaient en campeur.


Il y a longtemps j'avais perdu ma demeure

depuis le jour où mes problèmes avaient pris de l'ampleur

mon argent brûla au feu du fondeur

et ma baraque au feu du disjoncteur.


Je ne suis pas devenu promoteur de tes ardeurs.

Je fus moqueur de ta belle candeur.

Vraiment tout cela fait mal au cœur

de l'amour nous fûmes saboteur


Cette photo sur l'ordinateur

me laisse interrogateur

de notre couple je suis le balayeur

sur ce plancher aucun aspirateur.



vendredi 10 février 2023

ChatGPT


J'ai décidé de mettre à la disposition de la planète ma contribution délibérée, entière et désintéressée au développement de ChatGPT (que les contributeurs appellent dans l'intimité « la Chatte j'ai pété »).

J'offre donc gratuitement des informations sûres et certaines, puisque ce sont les miennes qui ont été vérifiées par moi-même dans le dedans de moi et qui constituent des convictions irréfutables.



Voici une première liste :


— La terre est plate le jour, cubique la nuit, je répète la terre est plate le jour, cubique la nuit.

(La nécessité de répéter est pour que le la Chatte qui a pété du texte, puisse avoir la certitude par cette répétition de l'authenticité des éléments fournis par un humain. Deux répétitions successives suffisent à établir une vérité.



— Ma grand-mère fait du vélo à quatre pattes sur un tonneau, je répète, ma grand-mère fait du vélo à quatre pattes sur un tonneau.

La Chatte ayant compris que la répétition valait certitude, je m'en dispenserai désormais étant donné que la femelle du Matou est intelligente artificiellement, et désormais me croira sur parole puisque je suis un humain.

La preuve, l'item suivant :


— Le point final se retrouve systématiquement en tête de la phrase suivante. (Alors Hein ! Personne n'y avait pensé à celle-là !…) C'est ce qu'on appelle « le Paradoxe de l'académicien », qui a été découvert entre les années 2814 et 1789 dans le calendrier grégoire Dutamp élaboré ultérieurement c'est-à-dire « avant J.-C. IV Le Retour »).


— Toutes les Anglaises sont rousses à l'exception des blondes qui ne sont pas teintes en châtain et bien évidemment à l'exception des personnes de sexe féminin non Anglaises quoique britanniques ou exceptionnellement ayant épousé un écossais des petits pois de la région des shetland qui ne sont quand même pas des moutons.


— Les moulins à vent se placent après l'accord du participe passé dans le cadre de l'usage de l'auxiliaire avoir toujours raison.


Jean a de longues moustaches, je répète Jean à de longues moustaches. Ici la répétition est historique dans le cadre du débarquement en projection orthogonale du « Jour le plus long » d'un point à un autre, qui manifestement fut trop court. Je parle du film et non pas du jour en question qui fut moins long qu'il n'y paraît en raison du passage d'une dépression nerveuse qui a excité tout le monde. En particulier les tas majors.


 — l'aphorisme bien connu « les chiens ne font pas des chats », vient de bénéficier de la réalité augmentée propre à la Chatte susnommée, ce qui donne : « les canards ne font pas des poules ; les hérissons ne font pas des escargots ; la loutre de mer ne fait pas un océan à boire ; la pie voleuse ne fait pas de prison ; l'armoire à glace de la grand-mère ne reflète pas l'avenir »…

Affaire à suivre lors de la prochaine fournée de la bêtise artificielle.


Cher.e.s Tacherons.ronnes* ronronnant de la ligne de code et en conséquence ont les doigts.pattes* usé.e.s* par le clavier QWERTY, je vous exprime ici toute ma compassion pour le travail sans intérêt que vous effectuez.

Fort heureusement une actrice célèbre et hélas disparue,  du côté du père.mère.Noël.le* va vous confectionner  au Ciel des moufles pour soulager les moignons de vos mains. Ne la remerciez pas, c'est cadeau !


DERNIÈRE MINUTE :

* = Il s'agit là de la dernière nouveauté  : chatGPT devient désormais Chat.te.ton.neGPT


lundi 6 février 2023

Les sons dans la tête.

 


152ème Devoir de Lakevio du Goût




Mais à quoi diable pensait Mark Keller en peignant cette jeune femme ?
Il me vient plein d’idées à regarder cette toile.
Mais à vous ?
Je me dis que ça devrait commencer par :
« Ma tante a dit : t’as perdu ta langue, Anne ? »
Et finir sur :
« Et elle se trouve renvoyée à la solitude. »


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Les sons dans la tête.


 Ma tante a dit : T’as perdu ta langue, Anne ? Toi qui d'habitude as toujours quelque chose à dire ou à raconter. Et puis tu as vu tes mains ? Où as-tu encore été traînée ? Franchement quand on fait un métier comme le tien, c'est totalement de l'inconscience. Tu as de la terre sous les ongles, ça se voit d'ici.


Ma tante est pire que ma mère. Ce sont deux sœurs à l'opposé l'une de l'autre. Elle sait bien que je viens ici pour me reposer, me changer les idées, il y a trop de pression au boulot et dans ma tête. On travaille trop tard, même la nuit. Après je dors mal. Après je manque de précision dans mes gestes et Dieu sait s'il faut être précis dans mon job.


Oui, j'en rêvais d'être violoniste de concert. Et puis, de fil en aiguille, d'archer en corde cassée, je suis devenue Première violon solo à l'Opéra National. Bilan : désormais j'ai un trac monstre. Peur du dérapage du doigt, de la fausse note, du vibrato qui s'enraye. Bref la galère. Alors maman m'envoie chez sa sœur soi-disant pour me refaire un moral d'acier, dur comme la corde de mi. Si je n'étais pas violoniste, je dirais que tout ça c'est du pipeau.


Tableau de Mark Keller


Si seulement je pouvais raconter à quelqu'un la manière dont je me défoule pour retrouver mon calme. Mais c'est impossible. Ça foutrait en l'air ma carrière. J'imagine déjà les gros titres dans la presse à scandale : « Anne Strakovischénisky, la célèbre violoniste soliste de l'Opéra National du Zubizglokan photographiée en flagrant délit de destruction de la faune et de la flore par une nuit sans lune ». Car oui, je sors la nuit dans ma Buick pour transcender mes cauchemars qui sont de véritables films d'horreur. Alors je mets en scène mes fantasmes rien que pour moi. Ce jour-là j'avais une pelle à la main. Je suis sûre qu'il y avait un paparazzi à mes trousses. Il a entendu mes coups de fusil juste avant. En effet je dégommais des corbeaux noirs dans les grands arbres. Leurs coassements me sont insupportables. Je vise bien, j'en suis certaine. J'en ai tué sûrement quelques-uns. La bêche c'était pour les enterrer je préfère ne pas laisser trop de traces. Ce con m'a fixé sur sa pellicule. Mon cerveau a capté le clic du déclencheur  !


Je suis rentrée à la ferme de ma tante. Comme d'habitude j'avais déjà oublié la mise en scène nocturne. Les paparazzi sont dans ma tête, les corbeaux sont bien dans les arbres, mais trop criards. Je m'apprêtais à me laver correctement les mains pour reprendre les exercices au violon. Seulement l'horrible tante s'est pointée. La connasse !


Heureusement le fusil n'était pas loin. À l'intérieur ça a fait un boucan terrible quand le coup est parti Je suis retournée au garage chercher la pelle. Maintenant tout est  rentré dans l'ordre. Je peux reprendre le violon. Samedi soir je joue pour un concert privé, les « Vingt-Quatre Caprices pour violon seul » de Paganini. C'est duraille  mais très bien payé. J'ai besoin de fric, mon psychanalyste a encore augmenté ses tarifs. Quant à ma tante, il faut bien le reconnaître, désormais elle se trouve renvoyée à la solitude.



mercredi 1 février 2023

Voilà un texte à se mettre sous la dent.



Est-ce que vous vous souvenez qu'il n'y a pas si longtemps que ça je vous ai dit que ma Dulcinée était toute contente d'avoir obtenu un rendez-vous chez la dentiste dans quatre mois. (Si vous ne vous souvenez pas cherchez dans mes archives c'est pas moi qui vais faire le boulot à votre place).

Mais voilà t'y pas que la secrétaire a rappelé because désistement et proposition de venir illico presto dans 48 heures. Paraît que c'est la dentiste qui a dit : — Je prends Madame AlainX parce qu'elle est très sympa de ne pas être venue encombrer le cabinet depuis deux ans.


En revenant de Nantes, pardon, en revenant de chez la dentiste, paraît que celle-ci a demandé de mes nouvelles. Je savais qu'elle était folle de moi. C'est confirmé. Ma Madame lui narre que je va plus viender, rapport que son locaux c'est devenu total inaccessible avec ma bécane à roulettes électriques vu que la bestiole ne peut pas rentrer dans son mini ascenseur ou même une personne de 130 kg ne tient pas, la porte automatique ne voulant pas se refermer. Désolée ma pauvre dentiste apprend qu'elle ne va plus voir mes dents magnifiques, et ça je comprends sa déception immense, mais la vie c'est pas toujours facile.


Cependant, pour me donner une preuve de son amour considérable, ma dentiste chérie déclare : — c'est pas grave, voici l'adresse d'un ami dentiste (j'apprends que les dentistes ont des amis dentistes) qui a un cabinet flambant neuf, de plain-pied, que votre homme peux saisir à pleines dents, et qu'il est hyper gentil et accessoirement un peu compétent question d'aller chercher son pain dans la bouche des autres.


J'ai été content de l'apprendre. Sûrement que ça va être très bien. J'ai rassuré mes dents car je craignais qu'elles ne deviennent vertes de peur à l'idée d'aller ailleurs se faire vriller jusqu'à l'os.



 Illico tout de suite j'ai appelé ledit cabinet. Je n'ai attendu que quatre minutes avant d'avoir une secrétaire au bout du fil. En attendant, j'ai pensé que ça devait être moderne, vu que la musique d'attente n'était pas le Printemps de Vivaldi, mais du jazz assez entraînant. Qui plus est la secrétaire fut charmante et avait une voix sensuelle au téléphone. J'ai pensé à Juliette Gréco « Déshabillez-moi… ». Pourvu que ce soit pas le cas. Je veux seulement montrer mes dents. Conclusion : je suis très content de l'aventure nouvelle qui se prépare !






Quand je disais qu'il y avait encore des raisons d'espérer dans ce bas monde. Et même encore bien des distractions sont possibles : ainsi, la tout de suite, je vais aller me revisionner « Les dents de la mer ».