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lundi 27 novembre 2023

La visite

 

Devoir de Lakevio du Goût No 179

 

Cette toile de Richard Tuschman me fait penser à Hopper.
Une histoire probablement mal partie et tout de même partie mais pour mal finir…
Lui aussi a peint de portes beaucoup de portes, d’escalier et de gens qui attendent ou regrettent.
Mais vous ?
Raconteriez vous une histoire qui comme l’a écrit « Patriiiick !!! » commencerait par
« Vous habitez près d’ici ? Lui avais-je demandé. »
Et qui finirait par « Mais cet épisode était de peu d’importance dans le monde si dur et si incompréhensible où nous vivions depuis quelque temps. ».
Oui, comme ça ce serait chouette pour un lundi d’automne.


— Vous habitez près d’ici ? Lui avais-je demandé, parce qu'à mon âge je ne fais plus de longs déplacements quand il s'agit de se rendre à domicile. Les temps changent. J'ai vécu trop longtemps taillable et corvéable à merci. Maintenant je choisis un secteur géographique restreint.

J'avoue que je n'ai pas été déçu. Je suis arrivé le soir et ne suis reparti qu'au petit matin. C'était exceptionnel. L'exploration fut complète. Et quand je dis complète, c'est complète. Évidemment, je suis suffisamment attentif, je sais bien que tout ne lui a pas plu. C'est souvent comme ça. Elles veulent tout tenter, que ce soit intégral et profond, que rien ne soit oublié ni laissé dans l'ombre.
Après il faut bien tirer un bilan.

— J'aurais dû attendre avant d'appeler. Mais voilà je n'en pouvais plus. Trop de questions sans réponse. Trop de malaises qui n'en finissent plus. Une bonne fois pour toute il fallait que je sache. Alors je  dois dire qu'il m'a longuement écoutée avec une bienveillance rare. C'est pour ça que j'ai pu déballer toute l'histoire. Il s'est montré très compréhensif et très gentil. Devant lui je me suis déshabillée, j'ai mis mon âme à nu. Et peu à peu il m'a examinée sur toutes les coutures avec des gestes doux et respectueux.

— Cette femme est exceptionnelle et touchante. Mais il m'a bien fallu, en tant que médecin, que je lui expose la vérité en tous ses aspects : elle n'est pas bien portante, elle a la rate qui se dilate, le foie qui n'est pas droit, le pylore qui se colore, l'estomac bien trop bas, la poitrine qui se débine, le sternum qui se dégomme, le coccyx qui se dévisse, les genoux bien trop mous, l'occiput qui chahute, et bien d'autres choses encore.
Et maintenant la voilà assise sur le lit complètement dépitée et le moral dans ses bas de soie. Mais voilà elle a voulu tout savoir. Et encore je n'ai même pas osé lui dire tous les éléments du diagnostic.
 Je préfère aller me laver les mains. C'est à la fois hygiénique et symbolique. Une patiente comme elle je ne voudrais même pas la prendre en charge. On ne peut plus rien tenter. Mieux vaudrait qu'elle continue à essayer de vivre comme ça. Et puis cet épisode est de peu d’importance dans le monde si dur et si incompréhensible où nous vivons depuis quelque temps.

 

lundi 20 novembre 2023

Une femme, des lunettes, une bouche.

 


178ème devoir de Lakvio du Goût.


Mais que diable a vu soudain cette femme issue de l’imagination d’Aldo Balding ?
Ce peintre dont je vous ai déjà proposé quelques toiles a un faible pour les gens, les femmes, les hommes, leurs intérêts les uns pour les autres.
Mais là, qu’a donc attiré l’attention de cette femme ?
Vous aurez une idée d’ici lundi j’en suis sûr.




— Donc tu es comme moi ! Tu la regardes !
— Que veux-tu… femme à lunettes !…
— Oui, je connais la suite…
— un peu trop, trop sophistiquée, non ? Et puis, qu'est-ce qu'elle a à l'oreille : des écouteurs Apple ?
— C'est une forme de boucles d'oreilles.
— Et au menton ? Elle n'a quand même pas un piercing au menton ?
— C'est plutôt dans le cou. D'ici on voit pas grand-chose c'est flou.

-o0o-



— T' as vu, à la table à côté, cette femme est sublime !
— J'allais te le dire. La class' ! On se demande ce qu'elle fait dans ce troquet.
— Comme nous. Elle attend quelqu'un, ou quelque chose, ou alors elle rêve.
— Non, elle n'a pas les yeux dans le vague. Elle darde la porte. Il va arriver.
— Je me damnerais pour sa bouche carmin. Je brûlerais avec elle en enfer.
— C'est vrai qu'elle suscite l'envie, qui est un péché !
— Et voilà mon vieux,  c'est foutu pour nous, le type arrive.
— T'as raison : un vrai Dieu ! Nous allons rester en enfer.

-o0o-



— Pardonnez-moi, je ne suis pas un habitué des galeries de peinture que signifie cette étiquette rouge collée sur le cadre ?
— Mais je vous en prie, c'est un signe que le tableau est réservé ou vendu.
— Mince, j'aurais bien voulu l'acheter.
— Moi aussi si j'en avais les moyens, je trouve cette œuvre très maîtrisée.
— Ah ? Je ne m'y connais guère en art… c'est juste la femme représentée qui m'intéresse.
— Vous la connaissez ?
— C'est ma femme ! Je ne savais pas qu'elle posait pour des peintres, et je vous assure elle va m'entendre !

-o0o-





 

mercredi 15 novembre 2023

Réconciliations


Parfois je me demande si ce n'est pas là un essentiel dans la vie : aller de réconciliations en réconciliations, comme une sorte de petit secret de bonheur.

— Réconciliations avec soi-même et son histoire
— Réconciliations avec son environnement humain d'hier et d'aujourd'hui
et de fait les deux se mêlent et s'entrecroisent.

Malheureusement souvent on est dans l'affrontement et la bagarre. Et parfois la guerre. On m'a souvent répété dans mes jeunes années : « Dans la vie il faut se battre ». Mais contre quoi exactement ?
Je crois que beaucoup de choses se mettent à changer quand on dépose les armes. C'est ce qui m'est arrivé au temps des tempes blanches.

Quand je balaye un peu mon parcours personnel sous cet angle, je m'aperçois que c'est l'une des attitudes qui m'a apporté des satisfactions et du bonheur : la recherche de pacification. Même si j'ai mené des combats dans plusieurs domaines.

On en sort vainqueur si on est à même de laisser s'installer en contrepartie la paix intérieure en ce lieu de repos que j'appelle (avec quelques-uns) : le Royaume intérieur. Celui dont un autre parle à sa manière, bien plus puissante que la mienne. Vous avez dû en entendre parler : c'est Jésus de Nazareth. Ce fut un combattant pour l'amour et la vie. Ce type que l'église chrétienne, qui prospèrent par l'exploitation du fonds de commerce de la trouille généralisée à coups de terreurs, et d'horreurs, a choisi de nous le présenter faussement depuis des siècles comme le fils d'un dieu sanguinaire et vengeur qui plutôt que de nous aimer voudrait, paraît-il notre peau comme s'il était un tueur d'ours.

Ça vaut la peine d'aller « connaître en direct » ce pacificateur qui vivait y a plus de 2000 ans.
Les quelques-uns d'entre vous qui connaissent mon autre blog savent la manière dont j'en parle.
Et tout dernièrement justement, à propos de réconciliations.

C'EST ICI (CLIC)

lundi 13 novembre 2023

Les feux de la rampe.






Je sais bien que j’ai déjà, à moins que ce ne soit Lakevio soi-même, proposé ce sujet à votre imagination.
Mais cette toile de Marc Chalmé m’amène toujours à des supputations.
J’espère qu’il en ira de même pour vous et que vous donnerez libre cours à vote idée, fussent elles farfelues.
 
 
 -o0o-
 





« L'ai-je bien descendu ? » se demande-t-elle. Peut-être se prend-elle pour la nouvelle Cécile Sorel interpellant Mistinguett après avoir descendu le grand escalier du Casino de Paris ?
— « L'ai-je bien descendûûûûû ? ? » explose la célèbre voix de Cécile dans sa tête.

Cette femme, Muriel, se pose bien trop de questions, et ce depuis toujours, enfin disons autant qu'il m'en souvienne. Le doute sur soi et l'indécision ont tendance à l'envahir, ce qui ne peut qu'entraver son existence, et ça explique beaucoup de choses, probablement même ce dont je vous rends témoin à l'instant.

Petite-fille, elle se demandait s'il fallait jouer à la poupée dans sa chambre ou surveiller sa petite sœur dans le salon tandis que maman préparait le repas dans la cuisine. Ne sachant la bonne solution, elle révisait ses leçons dans son lit.
Adolescente, Muriel s'intéressait aux garçons de son âge, mais aussi au professeur de latin, qui était beau comme un dieu grec. Le choix était impossible, elle cherche encore aujourd'hui si elle n'a pas tout raté à l'époque.

Et nous voici avec Muriel adulte, dans la force de l'âge. Elle a pris mari, mais aussi un amant. Elle les aime tous les deux, mais différemment. Monsieur le curé, en confession, lui enjoint de rompre avec l'amant, condition nécessaire à l'obtention de l'absolution en vue de la pénitence.
Muriel hésite. Normal, c'est constitutif chez elle, on dit même qu'elle aurait hésité longtemps avant de sortir du ventre de sa mère, ce qui nécessita une césarienne.

Et voilà que je l'aperçois, redescendant l'escalier qui mène à l'appartement de son amant. Elle s'est exécutée. Cela a consisté à exécuter l'amant, qui gît dans une mare de sang.
« L'ai-je bien descendu ? » se répète-t-elle à chaque marche « l'ai-je bien trucidé ? ».

Des années plus tard, dans le box des accusés, elle tentera de convaincre le jury qu'elle a ainsi fait la volonté de Dieu lui-même, reçue par l'intermédiaire de Monsieur le curé. Elle a rompu avec l'amant en lui rompant le cou et en  l'égorgement par sécurité avec un couteau de cuisine.
Deux précautions valent mieux qu'une.
Ainsi, et peut-être pour la première fois, elle n'a pas hésité !
 
 

lundi 6 novembre 2023

La sacoche


176ème Devoir de Lakevio du Goût



Après Anne-Françoise Coulomy et ses portes dont on se demande toujours où elles mènent ou ce qu'elles cachent, voici Fernando Saenz Perdrosa et ses attentes d’un train qui mènera je ne sais où pour rejoindre je ne sais quoi ou échapper à je ne sais qui.
C’est toute l’histoire de « Le je ne sais quoi et le presque rien ».
A vous, et à moi, de jouer d’ici lundi…



Cela faisait déjà combien de temps qu'elle venait sur le quai de cet arrêt ? Des semaines ? Des mois ? En tout cas elle était encore là ce mercredi matin, comme chaque mercredi matin de cet automne-là qui noyait la petite gare dans le brouillard.
Invariablement elle portait cet imperméable suranné serré à la ceinture. De son bras gauche pendait un sac informe. Il se demandait si elle n'allait pas le lâcher dans un geste de désespoir.
Ce jour là la scène était incongrue à cause d'un sac de voyage posé sur le quai. Mais à qui donc appartenait cet étrange objet, parce que comme tout un chacun, elle n'avait que deux bras. Un bras pour le sac à mains, un bras pour le parapluie. Mais qu'en était-il de cette sacoche de voyage ?

C'est le genre de questions qu'il se posait pour tromper son ennui en attendant sa retraite qui ne tardera pas. Il était encore qualifié de « chef de gare » alors que celle-ci avait quasiment disparue. Désormais il ne servirait à rien d'autre qu'à renseigner d'éventuels voyageurs qui se faisaient aussi rares qu'une plaque de neige au Sahara. Oui, parce qu'à tout dire, il aurait aimé diriger une compagnie de chemin de fer au Sahara.

Au loin on aperçut la lueur du phare de la locomotive. La femme regardait dans la direction de la bête transpirant sa vapeur. Où donc ailleurs aurait-elle bien pu regarder ? C'était logique. Tout était logique. Le train allait passer sans s'arrêter, comme chaque mercredi. Cela faisait des mois et des mois que plus un train ne s'arrêtait à cet endroit déserté depuis que les usines alentour avaient fait faillite il n'y avait plus aucun ouvrier à amener le matin et faire repartir le soir.

La pluie avait cessé. La dame ferma son parapluie et se retourna vers le préposé à rien du tout pour l'interpeller. Celui-ci souleva sa casquette de chef de gare deux étoiles pour la saluer selon le règlement :
— Est-ce que la prochaine fois le train s'arrêtera enfin ?. Elle avait un regard qui tenait à la fois du désespoir et de la folle espérance. Parce que je dois absolument lui remettre le sac ! Vous comprenez ? C'est très important.

— Madame, comme je vous l'ai dit de manière circonstanciée la dernière fois, plus aucun train ne s'arrête ici depuis bientôt plus d'un an. Si je suis là chaque jour, c'est uniquement pour attendre ma mise à la retraite qui ne saurait tarder.

— Mais pourquoi donc ne m'avez-vous pas prévenu plus tôt ! C'est votre travail quand même. Vous pensez bien que si j'avais reçu cette information, j'aurais moi-même porté le sac de voyage à vélo pour le lui remettre en main propre. Maintenant il va falloir que j'attende encore une semaine pour revenir sur ce quai de gare. Et donc, si je comprends bien, vous ne servez à strictement à rien, alors que moi je fais mon métier de transporter et d'attendre.

Et moi ? Pourquoi étais-je là ? Pourquoi vivre chaque semaine cette scène répétitive. Probablement que c'est mon devoir de tenter de comprendre ce que le Destin veut me signifier pour gouverner ma propre existence.
Mon père me l'avait souvent répété et seriné à l'oreille : « Méfie-toi du train-train quotidien ! ».
Et depuis je cherche toujours à comprendre ce qu'il a voulu me dire exactement.