Devoir de Lakevio du Goût No 179
Cette toile de Richard Tuschman me fait penser à Hopper.
Une histoire probablement mal partie et tout de même partie mais pour mal finir…
Lui aussi a peint de portes beaucoup de portes, d’escalier et de gens qui attendent ou regrettent.
Mais vous ?
Raconteriez vous une histoire qui comme l’a écrit « Patriiiick !!! » commencerait par
« Vous habitez près d’ici ? Lui avais-je demandé. »
Et qui finirait par « Mais cet épisode était de peu d’importance dans le monde si dur et si incompréhensible où nous vivions depuis quelque temps. ».
Oui, comme ça ce serait chouette pour un lundi d’automne.
J'avoue que je n'ai pas été déçu. Je suis arrivé le soir et ne suis reparti qu'au petit matin. C'était exceptionnel. L'exploration fut complète. Et quand je dis complète, c'est complète. Évidemment, je suis suffisamment attentif, je sais bien que tout ne lui a pas plu. C'est souvent comme ça. Elles veulent tout tenter, que ce soit intégral et profond, que rien ne soit oublié ni laissé dans l'ombre.
Après il faut bien tirer un bilan.
— J'aurais dû attendre avant d'appeler. Mais voilà je n'en pouvais plus. Trop de questions sans réponse. Trop de malaises qui n'en finissent plus. Une bonne fois pour toute il fallait que je sache. Alors je dois dire qu'il m'a longuement écoutée avec une bienveillance rare. C'est pour ça que j'ai pu déballer toute l'histoire. Il s'est montré très compréhensif et très gentil. Devant lui je me suis déshabillée, j'ai mis mon âme à nu. Et peu à peu il m'a examinée sur toutes les coutures avec des gestes doux et respectueux.
— Cette femme est exceptionnelle et touchante. Mais il m'a bien fallu, en tant que médecin, que je lui expose la vérité en tous ses aspects : elle n'est pas bien portante, elle a la rate qui se dilate, le foie qui n'est pas droit, le pylore qui se colore, l'estomac bien trop bas, la poitrine qui se débine, le sternum qui se dégomme, le coccyx qui se dévisse, les genoux bien trop mous, l'occiput qui chahute, et bien d'autres choses encore.
Et maintenant la voilà assise sur le lit complètement dépitée et le moral dans ses bas de soie. Mais voilà elle a voulu tout savoir. Et encore je n'ai même pas osé lui dire tous les éléments du diagnostic.
Je préfère aller me laver les mains. C'est à la fois hygiénique et symbolique. Une patiente comme elle je ne voudrais même pas la prendre en charge. On ne peut plus rien tenter. Mieux vaudrait qu'elle continue à essayer de vivre comme ça. Et puis cet épisode est de peu d’importance dans le monde si dur et si incompréhensible où nous vivons depuis quelque temps.



