Le temps s'écoule
Le temps c'est cool
*
L'année s'écroule
demain 2021 déboule
Que la vie nous chatouille
sans embrouille
*
Le temps s'écoule
Le temps c'est cool
*
L'année s'écroule
demain 2021 déboule
Que la vie nous chatouille
sans embrouille
*
Évidemment, j'aurais pu vous relater mon Noël covidesque en tête-à-tête Zoomesque via Internet interposé et intergalactique.
Évidemment, j'aurais pu vous dire que c'était un Noël d'exception, et ce le fut. Exceptionnel par sa réussite contre toute attente.
Mais est-ce qu'on en attendait vraiment quelque chose ?
Évidemment, j'aurais pu photographier mes décorations de Noël, alors que la photo représente autre chose, car, de décoration de Noël, il n'y en eut point. Le covid foutait suffisamment les boules pour ne pas en rajouter, et le petit Jésus n'est pas descendu du ciel cette année, bras dessus bras dessous avec le Père Noël, dans ma crèche-club privée.
Il est resté là-haut, intubé à la maternité de la Sainte-Famille-du-Ciel.
Eh oui ! Le Paradis est aussi en pandémie. Quelle époque !
Alors, muni de toute l'électronique que je possède, de toute la sophistication dont je dispose, j'ai pu saisir par la fenêtre de tir qui donne sur la rue, le passage à grande vitesse du « covid flagella districtionis perfido » (*), venant directement du Royaume-Uni à la vitesse subsonique d'un Brexit bi-réacteur à propulsion nauséeuse.
Il m'a semblé de mon devoir de vous communiquer ce document photographique unique et exceptionnel, qui bien entendu devra rester entre nous.
Ne me remerciez pas : c'est cadeau de fin d'année !
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(*) : "Covid à flagelle perfide"
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Pour les bidouilleurs que cela intéresse,
l'original est une photo d'une grille d'aération aussi sale que le covid est malpropre.
Merci Photoshop-Pro !
J'ai trouvé pour vous des exemples d'une époque lointaine
Au temps où la permissivité était grande
Au temps où les baisers s'échangeaient librement
Avant que tout ne change obligatoirement
Tout était encore possible
rien n'est plus autorisé maintenant
Et que reviennent nos amours d'antan
Consolation finale :
voulez-vous connaître un secret sur la relation à distance ?
Chaque baiser est comme le premier
plaids, plis et replis.
Il estime ne pas valoir grand-chose.
Il croit manquer d'étoffe.
Il aimerait se draper dans sa dignité
mais ça ne fait pas un pli ; il est quelconque
Il prétend à l'écriture épistolaire
prêt à se plier aux usages de son temps
il adresse des plis par porteur dans des enveloppes parfumées
Hélas rien de tout cela ne fonctionne.
Il s'effiloche par toutes les coutures
en ondulations déliquescentes
Déjà sa naissance fut un faux pli
une déformation sédimentaire
dans un plissement maternel
Rouge de confusion
à défaut d'ouverture
il se replie sous couverture
comme l'éventail se recroqueville dans ses plis
et disparaît
par le chas d'une aiguille
*
Je tente de tendre un voile sur un Noël vide
comme le linceul cache ce qui n'est pas.
À défaut de savoir mettre les voiles
on baissera le rideau
sur une année en morceaux
Craintes
C'était à craindre qu'il ne se laisse couler.
Il avait tellement navigué
affronté les tempêtes
en désir de conquêtes
C'était à craindre qu'il finisse emporté
pas même réconforté
prendre la poudre d'escampette
lorsque la vie vous empêtre
C'était à craindre d'être envasé
plus rien n'était à transfuser
plus personne sur la banquette
pour souffler dans la trompette
C'était à craindre qu'il soit sabordé
par lui-même trop encombré
assassinée la bonne franquette
nul besoin d'une enquête
La consigne du lundi, c'est Noël et Rembrandt
Comme je l'ai dit hier, j'ai bien failli zapper parce que pleuvent les mauvaises nouvelles alarmantes amicales et familiales.
Mais la vie continue. C'est ce que j'ai reçu comme consigne : continuer à vivre envers et contre tout. En vers ou en prose d'ailleurs, peu importe…
Alors voilà.
Sans conviction, mais pour ne pas écrire le mot FIN.
Noël contemporain comptant pour rien ?
Muni de sa tablette, il parcourait fébrilement des sites de vente en ligne. Trouver les cadeaux de Noël à faire livrer. Espérer que quelques personnes penseraient à lui en ouvrant le paquet. Attendre un merci, mais là il faut pas non plus croire aux miracles. Plutôt voir arriver des plaintes.
Ils en avaient marre du masque, désir de sauter les gestes barrières pour gambader dans la prairie, les rues, ou la montagne. Trouver l'endroit où crier à tue-tête l'absurdité de la vie, à moins que ce ne soit l'immense joie de la liberté.
C'était quoi déjà Noël ? Il se rappelait qu'à une certaine époque on évoquait un type venu sauver la planète de tous ceux qui nous embêtent avec leurs interdits religieux et autres imbécillités. Il amenait la Lumière qui est en lui pour éclairer nos lanternes. Mais on nous a expliqué que c'était juste une histoire de solstice. On préféra renvoyer dans ses pénates ce Sauveur inutile. La lumière, on savait la faire tout seul, grâce à nos centrales nucléaires. Ça au moins c'était moderne avec des déchets éternels. Pas besoin de mystère divin, nous savons faire mieux que que tous les dieux de l'univers.
Alors, avec les feux de la rampe de bûches, on ira crécher chez le voisin ou la famille. Et on fera une méga fête de la consommation : foie gras, huîtres, poulardes et pinards. On ne va quand même pas se laisser entraver par les pisse-virus !
Heureusement d'ailleurs, parce que j'ai mon taf à accomplir.
*
Je l'écoutais marmonner son discours. Il ne faisait que rabâcher ce qu'on entendait un peu partout, sous diverses formes. Bien sûr qu'il s'agissait depuis des décennies d'une grande fête du commerce, de la bouffe et de la teuf à donf. Celles et ceux qui comme d'habitude finiraient bourrés, s'engueuleront pour échanger du Covid de qualité haut de gamme.
Assis dans mon fauteuil à oreilles j'entendais les bûches rougeoyantes crépiter dans la grande cheminée moyenâgeuse, dans cette haute demeure dont j'avais hérité. Mon visiteur s'était endormi dans le canapé. Je dois reconnaître que sa venue m'avait surprise. j'avais l'âge où on ne croit plus au Père Noël. Et cependant il venait de se mettre à ronfler.
Comme quoi, parfois, on peut terriblement se tromper.
On a bien peu parlé d'elle lorsqu'elle s'en est allée.
Télérama la montre en couverture.
Ça faisait bien longtemps que cette revue n'avait publié avec une conv' intéressante.
(Cela fait des mois que je me demande pourquoi je suis encore abonné à cette revue journalo-intello-mêmeplus-catho-gaucho.… Aux articles dont l'effet sur moi est essentiellement endormissoir, mais bon… le jour où je n'aurais plus de contradiction, je serai sûrement malheureux…).
Anne Sylvestre ne représente pas pour moi les fabulettes mêmes si elles agrémentaient l'enfance de mes filles. C'est surtout ses chansons « à textes » comme on disait en ce temps-là… et puis ma nuit chez Maud, qui en fait s'appelait Marie. Une nuit dans les années 1970. C'était une copine de celle qui partage toujours ma vie. (Sauf qu'à l'époque je ne savais pas qu'elle partagerait ma vie…). Non, ce ne fut pas une nuit torride. Une nuit à discuter dans sa chambre d'étudiante, sous les toits, en écoutant Anne Sylvestre sur un gros magnétophone à bande. Une nuit de douceur et de confidence. On ne se touchât même pas. C'est peut-être pour ça que je m'en souviens encore parce qu'à chaque moment de la chaleur humaine n'a pas cessé de nous baigner. Je n'ai plus de souvenirs précis des échanges, si ce n'est que l'un comme l'autre on « se reconnaissait ». Et puis on ne s'est jamais vraiment revu. Juste croisé. Je ne peux écouter Anne Sylvestre sans que son souvenir ne me traverse. Un souvenir de chaleur douce, enveloppante. Jamais il ne s'est accompagné ni de désir, ni de regret, encore moins de quelque chose qui aurait été « amoureux ».
Plus tard je me suis dit c'est de la copine, celle qui partage toujours ma vie, que j'étais déjà amoureux sans m'en rendre vraiment compte.
Qu'est-elle devenue Marie ? Je ne sais, ma dulcinée non plus. C'était copine que vent emporte après le temps des scolarités…
Évocation de souvenirs, parce que le présent est difficile. Parce que la mort n'est pas loin. La voilà encore qui se pointe à l'horizon : mon ami de toujours dans la voix au téléphone hier était à peine audible ; plus tard son épouse parla de soins palliatifs. Et puis ce matin une dame de ma parentèle enrichie : cancer + nodules + métastases... inopérable…
Et demain chez « le goût » le devoir du lundi avec une proposition autour de Noël. Mais lequel ? J'avais presque terminé un texte. Il n'est pas du tout certain que j'irai au bout pour le publier…
Quand le cœur n'y est pas la plume sèche.
Me voici entre tristesse et résignation.
Encore un pas à faire : accepter et accueillir le réel tel qu'il est.
Encore un peu de temps et sans doute ce sera fait.
La réunion du club.
Cette année encore on se retrouve chez Stéphanie pour la rencontre de fin d’année de notre club : « Les amatrices de sucettes à l’anis ». Josiane va encore faire mémoire de notre fondatrice, Francette de Galles, bien qu’elle soit décédée depuis plusieurs années. Il est vrai que peu de clubs, fondés à la fin des années 60, perdurent encore à ce jour pour célébrer les sucreries en question. Il faut de la persévérance, pour ne pas dire de l’abnégation pour continuer à défendre de telles productions, à une époque où l’on ne cesse de vilipender l’absorption buccale de sucre d’orge dégoulinant de saveurs jusqu’au fond de la gorge des femmes en particulier.
Certes nous ne faisons plus beaucoup de nouveaux adeptes, et les vieilles adhérentes que nous sommes risquent de disparaître. Les échéances se rapprochent. Il y a quelques temps eut lieu l’enterrement de Pierre, que nous surnommions « Pierrot Gourmand ». C’était le seul homme admis pour ses compétences dans la gestion de clubs comme le nôtre. Après sa mort on constata qu’il portait bien son surnom, puisqu’il avait, par gourmandise, vider la caisse du club pour s’acheter je ne sais quelles spécialités plus ou moins morales. Nous lui avons pardonné tant il fut aimable avec toutes. Et puis il était sobre ne buvait que du thé, toujours dans la même tasse en grés que nous exposons depuis sur le petit buffet, car malgré ses turpitudes plus d’une d’entre-nous a été amoureuse de lui.
Bien entendu il y aura Ursuline, qui a failli être bonne sœur au couvent du même nom, si elle n’avait rencontré un bel hidalgo aux performances intimes paraît-il extraordinaires. Mais comme il s’appelait Jésus, (prononcer Rhéssousse) elle vit là un signe de son destin. La voilà vieille et veuve désormais. Elle ne regrette pas, Jésus qui lui fit porter sa croix. Comme d’habitude elle a son cabas énorme rempli de bonbons gluants, dont personne ne veut, car ils sont tous « d’époque », c’est-à-dire des bonbons des années 70. Comme d’habitude elle va oublier son sac et revenir plusieurs jours après : — « Mon Dieu ! Mais où ai-je la tête ! »
Oui, « où » telle est bien la question. D’ailleurs a-t-elle encore une tête !
Pour ma part j’apporte toujours les fleurs que notre présidente déposera dans ce magnifique vase que j’envie. Je ne vous cache pas que plus d’une fois j’ai eu envie de le subtiliser en cherchant comment faire croire qu’il se serait brisé en tombant. Je veux un souvenir du club avant de le quitter, vu que je ne mange plus de sucettes, rapport à mes dentiers qui ont tendance à se décrocher pour un rien. Tout ceci parce que personnellement je ne suce pas. J’ai toujours détesté ça. Je croque. Et c’est cela qui fait chahuter mon dentier. Je déteste avoir l’air ridicule et me retrouver dans l’embarras de ne pas sucer.
Bien, le temps passe vite. Je vais vous laisser. D’ailleurs la rencontre du club est écourtée. Tout le monde en a marre de rester masqué longtemps. On va se donner rendez-vous à l’année prochaine. Il va falloir que l’on trouve un nouveau trésorier qui sache compter le nombre de membres qu’il nous reste. Le club va encore être amputé. En tout cas, de mon côté, pour ce qui est de bouffer des sucreries, je suis définitivement vaccinée.
Au point du jour
elle vint au secours
d'un pauvre amour
Mon bonheur ne me fait pas honte
voilà pourquoi il se montre
il nait de la rencontre
Et cette chanson
chaque fois même émotion
sans aucune érosion
juste ma libération
Voici que je me retrouve assis sur le rebord de ma vie.
Qu'est-ce que je fais là ?
Est-ce une mauvaise question ? Se la poser est forcément un trouble.
Ce n'est pas de l'ennui. Je ne connais plus l'ennui.
J'ai pourtant vécu une enfance comme Anna Karina dans Pierrot le fou :
qu'est-ce que j' peux faire !
J' sais pas quoi faire !
![]() |
| E. Munch (1894) |
Assis sur le bord de ma vie, statique. Et cependant la journée m'occupe. Elle passe vite, trop vite. À brasser du rien, du pas grand-chose, depuis quelques jours.
Depuis cet enterrement que j'ai évoqué, il est manifeste que « quelque chose » s'est comme déplacé en moi. Comme lorsque vous allez chez quelqu'un où vous avez l'habitude d'être, et dans le salon vous vous dîtes, quelque chose a changé, mais quoi ? Ce n'est plus « exactement » comme avant. Et en même temps tout semble pareil.
Je pense à ce directeur d'un centre de poly-handicapés où j'intervenais pour une formation des « encadrants ». En préparant avec lui les thèmes qu'il souhaitait voir aborder, ses propres interrogations, le pourquoi de son appel à moi, etc. j'avais été interpellé par cette phrase que j'ai trouvé à la fois banale et terrible :
— « Ici, on fait de l'occupationnel »
Bien entendu j'ai compris le sens du mot « technique thérapeutique », mais il y avait dans ses propos une sorte de découragement/résignation. Quelque chose comme : on les occupe comme on peut du soir au matin et vivement le soir…
Cette terrible impression de l'inutilité de toute action, quoi qu'on fasse. Au final c'est cette phrase que j'ai retenue. Je crois bien que c'est à partir d'elle que je suis reparti pour « construire » la formation sur mesure qui m'était demandée. J'aurais pu demander au directeur, sympathique, compétent, attentif et plein de bon vouloir, « un type bien » comme on dit, cette question que je n'ai pas posée, bien entendu :
— et vous ? Qu'est-ce que vous anime encore ici ?
Parce qu'elle aurait été trop intrusive à ce stade. Je ne voulais pas le braquer et encore moins souligner son autorité qui semblait en péril. Et puis franchement je tenais à décrocher ce contrat. Il y avait un enjeu pour ce Centre, et disons-le clairement aussi pour mes finances et mon chiffre d'affaires du mois…
Aujourd'hui la question, c'est à moi que je la pose :
— Qu'est-ce que je fous sur le rebord de ma vie ?
Ce lundi, chez « le goût »,
cette fois c'est du sérieux
de chez sérieux.
Qu’arrive-t-il à cet homme ?
Que subit-il pour être aussi triste ?
Que vous raconte cette toile d’Arielle Lange.
J’espère que nous en saurons plus lundi.
Dialogue improbable
L'être — Ciel ! Vous ne semblez pas aller très bien ! Vous êtes d'une tristesse infinie…
L'entité — Exact c'est difficile d'être Moi après tant d'efforts et d'abnégation depuis… au moins une éternité ! Certains envient ma situation et ce qu'ils pensent être mes privilèges. D'autres aimeraient prendre ma place pour la même raison. Comme si être l'Être-Moi était une sinécure. Les imbéciles !
L'être — Vous devriez nous informer de ce qu'il en est. Où allons-nous ? Quels sont vos projets ? Qu'est-ce qu'on mange ? Y aura-t-il pénurie ou abondance ? Bref ce qui préoccupe les humains.
L'entité — Je reste silencieux en effet. C'est ma nature. Que voulez-vous on ne se refait pas.… Il faudrait tout reprendre à zéro, et ce n'est guère possible pour la Divinité que je suis.
L'être — Vous disposez de la Toute-Puissance Absolue. Rien ne vous est impossible. Si rien ne fonctionne comme vous le souhaitiez : changez ! Après tout l'erreur est humaine ! Mais elle peut être aussi divine, non ?
L'entité — Les mortels ont l'inconvénient d'avoir des idées mortelles. L’Absolu ne peut être dans l'erreur, puisque c'est absolument impossible. Un projet aussi vaste que la Création des univers ne peut s'abolir d'un coup de baguette divine. C’est d’une ampleur inconcevable pour un mortel.
L'être — Dites tout de suite que nous sommes des imbéciles ! Le supposer c'est vous faire tort à vous-même, puisque vous prétendez nous avoir créé à votre image.
L'entité — Tort ou raison : ce sont des concepts humains. Des trucs pour vous étriper les uns les autres au cours des millénaires. À mon grand désespoir il faut bien le dire. Parfois j'ai envie de pleurer sur ce que vous êtes devenus, alors que dans mon projet il devait en être tout autrement.
L'être — C'est bien ce que je dis ! Vous vous êtes planté ! Toute divinité que vous soyez vous êtes lamentablement vautré dans vos erreurs. Alors maintenant, il faudrait quand même penser à réparer. Vous ne croyez pas ?
L'entité — Réparer ? Quelle inconscience ! Comme si c'était possible.
L'être — Bien sûr que c'est possible, puisque pour vous tout est possible à tout instant. Ne rien faire c'est montrer un orgueil démesuré, une incapacité à se remettre en cause. Lamentable !
L'entité — Que voulez-vous, je ne suis pas parfait !
L'être — Quoi ? Une divinité imparfaite ? Cela dépasse l'entendement. Vous êtes ontologiquement parfait depuis avant l'éternité jusqu'après elle.
L'entité — les mortels sont décevants ! J'en pleure. Théoriquement je suis excessivement positif, proactif, fondateur de l'espoir, pourvoyeur de la chance, distributeur du bonheur, garant de la félicité, du nirvana absolu, du paradis paradisiaque, et de tout ce que vous espérez de siècle en siècle. Forcément, je vous ai fabriqués comme ça.
L'être — Voilà bien la démonstration de vos échecs. C'est raté. Nous, les mortels, on est dans la panade la plus complète dans tous les domaines. Et apparemment, vous vous en foutez complètement. Monsieur le Divin est un grand égoïste.
L'entité — Hélas je suis devenu impuissant !
L'être — Impuissant ? C'est la meilleure celle-là ! Vous en avez une autre du même genre à nous raconter ?
L'entité — En effet, impuissant à cause de ce pouvoir que vous m'avez arraché. C'est l'unique fois où j'aurais dû n'écouter que Ma Divinité, Ma Perfection. Je vous ai malencontreusement concédé la totale liberté de choisir ce que bon vous semble. J'ai cru que vous sauriez en faire bon usage de cette liberté, en choisissant à chaque fois le meilleur pour vous et pour les autres. Ça me semblait d'une logique divine imparable. À quoi bon se détruire quand on peut construire. À quoi bon choisir le malheur quand je vous propose le bonheur. Ça m'a semblé tellement idiot que j'ai pensé cela ne se produirait jamais, au grand jamais. Puisque vous étiez normalement intelligents, sensés, disposant de l'amour, de la fraternité, des joies et des plaisirs dans tous les domaines, et toutes ces choses que je n'énumère même pas, ce serait bien trop long.
L'être — Elle est forte celle-là ! Maintenant vos conneries ça va être de notre faute ! Il va falloir vous faire disparaître. Sans vous on se débrouillerait bien mieux. On mettrait en place tout ce que vous dîtes sur la bonté, l'amour, les choses et les machins. On ferait mieux, absolument mieux et infiniment mieux sans vous !
L'entité — Pas de problème éliminez-moi D'ailleurs je crois que c'est déjà fait. J'ai aperçu des affiches « Dieu est mort ! » J’ignore la date de l'enterrement, mais peu importe. Je n'ai pas l'intention d'y assister.
L'être — Malheureusement il faut avouer que depuis votre mort, ça ne va pas beaucoup mieux. Je crois même que c'est pire encore. Pardonnez-moi d'avoir dit tant de mauvaises choses à votre endroit. Mais je vous en supplie, je crois que vous feriez mieux de revenir. Après tout j'ai lu dans des bouquins que vous êtes capables de ressusciter. C'est le moment ou jamais.
L'entité — Un monde sans Dieu c'est comme un repas sans sel, un whisky sans alcool, une séance de cinéma sans écran, une pandémie sans vaccin, un imbécile heureux sans joie.
L'être — Revenez ! Je vous en prie !…
L'entité —… un stylo sans encre, un ordinateur sans Internet, un pénis sans bandaisons, un clitoris sans plaisir, un clair de lune sans Maubeuge, une queue de billard sans boule, un match de foot sans trucage, un bout de plastique sans Bertrand…
L'être — Revenez vous dis-je ! Vous êtes têtu quand même !
L'entité —… un couscous sans merguez… un tambour sans baguette… une baguette sans mie de pain… un pain sans fromage… je m'éloigne…je m'éloigne… je m'éloigne… à Dieu....à Moi... à Jamais… … je prends mon Alpha, c'est l'heure à ma montre Oméga.
Finir
Et si plus rien n'avait d'importance.
Et si nous perdions tout ce qui est dense
Et s'il fallait se passer de la danse
Et si la vie perdait son sens
Et si…
Finie l'abondance
finies les confidences
plus de transcendance
finie l'éloquence
plus d'élégance
finie l'excellence
Et si…
soudainement
brutalement
précipitamment
accidentellement
la Mort.
✝️
Cette semaine, pour la première fois, j'ai assisté aux obsèques d'une personne qui m'est chère,
retransmises en direct vers chez moi en vidéo.
L'expérience est éprouvante.
Photo du Net
Se demande-t-on cette semaine
-o0o-
Anzo et Sören ; Dupont et Velin.
Sitôt reçue la toile, je l'ai déballée. Nous étions vendredi. Ce tableau comprenait un dialogue entre Anzo et Sören. À mesure que je regardais, leur échange se déployait et ne cessait de monter en puissance jusqu'à atteindre le sommet de la théorie du complot.
Ah j'en apprenais de belles ! Jugez vous-même :
l'assassinat de Kennedy organisé par Marilyn Monroe insatisfaite de son comportement au lit ; les attentats du 11 septembre fomentés par des grandes entreprises du bâtiment parce que ça manquait de place pour construire dans le quartier ; le coronavirus fabriqué par les écologistes pour réduire la population de la planète et ainsi purifier la race humaine ; la lune qui n'existe pas et n'est qu'un disque de carton déployé en altitude par des fusées soviétiques au temps de la guerre froide, pour cacher leurs stations spatiales remplies de bombes atomiques.
J'étais abasourdi. j'ai préféré retourner la toile sur l'envers parce que j'en tremblais de peur. Je me suis dit : mon petit gars, hors de ta vue toutes ces élucubrations. Laisse les pigeons s'envoler dans la stratosphère de la bêtise et reviens dans la réalité, certes triste, mais bon, ça va passer.
Je me suis alors souvenu que j'avais gardé par devers moi, une cartouche d'encre bleu royal de mon stylo Dupont en laque de Chine. Il était temps de ressortir tout ce petit matériel et de l'utiliser. Reprendre un bon vieux Velin supérieur, laisser courir la plume sur le papier sans trace des vergures ni de pontuseaux, et voilà.
L'encre dans la cartouche était comme un whisky de 12 ans d'âge. C'est dire si l'écriture qu'elle contenait potentiellement était aussi ancienne que précieuse.
Je ne fus pas déçu. C'est fou ce qu'elle avait à dire.
Soulignons tout d'abord que c'était une encre sympathique et même joviale. Elle ne manquait pas de pigments et même d'un indéniable humour. Ce n'était pas une encre diluée ou qui aurait eu des colorants minables. Elle permettait une écriture imprégnée, pénétrante et même aussi indélébile que celle d'un tatoueur.
Une encre qui rendait possible d'ancrer des ressentis magiques, improbables autant que véridiques, jusqu'au cœur du papier, pour l'éternité.
Il était question de laisser tomber la veste, d'attendre une muse inspirée qui s'en venait entourée d'un vol de colombes, dans la vastitude d'un parvis sous le soleil éclatant d'un avenir incertain.
Alors j'ai saisi la feuille emplie de ma graphie véritable, j'en ai fait un petit avion que j'ai lancé dans l'univers, tel une plume à l'aventure d'un paradigme où l'amour régnerait en maître et la connerie généralisée se verrait reléguée aux enfers…
Quoi ! Caisse qu'on m'apprend ?
Paraît-y qu' aurait une pétition qui circule ?
Et que c'est qu'y faudrait plus jamais acheter sur Amazon ?
Donc, voulant me tenir au courant alternatif, je consulte mon panneau JCDecaux, pour savoir quoi et qu'est-ce.
Et je me dis : bah c'est qui c'est qu'a signé ?
Et là je vois des noms illustres (je sais, je suis flagorneur !…) du genre :
Delphine qui nous mène en Batho, Anne et son HIdalgo, Mathieu qui est Orphelin, François qui est un genre de Ruffin, Eric qui dort dans sa Piolle, Léonore Moncond’huy (d'oreilles ?), Christine Orban, François Morel ou Philippe Geluck.
Jean passe et des meilleurs et toute sa famille.
Alors alors, je te le donne Émile, si tu ne l'as pas déjà, mais tous ces gens que je cite, à titre d'exemple :
ils vendent tous leurs bouquins sur… Amazon !…
Malgré le confinement, il y en a qui jouent les cons finement.
Tu trouves pas qu'on vit une époque super intéressante, que c'est vachement ce qu'il nous faut pour les années 2020 ?
Le monde est plein de cons-tradictions !