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mercredi 25 mars 2026

Une lettre….

 


Après bien des hésitations et avec l'accord de mon épouse (j'avais besoin de vérifier la justesse de mes propos), je publie cette lettre dont l'écriture a commencé il y a déjà quelques temps.

 


Mon cher papa,

Depuis plusieurs semaines une de tes photos est sur mon bureau, à portée de mes yeux. Je l'ai sortie de mes archives, en noir et blanc, développée par mes soins, du temps où j'étais fondu de photos argentiques et de labo de développement. 
Tu souris, tu me regardes avec de l'affection dans les yeux. 

Je me souviens parfaitement de ce jour-là. Les vacances de l'été 1968, dans un petit village de la Drôme, sur la terrasse d'une vieille bâtisse transformée en petit hôtel qu'on qualifierait de familial. Je ne sais comment tu as dégotté l'endroit, mais c'est tout ce que tu aimes : être loin de tout et surtout de la vie professionnelle trépidante qui est la tienne. Tu respires la paix, la tranquillité, dans un environnement sans touristes.
— « Ici c'est une belle nature » aimes-tu à dire dès que nous sommes loin de tout et surtout des trépidations de la grande ville.
Moi  j'apprécie la solitude. L'écriture. La chasse photographique. La lecture. Ne rien faire en écoutant le bourdonnement des abeilles.

En vacances, tu es un « autre papa », celui qui me manque un peu trop le reste de l'année.  J'ai une autre photo de toi dans ton bureau,  au travail, en costume-cravate, sérieux comme l'homme d'affaires que tu es, examinant un dossier avant de recevoir le client qui a besoin de conseils. C'est du sérieux, je tire la photo et m'éclipse rapidement. Là tu es mon père plus que mon papa. 
 D'un côté, un père que j'admire ; de l'autre,  un papa que j'aime et de qui je me sens aimé comme sur la première photo que j'évoque.
J'aurais apprécié à l'époque  d'être conscient  de tout ce que tu vivais et nous donnais silencieusement, mais efficacement. Il aurait fallu pour cela que toi ou quelqu'un d'autre exprime avec des mots ce qui se vivait. Le silence n'est pas toujours d'or…

— De toi, mon père, j'ai reçu des valeurs fortes et surtout je t'ai vu les mettre en pratique plus d'une fois comme : la droiture, l'honnêteté, la rigueur, la recherche de vérité, le sens du service, l'aversion pour la compromission et les magouilles, le courage, la ténacité, et aussi une sorte de grand respect de la personne quelle que soit son origine ou sa condition. Ce qui ne t'empêchait pas de porter une appréciation et un jugement sur les actes accomplis, surtout s'ils enfreignent les lois et règlements. Beaucoup de pudeur aussi dans le sens du respect. Jamais dans ta bouche je n'ai entendu de propos racistes, discriminatoires, ou définitifs. Ce n'est pas dans ta nature profonde

Sur tout cela et d'autres choses encore, sache que le jour de ton enterrement, Pierre, le chirurgien, professeur de faculté, qui était un de tes amis, m'a dit : — « Ton papa, c'était vraiment un grand Monsieur ! ». J'en fus énormément touché, parce que c'était juste et vrai.
 
— J'ai reçu de toi, mon papa, une attention silencieuse, que j'ai mis du temps à ressentir. J'aurais aimé des mots affectueux… au moins de temps en temps… Mais, enfant, je ne réalisais pas les conséquences de te retrouver très jeune orphelin de mère, morte à la guerre. Recueilli par une tante bienveillante, te voilà cependant envoyé en pension chez les frères maristes. Je sais que tu en as des bons souvenirs, mais ça ne remplace pas l'amour d'une mère qui n'est plus.
Tu as rempli  auprès de tes deux fils ton rôle d'autorité ferme mais douce. De toute façon tu n'avais pas besoin ni de lever la main, ni vraiment de hausser le ton pour  que je sache à quoi s'en tenir, surtout quand j'avais fait une connerie ou ramené de l'école un bulletin lamentable. Mais là, si ta femme avait rempli son rôle d'ancienne institutrice pour m'apprendre le minimum… mais bon… c'est un autre sujet.
Néanmoins, durant les vacances, les week-ends, tu aimais les jeux, la rigolade, comme si tu t'autorisais à être l'enfant que tu ne n'avais pas pu être. Et puis on allait à la pêche, fréquemment. La veille  on préparait l'attirail dans le grenier. Arrivé au bord  de l'étang C'était le grand calme, l'apprentissage de la patience à surveiller le bouchon qui flottait. avec les reflets de lumière et les ondulations de l'eau, c'était hypnotique.  Parfois j'avais  une touche »: — tu en as une ! t'exclamais- tu. faut ferrer ! Et, bingo, au bout de la ligne, un petit poisson qu'on ramenait avec l'épuisette jusque dans la bourriche. J'étais près de toi,  papa, en silence ou avec peu de mots, comme toujours, mais c'étaient tellement de délicieux instants.

 Lors de mon accident de santé, tu as été un papa admirable, accomplissant tout, absolument tout ce qui était en ton pouvoir auprès du corps médical et au-delà. Tu as même contacté des sommités aux États-Unis où il y avait beaucoup de polios. J'ai retrouvé les échanges de correspondance. Mais hélas aussi, des espoirs déçus, outre-Atlantique on n'avait pas de solution miracle..

Tu sais, je regrette de n'en avoir rien su avant que tu ne quittes cette terre… mais tu ne te mettais jamais en avant. Tu accomplissais selon ta conscience.  Cela n'était que normal et n'avait besoin d'aucune publicité.

Voilà. J'aurais encore d'autres choses à dire. Ou plutôt, des questions à te poser sur ton intériorité, ce qu'on appelle parfois « le jardin secret » où il n'y a rien de répréhensible à cacher, mais un trésor à protéger. Tu étais un homme qui avait une foi profonde dans ce que ta femme appelait « la Providence ». Je sais que tu étais en accord avec elle là-dessus, mais ta pudeur silencieuse ne te permettait pas de mettre des mots sur « tout cela ». 
C'était une autre époque. Tu n'aurais sans doute pas apprécié les réseaux sociaux, et les déballages actuels tous azimuts. 

Voilà. Les lecteurs de mon blog  vont lire tout ça. (je t'expliquerai de quoi il s'agit plus tard…)  J'espère qu'ils ne se contenteront pas de penser : —  « Oui, il est mort, et on sait bien que les morts sont tous des braves types ! »
Non, tu n'étais pas un brave type, tu étais un homme admirable et admiré à juste titre. J'en ai vu tant de témoignages dans des écrits de tes archives.
Mon épouse, que tu appelais d'un petit mot affectueux, t'aimait beaucoup, mais ça tu l'as su ! Encore aujourd'hui elle parle de toi avec beaucoup de gratitude 

Enfin, comment oublier tes dernières paroles. Les temps fatidiques sont venus.  Cette année-là tu passes  les fêtes  de fin d'année chez nous. et transformer mon bureau professionnel en chambre avec lit médicalisé. Tu nous y réunis, mon frère, moi et  nos épouses. C'est un véritable  testament moral que tu exprimes, comme si tu savais…  que, de fait, début janvier, il serait impératif de devoir à nouveau t'hospitaliser. Ton état se dégrade rapidement.. Je viens seul, sur la pose du midi. Tu as encore « toute ta tête » une infirmière est près de toi.  je comprends que tu n'échapperas pas à l'amputation d'une jambe, car la gangrène  gagne rapidement. Nous échangeons assez brièvement, car ce n'était pas l'heure des visites comme le fait comprendre gentiment l'infirmière qui a des soins à te faire. Je dis que je reviendrai le soir. 
En sortant de la chambre tu lances  : — « Au revoir, mon fils ! ».
De fait, c'est un adieu.
 Le soir tu es dans le coma. 
Tu es mort la nuit suivante.

Les années ont passé.
 Peu à peu je t'ai  retrouvé au fond de moi. 
Désormais je ne te quitte plus.

Ton fils.
 

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Arbre de Vie

  

vendredi 20 mars 2026

Maurice et Mélodie



Voilà !
Comme chaque année
elles sont revenues à Sarralbe, (Moselle),

les cigognes : 

Maurice et Mélodie, 

vedettes internationales.

 



 

Chaque année je viens les observer, sur le toit de la Mairie, jusqu'à ce que les œufs éclosent et que les petits  soient prêts pour le grand voyage… 

 Cette année, il n'y a que deux œufs: le conseil municipal s'inquiète !

 Si ça vous intéresse, ça se passe ici.

vendredi 13 mars 2026

Métamorphose ?

 

Une seconde nous sépare des poissons rouges.
Je lis ça sur le blog de Nicole Giroud

«… l’attention d’un poisson rouge dans son bocal est de huit secondes, alors que celle de tous les jeunes humains habitués à scroller ou à swiper sur leur écran serait de neuf secondes. »
L'auteure conteste quand même quelque peu cette affirmation…
En effet, tous les jeunes ne scrollent pas à s'en user les pouces. Certains préparent une nouvelle civilisation. Elle devrait, paraît-il, être de type « métamorphose », si j'en crois ce que j'en lis çà et là, de type prospectif.
Le mot suppose de profonds changements de nature, de structure, d'organisation, en sorte que demain devrait devenir méconnaissable au regard d'aujourd'hui.
Dont acte.

Cela dit j'en ai vu des métamorphoses chez un certain nombre de personnes. Des changements profonds, avec parfois des retours arrière, mais le plus fréquemment, celles-ci s'inscrivent dans la durée et la consolidation.
On le constate lorsqu'on les a perdus de vue pendant tout un temps.

Le monde des humains ne peut progresser que si chacun essaye de concourir à sa propre métamorphose. Elle ne tombe pas du ciel, ne vient jamais d'ailleurs, mais elle se tient disponible à notre porte.
. Elle est la résultante d'un combat joyeux contre l'adversité.
Aurais-je réussi ce combat-là à la fin de ma vie ?


Lorsque quelqu'un ne nous a pas vu depuis longtemps, on entend parfois :  « Tu n'as pas changé ! » Mensonge poli qu'il faudrait considérer comme un compliment. Néanmoins ça voudrait dire : tu es resté figé dans l'état où tu étais… pff… mais quelle tristesse ! Me voilà statufié ! Remarquez, il y a un peu de vrai, puisque ce genre de propos me laisse « de marbre » !

 C'est bien dommage une personne qui n'est pas en changement, en évolution, en tentative de progression, en désir de s'améliorer et de devenir plus heureux et d'en prendre les moyens, même s'il y a des retours arrière,
« Ne pas changer ? »… C'est triste  à mourir.

En revanche, vouloir  se forcer à changer, ne peux pas être le but du  jeu. Le but c'est l'accomplissement de sa personne par le don de soi. Et c'est cela qui rend heureux profondément. C'est uniquement mu par ce désir, qu'on fait ensuite le constat d'avoir changé.
 Il y a une sorte de paradoxe : on reste la même personne, mais on devient autre.

On ne cherche pas, on  avance sur le chemin. S'il y a quelque chose à chercher c'est où se trouve notre  chemin, car on ne le découvre pas tout de suite. Et puis quels sont les autres qui empruntent le même parcours
Pour ma part, je dirais que je l'ai vraiment trouvé vers 35/40 ans. Avant, j'ai fait des essais. C'était intéressant, parfois passionnant, mais je sentais bien que ce n'était « pas vraiment ça ».
Le signe que c'était enfin « ça », vint lorsque j'ai eu ce sentiment profond d'être à ma place, de pouvoir donner toute ma mesure,  d'être heureux dans le travail et les responsabilités que j'assumais, avec d'autres, au sein d'un collectif de destin. Mais surtout, que cela produisait « de bons fruits » même si tous les fruits ne l'étaient pas, parce qu'on est sans cesse en apprentissage lorsque l'on veut innover.

Je ne suis plus dans ce qu'il est convenu d'appeler « la vie active »… comme si lorsqu'on quitte les activités professionnelles on entre dans une vie passive… on en dit des conneries !

Ces derniers temps, la métamorphose semble renvoyée à des temps ultérieurs.  L'époque est guerrière, par la volonté de quelques dirigeants planétaires avides de gloire morbide. Ils bâtissent celle-ci sur des cadavres entassés à coup de bombes puissantes. Eux, ils sont totalement à l'abri. Pavanant dans leurs immenses résidences ou enterrés dans leurs bunkers nauséabonds. Chaque despote oppresseur prend son fade plaisir comme il peut, à défaut de bonheur auquel il renonce. Être et vivre en paix est pour  le conquistador une aberration.
 
Mais les peuples et les victimes innocentes ne se sont jamais laissés asservir bien longtemps. Et la métamorphose que d'aucuns nous prédisent adviendra inéluctablement. C'est ma conviction.
Porter le regard plus loin, voilà une nécessité vitale 

Mais pour l'heure, c'est d'une tristesse à pleurer, ce spectacle mortifère que la planète nous donne à voir.
Dans cette tristesse, je suis.
 Pourvu qu'elle ne m'envahisse pas totalement. 
Pourvu qu'elle ne disparaisse pas totalement.
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« Il est une tristesse si profonde qu'elle ne peut même pas prendre la forme des larmes » 
Murakami.
 


samedi 7 mars 2026

Petit défoulement du week-end


Après mes divers proverbes illustrés, voici que je tombe (sans me faire mal) sur des propositions d'écriture ou d'illustration de « l'agenda ironique » qui semble sauter de blog en blog. La proposition pour mars se trouve ici

Il est question des Émoji ou émoticônes que nous utilisons tous. Malheureusement il en manque, selon l'auteure de la consigne : comme la framboise, le pangolin, l'entonnoir, le rein, et bien d'autres choses qui ne sont pas nommées.

Voulant contribuer à l'amélioration du système, voici quelques propositions, qui j'espère vous amuseront un brin en ce week-end de brouillard, du moins là où je suis.

 

La tête d'ail qui rigole : 

 

 


 

Jean,  l'entonnoir qui rit et qui pleure :

 

 


  


des reins tout tristes !


 

 la framboise :


 le pangolin :


 Et voilà !

Fin de mes élucubrations du week-end