Cela fait quand même pas mal de millions d'années — et oui on ne rajeunit pas
— que j'observe ma propre évolution et mon développement.
Je ne cacherai pas que ce fut réjouissant pendant très longtemps. D'autant que j'ai pour une grande partie, concouru moi-même à faire sortir de mes profondeurs un sacré paquet d'existences diversifiées. Ceci malgré tout ce qui gravite dans l'univers qui m'entoure et qui n'a pas fait que m'aider, loin de là.
Je suis née d'un gaz. Un pet de la nébuleuse solaire. On ne peut pas dire que je fus gâtée par la nature. Ce n'est pas comme d'autres systèmes qui se sont retrouvés le cul bordé de nouilles. Mais bon, avec mes petits bras musclés, j'ai réussi à rassembler pas mal de bricoles qui gravitaient autour. J'ai fini par compresser le tout sur moi-même en une sorte de boule, vu que des sculptures plus sophistiquées je ne savais pas faire en ce temps-là.
Comme j'avais rassemblé un peu tout et n'importe quoi, pas mal de trucs se sont bagarrés entre–eux, et je vous assure que ça a chauffé. J'ai mis du temps à refroidir l'atmosphère et apaiser les esprits. Mais bon, c'était il y a environ 4 milliards d'années. Péché de jeunesse !
Lorsqu'il y eut suffisamment de calme, on y vit plus clair. Alors apparurent des trucs bizarres dans la flotte qui captaient l'énergie venue du soleil. Curieuse de nature, j'ai plongé un de mes bras de mer au fond des eaux et j'ai ramené des machins assez curieux qui ont commencé à respirer.
Franchement, si j'avais su, je serais peut-être restée peinarde et tranquille dans mon coin plutôt que remuer tout ça. Parce qu'alors, les ennuis ont commencé. Ces espèces de trucs ont tout colonisé, sont sortis de la flotte, pour voir si sur la terre ferme j'y étais. Et j'y étais.
Au début j'ai trouvé ça marrant, tant ils avaient de l'imagination pour inventer du vivant de toutes formes, de toutes tailles, qui gambadaient, volaient, plongeaient dans l'eau, en ressortaient, ça se chamaillait pas mal entre espèces, ça s'entretuait dans la joie et la bonne humeur.
Enfin bref, cela remuait de partout. J'ai été au spectacle pendant pas mal de millions d'années.
Quand sont apparus les primates, j'ai pressenti que ça n'allait pas être simple. C'est pas qu'ils se montraient foncièrement belliqueux, (pas les pires en tout cas, pas comme les dinosaures), mais ils avaient quelque chose de pas clair dans le regard. Ça sentait l'embrouille. Un côté sournois. Je me suis dit que ça passerait comme les autres espèces. Mais non. Ils se sont mis à évoluer. En pire. Les primates ont rallongé leurs jambes, raccourci leurs bras et se sont mis debout. Ils se mirent à penser, ce qui n'était pas prévu, et ont décidé de s'appeler : les humains !
C'est la première fois que je voyais une race de vivants aussi déterminée à dominer tout et tous, à me dominer moi-même qui étais à l'origine de leur existence.
Au début, c'était gérable, ils n'étaient pas trop nombreux. Ils avaient du mal à survivre, attaqués par des bestioles plus grosses qu'eux.
Par la suite j'ai découvert que dans cette race nouvelle, les mâles comme les femelles avaient quelque chose que les autres n'avaient pas : l'intelligence. Au début j'ai trouvé ça intéressant à observer. Puis je me suis aperçu que c'était la pire des choses qui pouvait arriver.
Avec l'intelligence, certes ils progressaient. Ils ont inventé les outils, puis le langage, l'écriture, la médecine (ça c'était pas mal) et d'autres choses pas si mauvaises il faut bien le reconnaître.
Mais surtout avec leur intelligence ils se sont mis à tout inventorier, tout transformer, fabricant des trucs de plus en plus compliqués. Surtout des engins de domination. Ils ont appelé ça « les armes ». Dès lors, un jour, ils ont décrété que la planète appartenait aux hommes. En conséquence, les autres espèces vivantes devaient se soumettre à l'homme en toutes circonstances.
Et c'est là que ça a commencé à dégénérer… enfin pour moi…
(À suivre)




