La consigne du lundi et la mémoire de Baudelaire
Lectrices chéries, vous rappelez vous qu’aujourd’hui, ça fait deux cents ans que Baudelaire est mort ?
Il est parti se coucher au cimetière Montparnasse, squatter la tombe d’un beau-père détesté.
Il n’a pas eu le loisir d’y faire apposer l’épitaphe qui lui allait si bien :
« Ci-git qui pour avoir par trop aimé les gaupes
Descendit jeune encore au royaume des taupes »
(...)
Il habita cet hôtel sur l’île Saint-Louis. Ce lieu me rappelle évidemment quelque chose. Mais à vous ?
Beaucoup d’entre vous ont vu un jour Notre Dame ou l’île Saint Louis.
Avez-vous erré dans les rues qui l’entourent ?
Qu’y avez-vous vu, qu’est-ce qui vous frappé, une des « petites choses de peu » qui vous frappent et vous émeuvent pour des raisons qui vous échappent jusqu’au moment où vous découvrez pourquoi elles ont remué votre âme. (...)
Pour l'anniversaire du poète
J'ai bien connu Baudelaire, au temps de ma jeunesse.
À Paris, le rencontrer était jour de liesse.
Il logeait rue Vercingétorix au temps de sa détresse.
Sur des chaises bancales s'invitaient nos ivresses
Tout là-bas au fond des Pyrénées
le hasard nous fit se rencontrer
je ne puis oublier toutes ces années.
50 ans, si j'ai bien compté.
À chaque visite il m'apprenait Paris.
Il en avait fait sa patrie
de sa province il n'avait nulle nostalgie
à la capitale il bâtissait sa vie.
Ce jour-là il me mena dans l'île Saint-Louis
y avait-il là-bas une nouvelle boîte de nuit ?
Irions-nous boire un coup
quelque part sur le quai d'Anjou ?
Le 15 de la rue fut la destination
un hôtel particulier plein de prétentions
« je voulais que tu vois
ce fut ici chez moi »
L'air est plein du frisson des choses qui s'enfuient (*)
Mais ce jour-là je n'ai rien pressenti
j'ignorais que bientôt, loin, il serait parti.
On croit tellement être de tout garanti.
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir ! (*)
Bien souvent tu es mon visiteur du soir
ma vie a basculé dans le provisoire.
C'est moi qui parfois t'appelais Baudelaire
parce que vraiment certains jours tu en avais bien l'air
des traits de ressemblance manifestes
pas besoin de faire le modeste
J'aimerais redevenir de ton cœur le cambrioleur
d'une vie nouvelle je serais le bailleur
Quand partons-nous pour le bonheur ? (*)
*
(*) Vers tirés de l'œuvre de Baudelaire.
Ce texte est évidemment une fiction. Mais je me suis inspiré d'un ami de jeunesse avec lequel je suis toujours en relation, et qui avait quelques traits de ressemblance avec Baudelaire, tel qu'il figure sur la célèbre photo d'Étienne Carjat.