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mardi 26 décembre 2023

Clef, rossignol, ouvre-boîte et autre passe-partout.


De temps à autre je jette un œil sur le bas de la page d'accueil de Firefox où il y a des recommandations d'articles et entre autres ce fut aujourd'hui parce que j'avais décidé d'une fin d'après-midi cool, vu que de bonnes nouvelles téléphoniques étaient parvenues à mes esgourdes concernant un truc qui me fait ch..r depuis un bout de temps, et que quand tu n'en vois pas le bout, ça finit par te foutre le moral en berne comme un drapeau des JO 2024 après le constat que la France a très beaucoup peu de médailles.
(Waouh je progresse en longueur de phrases proustiennes…)


Alors donc disais-je, l'article dont c'est celui que je parle au premier paragraphe, proposait cinq clés du bonheur. Je me suis dit que parmi les cinq, il y aurait bien une clé qui ouvrirait ma propre porte de mon propre bonheur à moi que je cherche depuis des lustres.
Je clique donc avec le désespoir du candidat au suicide qui réalise qu'il n'y a pas de paradis après la mort, ni 72 jeunes escort-girls accortes offerte par une autre religion que maman m'interdit de nommer ici.

Eh bien, contre toute attente (expression qu'on trouve dans tout bon roman policier), je ne tombe pas sur cinq conneries ni sur Sean Connery.
Alors je vous les offre en cette période de fin d'année et pour patienter jusqu'à l'arrivée d'icelle en son dernier jour, qu'après minuit ce sera trop tard.

— Prendre conscience de ses valeurs et de ses priorités
— Savoir que nous ne disons pas forcément « non » à la personne, mais à ce qu'elle nous propose.
— Il n'y a pas de mal à passer à côté de quelque chose.
— Accepter la vulnérabilité.
— Nous ne devons pas toujours nous excuser.

C'est pas si mal que ça, ça fait gagner de notre temps toujours si précieux, d'autant que c'est de l'argent, et ça évite d'aller passer un an dans un ashram pour méditer en solitaire, afin d'enfin découvrir pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, et de revenir bredouille.

Sur ce, je me demande si je ne vais pas me rouler un joint dans la farine.
À bientôt pour de nouvelles aventures…


lundi 18 décembre 2023

Il arrive que penser nécessite de panser

 

181ème Devoir de Lakevio du Goût.


Tandis que je cherchais une image parmi les peintres du XIXème siècle, cette toile de Jacques-Joseph Tissot qui, par anglophilie du moment se fit appeler James, peinte en 1873 m’a frappé.
Ce peintre aimait les femmes.
Il devint en son temps un «spécialiste de la peinture féminine ».
Ami de Degas, il fut apprécié de Théophile Gautier au point que, connaissant Théophile Gautier et son goût marqué pour la gent féminine, je me demande si James Tissot n’a pas cédé aux mêmes tentations…
Mais vous, à regarder cette toile, qu’en pensez-vous ?
On verra bien lundi puisque le Web est revenu.




À quoi puis-je bien penser en regardant cette toile ?, me demande-t-on.
Assez spontanément je répondrais : à rien du tout !
Maintenant s'il le faut absolument, je peux dire que le peintre réussit quand même à bien peinturlurer les robes de ces dames quand il rend visible leur arrière train.

Pour ce qui est des dames elles-mêmes, j'aurais plutôt des questions que je ne poserai pas, compte tenu du fait que je ne voudrais pas perturber la bonne morale victorienne, puisque manifestement nous sommes en Angleterre. Probablement sur la Tamise (l'eau est sale). On s'y livre à du cabotage avec cabotinage et papotage,  plutôt que du canotage,  tandis que sur le pont un marin gradé se livre au racolage après catalogage  lui permettant de choisir sa proie. Le voilà parti à l'abordage, espérant un rapide accrochage à force de rabâchage de mots, car le pelotage n'est pas  encore permis en ce siècle pudibond. Ce genre de déconnage frisant trop le fricotage  ne faciliterait pas le décollage ni le pilotage de l'assaut. On risquerait le carambolage. Mieux vaut dans ce cas le boycottage avant que cela ne fasse du tapage.
 Mais peut-être que je me méprise. Avec toutes ces finales de mots répétitives on doit plutôt être sur le Tage. Un tout autre échantillonnage. Bon sang quel bricolage !

Mais, revenons à notre trio à six chaises. Observons que : soit il manque trois personnes soit il y a trois chaises en trop. Nous voilà donc à présent plongé dans une énigme à la Agatha Christie. Pourquoi ont-ils fait disparaître les trois autres personnes assises sur les chaises ? Dans quel but ? À qui profitent  les crimes ? Était-ce avec le chandelier sur le pont supérieur, le poignard dans la cabine, ou la clé anglaise dans la salle des machines ?

On se perd en conjectures, et lorsqu'on se perd dans un environnement de conjectures sachez que c'est grave. On risque de se paumer complètement dans les méandres des cervelles nébuleuses qui construisent et déconstruisent intellectuellement ce qu'elles n'ont même pas encore réussi à élaborer. Un peu comme il en est des énarques, par exemple. C'est dire si le péril est grand !

À quoi puis-je bien penser en regardant cette toile ? , me demandait-t-on.
Eh bien voilà il est temps que je cesse de penser et d'ailleurs cueillir des pensées n'est pas de saison.
En conséquence, je m'arrête là avant que la faculté ne soit obligée de me panser le cerveau.


 

lundi 11 décembre 2023

Le rouge ne lui allait pas si bien.

 
180ème devoir de Lakevio du Goût



Cette énième vue de Paris m’amène à me poser une question.
Ce n’est pas la première fois que je vous soumets une vue de Paris.
Parfois au soleil mais souvent il est vrai sous un éclairage moins vif, voire sous la pluie.
Mais ce qui m’amène à me poser des questions, ce ne sont pas les endroits décrits, non.
C’est la fréquente présence de cette femme qui semble ne sortir que par temps de pluie.
Histoire de sortir ce parapluie rouge qu’on lui voit chaque fois.
Sa mise change mais elle semble n’avoir que ce parapluie rouge.
Auriez vous une idée de ce qui la meut en ces jours tristes ?
J’attends de savoir ce que vous en pensez.
À lundi, donc…


Ce jour-là encore Carmen sort en arborant son éternel parapluie rouge qui en aucun cas ne peut la quitter. Qu'il pleuve ou fasse soleil, qu'il bruine ou verse à torrent, que ce soit en ville ou sur la plage, Carmen est revêtue d'un parapluie rouge.

Lorsqu'elle vient aux séances individuelles ou collectives il n'est pas toujours facile qu'elle finisse par accepter de refermer son pépin. Justement parce qu'elle ne veut pas en avoir, des pépins dans sa vie. Alors elle se fait violence et je remarque qu'elle lève les yeux au plafond avant de s'asseoir sur la chaise baquet grenat. La séance peut alors commencer.

Il y a quelque temps, mon associé et moi, décidons de faire des travaux de rafraîchissement de nos bureaux. C'est l'occasion de peindre le plafond rouge en espérant un effet thérapeutique sur Carmen. Je me demande encore si nous avons eu raison.

Chacun sait que le rouge représente la passion que ce soit sous forme de violence ou d'amour. Carmen est une passionnée exacerbée à la sensualité tendrement violente. Bien des hommes en ont fait l'expérience dans ses bras, rarement de manière heureuse. Carmen mène une vie interlope. Tout chez elle semble équivoque. Elle a même un temps milité à la Fédération Parapluie Rouge et donc côtoyé des travailleuses du sexe. Elle tenta un temps ce métier  risqué, faisant confiance à son parapluie rouge. En effet sa spiritualité explique et démontre la capacité du parapluie rouge à vous protéger des « attaques symboliques d'en haut ». Elle se croit ainsi protégée de toutes les forces malignes qui se déplacent sans cesse à mesure que les couleurs changent autour d'elle. Ainsi Carmen se persuade d'aller mieux. Elle reconnaît qu'il lui reste une névrose : la peur de rêver de parapluies qui ne soient pas d'un rouge vif.

J'avoue que mon associé et moi aurions dû avoir meilleure conscience du danger le jour où Carmen arriva avec une robe rouge et des chaussures rouges. D'autant qu'elle avait les pommettes rouge vif à raison d'un maquillage outrancier. J'avoue que nous aurions dû être inquiets de ne pas la revoir pendant les mois qui suivirent. Mais enfin, rien ne prouve que ce soit elle qui se jeta sous les roues du métro, même si la photo du journal met en évidence un parapluie rouge à moitié cassé qui a comme rebondi sur le quai.

*


La fédération Parapluie Rouge existe, de même que la signification spirituelle de l'engin à baleines de ladite couleur.


mercredi 6 décembre 2023

Écriture et aventure




Dans son billet du 5 décembre « Le goût des autres », évoquant Amélie Nothomb parlant de sa discipline d'écriture, notre ami bloggeur écrivait : « (…) écrire une page chaque jour, histoire de réviser son français et tenter de maintenir à flot une cervelle qui tourne petit à petit en sauce blanche. Ça paraît simple mais ça ne l’est pas tant que ça. » J'ai commenté ceci : «Je sais ce qu'il en est de cette petite discipline que j'ai apprise de Coumarine, [hélas décédée depuis] à la fois l'écriture quotidienne et le travail sur le texte quand c'est en vue de publication. C'était une de mes raisons d'admirer cette femme. »
Depuis trop de temps je me suis donné des largesses avec cette discipline. Me restreignant quasiment à des « exercices d'écriture sur consignes », ce qui a toujours représenté pour moi une distraction jubilatoire.
Il est temps de revenir à une meilleure exigence,  celle de la fidélité aux exercices quels qu'ils soient. C'est peu à peu qu'on s'éloigne alors que l'on connaît les bienfaits  de l'obéissance choisie en fidélité à soi-même. Finalement c'est après mes 12 ans que j'ai compris peu à peu ce qu'il en était du « le bon pour soi-même est bon pour l'autre ».
Par rapport aux années précédentes, 2023 qui se termine comptera parmi  celles où j'ai le moins publié et bon nombre de billets furent des devoirs sur consigne. C'est-à-dire du divertissement qui ne donne pas un comblement profond. Je ne nourris pas assez mon intériorité. On ne s'en rend compte que  petit à petit  Une sorte de fadeur qui s'installe et qui finirait par avoir un mauvais goût  dans l'arrière bouche.


-o0o-


Puisqu'il est question d'espace d'écriture, voilà 16 ans que je participais à Kaléïdoplumes que j'avais contribué à fonder dans la suite du propre site que j'animais «  Les marathons d'écriture ». Or  Kaléïdoplumes va fermer à la fin d'année. Une importante page de ma vie de blogueur s'achèvera. Le choix de fermer  que fait  la fondatrice se justifie pleinement. Les participants s'amenuisaient au fil du temps et nous n'étions plus qu'une poignée.  Actuellement les échanges en interne se font sur une éventuelle suite ou non. Évidemment la plupart souhaitent qu'on n'en reste pas là. Mais qui va se lancer pour proposer autre chose et le faire vivre ? Moi-même je ne sais pas. Et pourtant des relations se sont tissées durablement, mais essentiellement à l'intérieur du groupe rassembleur. On ne mesure sans doute pas suffisamment l'importance du ou des rassembleurs. J'ai vécu la même chose à propos de mon atelier d'écriture « en live » qui a duré une bonne douzaine d'années et puis il y eut le covid, une grave maladie de l'animatrice, et au final il n'y a plus rien.
Je constate souvent le même phénomène dans d'autres réalités. Quand l'élément fédérateur s'en va, disparaît, prend de la distance, les choses finissent par s'éteindre. Cela me rappelle les vacances quand mes filles étaient jeunes. Il y avait un âtre. On y faisait du feu. J'expliquais à mes jeunes progénitures que pour que le feu soit vivant, les bûches devaient être rassemblées, se toucher, échanger la flamme qui réchauffait tout le monde. Il fallait que quelqu'un entretienne l'âtre.
Le feu de Kaléïdoplumes va-t-il s'éteindre ou aller se raviver ailleurs ? Et si possible avec d'autres.
Petite aventure humaine à suivre. À poursuivre ? Je ne vois pas bien encore quelle doit être ma part active.

lundi 4 décembre 2023

Flottement

 

Depuis plusieurs semaines mon environnement cérébral et intérieur ressemblait un peu à cette image :


Ce n'était pas un naufrage dangereux, mais une surcharge trop forte qui fait que l'on finit par avoir la tentation de bazarder pas mal de choses par-dessus bord. Malheureusement l'image s'arrête là, car passer par-dessus bord et une vue de l'esprit sous forme d'un souhait irréaliste.

Alors, j'ai fait comme d'habitude : faire face le mieux possible en me disant que « ça ira mieux demain ». Sauf que le lendemain ça n'allait pas mieux et même un nouveau ballot bien trop lourd tombait dans ma frêle embarcation pour l'alourdir au risque de chavirer.

. Alors j'ai repensé qu'au fond j'avais toujours été un frêle esquif depuis bien longtemps et qui cependant avait su assumer des tempêtes parfois bien plus terribles.

. Alors j'ai aussi repensé que c'était il y a des années et que j'étais plus jeune en ce temps-là.
. Alors j'ai enfin repensé à ce concept que je voudrais abolir et que je commence à voir inscrit un peu partout :  « la fragilité de la personne âgée ».


J'essaie de me défendre : — « hé oh ! Y'a pas que le vieux qui soit fragile ! ». Je connais des perdreaux de l'année qui le sont déjà. OK, c'est une défense archinulle, mais quand même, on se raccroche à ce qu'on peut et on peut peu dans ces moments-là.
Il n'empêche, au fil des jours le gros temps des nuages noirs s'éloigna quelque peu. Il y eut même quelques trouées bleutées et je crois avoir aperçu un ou deux rayons de soleil.
Qu'est-ce que je pourrais vous en dire sur le détail de ce qui s'est passé. Bah rien ! Ou alors il faudrait que vous soyez prêts à deux bonnes heures de lecture sans interruption d'un côté, et d'un autre côté il faudrait que j'ai le courage de vous écrire tout ça, et je ne l'ai pas. Alors je vais faire mon petit philosophe alacon pour 0,50 centime d'anciens francs.

C'est rapport à la notion de flottement justement. Tant qu'on flotte, on ne coule pas. C'est con hein ! Mais c'est vrai. Et donc il faut faire confiance à ce constat : on flotte, on en est capable. D'ailleurs c'est ce qu'on dit en cas de risque de noyade : ne pas se débattre et se laisser flotter. Ça semble passif mais c'est au contraire très actif.

J'arrête ma comparaison aquatique. Je remplace par l'équilibre. Lorsque j'ai appris à remarcher, et aujourd'hui encore, ça fonctionne uniquement lorsque j'ai confiance que je ne vais pas perdre l'équilibre et marcher sans risque majeur. À  la suite de mon Covid récent la perte importante de mes forces physiques fut telle que j'ai perdu totalement la possibilité de marcher. (Il a même fallu faire appel aux pompiers) Et en même temps, malgré mes persuasions volontaires, j'avais perdu toute confiance en ma capacité d'un corps qui tienne debout avec tout l'attirail de prothèses nécessaires. Il me fallut six semaines à raison de plusieurs séances de kiné par jour pour retrouver des forces qui sont revenues peu à peu, mais bien plus encore pour retrouver cette sensation de confiance en ce corps qui une fois encore semblait m'abandonner et cette fois avoir jeté l'éponge définitivement.

Il existe une sorte de négociation subtile entre lui et moi. Ça me fait penser à ces longues tractations qui n'en finissent pas pour mettre au point un accord d'importance vitale. Négociations silencieuses en apparence, mais il y a une foule de ressentis qui veulent s'exprimer tour à tour et tous ont  de bonnes raisons à faire valoir.
Et puis cela finit par se faire au moment où on ne s'y attend plus.

Ce fut au cours d'une nouvelle séance d'équilibre avec les cannes, où ma kiné me provoqua doucement mais fermement pour tester mon équilibre. Un peu du genre « je veux que tu tombes mais je te retiendrai » et ça réveille des souvenirs vieux de plus de 60 ans… mes premiers vertiges à me remettre debout.
J'ai alors prononcé ces mots que mon corps a imposés : « Bon, ça suffit, je me lance ». Et tout fut rétabli. J'ai fait plusieurs allers-retours dans le couloir sans assistance. J'ai retrouvé cette fameuse confiance en lui, mon corps, qui il faut bien le dire, n'avait jamais cessé de désirer me servir autant qu'il pouvait, malgré la défaillance de 70 % de muscles ayant déserté depuis si longtemps.

lundi 27 novembre 2023

La visite

 

Devoir de Lakevio du Goût No 179

 

Cette toile de Richard Tuschman me fait penser à Hopper.
Une histoire probablement mal partie et tout de même partie mais pour mal finir…
Lui aussi a peint de portes beaucoup de portes, d’escalier et de gens qui attendent ou regrettent.
Mais vous ?
Raconteriez vous une histoire qui comme l’a écrit « Patriiiick !!! » commencerait par
« Vous habitez près d’ici ? Lui avais-je demandé. »
Et qui finirait par « Mais cet épisode était de peu d’importance dans le monde si dur et si incompréhensible où nous vivions depuis quelque temps. ».
Oui, comme ça ce serait chouette pour un lundi d’automne.


— Vous habitez près d’ici ? Lui avais-je demandé, parce qu'à mon âge je ne fais plus de longs déplacements quand il s'agit de se rendre à domicile. Les temps changent. J'ai vécu trop longtemps taillable et corvéable à merci. Maintenant je choisis un secteur géographique restreint.

J'avoue que je n'ai pas été déçu. Je suis arrivé le soir et ne suis reparti qu'au petit matin. C'était exceptionnel. L'exploration fut complète. Et quand je dis complète, c'est complète. Évidemment, je suis suffisamment attentif, je sais bien que tout ne lui a pas plu. C'est souvent comme ça. Elles veulent tout tenter, que ce soit intégral et profond, que rien ne soit oublié ni laissé dans l'ombre.
Après il faut bien tirer un bilan.

— J'aurais dû attendre avant d'appeler. Mais voilà je n'en pouvais plus. Trop de questions sans réponse. Trop de malaises qui n'en finissent plus. Une bonne fois pour toute il fallait que je sache. Alors je  dois dire qu'il m'a longuement écoutée avec une bienveillance rare. C'est pour ça que j'ai pu déballer toute l'histoire. Il s'est montré très compréhensif et très gentil. Devant lui je me suis déshabillée, j'ai mis mon âme à nu. Et peu à peu il m'a examinée sur toutes les coutures avec des gestes doux et respectueux.

— Cette femme est exceptionnelle et touchante. Mais il m'a bien fallu, en tant que médecin, que je lui expose la vérité en tous ses aspects : elle n'est pas bien portante, elle a la rate qui se dilate, le foie qui n'est pas droit, le pylore qui se colore, l'estomac bien trop bas, la poitrine qui se débine, le sternum qui se dégomme, le coccyx qui se dévisse, les genoux bien trop mous, l'occiput qui chahute, et bien d'autres choses encore.
Et maintenant la voilà assise sur le lit complètement dépitée et le moral dans ses bas de soie. Mais voilà elle a voulu tout savoir. Et encore je n'ai même pas osé lui dire tous les éléments du diagnostic.
 Je préfère aller me laver les mains. C'est à la fois hygiénique et symbolique. Une patiente comme elle je ne voudrais même pas la prendre en charge. On ne peut plus rien tenter. Mieux vaudrait qu'elle continue à essayer de vivre comme ça. Et puis cet épisode est de peu d’importance dans le monde si dur et si incompréhensible où nous vivons depuis quelque temps.

 

lundi 20 novembre 2023

Une femme, des lunettes, une bouche.

 


178ème devoir de Lakvio du Goût.


Mais que diable a vu soudain cette femme issue de l’imagination d’Aldo Balding ?
Ce peintre dont je vous ai déjà proposé quelques toiles a un faible pour les gens, les femmes, les hommes, leurs intérêts les uns pour les autres.
Mais là, qu’a donc attiré l’attention de cette femme ?
Vous aurez une idée d’ici lundi j’en suis sûr.




— Donc tu es comme moi ! Tu la regardes !
— Que veux-tu… femme à lunettes !…
— Oui, je connais la suite…
— un peu trop, trop sophistiquée, non ? Et puis, qu'est-ce qu'elle a à l'oreille : des écouteurs Apple ?
— C'est une forme de boucles d'oreilles.
— Et au menton ? Elle n'a quand même pas un piercing au menton ?
— C'est plutôt dans le cou. D'ici on voit pas grand-chose c'est flou.

-o0o-



— T' as vu, à la table à côté, cette femme est sublime !
— J'allais te le dire. La class' ! On se demande ce qu'elle fait dans ce troquet.
— Comme nous. Elle attend quelqu'un, ou quelque chose, ou alors elle rêve.
— Non, elle n'a pas les yeux dans le vague. Elle darde la porte. Il va arriver.
— Je me damnerais pour sa bouche carmin. Je brûlerais avec elle en enfer.
— C'est vrai qu'elle suscite l'envie, qui est un péché !
— Et voilà mon vieux,  c'est foutu pour nous, le type arrive.
— T'as raison : un vrai Dieu ! Nous allons rester en enfer.

-o0o-



— Pardonnez-moi, je ne suis pas un habitué des galeries de peinture que signifie cette étiquette rouge collée sur le cadre ?
— Mais je vous en prie, c'est un signe que le tableau est réservé ou vendu.
— Mince, j'aurais bien voulu l'acheter.
— Moi aussi si j'en avais les moyens, je trouve cette œuvre très maîtrisée.
— Ah ? Je ne m'y connais guère en art… c'est juste la femme représentée qui m'intéresse.
— Vous la connaissez ?
— C'est ma femme ! Je ne savais pas qu'elle posait pour des peintres, et je vous assure elle va m'entendre !

-o0o-





 

mercredi 15 novembre 2023

Réconciliations


Parfois je me demande si ce n'est pas là un essentiel dans la vie : aller de réconciliations en réconciliations, comme une sorte de petit secret de bonheur.

— Réconciliations avec soi-même et son histoire
— Réconciliations avec son environnement humain d'hier et d'aujourd'hui
et de fait les deux se mêlent et s'entrecroisent.

Malheureusement souvent on est dans l'affrontement et la bagarre. Et parfois la guerre. On m'a souvent répété dans mes jeunes années : « Dans la vie il faut se battre ». Mais contre quoi exactement ?
Je crois que beaucoup de choses se mettent à changer quand on dépose les armes. C'est ce qui m'est arrivé au temps des tempes blanches.

Quand je balaye un peu mon parcours personnel sous cet angle, je m'aperçois que c'est l'une des attitudes qui m'a apporté des satisfactions et du bonheur : la recherche de pacification. Même si j'ai mené des combats dans plusieurs domaines.

On en sort vainqueur si on est à même de laisser s'installer en contrepartie la paix intérieure en ce lieu de repos que j'appelle (avec quelques-uns) : le Royaume intérieur. Celui dont un autre parle à sa manière, bien plus puissante que la mienne. Vous avez dû en entendre parler : c'est Jésus de Nazareth. Ce fut un combattant pour l'amour et la vie. Ce type que l'église chrétienne, qui prospèrent par l'exploitation du fonds de commerce de la trouille généralisée à coups de terreurs, et d'horreurs, a choisi de nous le présenter faussement depuis des siècles comme le fils d'un dieu sanguinaire et vengeur qui plutôt que de nous aimer voudrait, paraît-il notre peau comme s'il était un tueur d'ours.

Ça vaut la peine d'aller « connaître en direct » ce pacificateur qui vivait y a plus de 2000 ans.
Les quelques-uns d'entre vous qui connaissent mon autre blog savent la manière dont j'en parle.
Et tout dernièrement justement, à propos de réconciliations.

C'EST ICI (CLIC)

lundi 13 novembre 2023

Les feux de la rampe.






Je sais bien que j’ai déjà, à moins que ce ne soit Lakevio soi-même, proposé ce sujet à votre imagination.
Mais cette toile de Marc Chalmé m’amène toujours à des supputations.
J’espère qu’il en ira de même pour vous et que vous donnerez libre cours à vote idée, fussent elles farfelues.
 
 
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« L'ai-je bien descendu ? » se demande-t-elle. Peut-être se prend-elle pour la nouvelle Cécile Sorel interpellant Mistinguett après avoir descendu le grand escalier du Casino de Paris ?
— « L'ai-je bien descendûûûûû ? ? » explose la célèbre voix de Cécile dans sa tête.

Cette femme, Muriel, se pose bien trop de questions, et ce depuis toujours, enfin disons autant qu'il m'en souvienne. Le doute sur soi et l'indécision ont tendance à l'envahir, ce qui ne peut qu'entraver son existence, et ça explique beaucoup de choses, probablement même ce dont je vous rends témoin à l'instant.

Petite-fille, elle se demandait s'il fallait jouer à la poupée dans sa chambre ou surveiller sa petite sœur dans le salon tandis que maman préparait le repas dans la cuisine. Ne sachant la bonne solution, elle révisait ses leçons dans son lit.
Adolescente, Muriel s'intéressait aux garçons de son âge, mais aussi au professeur de latin, qui était beau comme un dieu grec. Le choix était impossible, elle cherche encore aujourd'hui si elle n'a pas tout raté à l'époque.

Et nous voici avec Muriel adulte, dans la force de l'âge. Elle a pris mari, mais aussi un amant. Elle les aime tous les deux, mais différemment. Monsieur le curé, en confession, lui enjoint de rompre avec l'amant, condition nécessaire à l'obtention de l'absolution en vue de la pénitence.
Muriel hésite. Normal, c'est constitutif chez elle, on dit même qu'elle aurait hésité longtemps avant de sortir du ventre de sa mère, ce qui nécessita une césarienne.

Et voilà que je l'aperçois, redescendant l'escalier qui mène à l'appartement de son amant. Elle s'est exécutée. Cela a consisté à exécuter l'amant, qui gît dans une mare de sang.
« L'ai-je bien descendu ? » se répète-t-elle à chaque marche « l'ai-je bien trucidé ? ».

Des années plus tard, dans le box des accusés, elle tentera de convaincre le jury qu'elle a ainsi fait la volonté de Dieu lui-même, reçue par l'intermédiaire de Monsieur le curé. Elle a rompu avec l'amant en lui rompant le cou et en  l'égorgement par sécurité avec un couteau de cuisine.
Deux précautions valent mieux qu'une.
Ainsi, et peut-être pour la première fois, elle n'a pas hésité !
 
 

lundi 6 novembre 2023

La sacoche


176ème Devoir de Lakevio du Goût



Après Anne-Françoise Coulomy et ses portes dont on se demande toujours où elles mènent ou ce qu'elles cachent, voici Fernando Saenz Perdrosa et ses attentes d’un train qui mènera je ne sais où pour rejoindre je ne sais quoi ou échapper à je ne sais qui.
C’est toute l’histoire de « Le je ne sais quoi et le presque rien ».
A vous, et à moi, de jouer d’ici lundi…



Cela faisait déjà combien de temps qu'elle venait sur le quai de cet arrêt ? Des semaines ? Des mois ? En tout cas elle était encore là ce mercredi matin, comme chaque mercredi matin de cet automne-là qui noyait la petite gare dans le brouillard.
Invariablement elle portait cet imperméable suranné serré à la ceinture. De son bras gauche pendait un sac informe. Il se demandait si elle n'allait pas le lâcher dans un geste de désespoir.
Ce jour là la scène était incongrue à cause d'un sac de voyage posé sur le quai. Mais à qui donc appartenait cet étrange objet, parce que comme tout un chacun, elle n'avait que deux bras. Un bras pour le sac à mains, un bras pour le parapluie. Mais qu'en était-il de cette sacoche de voyage ?

C'est le genre de questions qu'il se posait pour tromper son ennui en attendant sa retraite qui ne tardera pas. Il était encore qualifié de « chef de gare » alors que celle-ci avait quasiment disparue. Désormais il ne servirait à rien d'autre qu'à renseigner d'éventuels voyageurs qui se faisaient aussi rares qu'une plaque de neige au Sahara. Oui, parce qu'à tout dire, il aurait aimé diriger une compagnie de chemin de fer au Sahara.

Au loin on aperçut la lueur du phare de la locomotive. La femme regardait dans la direction de la bête transpirant sa vapeur. Où donc ailleurs aurait-elle bien pu regarder ? C'était logique. Tout était logique. Le train allait passer sans s'arrêter, comme chaque mercredi. Cela faisait des mois et des mois que plus un train ne s'arrêtait à cet endroit déserté depuis que les usines alentour avaient fait faillite il n'y avait plus aucun ouvrier à amener le matin et faire repartir le soir.

La pluie avait cessé. La dame ferma son parapluie et se retourna vers le préposé à rien du tout pour l'interpeller. Celui-ci souleva sa casquette de chef de gare deux étoiles pour la saluer selon le règlement :
— Est-ce que la prochaine fois le train s'arrêtera enfin ?. Elle avait un regard qui tenait à la fois du désespoir et de la folle espérance. Parce que je dois absolument lui remettre le sac ! Vous comprenez ? C'est très important.

— Madame, comme je vous l'ai dit de manière circonstanciée la dernière fois, plus aucun train ne s'arrête ici depuis bientôt plus d'un an. Si je suis là chaque jour, c'est uniquement pour attendre ma mise à la retraite qui ne saurait tarder.

— Mais pourquoi donc ne m'avez-vous pas prévenu plus tôt ! C'est votre travail quand même. Vous pensez bien que si j'avais reçu cette information, j'aurais moi-même porté le sac de voyage à vélo pour le lui remettre en main propre. Maintenant il va falloir que j'attende encore une semaine pour revenir sur ce quai de gare. Et donc, si je comprends bien, vous ne servez à strictement à rien, alors que moi je fais mon métier de transporter et d'attendre.

Et moi ? Pourquoi étais-je là ? Pourquoi vivre chaque semaine cette scène répétitive. Probablement que c'est mon devoir de tenter de comprendre ce que le Destin veut me signifier pour gouverner ma propre existence.
Mon père me l'avait souvent répété et seriné à l'oreille : « Méfie-toi du train-train quotidien ! ».
Et depuis je cherche toujours à comprendre ce qu'il a voulu me dire exactement.
 

lundi 30 octobre 2023

Les délicieux délires d'automne.

 

175 ème Devoir de Lakevio du Goût.


Vous avez vu le temps qu’il fait ?
Je suis que vous avez, comme moi, plein de choses a dire sur ‘l’automne.
Sans aller jusqu’à tartiner sur « Ô bruit doux de la pluie par terre et sur les toits », si vous parliez quand même de « ce cœur qui s’ennuie » et de ce que suscite chez vous cette ambiance si particulière de l’automne, cette saison à la fois triste et belle ?

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Il est bien loin le temps où nous nous demandions si il ne valait pas mieux descendre vers le sud pour y vivre une retraite heureuse, paisible, tranquille et ensoleillée. Mon père avait paraît-il rêvé d'un genre de vieux moulin au bord d'une rivière chantante.
Hélas aujourd'hui, là-bas, c'est catastrophe sur catastrophe !

Comme c'est beau tout ce que chacun se construit avec des rêves, les siens et ceux des autres qui font des confidences semblables.
Ce qui était certain en ce temps-là, c'est qu'on n'aurait plus jamais la guerre en Europe !
Ce qui était tout aussi clair, c'est que le réchauffement de la planète, (à cause de nous, car tout est à cause de nous) commencerait à avoir quelques effets vers la fin du XXIe siècle, si tout va mal.

Je me souviens des cours sur « le principe de réalité ». C'était excessivement simple : il suffisait de couper radicalement avec le principe de plaisir à tout prix, surtout si on n'était pas fortuné. J'ai toujours adoré les principes qu'on ne s'applique jamais à soi-même : et ceci par principe !

Alors donc nous voici en automne.
Revenons à nos moutons tondus, parce que la consigne, c'est la consigne, et que le devoir, c'est le devoir. Et j'ai donc le devoir de vous dire que généralement l'automne m'emmerde. Il pleut, il fait froid, il y a du vent, des tempêtes, des inondations, des coulées de boue et des morts. D'ailleurs les feuilles sont jaunes, couleur cadavérique et de plus elles sentent mauvais. Essayer de faire une salade avec des feuilles mortes de chênes et de bouleaux. Non seulement c'est du boulot mais franchement c'est immangeable, même avec de l'huile d'olive première pression à froid. Mieux vaudrait probablement de l'huile de vidange.

Alors donc nous voici en automne.
C'est merveilleux l'automne. Des couleurs mordorées (et non pas mort doré), chatoyantes, diaprées, chamarrées, matinées de couleurs étincelantes, sur lesquelles il pleut des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas.

Voici que la saison décline,
L’ombre grandit, l’azur décroît,
Le vent fraîchit sur la colline,
L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.
Ah la vache ! Comme il cause beau le Victor !
Prenant conscience de cela, ne voulant pas que l'herbe de mon jardin s'enrhume, je vais couvrir ma pelouse de ces petites billes de polystyrène qui isolent le toit de ma maison et polluent l'ordre naturel des choses. Voyez comme j'ai le sens du sacrifice ainsi que celui de la nature et pour tout dire de l'univers entier.

Bon voilà, pour une reprise des devoirs après 15 jours d'absence, je trouve que j'ai fait un effort aussi suffisant que délirant.
Et rendez-vous au tas de sable.
(— Lequel ? Me demande une âme charitable. — Mais bien entendu celui qui est à l'ouest, toujours à l'ouest !)

 

dimanche 15 octobre 2023

Les libraires

 
Comme « les devoirs du lundi » sont en stand-by, notre profémérite étant victime d'un virus indésirable,voici un texte de fiction publié hier sur un autre forum d'écriture.  La consigne était simple : le texte doit commencer par : « Rien ne serait arrivé si je n'avais pas changé de libraire »

__________

Rien ne serait arrivé si je n'avais pas changé de libraire, mais pouvait-il en être autrement. Je connaissais Ernest Lebouquin depuis l'enfance. Il tenait la librairie « En attendant les livres de Godot ». Ma mère m'y emmenait régulièrement. Ernest me donnait le droit de lire des BD dans un coin tandis qu'il discutait avec maman dans l'arrière-boutique. Enfin, j'ai longtemps cru que cela se limitait à des discussions sur la littérature. J'ai compris plus tard qu'il ne s'agissait pas uniquement de corps à corps intellectuels. Plus tard, ce fut le jour de l'enterrement de maman où il était présent et pleurait beaucoup. Il y eut alors un éclair dans ma tête : c'était donc ça !

J'ai continué à fréquenter régulièrement la librairie de Lebouquin. C'était une manière de garder un lien avec maman. Après tout ils avaient sans doute vécu un amour sincère, d'autant que mon père avait abandonné le foyer familial depuis longtemps pour s'en aller aux Amériques.

Cependant, d'année en année Ernest déclinait, perdait la mémoire, me remettait tout fier dans les mains un livre que je n'avais pas commandé, en s'exclamant : « Tu vois, je l'ai quand même trouvé ! ». Effectivement je me suis souvenu que c'était un livre que j'avais commandé il y a une quinzaine d'années. Je n'ai pu faire autrement que le remercier chaudement et le revendre sur « le bon coin ». Un jour il a fallu me rendre à l'évidence de la nécessité de changer de libraire. D'autant que j'ai fini par apprendre que Godot n'avait écrit aucun livre.

J'ai dirigé mes pas vers « La charcuterie cérébrale » qu'on m'avait chaudement recommandée, spécialisée dans les livres scientifiques animaliers. J'avais acquis une passion pour ce secteur depuis que je m'étais longuement penché sur ce mystère : pourquoi Milou parlait-il comme un humain ? Alors que mon Yorkshire était muet comme une carpe et n'aboyait jamais. Il était hors de question que je meure sans avoir résolu cette épineuse question. Et c'est là que c'est arrivé.

Je suis tombé nez à nez avec mon père. Il classait des bouquins au rayon élevage neuronal Il m'a salué avec gentillesse et intérêt. J'étais le seul client. Évidemment il ne m'a pas reconnu. Je sortais à peine de l'enfance quand il nous a laissé tomber. J'avais à présent la cinquantaine.
— Vous désirez ? dit-il avec de l'envie dans la voix.
—  Je cherche mon père, me suis-je surpris à répondre.
— Votre père a écrit un ouvrage sur nos thématiques ?  Comment s'appelle-t-il ?
—  Je ne sais pas.
— Vous ne savez pas le nom de votre père ?
— Non, je ne sais pas s'il a écrit ce genre d'ouvrages.

Je devais avoir un air ahuri. Il a dû me prendre pour un type pas clair. J'ai senti de la méfiance dans son regard. À moins que des choses ne soient en train de remonter de sa mémoire. J'ai pensé : tu ne vois pas que nous avons les mêmes yeux, la même bouche, le même menton. Tu es aveugle ou quoi ?

— Dans ce cas, dites-moi ce que je peux pour vous, car là je ne vois pas grand-chose, se hasarda-t-il
— Regardez-moi plus attentivement, ai-je rétorqué, rappelez-vous, vous aviez laissé entendre que vous partiez aux Amériques. Et vous êtes là, dans la ville où vous avez une femme et un fils. Votre femme est morte. Votre fils c'est moi !
J'avoue que je me suis un peu emporté à ce moment-là.

Ça a été compliqué avec la police. Ils ont eu du mal à comprendre pourquoi je l'avais bousculé en sorte qu'il était tombé en arrière sur le coin du comptoir de la caisse. C'est quand même moi qui avais appelé le SAMU. J'y suis pour rien s'il est mort  dans l'ambulance.
Heureusement par la suite le Parquet a décidé que l'affaire était « classée sans suite ». Ils me font rire avec leurs expressions… parce que vous croyez que pour moi ça peut vraiment être « sans suite » ?



lundi 9 octobre 2023

Des oies sauvages criaient la mort au passage

 

« C'était un temps déraisonnable
on avait mit les morts à table »

Ce matin  me sont revenus ces vers d'Aragon chantés par Léo ferré, devant le spectacle offert par les télés et réseaux sociaux à la suite de l'ignoble tuerie du week-end, au cœur du conflit israélo-palestinien. Plus de 1100 morts, plus de 2150 blessés (chiffres provisoires) Je dis « spectacle » parce que des individus ont délibérément choisi de filmer l'horrible pour l'offrir en pâture à la face du monde avec des arguments abjects.

Il m'a fallu deux ou trois minutes avant de détourner les yeux délibérément, avec cette sorte de honte d'avoir regardé si longtemps.
Ainsi voilà où nous en sommes en octobre 2023, sur la planète Terre perdue dans l'univers. Voilà où j'en suis. Cette capacité de se laisser malsainement attirer par la vue du pire. On finit par ne plus faire la différence entre un « bon film d'horreur » (comme j'ai entendu dire) et la réalité qui apparaît de plus en plus virtualisée sur un écran de Smartphone.
Le pire engendre le pire.
Longtemps encore on continuera à mettre les morts à table.

« Est-ce ainsi que les hommes vivent
comme des soleils révolus »



lundi 2 octobre 2023

Noir c'est noir !

 


173ème Devoir de Lakevio du Goût

Ça fait quatre ans que je vous propose à peu près chaque semaine un « Devoir de Lakevio du Goût ».
Si vous n’en avez pas marre, voici le 173ème devoir.
Cette toile d’Émile Friant arrive un certain nombre de  devoirs et plus de deux cents semaines après le premier devoir que je vous ai proposé.
En attendant lundi, je suis sûr que vous allez vous précipiter sur vos claviers, rêvant des rentrées qui étaient d’antan et du mois d’octobre pour dire à quoi vous fait penser cette peinture dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas enthousiasmante…
Mais bon, vous vous direz, comme le héros de « 2001, a space Odyssey » d’Arthur C. Clarke « Bah… J’aurai bien une idée… »
À lundi.


 

Lorsque je les ai vus ainsi, je me suis demandé si je voyais sur le mur l'ombre d'un amour naissant, ou celle de son déclin finissant.
« Noir c'est noir » chantera bien plus tard copain Johnny, et d'en conclure qu'il n'y a plus d'espoir.
« Pour moi du gris j'en veux plus dans ma vie » ajouta-t-il, évoquant soyons en certain, le « tabac gris » Scaferalti-caporal dans son paquet cubique : Johnny désirait devenir sage et arrêter de fumer.

Mais revenons à nos soi-disant amoureux dans leurs vêtements sombres comme le désespoir naissant, si on lui laisse le temps de naître. Car il y a une possibilité concernant le désespoir c'est de lui foutre deux tartes dans la gueule dès qu'il se pointe. C'est pas plus compliqué que ça, il suffit d'un peu d'audace, avant qu'il ait le temps de retirer sa face de mort dégénéré et pffuiiit, le voilà retourné à trépas avant même d'apparaître. Petit conseil gratuit au passage de votre ami Alain, spécialiste du trussidage du désespoir. Sinon il serait ad patres depuis fort longtemps.

Bon alors, ce tableau d'Émile Friant, quoi est-ce que cela que c'est ?
Un naturaliste. Dont le style est jugé trop réaliste. Paraît-il qu'il aurait mieux fait d'être dans le courant fauvisme ou cubisme. D'aucuns pensent que dans ce cas on aurait été friand de son œuvre (admirez le jeu de mots à la con, mais oui il est de moi…).
Reste quand même le plus intéressant de lorgner la tapisserie du fond avec des fleurs subtiles des tons ajustés et de la qualité maniériste dans le reproduction sur l'ombre. Chapeau l'artiste ! Ça n'est absolument pas intéressant mais c'est peint avec componction et de bonnes manières mondaines dans le pinceau.

Observons que l'artiste a mis une lampe de chevet vieillotte par terre sur la droite de manière à avoir une ombre portée et sur cette portée et on aurait pu inscrire les notes de musique d'un requiem évidemment, vu que Monsieur et Madame ont des têtes d'enterrement. Je le disais bien : l'amour est mort !

Quant à elle, on devine qu'elle regarde par terre où elle vient de repérer une souris qui ne la fait pas sourire, car elle traverse le plancher de la pièce avec un morceau de fromage dans la bouche, ricanant car elle a su piquer le fromage sans que la tapette à souris fonctionne. Ah ! Ah ! Ah ! Qu'est-ce qu'on se marre !
J'ajouterai qu'elle doit aussi penser : — « Ça va durer encore longtemps cette petite mascarade ! Qu'est-ce qu'il m'emmerde ! » (Car dans le déduit paraît qu'elle prononce des grossièretés au moment suprême).

Lui, franchement il ne fait pas honneur à la gent masculine avec son air bêta, sa barbe ratée, et sa moustache pendante comme la bave de son nez quand il est enrhumé.

Bon, fermons le ban, passons à autre chose de plus intéressant, tiens, la toile qui suit par exemple !
Ça au moins c'est du fauvisme ! : 

 


 

vendredi 29 septembre 2023

Mémoire, ma mémoire, es-tu encore fiable ?



Admettons que ce soit la fatigue du moment. Une sorte de post–covid.
« Les emmerdeuments défilent en escadrille », disait Chirac qui n'a pas inventé l'expression.
Constat du moment. Ça défile en effet.
Cela m'oblige à me plonger dans des actes de famille et de retrouver des situations anciennes, dont j'ai du mal à renouer le fil clairement. Enfin disons que ça me prend du temps. Est-ce normal docteur ? Je dois fournir les étapes du cheminement d'un bien immobilier. Je croyais que c'était simple. Pas du tout. Et là je me dis : mais bon sang est-ce que vraiment j'avais oublié tout ça ?

Quand on se plonge dans des vieilleries, on tombe inévitablement sur d'autres. Cette fois ce sont des écrits personnels qui ont l'âge des vins millésimés dont on ne se souvient plus quand on a pu acheter les bouteilles. Je relis des pages au hasard : — Comment ça ? C'est moi qui écris tout ça ? Putain c'est pas si mal écrit que ça ! J'étais jeune et peut-être audacieux en ce temps-là.

Mais voilà, là aussi j'avais tout oublié. Est-ce encore normal docteur ?

Est-ce que tout cela m'inquiète ? Pas vraiment !
C'est plutôt la nécessité d'accepter un certain échappement mémoriel. Il paraît qu'on ne supporterait pas de se souvenir de tout, sans rien oublier, c'est même une pathologie. Ouf ! Je ne suis pas en si mauvaise santé mentale que cela !

Alors par association d'idées on peut s'interroger : mes souvenirs sont-ils si fiables que ce que je crois ? Surtout quand on relate une situation ancienne vécue avec d'autres et que les autres en question n'ont pas du tout le même souvenir des choses. J'en connais même qui savent parfaitement s'étriper à ce propos. — C'est moi qui ai raison ! — Non c'est moi bordel je sais bien que c'est moi !
 Etc. etc. la grosse rigolade.

La fabrique des souvenirs !
Finalement chacun a la sienne dont il est persuadé qu'elle est parfaitement conforme à la réalité de ce qui fut.
Je me souviens de mes cours de droit pénal et de sciences criminelles sur la valeur des témoignages mêmes récents, et ne parlons pas de ce que l'on croit avoir vu il y a des années. Bien sûr que je jure de dire la vérité Monsieur le juge… mais quelle vérité ? Ce dont je crois me souvenir dur comme fer ? Et mon déni évident lorsque les éléments factuels viennent démontrer le contraire.
Comment oublier cette mise en scène organisée par le prof en TD et ensuite la série de questions qu'il posai sur « ce qu'on avait vu ». La confrontation des points de vue fut édifiante de ce qu'on était prêt à jurer « croix de bois croix de fer » ce qu'on avait vu de manière évidente. Alors qu'un certain nombre d'entre nous se sont fourvoyés sur plusieurs éléments. Entre ce qu'on a vu et ce qu'on a cru voir…

Pour en revenir à moi-même, le seul sujet qui vous intéresse, j'ai retrouvé il y a peu des bulletins scolaires avant la sixième. C'est fou, il y a des trucs quasiment élogieux. Un premier prix de mathématiques, de rédaction, de français, et de grammaire. Ça n'a rien changé au sentiment que j'ai que ma scolarité, avant de décider la polio lors de l'entrée en sixième, était un échec cuisant à tous les niveaux…
Sacrée fabrique ! Tu as plus d'un tour dans ton sac…

lundi 25 septembre 2023

Une aventure sur le net

 

172ème Devoir de Lakevio du Goût





J’aime beaucoup cette toile de Van Gogh.
Je pense que vous aussi vous l’aimez.
Je suis sûr que vous avez quelque chose à en dire.
Ce serait bien si, en le disant vous y placiez ces dix mots :
Désert -Retraite -Solitude. -Automne -Réaction

Fauteuil -Épouse -Chagrin -Froid -Chemise

Bon, ce n’est qu’une suggestion mais ce serait vraiment chouette.


-o0o-





À l'automne dernier, Vincent s'inscrivit sur un site de rencontre « Disons après-demain » dont on vantait les mérites à la télévision. Compte tenu des images proposées où tout semblait moelleux comme dans un fauteuil club des années 1950, cela lui rappelait l'époque où il connut cette femme merveilleuse, pétillante de vie, svelte, sportive et primesautière qui allait devenir son épouse.


Ils s'étaient promis l'un l'autre un bonheur sans nuage, parce qu'à 20 ans à peine on n'est pas plus sérieux qu'à 17 ans et qu'alors on se met à rêver aux progrès éternels et sans limite que l'on promettait, d'autant que c'était bien décidé, il n'y aurait jamais plus la guerre. Le Phénix ne renaîtrait pas de ses cendres, les autorités mondiales nous l'avaient affirmé. En ce temps-là les peuples croyaient encore à la parole politique et son efficacité qui ne pouvait être que divine. Le pape lui-même soutenait les riches comme c'était la tradition depuis des siècles. Quant aux pauvres, le ciel et le bonheur éternel leur étant promis juste après la mort « À la porte de l'éternité » (*), inutile de les décevoir en les assistant bêtement, compromettant aussi la félicité de leur éternité Le pauvre n'a pas vocation à s'enrichir. Tout cela évidemment laissait sans réaction le bon chrétien qui avait acheté une chaise marquée à son nom au premier rang de l'église.


Vincent avait trouvé un bon métier de peintre en bâtiment. Comme il était courageux et persévérant il avait fini par fonder sa petite entreprise qui fructifia d'année en année. Et puis un jour arriva l'âge de la retraite, la vieillesse, le départ des enfants, l'arrivée de la solitude. Et puis l'inscription sur ce site de rencontre afin de sortir du désert dans lequel il s'enfonçait peu à peu.


C'est ainsi qu'il rencontra Sidonie, elle avait l'âge mûr mais était plus jeune que lui. Et franchement il faut bien le reconnaître le hasard fit bien les choses car elle avait d'étranges ressemblances avec sa défunte compagne emportée par une « longue maladie » comme on dit pudiquement. Et tout aussi franchement ils vécurent pendant quelques mois une passion amoureuse débordante de vitalité, de virilité, et d'abandon dans le plaisir réciproque que ni l'un ni l'autre n'avait connu jusqu'alors. « Vive la vieillesse » s'exclamaient-ils, avant de remettre ça avec une ardeur étonnante.


Malheureusement Vincent n'en demeurait pas moins quelque peu rustre dans ses manières et ses comportements quotidiens, ce qui  finit par déplaire à  sa nouvelle conquête, laquelle  pensa : 

— Vivement après-demain qu'on arrête tout ça ! Ce mec commence à me lasser ! Les plaisirs de la chair ça va un moment, mais je désire aussi goûter aux plaisirs intellectuels et c'est pas avec un peintre en bâtiment qu'on va disserter sur « la recherche » de la madeleine de Marcel Proust. C'est décidé je le plaque.


L'autre jour je suis allé voir Vincent qui avait repeint ma façade il y a bien des années. Il était affalé sur une chaise, les poings sur les yeux. Il me fit part de son chagrin à cause de la cataracte qui allait lui faire perdre la vue parce que c'était pas opérable. Et puis il m'a raconté toute son histoire, sans bouger, murmurant parfois de manière peu compréhensible. C'était vraiment ses yeux qui l'embêtaient. Pas vraiment cette histoire de site de rencontre et sa fin relativement tragique.


Va savoir pourquoi ça m'a ému jusqu'aux larmes alors que je ne connaissais Vincent que comme prestataire. Et puis j'ai pensé : « C'est fou quand même comme l'amour  rend aveugle ». Devant le cynisme d'une pensée qui m'avait échappée, j'ai eu froid dans le dos. Et sans que je ne sache vraiment pourquoi j'en ai trempé ma chemise de sueur qui me dégoulina dans le dos.  Je suis rentré me sécher, je n'avais pas l'intention d'attraper une fluxion de poitrine. 


(*) Titre de cette toile de Van Gogh


vendredi 22 septembre 2023

Chanson du jour

 

Quasiment chaque année, le 22 septembre je ne puis m'empêcher de penser

 à cette chanson de Brassens.

La fin me rejoint.


Les amoures anciennes finissent par se déliter.

 Un jour il n'en reste plus aucune trace même pas l'ombre de la tristesse.


 Et pour cette histoire ancienne, l'une d'entre elles, bien au contraire, je me dis que si elle ne s'était pas terminée dans un épisode que j'ai vécu tragiquement, je n'aurais jamais rencontré celle qui partage ma vie depuis tant d'années dans un bonheur partagé, dont on s'étonne encore chaque jour, malgré les embûches et épreuves de la vie.








mardi 19 septembre 2023

Comme un bois mort.




Un souvenir d'enfance me revient. J'allais à la pêche avec mon père au bord d'un grand étang dans la Somme. Il y avait un petit ponton pour s'installer avec les cannes à pêche. Des plantes  aquatiques, des roseaux. Une brise agitée l'eau d'ondulations donnant la sensation d'un courant. Et puis il y avait ce morceau de bois qui flottait, ballotté. Je l'observais quasiment plus que surveiller le bouchon qui devait s'enfoncer et signaler qu'on avait « une touche ». Ce morceau de bois qui semblait ne pas savoir où aller ou plutôt ne pas pouvoir naviguer quelque peu,  me fascinait. Cette incapacité de prendre une quelconque décision le concernant et son destin. Il n'avait sans doute d'autre choix que de pourrir sur place peu à peu. Je me demandais si je pouvais faire quelque chose pour lui.


Depuis que le covid a fait comme dégâts en moi de me donner un corps qui a la pesanteur d'un bois mort, ce souvenir a rejailli. Et me voilà avec la tentation de me  laisser glisser lentement dans la rivière.


Intense découragement. À quoi ont bien  pu servir tous ces efforts quotidiens pour maintenir le plus possible une autonomie défaillante ? Alors qu'un petit virus de merde vient tout anéantir en une nuit ? Que de combats dérisoires !


J'ai parfois pensé que je possédais la force des faibles.

Voilà que cette force m'abandonne, elle aussi…


lundi 18 septembre 2023

Porte-revues ? ou revue de portes ?

 

171ème Devoir de Lakevio du Goût.






Je connais bien ce genre de situation où un homme en caleçon cherche ou regarde quelque chose.
Et pour cause...
Mais vous ?
Qu’avez-vous à en dire ?
Cette toile de Madame Ambre Lia-Kloppel vous inspire-t-elle ?
Vous rappelle-t-elle quelque chose ?
À moi oui et je vous dirai quoi lundi.
Et j’espère bien que vous aurez quelque chose à raconter aussi…






1 — Gaétan est un homme à femmes. Dans les boudoirs confidentiels que celles-ci fréquentent on s'échange son numéro de téléphone, sous des regards complices. Chacune sait très bien ce qu'il adviendra et fera l'objet des prochains échanges croustillants que ces dames aiment partager. C'est ainsi que Sidonie narra ce jour-là à l'auditoire attentif, en montrant la photo, que l'étourdi Gaétan chercha en vain et trop longuement sa boîte de préservatifs dont l'usage se faisait obligatoire. Elle conclut :

— « j'ignore s'il finit par les trouver car je m'étais rhabillée et puis rapidement éclipsée ! ».



2 — Jean-Louis est d'un naturel gentil et dévoué, aux apparences confiantes. En réalité il est quelque peu suspicieux pour ne pas dire jaloux. J'hésite même à savoir s'il est soupçonneux ou soucieux, créatifs ou exclusifs. Tiens, par exemple, l'autre jour on était au lit par cette belle et chaude nuit prometteuse. J'étais prête à tout lui offrir, je t'assure, absolument tout. Il commençait à me couvrir de ses baisers et moi de m'ouvrir quasiment dégoulinante. Et voilà que mon Jean Louis se lève toutes les 10 minutes pour aller ouvrir la porte, voir s'il n'y a pas un truc qui se passe dehors et pourrait nous déranger à tout instant. Je t'assure ça m'a complètement refroidie. Alors je me suis tournée de l'autre côté et j'ai fait semblant de dormir. Bien fait pour lui. Tu aurais fait quoi toi ?



3 — Romain, je le découvre sous un autre jour depuis qu'il est papa. Il est encore plus attentif à moi et au bébé. Tu m'avais dit que les hommes n'aimaient pas les nourrissons qui sentaient le lait caillé et la couche trop pleine. Et bien quand mon mec entend notre petit Grégoire chouiner dans la pièce à côté, aussitôt il se lève pour aller voir ce qui se passe et je l'entends lui dire des mots si gentils que s'en est trop mignon. Finalement je crois que je vais lui demander de le reconnaître !


4 — Colin et Chloé


— Colin : Viens voir , mais viens voir je te dis !

— Chloé : j'ai sommeil Colin ! Qu'est-ce qu'il y a encore à voir !


— Colin : Mais viens, il y a de l'amour dans l'air, ça chauffe. Regarde.

— Chloé : Je veux penser à autre chose. Supposons que je me casse la gueule dans l'escalier.


— Colin : Ce qui m'intéresse ce n'est pas le bonheur de tous les hommes c'est celui de chacun.

— Chloé : Embrasse-moi. Je suis ta femme oui ou non ?


— Colin : Viens voir, il est en train de la prendre sur ses genoux.

— Chloé : Alors détaille, mon Colin, et viens dans mes bras câlins


— Colin : Je t'assure, ma Chloé, tu vas rater une scène superbe !

 — Chloé : Bah ! C'est juste l'écume des jours…


(Plusieurs phrases sont directement tirées du livre de Vian)


lundi 11 septembre 2023

J'ai eu chaud.

 

170ème Devoir de Lakevio du Goût.



Aujourd’hui, histoire de rester dans « l’air du temps » comme disait Nina Ricci, la température me semble un bon sujet de conversation.
J’ai donc repris « Le crabe aux pinces d’or » d’Hergé et en ai tiré cette image pour en faire le sujet du devoir.
Canicule donc il y a.
Comme vous vous en doutez, Heure-Bleue hésite entre la mort et la fusion.
Mais vous ?
Comment vivez-vous, comment survivez-vous à ces températures qui donnent une idée des conditions de travail des ouvriers de la sidérurgie.
Vous serez lues et lus lundi sans aucun doute, et avec intérêt…





J'aime autant vous le dire, et croyez-moi, j'ai vraiment eu chaud.

Je vous assure, quand ça vous tombe comme ça sur les épaules alors qu'on ne s'y attendait pas, même s'il y avait des signes avant-coureurs et si d'autres vous avaient prévenu, au risque de me répéter, croyez-moi, ça vous fait un effet dont vous vous souviendrez longtemps.


Au départ, tout allait bien, on était content de s'y rendre. C'était même joyeux d'y aller tous ensemble. Mais à mesure que le temps passait ça devenait de plus en plus pesant. En fait, c'est très insidieux, ça s'infiltre un peu partout petit à petit.

Et puis tout à coup, on ne peut plus faire « comme si ». Vous vous mettez à transpirer et au bout d'un moment c'est tellement insupportable que ça en devient des sueurs froides.


La trouille ! Voilà ce qui vous saisit et que vous n'osez pas reconnaître : la trouille !

Parce que ce que vous apercevez, c'est franchement hallucinant !

C'est là, devant vos yeux. Et en même temps ça vous dégouline dans le dos.

Alors vous prenez votre courage à deux mains et vous le serrez dans vos bras. Et vous pensez fortement en vous-même : je vais faire face, je le regarderai en face !


Et voilà qu'il est là, agressif au possible, vous savez bien que la mort rode.

Il est là véritablement lui : le Soleil dans un ciel bleu et il vous nargue, nous fait peur et vous transpirez doublement.


Vous saisissez péniblement votre Smartphone trop lourd tout à coup, et sur l'écran :


CANICULE - DANGER

DANGER - CANICULE

CANICULE- DANGER

DANGER - CANICULE


Et pour la suite, je vous le jure, je ne me souviens de rien.


On prétend que je suis encore en vie !

  — Vous avez des preuves ?