Un texte sur une proposition que j'ai faite pour l'atelier d'écriture Kalïdoplumes.
Regardez cette image…
Laissez votre imaginaire vagabonder…
… en descendant l'escalier
.
Où cela va-t-il vous mener ?
Racontez…
Voici ce que j'ai pondu :
Ce n'est pas la première fois que je passe devant cette descente d'escalier, hésitant, n'osant pas m'aventurer. Et puis, aujourd'hui, je me sens pris de hardiesse. Il n'est plus temps de tergiverser. Alors, assez timidement, me tenant à la rampe, j'y vais.
Évidemment, je ne suis ni très malin, ni prévoyant, je ne me suis même pas muni d'une lampe de poche. J'aurais dû. Car il y a beaucoup plus de marches que je ne le pensais. Tant que la lumière du jour m'éclaire, ça va. Mais peu à peu le sombre gagne du terrain. Je décide de remonter et d'abandonner. Mais, mystérieusement, mon corps est d'un autre avis, mes jambes continuent à descendre les marches, presque contre mon gré. Ce n'est pas raisonnable me dit ma raison, continue se murmure-t-il au fond de moi.
Et puis tout à coup : plus aucune marche, juste une porte et sous celle-ci un rai de lumière. J'empoigne la clenche, je baisse un peu les paupières et j'ouvre.
Le sol est plat à présent. Une lumière douce, venue de je ne sais où, baigne un long corridor qui semble n'en plus finir. De chaque côté il y a des rayonnages et des livres, des livres, des livres à perte de vue. De quoi lire pour toute une éternité.
J'avance lentement, étonné, mais sans peur ni crainte. Comme si j'étais conduit vers je ne sais quel destin. À mesure que je marche, les livres sont des éditions plus anciennes. Le corridor continue en forme de courbes si bien que je n'en vois pas le bout.. Et puis tout à coup j'aperçois au loin une silhouette comme assise derrière une grande table qui fait la largeur du corridor. Je marche plus lentement, par prudence. Mais qui donc peut bien vivre là ? Tout du moins s'il s'agit d'un être humain… car la silhouette est assez curieuse, on dirait qu'elle porte sur la tête un long chapeau conique de clown, aussitôt je pense : « turlututu ! Chapeau pointu ! » en me mordant la lèvre.
Me voilà devant la table où il y a une chaise. C'est bien un être humain, un genre de mage pour histoires d'enfants (tiens, il doit sûrement y avoir des livres pour enfants dans tous ces rayonnages…). Une voix grave mais douce s'adresse à moi :
— Assieds-toi, mon enfant. !
Mon enfant… il me fait sourire… je viens d'avoir 30 ans, je suis prof de littérature ancienne à l'université, avec ma compagne nous avons deux enfants.
— Comment t'appelles-tu, mon petit, ? Est-ce que tu es sage avec papa et maman ? Est-ce que tu travailles bien à l'école ?
Mais qu'est-ce que c'est que ces questions idiotes ! Je vais me réveiller, je suis en plein rêve. Mais voilà que je lui réponds avec assurance, que je suis « tête de classe » et que j'aime l'école et ma jolie maîtresse.
Alors il me parle de mon avenir, que je deviendrai prof de littérature (mais ça je le sais, banane !), Mais il ajoute que je publierai des livres qui marqueront mon époque, ce pourquoi j'aurais le prix Nobel de littérature vers ma soixantaine.
Bon, il serait temps que je me réveille.
Le type se lève, derrière lui il y a une bibliothèque classique en bois précieux, que d'ailleurs j'aimerais posséder, il ouvre, prend un livre à la couverture ancienne de cuir précieux. Il se rassied, il tourne vers moi le livre, le tenant à deux mains, sur lequel il est écrit : « Ceci est le Livre de ta Vie ».
J'observe alors qu'il y a un fermoir et un petit cadenas. L'homme a sur son index une petite chaîne en or avec une petite clé. Je m'avance pour la saisir. Il retire sa main d'un « chut ! » : — Pas aujourd'hui ! Tu reviendras en temps voulu ! Alors tu connaîtras tout de toi, de ta vie jusqu'à ton dernier souffle !… Mais le désires-tu ? Ouvriras-tu le petit cadenas ? Ça peut être merveilleux ou très dangereux ! Rentre chez toi maintenant, Reviens dans une semaine.
Il ouvre un tiroir sous le bureau, saisit une petite lampe torche et me la tend : « tu vas en avoir besoin ». Puis il se lève, s'éloigne, et disparaît par je ne sais quelle porte dérobée… à l'instant même la douce lumière disparaît. L'obscurité s'installe.
Je comprends alors ce qu'est la bonté : une petite lampe torche…
Tout se brouille dans ma tête en rebroussant chemin, en remontant l'escalier vers la lumière du jour. C'est infiniment curieux, j'ai vécu un rêve éveillé en marchant.
Je fais quelques pas, malhabile, hésitant, puis je me retourne.
Le livre est toujours là, mais c'est un monument de pierre en hommage à la littérature, sur lequel il est écrit « la littérature ouvre sur le Grand mystère ».
Aucun escalier à descendre.
Est-ce que j'aurai l'audace de revenir ? D'espérer l'escalier pour revoir l'homme ?
Et puis, de terribles mots s'imposent :
— Vivement la semaine prochaine !





