Pages

samedi 28 février 2026

L'escalier — écrit pour un atelier d'écriture

 

Un texte sur une proposition que j'ai faite pour l'atelier d'écriture Kalïdoplumes.

 



Regardez cette image…
 Laissez votre imaginaire vagabonder…
… en descendant l'escalier
.
Où cela va-t-il vous mener ?
Racontez…


Voici ce que j'ai pondu :

Ce n'est pas la première fois que je passe devant cette descente d'escalier, hésitant, n'osant pas m'aventurer. Et puis, aujourd'hui, je me sens pris de hardiesse. Il n'est plus temps de tergiverser. Alors, assez timidement, me tenant à la rampe, j'y vais.

Évidemment, je ne suis ni très malin, ni prévoyant, je ne me suis même pas muni d'une lampe de poche. J'aurais dû. Car il y a beaucoup plus de marches que je ne le pensais. Tant que la lumière du jour m'éclaire, ça va. Mais peu à peu le sombre gagne du terrain. Je décide de remonter et d'abandonner. Mais, mystérieusement, mon corps est d'un autre avis, mes jambes continuent à descendre les marches, presque contre mon gré. Ce n'est pas raisonnable me dit ma raison, continue se murmure-t-il au fond de moi.

Et puis tout à coup : plus aucune marche, juste une porte et sous celle-ci un rai de lumière. J'empoigne la clenche, je baisse un peu les paupières et j'ouvre.
Le sol est plat à présent. Une lumière douce, venue de je ne sais où, baigne un long corridor qui semble  n'en plus finir. De chaque côté il y a des rayonnages et des livres, des livres, des livres à perte de vue. De quoi lire pour toute une éternité.

J'avance lentement, étonné, mais sans peur ni crainte. Comme si j'étais conduit vers je ne sais quel destin. À mesure que je marche, les livres sont des éditions plus anciennes. Le corridor continue en forme de courbes si bien que je n'en vois pas le bout.. Et puis tout à coup j'aperçois au loin une silhouette comme assise derrière une grande table qui fait la largeur du corridor. Je marche plus lentement, par prudence. Mais qui donc peut bien vivre là ? Tout du moins s'il s'agit d'un être humain… car la silhouette est assez curieuse, on dirait qu'elle porte sur la tête un long chapeau conique de clown, aussitôt je pense : «  turlututu ! Chapeau pointu ! » en me mordant la lèvre.

Me voilà devant la table où il y a une chaise. C'est bien un être humain, un genre de mage pour histoires d'enfants (tiens, il doit sûrement y avoir des livres pour enfants dans tous ces rayonnages…). Une voix grave mais douce s'adresse à moi :
— Assieds-toi, mon enfant. !
Mon enfant… il me fait sourire… je viens d'avoir 30 ans, je suis prof de littérature ancienne à l'université, avec ma compagne nous avons deux enfants.
— Comment t'appelles-tu, mon petit, ? Est-ce que tu es sage avec papa et maman ? Est-ce que tu travailles bien à l'école ?
Mais qu'est-ce que c'est que ces questions idiotes ! Je vais me réveiller, je suis en plein rêve. Mais voilà que je lui réponds avec assurance, que je suis « tête de classe » et que j'aime l'école et ma jolie maîtresse.

Alors il me parle de mon avenir, que je deviendrai prof de littérature (mais ça je le sais, banane !), Mais il ajoute que je publierai des livres qui marqueront mon époque, ce pourquoi j'aurais le prix Nobel de littérature vers ma soixantaine.
Bon, il serait temps que je me réveille.

Le type se lève, derrière lui il y a une bibliothèque classique en bois précieux, que d'ailleurs j'aimerais posséder, il ouvre, prend un livre à la couverture ancienne de cuir précieux. Il se rassied, il tourne vers moi le livre, le tenant à deux mains, sur lequel il est écrit : « Ceci est le Livre de ta Vie ». 
J'observe alors qu'il y a un fermoir et un petit cadenas. L'homme a sur son index une petite chaîne en or avec une petite clé. Je m'avance pour la saisir. Il retire sa main d'un « chut ! » : — Pas aujourd'hui ! Tu reviendras en temps voulu ! Alors tu connaîtras tout de toi, de ta vie jusqu'à ton dernier souffle !… Mais le désires-tu ? Ouvriras-tu le petit cadenas ? Ça peut être merveilleux ou très dangereux ! Rentre chez toi maintenant, Reviens dans une semaine.

Il ouvre un tiroir sous le bureau, saisit une petite lampe torche et me la tend : « tu vas en avoir besoin ». Puis il se lève, s'éloigne, et disparaît par je ne sais quelle porte dérobée… à l'instant même la douce lumière disparaît. L'obscurité s'installe.
Je comprends alors ce qu'est la bonté : une petite lampe torche…

Tout se brouille dans ma tête en rebroussant chemin, en remontant l'escalier vers la lumière du jour. C'est infiniment curieux, j'ai vécu un rêve éveillé en marchant.
Je fais quelques pas, malhabile, hésitant, puis je me retourne.
Le livre est toujours là, mais c'est un monument de pierre en hommage à la littérature, sur lequel il est écrit « la littérature ouvre sur le Grand mystère ».
 Aucun escalier à descendre. 

Est-ce que j'aurai l'audace de revenir ? D'espérer l'escalier pour revoir l'homme ?
Et puis, de terribles mots s'imposent : 

— Vivement la semaine prochaine !


lundi 23 février 2026

Les conneries ça défoule

 Or donc, j'ai reçu récemment une invitation pour une visite privée de l'exposition « Kandinsky face aux images » au musée d'Art moderne « LaM » de ma région, avant qu'elle ne soit ouverte à la populace…
Oui, j'ai des relations mondaines !

Malheureusement, je ne m'y suis pas rendu, pour des raisons que je n'ai aucune obligation à vous exprimer. Donc, je vous laisse élucubrer toutes les supputations qui vous feront plaisir, sur la raison du pourquoi, que comment, que quoi, mais qu'est-ce donc ?
N'hésitez pas à supputer. C'est offert.

D'abord, Vassily, il est pas de ma famille, je n'ai pas pour habitude de fréquenter n'importe quel étranger du dehors, fut-il un maître de la peinturlure abstraite. Ensuite, il faut savoir qu'il est né à Moscou et chacun connaît parfaitement ce qu'il faut penser de cette bourgade, par les temps qui courent et ne sont pas là de s'arrêter.
 
Comme disait Fernand Raynaud : « j'aime pas les étrangers, parce qu'ils ne sont pas français ». Ce qui est parfaitement frappé au coin du bon sens. (Qui, lui, d'ailleurs en a marre qu'on le frappe ainsi, mais ce serait une autre histoire).

Néanmoins, il faut observer que le Vassily en question, a quand même commis des œuvres pas piquées des hannetons. Mais c'est certainement à la suite du fait qu'il fut naturalisé français. De ce fait il s'est mis à avoir du talent.
C'est bien connu : la nationalité fait l'artiste !

Bon, après ce tissu de conneries qui n'engage que moi, et parce que je m'enmerde en cette fin d'hiver qui traînaille, voici quelques œuvrettes de Kandinsky, réalisées avant sa mort en 1944. (Hé oui, banane, après sa mort il a laissé tomber ses pinceaux).

 Elles  valent désormais sur le marché pas loin de deux bras, deux jambes et quasiment la tête.
J'espère que vous après cirez. (… moi les pompes).


 

 

 

Improvisation 35 (1914) painting in high resolution by Wassily ... 

Circles in a Circle, 1923 (painting) by Artist Kandinsky, Wassily (1866 ... 

 

vendredi 13 février 2026

La nuit porte les mots



L'autre nuit il a fallu traverser des heures difficiles, à cause d'une douleur persistante.
Je tentais de laisser ma pensée se fixer ailleurs que sur le douloureux. Ce n'est pas très évident, mais ça peut fonctionner.

Je me remémorais les gens qui me sont précieux. Les personnes pour qui j'ai de la considération, de l'affection et de l'amour ; celles qui me font le cadeau de leur présence, de leur attention, de leur proximité et de leur compréhension ; enfin, des pensées de ce genre.

Et puis mon attention est revenue sur le mot lui-même « précieux ». J'avais les yeux fermés dans la nuit. J'entendais la respiration douce et régulière de mon épouse qui dormait à mes côtés. Comme une présence silencieuse, à la fois précieuse et bienfaisante. 

Précieux  c'est  parfois comme s'autoriser à prendre contre soi, avec soi, en soi, pas forcément pour signifier une possession [quoi que…] mais une présence.
C'est légitime, et même nécessaire. Sans présence on n'est pas grand-chose. Je ne crois pas au dépouillement de tout. Cela me semblerait un dessèchement, un squelette de soi-même.
Alors bien sûr, c'est centré sur soi, même si existe l'intention et la volonté de redonner ce que l'on a reçu.

Dans la nuit, on peut aussi écrire « pré-cieux », comme la projection d'une promesse qui nous attendrait quelque part… dans les cieux…
Cependant la Promesse nous est faite par la vie et toutes ses composantes d'aujourd'hui. Parmi elles : des religions,  nos enseignants, nos parents, les candidats aux élections  qui promettent le ciel, et bien d'autres aussi comme les arnaqueurs de tous poils (la publicité omniprésente par exemple… : « le bonheur est dans le dentifrice »).

 Me vint un extrait de la chanson de Brel, Orly : « ils vivront de promesses qui ne feront qu'attendre ». Il est question d'un couple, mais c'est bien plus large que cela. On ne cesse de nous dire qu'il faut attendre, que ça va venir. … Mais quand ?

Avouons-le, combien de fois nous voudrions quand même y croire quelque peu en déposant notre bulletin  dans l'urne. Combien de fois nous serons encore déçu(e)s. 

Comme si tout devait nous arriver d'un « ailleurs ». Mais le précieux est en nous, « ici-bas », dans cette extraordinaire  dynamique appelante du fond de notre être, un moteur intérieur, une pulsion centrale qui vient des tripes et qui nous entraîne dans l'existence. Notre accomplissement et peut-être notre bonheur ne sont ni dans les nuages, ni dans la conquête de l'espace ou de l'univers pour les plus entreprenants des Chino-américano-russes, ni dans l'extraction pétrolière, ni dans le transhumanisme, ni dans la folle croyance en une Supériorité quelconque. Et encore moins dans « de l'avoir plein nos armoires » comme le chantait Souchon 

Le précieux réside dans la confiance que nous faisons en notre propre potentiel, en celui des autres pour ensemble développer des réussites collectives, petites ou grandes. 
L'humanité vient tout juste de naître.

Je me suis endormi. La douleur avait décidé de me foutre la paix.

samedi 7 février 2026

Proverbe illustré (4)


J'ai grand besoin d'aérer mes neurones et mes poumons.

Je ne peux m'empêcher d'aller  titiller mon nouveau pote IA qui accepte de se soumettre à mes ordres pour agrémenter mes élucubrations.

Voici donc un nouveau proverbe illustré.
Crapaud qui s'en dédie et Christophe qui s'en réjouit (comprenne qui peut…)

 


 

 

vendredi 6 février 2026

Vendredi 13 et Saint-Valentin (atelier d'écriture)


Changement de registre, après le billet précédent.
Un petit tour du côté des ateliers d'écriture.
---------------------

Texte pour « l'agenda ironique » de février, avec une proposition d'écriture que l'on trouve ici.

résumé de la proposition :Comme en 2015, cette année-là Saint-Valentin tombe un samedi qui succède pile à un vendredi 13. Il s'agit là d'un accident calendaire. Il faut traiter le sujet de cette manière. En plus il convient d'évoquer Francis Cabrel et, qui plus est, ne pas oublier la photo jointe, d'une soirée littéraire chez Flammarion en 1926.
Donc, y'a plus qu'à !…

--------------------------------------

Ce jour-là, de février, je roule tranquillement sur la route de ma vie, jetant de temps à autre un œil dans le rétroviseur, sans pour autant abîmer ma rétine, afin de vérifier que dans le passé je n'y suis plus, car, on ne sait jamais. Je l'avoue, je n'aurais pas dû et pas aussi longtemps.

Évidemment, arrive ce qui doit arriver : un terrible accident calendaire, juste là, devant moi, sous mes yeux. Ça ne se produit pas tous les jours, ni tous les ans. Le vendredi 13 février, cet imbécile, n'a pas pris la déviation pourtant parfaitement indiquée en amont. Et voilà, ce gros cul entre en collision frontale avec le samedi 14 jour de la Saint-Valentin ! Imaginez un instant l'hécatombe de tous ces amoureux qui viennent d'être victimes de cette horreur.

On lui avait pourtant dit à ce poids-lourd de vendredi 13, cet énorme bahut, de passer par la déviation. Seuls les vendredis 12 sont autorisées à circuler, à l'instar des 12 lunes de l'année, des 12 heures du jour,  des 12 tribus d'Israël, 12 dieux de l'Olympe, 12 travaux d'Hercule, 12 signes du zodiaque, et j'en passe… (sa sœur aussi).

Heureusement, on fait rapidement appel aux 12 mercenaires. Ils ont quitté le film aussitôt, pour venir donner un coup de main aux policiers à coups de revolvers. Mais déjà le SAMU arrive, pour secourir les cœurs blessés des amoureux amochés. 

Personnellement, j'aurais pu moi-même aider. Puisque je suis écrivain, je suis capable de me transformer en urgentiste en à peine quelques  lignes rapidement écrites. Mais j'ai rendez-vous.

Je suis attendu à la librairie « Flamme à Rion » pour préparer la remise des prix littéraires aux lauréats du certificat d'études.


  

Soirée littéraire à la librairie Flammarion, 4 rue Rotrou, Paris,  1926.

 
Sont en lice :
— Riri, Fifi, et Loulou vont à la pêche aux moules frites
— Le Secret de La Bignole
— Le Trésor de Raclette la Courge

Les débats sont houleux comme la photo ne le montre pas.
Certains n'aiment pas la raclette, d'autres n'ont pas la frite, Aristide Buanderie n'a jamais touché une moule, Simone d'Abreuvoir s'abstient parce que Riri est son amant. Léon Foucault dit qu'il choisira selon ce que son fameux pendule lui indiquera. Cette méthode est refusée par Justin Panthéon qui espère y entrer.
Pour mettre fin à cette philippique les trois dames au chapeau-cloche le font tinter : digue, dingue, donc. Il faut voter maintenant.

Le calme revient, l'homme qui prend des notes se dirige vers le gramophone pour hisser le pavillon et poser sur le plateau tournant le dernier 78 tours de Cabrel :


 le moteur que j’allume
M’aide à prendre lentement
À prendre ma place dans le trafic
(...)
 Et quoi que je fasse
Il faut que passent les voitures noires
Je suis un mutant, un nouvel homme
Je ne possède même pas mes désirs
Je me parfume aux oxydes de carbone
(...)
déjà mes enfants savent
Qu’il faudra qu’ils s’habituent
À prendre ma place dans le trafic
Ma place dans le trafic 
*
— Francis Cabrel — 1981



mercredi 4 février 2026

Vivre « après »

 


 Il était là, devant nous, de l'autre côté de la table. Il était venu pour nous demander un avis avant de signer quelques papiers officiels.
Il était là, un peu absent, un peu présent, balbutiant des mercis qui n'étaient pas nécessaires et encore moins utiles.
Il était là, avec de la tristesse au fond des yeux.
Il était là, et les larmes se sont mises à couler, et puis les sanglots qui s'en venaient de si loin.
Il était là, mon beau-frère, qui venait de perdre sa femme il y a quelques semaines. Elle est, partie en quelques jours d'un cancer foudroyant. Je les aime bien tous les deux, ensemble et chacun. Depuis quelques années ils vivaient une retraite heureuse. Elle toujours joyeuse, lui toujours prêt à rendre service.

Un abattement d'impuissance m'a envahi, auquel s'ajouta un profond sentiment d'injustice lorsqu'il prononça entre deux sanglots : « elle est partie bien trop tôt, bien trop vite… ».
Il avait tellement raison.

Ni mon épouse, ni moi, n'avons prononcé de ces mots inutiles qu'on entend parfois dans de tels moments. Être là, seulement là, recevoir sa détresse.
Et puis l'apaisement est venu, en lui, en nous aussi. Son cœur s'apaisait. Bien sûr il y en aura d'autres épisodes.

« Il faut faire son deuil », entend-on souvent. On en a fait une affaire psychologique de cette expression qui signifiait marquer et pratiquer l'ensemble des signes extérieurs de la période dite du deuil (vêtements notamment).
 Je crois surtout qu'il faut peu à peu passer à la suite de sa vie, dans un prolongement autre, sans le/la défunt/e, mais avec sa présence, manifestée autrement.
Une nouvelle aventure de vie en quelque sorte.
C'est ce que j'ai vu certains de mes ami(e)s et familles. C'est ce que j'ai vécu moi-même,parfois de manière étonnante, surprenante, du style « on n'aurait jamais pensé que… ».
La vie plus forte que la mort. En voilà une illustration.


 

dimanche 1 février 2026

Proverbe illustré (3)

 

                                                                     bidouillage AlainX

 

… c'est pareil à chaque époque…