« Les emmerdeuments défilent en escadrille », disait Chirac qui n'a pas inventé l'expression.
Constat du moment. Ça défile en effet.
Cela m'oblige à me plonger dans des actes de famille et de retrouver des situations anciennes, dont j'ai du mal à renouer le fil clairement. Enfin disons que ça me prend du temps. Est-ce normal docteur ? Je dois fournir les étapes du cheminement d'un bien immobilier. Je croyais que c'était simple. Pas du tout. Et là je me dis : mais bon sang est-ce que vraiment j'avais oublié tout ça ?
Quand on se plonge dans des vieilleries, on tombe inévitablement sur d'autres. Cette fois ce sont des écrits personnels qui ont l'âge des vins millésimés dont on ne se souvient plus quand on a pu acheter les bouteilles. Je relis des pages au hasard : — Comment ça ? C'est moi qui écris tout ça ? Putain c'est pas si mal écrit que ça ! J'étais jeune et peut-être audacieux en ce temps-là.
Mais voilà, là aussi j'avais tout oublié. Est-ce encore normal docteur ?
Est-ce que tout cela m'inquiète ? Pas vraiment !
C'est plutôt la nécessité d'accepter un certain échappement mémoriel. Il paraît qu'on ne supporterait pas de se souvenir de tout, sans rien oublier, c'est même une pathologie. Ouf ! Je ne suis pas en si mauvaise santé mentale que cela !
Alors par association d'idées on peut s'interroger : mes souvenirs sont-ils si fiables que ce que je crois ? Surtout quand on relate une situation ancienne vécue avec d'autres et que les autres en question n'ont pas du tout le même souvenir des choses. J'en connais même qui savent parfaitement s'étriper à ce propos. — C'est moi qui ai raison ! — Non c'est moi bordel je sais bien que c'est moi !
Etc. etc. la grosse rigolade.
La fabrique des souvenirs !
Finalement chacun a la sienne dont il est persuadé qu'elle est parfaitement conforme à la réalité de ce qui fut.
Je me souviens de mes cours de droit pénal et de sciences criminelles sur la valeur des témoignages mêmes récents, et ne parlons pas de ce que l'on croit avoir vu il y a des années. Bien sûr que je jure de dire la vérité Monsieur le juge… mais quelle vérité ? Ce dont je crois me souvenir dur comme fer ? Et mon déni évident lorsque les éléments factuels viennent démontrer le contraire.
Comment oublier cette mise en scène organisée par le prof en TD et ensuite la série de questions qu'il posai sur « ce qu'on avait vu ». La confrontation des points de vue fut édifiante de ce qu'on était prêt à jurer « croix de bois croix de fer » ce qu'on avait vu de manière évidente. Alors qu'un certain nombre d'entre nous se sont fourvoyés sur plusieurs éléments. Entre ce qu'on a vu et ce qu'on a cru voir…
Pour en revenir à moi-même, le seul sujet qui vous intéresse, j'ai retrouvé il y a peu des bulletins scolaires avant la sixième. C'est fou, il y a des trucs quasiment élogieux. Un premier prix de mathématiques, de rédaction, de français, et de grammaire. Ça n'a rien changé au sentiment que j'ai que ma scolarité, avant de décider la polio lors de l'entrée en sixième, était un échec cuisant à tous les niveaux…
Sacrée fabrique ! Tu as plus d'un tour dans ton sac…





