Il m'a mis la pression
*
C'est à trois minutes de chez moi. J’y passe de temps à autre.
J’arrête ma voiture après avoir juste passé le seuil de la grande porte d'entrée, et je coupe le moteur.
Ils sont quatre. Ils vivent sous les ponts.
Les mains dans le cambouis.
C'est pour cela qu’il vous tendent le poignet lorsque vous voulez leur serrer la main.
Pas tacher !
Et puis généralement, juste après, ils se frottent sous le nez avec l'avant-bras.
Un des gars, la quarantaine, lève la tête, avec un grand sourire. Et il a une belle tête, celle de ces gens qui sont toujours contents et aiment ce qu'ils font.
Il s'approche de la portière :
— Ah mais je vous reconnais ! Comme d'habitude vous venez nous prendre notre air !
— Exactement que je lui réponds. Et j'annonce la pression de mes pneus.
— Oui, oui, je sais ! On en met plus à l'arrière, vu votre gros fauteuil avec sa grue ! Je me souviens de vous parce que vous venez régulièrement. Mais je comprends que vous pouvez pas vous débrouiller tout seul. Hein monsieur ?!
— Ah ! que je lui réponds, vous avez bonne mémoire !
—Vouais ! Ben c'est le métier !
Je l'observe depuis mon siège conducteur.
Il déroule son tuyau et fort heureusement n'en envisage pas l'usage détourné qui pourrait vous transformer en bonhomme Bibendum du Père Michelin ! Au contraire il dirige son manomètre vers la valve du pneu avant, côté conducteur. Accroupi, en en dévissant le bouchon il me dit :
— C’est combien déjà la pression ?
Comme quoi on ne vit pas encore dans un monde parfait…
Malgré son pré-Alzheimer, il a quand même eu son euro de gratification.
D’autant que je me suis dit : finalement, en vrai, chez Midas*, ils sont aussi sympas que dans leur pub…
* : (Hélas, je ne toucherai pas un kopek pour cette publicité gratuite…)








