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lundi 31 janvier 2022

L'attente (encore...)

 

113ème devoir de Lakevio du Goût




Cette toile de Joseph Lorusso me pousse à me poser quelques questions.

Dont celle-ci : Que fait cette femme, là, dans ce café ?

Je crois avoir une idée.

Elle ne vaut sûrement pas les vôtres mais je vous en ferai part lundi.

Si je n’ai pas trop de cartons à faire…






L'attente


Que faisait-elle donc là, le regard dans le vague, la mine désabusée, avec cette robe, triste comme devait l'être son âme. J'étais dehors à attendre, la voyant à travers la vitre de ce bistro infâme avec ses vieilles banquettes qui sentaient certainement le moisi et la nicotine.


Elle a le regard vide, ai-je pensé. Qu'est-ce donc qui vide un regard ? C'est comme une fenêtre éteinte, on voit une béance noire. Peut-être qu'il reste de la vie quelque part. Cette femme m'attristait. Il est vrai que je n'étais moi-même pas très brillant. Et si j'osais rentrer la rejoindre. M'asseoir en face d'elle, à condition bien sûr qu'elle ne sente pas l'alcool, parce que vu la bouteille vide, le verre vide, le café déjà bu pour tenter de noyer le pinard, je commençais à avoir des doutes. Une femme pilier de banquettes ai-je songé avec un sourire déplacé.


J'étais comme elle. J'attendais. Enfin je crois qu'elle attendait celui ou celle qui ne viendra pas. Et moi ? Est-ce qu'elle viendra ?

— Rendez-vous au coin de la rue du Pont et de l'avenue de la République à 11 heures. Je serai peut-être un peu en retard, t'inquiète pas.


Peut-être qu'il lui a dit la même chose à elle, qui attend dans le bistro. Peut-être que c'était il y a déjà une semaine et que tous les jours elle revient à 11 heures.

Elle et moi on devrait faire un élevage de lapins !


L'attente et le vide, voilà peut-être ce qui nous caractérise tous les deux. Est-ce qu'on pourrait faire un deal avec ça ? Est-ce que ce n'est pas le moment ou jamais dans ce monde incertain ? Je commence à avoir froid il se met à pleuvoir une bruine dégueulasse, celle qui s'infiltre partout sous les vêtements et finit par te brûler la peau glacée. Je crois que je vais me décider à pénétrer dans ce bistro, parce que ça devient pire dehors. Je m'apprête à pousser la porte quand tout à coup j'entends cette voix sublime entre toutes :

— Je suis là chéri ! Pardon, pardon, pardon pour mon retard ! Je t'aime je t'aime je t'aime !

Elle m'entoure de ses bras et tout à coup me voici réchauffé par son baiser brûlant sur mes lèvres.

— Viens vite, j'ai des choses extraordinaires à te raconter.


Au restaurant, elle m'expliqua de quoi il s'agissait. Ce n'était pas si extraordinaire que ça, mais sympathique assurément. Mais elle était comme ça ma nana, ma chérie, ma fleur sauvage, tout devait être extraordinaire, du sol au plafond !


 Tout en l'écoutant, je voyais devant moi la fille du bistro. Est-ce qu'il est enfin arrivé ? Est-ce qu'il y a osé un truc brûlant sur ses lèvres ? Est-ce qu'il a dit à la cantonade : « Garçon ! Remettez-nous ça ! ». Est-ce qu'elle a soufflé à son oreille : « Tu sais bien que je t'aime ! »


lundi 24 janvier 2022

Le visiteur du soir

 112ème devoir de Lakevio du Goût.




Encore une toile de Marc Chalmé.
Est-ce un nième épisode de « L’assommoir », simplement le lever du jour devant un bistrot ou autre chose ?
Pendant que je me remets aux cartons avec la lumière de mes jours, j’espère que vous aurez une explication à nous donner lundi.
Je passerai en retard mais je passerai…







Le visiteur du soir


Tous les soirs.

Si, je vous assure, c'était tous les soirs à la tombée du jour.

Je le sais, je le voyais, j'habite en face.

Il se plantait devant la vitrine, avec un peu de recul et demeurait  les bras immobiles, le long du corps, comme figé sur place, regardant longuement les expositions. Les grands tableaux, les petites toiles, les grandes photographies en noir et blanc. Il y avait parfois des sculptures, mais plus rarement.

Il est vrai que c'était curieux une galerie d'art dans ce quartier résidentiel, plutôt banal, et cette rue désertique le soir, si éloignée du centre bruyant et animé.

Souvent je me demandais si la galerie n'était pas une couverture pour du blanchiment d'argent sale. Une galerie de tableaux pour du blanchiment ! C'est rigolo, non ?

Parfois de l'étage venait les échos d'une sono mise un peu forte et qui diffusait des airs de jazz, sans qu'il y ait pour autant matière à téléphoner au flic pour tapage, puisque ce n'était pas vraiment le cas.


L'autre jour, dès que je l'ai vu se stationner face à la vitrine, je suis descendu pour l'observer de plus près et peut-être lui parler. Alors j'ai fait comme lui. Je me suis mis à côté, juste un peu en retrait et moi aussi je suis resté là sans rien dire et sans bouger. On verrait bien. Lui non plus n'a pas bougé semblant faire comme si je n'étais pas là, comme s'il ne m'avait pas vu. J'ai pensé que j'aurais dû mettre une petite laine car l'air devenait frisquet. Je n'avais pas l'intention de m'attarder trop longtemps, j'ai toussauté, genre le type qui a un chat dans la gorge et qu'il a envie de le recracher. Je me suis lancé d'une voix claire et forte comme on dit dans la marine :

 — « Ça me plaît beaucoup toutes ces œuvres. Et vous ? ».


Sur le moment il n'a rien répondu, rien manifesté. Et puis j'ai entendu sa voix, plutôt mélodieuse, suave et chaude. Une voix qui donnerait confiance. Elle ne pouvait venir que d'une personne  qui invite aux confidences personnelles, à exprimer ce qu'on n'a jamais dit à  quiconque. Et d'ailleurs j'en avais des tonnes de ce genre d'affects enfouis bien profondément  en moi et sur lesquels j'avais coulé une dalle de béton. et cette voix–là disait : 

— « C'est beau ! Je ne m'en lasse pas. Les œuvres me pénètrent, je suis trop perméable. Quelles qu'elles soient, elles entrent en moi sans que je ne puisse rien faire. Elles font leur chemin dans ma chair comme des onguents bienfaisants ou des meurtrissures. Chaque jour c'est très difficile et même de plus en plus de quitter l'endroit et rentrer chez moi. Et pourtant il le faut. Demain j'embauche très tôt à l'usine ».


J'ai fait un pas en avant et je me suis retourné. Je l'ai vu de face. Il avait une figure burinée, la peau basanée, des mains de travailleurs. Il est probable qu'en ville on l'aurait facilement interpellé pour un contrôle d'identité. Bêtement j'ai demandé :

— « Vous êtes artiste à vos heures ? » Tout en réalisant sur l'instant que je venais de dire une connerie.


Il a eu un sourire au coin des lèvres, léger, mais rien d'ironique, au contraire. J'ai vu sur son visage ce qu'il percevait de moi. Il me pourfendait d'une bienveillance inconnue. Je me suis senti atteint. Tout à coup tellement vulnérable dans mon bunker en béton. À présent il me regardait dans les yeux avec une bonté dont je n'avais jamais eu l'expérience. Sauf peut-être ma mère quand j'étais gosse, et encore…

Alors je suis reparti dans la direction de ma maison, sans précipitation mais à grands pas.

J'avais envie de pleurer. Vite, m'éloigner de ce danger des larmes.



lundi 17 janvier 2022

En attendant de ne plus attendre.



111ème Devoir de Lakevio du Goût





C'est bien parce que j’ai « le sens du devoir » parce que je ne suis pas en état !
J’espère que mon sacrifice ne sera pas vain...
J’aime cette toile calme de Marc Chalmé.
Néanmoins…
Je me demande ce qui traverse l’esprit de ces deux enfants 
Bah… On le saura lundi, vous aurez des idées j’en suis sûr…





En attendant de ne plus attendre.


Chaque jour, c'était le même rituel. En semaine, il se déroulait après le retour de l'école. La mère demandait si tout avait été comme il se doit. Les enfants répondaient : — « Oui oui, ne t'inquiète pas maman, tout est bien. ». S'en venait le goûter. De grosses tartines beurrées, un bol de chocolat, et certains jours de la confiture de fraises, mais dans ce cas c'était du café au lait. La mère supposait que c'était ce qu'ils aimaient. De toute façon, là n'était pas le plus important.


— Vous pouvez aller jouer quelques temps, les enfants. Mais après, n'oubliez pas d'apprendre vos leçons. Je compte sur vous. Vous savez que je vous fais confiance.

— Bien sûr maman, répondait le jeune garçon.

— On fera tout comme tu dis, ajoutait la fillette.


       Oeuvre aussi de Chalmé


Alors la mère se retirait dans le salon de l'appartement qui donnait sur la rue. Elle se dirigeait aussitôt vers la fenêtre, debout, une main sur son fauteuil à lui, comme un geste d'attente. Son regard portait au loin, enfin, jusqu'où il pouvait se rendre dans ce milieu urbain où jamais on n'apercevait un horizon d'espérance. Seulement les maisons d'en face. Elle avait du vague à l'âme qui ressemblait à son regard lui aussi si souvent dans le vague. Il n'y avait rien d'autre à faire, rien d'autre qui ne soit important, qui vaille la peine d'être entreprepris.


Il y a bien des jours et des jours que les deux enfants ne jouent plus comme avant. Ils vont dans leur grande chambre attenante au salon, donnant sur la même rue. Eux aussi se tiennent debout devant la fenêtre, quasi immobiles. La fillette tient son « doudou », et le garçon a le ballon sur la hanche, comme un souvenir du temps d'avant, où il jouait avec les enfants de son âge, et parfois aussi avec l'absent.


Secrètement ils espéraient encore l'apercevoir, là-bas, au fond de la rue, reconnaître sa démarche si singulière, tantôt fier, tantôt quelque peu accablé sans doute en raison de sa claudication. Sûr qu'alors ils s'exclameraient ensemble : — Le voilà ! Le voilà ! Lachant  doudou et ballon, tapant du pied et criant très fort : — Maman, maman, on l'a vu, je t'assure on l'a vu !

Mais pour l'immédiat, à quoi bon parler. Pour se dire quoi ?

Dans quelques minutes, 15 tout au plus, ils se mettront au travail que l'école demande de faire.

La mère, dans l'autre pièce, finira par s'asseoir dans le fauteuil, prendra un livre dont elle lira les lignes une à une mais sans rien en retenir.


Ordinairement, depuis cette époque, entre ces trois-là les paroles se sont limitées au minimum vital : — Tu as préparé tes affaires pour l'école ? — N'oublie pas ton cache-nez ! — Ne prends pas froid à la récréation, surtout. — Maman tu n'as pas signé le carnet de correspondance. — Est-ce que je pourrais aller au cinéma avec Lucas, s'il te plaît maman, dis oui !


Au début chacun avait pensé que ce serait l'affaire de quelques jours. Peut-être une semaine ou deux. Et puis tout rentrerait dans l'ordre. On reprendrait une vie normale avec ses petites joies, ses petits tourments, un peu comme tout le monde en quelque sorte. Et puis le temps a passé, beaucoup trop de temps. On finissait par ne plus bien savoir comment le compter. Est-ce que ça faisait plus d'un mois ? Comment ça,  plus de deux mois ? Tu es sûre ? À l'horloge il était  pourtant toujours 5h30, ou 17h30, ça dépendait  des moments. Mais là aussi,  quelle importance. Plus personne ne pensait à la remonter.


vendredi 14 janvier 2022

Les temps difficiles.


Il n'échappe à personne que nous vivons des temps difficiles. C'est vrai pour nous-mêmes, nos familles, nos amitiés, mais aussi le pays tout entier, l'Europe et au-delà.


Une question totalement d'actualité me préoccupe énormément. D'autant que le problème est international, et que la décision qui va être prise incessamment sous peu. Il y a les risques d'un  retentissement international fort et même quelque peu dangereux pour énormément d'êtres humains à travers le monde entier, et ce, quel que soit leur condition de vie, leur origine, leur ethnie, leur choix politique ou religieux, et même le destin qui les attend.


Alors voici de quoi il s'agit, au cas où vous seriez l'une des rarissimes personnes qui ne soit pas pas au courant du drame : 



Est-ce que Novak Djokovic va pouvoir taper dans la baballe en Australie dans les jours qui viennent ? Ou est-ce que cet homme exceptionnel entre tous, quoique fieffé menteur, pourra enfin perdre un tournoi ?


Le suspense est à son comble, et je dois dire que depuis 48 heures je ne me sens pas très bien.

D'ailleurs je viens d'avaler une plaquette entière de Prozac.

C'est dire si l'heure est grave et intense !





lundi 10 janvier 2022

Piano-bar

 


110ème devoir de Lakevio du Goût


Qui est-il, que pense-t-il, ce pianiste ?
Qui est-elle, que pense-t-elle, assise sur le piano ?
Bah ! On verra bien lundi ce qui sort de ces deux questions…
J’espère que, comme toujours, vous écrirez.
Des choses drôles, des choses tristes, des choses qui poussent à réfléchir, des choses qui indignent, des choses qui soulagent, des choses qui reposent, des choses qui fatiguent, des choses qui guérissent.
Des choses qui, comme chaque fois enseignent… 
Bref, des choses à lire.



Piano-bar



Encore une nuit qui va se terminer je ne sais pas comment. Ça fait des années que j'exerce ce métier et j'en ai vu de toutes sortes s'approcher et tenter leur chance.

Je ne suis pas comme l'autre qui jouait du piano debout. Moi je reste assis avec la lassitude et une certaine nostalgie qui m'envahit quasiment chaque soir lorsque je prends place pour taper sur ces touches jusqu'à pas d'heure. Pianiste de bar qu'il écrit le taulier sur ma fiche de paye. J'aurais préféré qu'il écrive artiste compositeur. Mais non, pour lui frappeur sur clavier c'est sûrement du niveau ouvrier qualifié, d'après le montant du salaire. Heureusement il y a les pourboires mais qui se font de plus en plus rares.


Vous avez reconnu où je suis ? Non ? C'est pourtant le célèbre établissement chic du Touquet ou Lucien Gainsburg fut pianiste de bar dans les années 50 avant de s'affubler du nom de Serge Gainsbourg. Et oui, c'est le même piano de l'époque. Parfois il m'arrive de rêver d'obtenir son succès. « J'em' voyais déjà… », vous connaissez la rengaine. En fait de succès j'ai droit à cette nana venue déposer ses miches sur le piano. Va savoir ce qu'elle espère. Se faire remarquer de son clan qui la lorgne de loin en ricanant sous cape ? Rêver d'une nuit d'amour avec un pseudo Gainsbarre ? Mais, ma poulette, il y a longtemps qu'elle s'est fait la malle l'époque des années 50 !


Je la regarde avec tristesse. Elle joue la comédie de la fille libérée d'on ne sait pas quoi. Mais lorsque je fixe son regard je vois des chaînes dans ses yeux. Une tristesse qui ressemble à la mienne et que je tente de cacher par piano interposé. Il faut que j'exerce mon métier : une sorte de juke-box humain pour distraire dans l'ombre et l'indifférence. Mais là : vieux piano, à toi de faire passer un message. La bête à cordes se mit à jouer la mélodie de « Let her go » de Passenger :


Tu n'as besoin de la lumière que lorsqu'elle s'éteint 

Le soleil ne te manque que lorsqu'il commence à neiger 

Tu ne sais que tu l'aimes que quand tu la laisses partir 


Fixant le plafond dans l'obscurité 

Toujours le même sentiment de vide dans ton coeur 

L'amour vient lentement et il repart tellement vite 



Ne me demandez pas pourquoi ça m'est venu cette musique là. C'est ainsi. Je vous le dis, je suis un artiste de la sensibilité, et ça jaillit dans le flot d'un piano maladroit. Est-ce qu'elle connaît cette chanson ? Peut-être parce que je crois apercevoir qu'elle esquisse un sourire qui prend la forme d'une complicité passagère. 


La nuit est très avancée. Elle m'a quitté pour rejoindre sa tribu qui semble s'esclaffer. J'entends sa voix qui se fait forte : — Allez ça suffit ! On se tire !. Je comprends que c'est elle qui décide. Elle les pousse vers la sortie. Elle sort la dernière et tout à coup se retourne. Elle sait bien que je la regarde s'en aller. Elle dépose un baiser sur sa main et le souffle vers moi.


lundi 3 janvier 2022

Je vais m'en taper

366 réels à prise rapide


Aujourd'hui taper



Et voilà, ce sera conforme aux prévisions : c'est moi qui vais me taper tout le boulot ! Enfin, soyons honnêtes, disons les trois quarts du boulot. Bon d'accord, je fus volontaire. Je savais que ce ne serait pas une sinécure. Relire, amender, « mettre en bon français » certains passages écrits en français par des rédacteurs étrangers.

OK pour l'instant c'est seulement les deux premiers chapitres : ça va quand même faire entre 40 et 50 pages, et d'après ce que j'ai déjà regardé, il y a plusieurs rectifications nécessaires à chaque page.

Oui, OK, c'est « pour la bonne cause ». Enfin, ce que d'aucuns, dont moi, prétendent être une bonne cause.

C'est difficile en début d'année comme ça de mobiliser ses énergies à mon âge avancé !

 — Allez vas y pépère !

Ma mère aurait ajouté : —  c'est comme ça qu'on gagne son ciel !

Au fait maman : tu y es, toi, au ciel ? Au final, t'as gagné ?