141ème devoir de Lakevio du Goût
Évidemment, cette toile de Thierry Duval me rappelle quelque chose.
Mais à vous ?
Rappelle-t-elle quelque chose qui commencerait par « La joie venait toujours après la peine ».
Et si en plus votre récit se clôt sur « Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin ! » ce sera parfait.
Le combat
La joie venait toujours après la peine, lorsque je débarquais à Paris, juste là, à l'angle du Boulevard du Palais et du Quai de l'Horloge.
La peine des mois et des semaines précédentes, lorsqu'on avait trimé et bossé sur ces kilos de documents préparatoires en commissions diverses et régionales. C'était sportif à organiser car nul ne pensait qu'un jour il y aurait ce développement de l'informatique, des réseaux, et encore moins de « Zoom » qui permettrait de se parler et de se voir en simultané à plusieurs… tout cela relevait de la pure science-fiction. On avait cependant ce moyen moderne à l'époque du téléphone et courrier ! Alors on envoyait des lettres tapées à la machine à écrire avec quand même retour de chariot automatique.
Vous vous souvenez, ces documents qu'on mettait dans une enveloppe et qu'on déposait dans une boîte aux lettres au coin de la rue et du facteur qui venait les prendre puis les expédiait par le train ou par avion, un peu partout en France. Il arrivait qu'on obtienne parfois une réponse après seulement une grande quinzaine de jours. C'était dingue, cette rapidité !
La peine de l'épluchage les documents reçus en réponse du ministère afin de déceler les endroits où on cherchait à nous rouler dans la farine et même carrément nous en foutre sur la gueule.
La joie venait clairement de la solidarité indéfectible qui nous unissait, formant une unité contre le ministre et le gouvernement. On avait des réunions régionales ou avec le soutien des pintes de bière et dans les effluves du bistro, on préparait nos ripostes et l'alcool aidant on avait des audaces scripturaires que l'on n'aurait certainement pas eues à jeun. Et hop on envoyait tout cela dans une enveloppe postale, selon la procédure décrite ci-dessus, à l'adresse de Monsieur le ministre de la justice. Place Vendôme Paris. (Sans timbrer , évidemment).
La joie particulière lorsqu'on se retrouvait dans cette salle de réunion du Palais de justice de Paris qui était mise gracieusement à notre disposition le week-end par un procureur qui nous avait à la bonne et croyait en notre combat. C'était le bon temps des années 80. Je dis c'était le bon temps, parce que j'étais jeune et ardent en ce temps-là…
Ensuite on se rendait place Vendôme, rencontrer les énarques du cabinet du ministre qui voulaient nous manger en nous écrasant à la fourchette. Mais ils ne savaient pas qu'on était de la barbaque coriace. Ils ne savaient pas non plus qu'on allait se mettre en « grève du zèle » ce qui est d'une efficacité redoutable surtout dans la durée. C'est ainsi qu'au final Monsieur le Premier ministre (Gros Quinquin) arbitra la chose et nous donna raison, mais la tête haute : c'était pour le bien de la République française. Alors, le jour où c'est arrivé on a quand même été fier de nous. C'était une victoire qui méritait plus que la minute de silence. Pendant quelques heures nous possédions le silence de la victoire, sinon le repos. Enfin !








