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mardi 27 octobre 2020

Pan pan ! C'est la fête !



À Porter au Texas, ce samedi c'est le troisième anniversaire de Donald(*). On a organisé une belle fête avec sa famille et des amis. Trois ans c'est quelque chose ! Une vie qui va grandir, se déployer, et qui peut-être aura un grand destin ! On ne sait jamais : tout est possible aux States !

Tout à coup : un grand bruit sec. Mais qui a donc amené des pétards ! Sans doute pour agrémenter la fête !


Mais voilà que les pompiers et la police arrivent (ont-ils entendu le bruit ?…).

L'enfant est emporté à l'hôpital, la poitrine ensanglantée. Bien vite le voilà qui succombe à sa blessure et meurt.


Il s'est tué tout seul avec une arme à feu. L'arme qui était tombée de la poche d'un des membres de la famille, alors que l'on jouait aux cartes. (**)


Le représentant d'une association qui lutte contre la dissémination des armes a simplement déclaré qu'il fallait faire gaffe pendant la pandémie parce qu'il y a beaucoup d'enfants à la maison et qu'il vaut mieux ranger les armes à feu dans un espace sécurisé.

En effet c'est un excellent conseil ! Surtout pour toutes ces familles qui ont une bonne dizaine d'armes à feu plus ou moins lourdes, qui trainent dans la maison !

Cependant il a eu la présence d'esprit de ne  pas ajouter que l'enfant n'était sûrement pas très bien éduqué, parce  qu'on ne s'amuse pas comme ça avec une arme à feu, voyons ! 


Comment ils disent déjà ? Ah oui : « American Way of Life »


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(*) : prénom choisi au hasard

(**) : l'info vient de tomber : c'est ici par exemple



lundi 26 octobre 2020

Dominique Dominique

 

Voici la consigne de ce lundi d'octobre.




Cette photo de Walker Evans semble nous dire quelque chose.
Elle me rappelle quelque chose.
Mais quoi ?

Peut-être un film...
Ou autre chose.
Si vous avez une idée, dites le lundi.

.o0o.






Dominique Dominique


Dominique Dominique, après ce qu'il faut bien appeler son « évasion » du centre de redressement où on l'avait placé à 14 ans, réussit à s'embarquer sur un de ces bateaux qui voguaient vers les Amériques avec du fret humain à son bord pour aller trimer là-bas. Dominique Dominique fut abandonné à la naissance par sa mère,  qui voulait garder sa liberté. Il fut recueilli par la sœur tourière du couvent « la Bonne Samaritaine » le jour de la Saint Dominique, ce qui explique son double nom. C'est idiot, mais ce fut ainsi.

Dominique a en lui la force de vie que l'abandon confère à qui voudra bien s'en servir. Après des petits boulots pour survivre, une opportunité le conduit dans l'Iowa, où à force de relations et combines pas toutes claires comme l'eau des Grands Lacs, il devint sharecropper (métayer) exploitant les terres d'un petit propriétaire qui mourut dans des conditions étranges après avoir légué ses biens au petit frenchie abandonné qui avait su le faire larmoyer sur son enfance.


Dominique Dominique, désormais propriétaire terrien trouvant les Américains du coin naïfs, découvre les bons moyens pour prospérer, et prospérer encore. Lorsqu'il se retrouve à la tête d'un nombre conséquent d'exploitations agricoles dépassant les 1500 acres, il commence à s'ennuyer dans le maïs. Trop de dollars, gagnés trop facilement. Il bazarde tout et rentre en France avec le titre de tonton Cristobal comme l'appellent désormais ses banquiers en l'accueillant les bras ouverts. 

Je suis un de ses banquiers.


Le jour où Dominique me montre la photo, je retiens une exclamation et maîtrise mon émotion et ma respiration autant que faire se peut. C'est donc lui ! La ressemblance est frappante : Mon fils ! 

Il me montre la photo un peu par vantardise : — « Voyez ! C'est comme cela que j'ai commencé ! Et maintenant me voilà la tête d'une fortune, moi, le bébé qu'on a foutu à la porte du ventre d'une mère envers qui je n'ai que haine ! »


Sur la photo noir et blanc il a dans les 30 ans et j'en ai désormais 60. Il ne peut percevoir la ressemblance. Sauf que moi je me reconnais dans la photo, c'est d'une évidence flagrante. J'ai un fils ! Je comprends que son inconscient  agit. Je comprends à présent pourquoi il veut sans cesse me parler, me rencontrer personnellement, m'inviter à déjeuner. Ce n'est donc pas forcément pour optimiser les millions de dollars dont il dispose.


Par la suite nous n'avons jamais évoqué de nouveau cette enfance.  Je me suis échiné jusqu'à ma retraite pour faire fructifier cette fortune et j'ai obtenu des résultats au-delà de toutes ses espérances. En quelques années ses avoirs ont pratiquement doublé.

Après mon départ de la banque pour cause de retraite, nous nous sommes revus occasionnellement. Et puis tout s'est délité. Je n'étais plus intéressant à ses yeux.

Peut-être aurais-je dû lui parler ? Lui raconter qui était sa mère et comment nous nous sommes retrouvés dans l'impasse qui aboutit à cet abandon.


Je vous ai raconté tout cela, Docteur, parce que je ne veux pas mourir de la covid 19 en emportant ce secret et mes erreurs. Je sais que j'ai quelques jours de répit avant de sombrer à nouveau dans le coma artificiel. Et puis ce sera terminé. Je serai enterré dans une fosse commune, puisque j'ai  perdu toutes mes économies au poker.

Je me demande si mon fils m'aurait fait des obsèques à la hauteur de sa fortune, ou s'il m'aurait détesté comme il haïssait sa mère.

Jamais je ne saurai.


jeudi 22 octobre 2020

Covid : Ma sortie de crise

J'ai lu chez « La Licorne » un article qui m'a bien plu, à propos des divers attitudes face à la covid 19. Qui plus est l'article ne manque pas d'humour



Il y est notamment écrit ceci :


(…) Nous avons d'abord, je crois, 

à faire la paix en nous-même, 

à trouver un "point d'équilibre", 

entre panique et déni, 


un point de "prudence lucide"...

ou de "lucidité apaisée"...

un point stable sur lequel nous appuyer...



Cela résume mon cheminement depuis quelques semaines. Quel est donc pour moi le point d'équilibre dont il est question. Je vais essayer d'en faire le tour.


— Constat : Le virus se propage planétairement ; un consensus s'installe  sur les moyens de s'en protéger : « les gestes barrières » individuels, les choix collectifs suggérés ou imposés par les autorités.

— Selon les personnes qu'il contamine, covid se montre « gentil » (en apparence…) parce qu'il y a peu de symptômes ou d'effets dévastateurs ; ou « méchant » parce que l'épreuve est difficile, invalidante, avec des séquelles durables ; ou « très méchant » parce qu'il est la cause de milliers de morts.

— D'après des médecins qui concourent à ma bonne santé, il semblerait qu'avec moi il risque de se montrer « très méchant » ou, dans le meilleur des cas, avec des séquelles respiratoires très invalidantes. En raison de ma polio j'ai les muscles respiratoires affaiblis. Muscles respiratoires faibles + alvéoles pulmonaires détruites = grabataire sous oxygène en attendant la camarde.

— Première conclusion simple : prendre toutes précautions pour ne pas attraper cette cochonnerie. C'est fait. Autant que c'est possible bien entendu.


— Pour l'ordinaire des jours, je  m'appuie sur ma « faculté d'adaptation » que   j'ai développée enfant, suite aux graves séquelles laissées par le poliovirus. Tous les actes de ma vie sont devenus « à risques ». Tous. Ne me demandez pas comment j'ai fait, mais j'ai acquis la faculté de faire face à tous ces risques sans peur panique ou choses du genre. C'est peut-être la raison pour laquelle je n'ai aucune admiration particulière pour ceux qui « font des exploits » dont ils s'enorgueillissent  devant les médias ou autrement. En plus si ce sont des risques inutiles (genre sportifs ou autres défis pour la gloriole), je déteste. Mes « exploits », c'est chaque jour !


Cette vigilance au quotidien ne m'a jamais empêché d'être heureux. Au contraire peut-être cela m'a probablement donné un goût de vivre particulièrement fort. Des gens de mon entourage me le soulignent parfois.



— Je prends l'option que covid 19 est installé pour longtemps, probablement quelques années. Je me rappelle que pour éradiquer le poliovirus de la planète il a fallu 50 ans après l'apparition du vaccin efficace ! Et je constate que compte tenu des incessants déplacements planétaires des humains, covid peut proliférer à loisir sans se faire trop de souci pour son avenir.

— Il me reste à adapter ma vie concrète avec cette option. C'est largement accessible pour moi. Et d'une certaine manière je pourrais dire : c'est intégré !


— Je comprends ainsi pourquoi je suis en paix intérieure face à la situation de la pandémie. J'ai mis une distance par rapport à tout ce qui est dit concernant son éradication éventuelle à brève échéance. Je me suis adapté sans attendre. Si les choses s'améliorent ce sera bon à prendre.



— Mon point stable est probablement cette confiance dans la possibilité qu'a l'être humain de se tirer des mauvais pas.… Difficilement parfois ou en payant le prix fort, mais enfin, l'humanité est toujours là…. Je fais le pari qu'elle y sera encore jusqu'à ma mort. Ensuite ça ne m'appartient plus. Je fais le pari que comme toutes les autres fois, une certaine « générosité divine » sera présente. Et puis je n'ai pas peur de la mort. J'ai déjà développé ce thème. Je ne vais pas me répéter. J'en ai encore eu confirmation il n'y a pas très longtemps.


Les humains vivent depuis toujours avec des milliers de problèmes. Les vrais, et ceux qu'ils se créent. Et puis, tout passe… et la vie continue. Toujours.

Il ne s'agit pas de relativiser, encore moins de nier. Tout ce qui « est » me constitue.


Un de mes maîtres disait, en substance  :

une bonne façon de résoudre un problème et de commencer par le prendre avec soi. Comme cela on peut décider de ce que l'on va en faire.

Un autre avait une formule un peu comparable :

Si tu veux sortir de ton problème… entre dedans !


lundi 19 octobre 2020

Chambre avec vue ... d'avenir

 

Lundi c'est "Le Goût" de la consigne


Dans cette toile de Matteo Massagrande, la chambre ne vous rappelle peut-être rien.
Peut-quelque chose.
Vous en direz plus lundi, j’espère.
Bon week-end, lectrices chéris.
Et lecteurs, bien sûr…


.o0o.



Chambre avec vue ... d'avenir 

Clotaire pense depuis longtemps qu'un jour il accédera à la Chambre. C'est un objectif comme un autre. Pourquoi pas a dit son père. Clotaire considère que c'est là un encouragement. Le père estime que c'est une chimère de jeunesse. Mais enfin, lui aussi, dans l'enfance, avait rêvé de rejoindre le lit d'une princesse dans une chambre royale aux dorures clinquantes, au tapis épais et au baldaquin en chêne de Hongrie. Il est simplement devenu artisan ébéniste, vendant dans sa boutique des baromètres en hêtre, des chalets suisses miniatures et de faux sapins de Noël.


Clotaire poursuit des hautes études, parce qu'il pense que son destin doit l'amener très très haut, jusqu'au sommet. Il entre à Sciences-po, puis à l'ENA, puis à la Chambre des comptes, pour se rendre compte de tout ce qui compte dans ce milieu-là. C'est déjà une première étape. Ces moyens sont modestes, il vit dans une chambre de bonne qui a été divisée en trois, pour trois étudiants, avec WC trois étages plus bas. Quand il a vu cela pour la première fois, ça l'a douché, d'autant qu'il n'y en avait pas, de douches.


Clotaire ne s'appelle pas Rastignac. C'est là son problème. Cependant il est témoin de la comédie humaine de son siècle. Vautrin où vont les choses il finit par se demander s'il a fait le bon choix, s'il a pris les bonnes orientations pour parvenir à la Chambre. C'est alors qu'il rencontre Gaston Modernville dans son bureau au Luxembourg, en plein palais. Ce dernier est réputé pour être dur de la feuille. Dès lors il n'entend pas le biniou qui sonne sur sa console, et Clotaire lui dit : « Gaston y a le téléphon qui son », mais l'autre n'entrave que quick. Clotaire craint le pire.


Est-ce ainsi que cela se passe toujours là-bas ? Est-ce de bonne politique que de vouloir en être ? Naître ou ne pas naître, telle n'est plus la question, puisque c'est fait. En s'en retournant dans sa chambre de bonne, Clotaire croise une personnalité dont je tairai le nom et qui lui propose, moyennant quelques menus services que la morale n'approuverait pas, d'intervenir chez « qui vous savez » et lui ouvrir ainsi la porte de la Chambre pour une belle carrière faite des compromissions ordinaires. Pour une fois, Clotaire a le bon réflexe : il accepte. il n'aurait pas dû.


*


Clotaire est rentré chez lui dans sa province d'ébénistes. Déçu, aigri. Il a ramené une photo de la Chambre telle qu'il en découvrit la réalité avec effarement. Je vous la donne à voir à mon tour. Oui je sais,  quel désastre.

Clotaire ne pensait pas que tout fut à ce point délabré tout là-haut. Il se souvenait encore de ses professeurs de Sciences-po et de leurs délires à propos de la nation où il était né, qui était la plus belle, la plus forte, la plus riche, la plus avancée dans tous les domaines, la plus policée, la plus démocratique, et que chacun à la Chambre n'avait qu'un seul souci la justice pour tous et la liberté pour le peuple, ajoutant de surcroît une fraternité infaillible, grâce à une armée puissante.


*


Il y a longtemps que je n'ai plus de nouvelles de Clotaire. J'avais encore son numéro de téléphone où j'appelais régulièrement pour tomber sur un répondeur qui ne donnait jamais suite.

L'autre jour j'ai refait le numéro : « il n'y a plus d'abonné au numéro que vous avez demandé »


jeudi 15 octobre 2020

Prendre la main que ma vie me tend.

Parfois la nuit me réveille. Ce n'est pas la même chose que lorsque je me réveille la nuit. Là, c'est comme si la nuit venait m'annoncer qu'elle m'apportait quelque chose. Il ne s'agit donc pas d'une insomnie. Alors j'attends que, peut-être, quelque chose arrive. Dans une sorte de semi-veille consciente.

Récemment, la nuit m'a réveillé. Mon esprit est flottant, ma pensée ne s'accroche à rien de particulier, un état entre veille et demi-sommeil.

Lentement ma pensée s'est dirigée vers la présence à mon environnement tel qu'il est, avec la situation planétaire de cette pandémie que nous subissons tous. Mais aussi une présence ma propre vie au milieu de « tout ça », avec la sensation qu'au final je me débrouillais plutôt bien. Me revenait les dynamiques que j'évoquais dans mon billet « risque de sécheresse »


Une phrase est montée du fond de moi-même. Vous connaissez probablement ce phénomène : ces alignements de mots que l'on n'a pas choisis, mais qui arrivent à la surface de la conscience, remontant des profondeurs de nos intériorités. 

Ça disait : « prends la main que ta vie te tend »


Dans le même temps j'ai ressenti une grande paix qui m'envahissait et une sorte d'allégresse diffuse qui m'aurait presque donné l'envie de chanter. Je me suis retenu, écoutant le souffle paisible de la respiration de ma compagne de vie endormie à mes côtés.

C'était une petite phrase simple et lumineuse.

Ma propre vie m'invite à vivre. Bon, je sais, ça doit vous paraître banal comme phrase, et n'être qu'une variante du sempiternel « prendre sa vie en main ».


Mais prendre la main de ma vie et me laisser guider par elle, souligne une dynamique de ma liberté. Soit me laissé guider librement, soit faire demi-tour et tourner le dos à ma vie.



Cette invitation est une incitation à rejoindre mon élan vital, fondamental et premier. Or, actuellement, la tentation de s'en éloigner est trop souvent présente. Il me faut faire attention. C'est pire que le découragement. Il est beaucoup plus grave de tourner le dos à sa vie. Le découragement ce n'est pas grave, c'est passager, parfois incontournable, mais ensuite le sursaut intérieur et le goût de l'existence revient.

Si je tourne le dos à ma vie j'entre dans un chemin d'errance pour ne pas dire de perdition.

Sans doute était-il temps que la nuit me réveille, pour remettre les choses au point et dans le bon ordre.

Enfant, quand je prenais la main de mon père, c'était par confiance en lui que là où il m'amenait serait bienfaisant et constructeur. Et, dans mon souvenir, chaque fois c'était juste.

Maintenant c'est ma propre main que ma vie me tend. C'est une question de confiance en moi et en elle que de la saisir. 


lundi 12 octobre 2020

Quand Ernesto rencontre Bertrand





Mais que peut bien avoir ce type ?
Que vous inspire-t-il ?
J’espère que vous en direz quelque chose lundi.

Et Mardi  ? C'est piscine ?

C'est comme on veut

.o0o.






 

Quand Ernesto rencontre Bertrand



La dernière fois que j'ai vu Ernesto Guevapas c'était au siècle dernier. Dingue comme il avait changé du tout au tout en près de 30 ans. Où était passé le beau jeune homme au regard clair, à l'allure nonchalante, aux vêtements bien coupés de chez Hugo Boss, aux cheveux impeccables peignés courts et à la peau imberbe.


Nous étions ensemble à Fontainebleau, à l'Insead, l'une des meilleures écoles de commerce du monde, juste derrière Harvard. Là nous avons appris comment faire des affaires intéressantes. En fait, l'Insead, c'est surtout l'ouverture d'un carnet d'adresses internationales qui permet de devenir milliardaire. Mais l'argent, c'est pas vraiment ce qui compte. Ernesto s'était lancé dans le commerce mondial de haut vol, et donc nécessairement de haute magouille.

C'est un gars très rétro. Enfin, je veux dire très rétrocommissions. Fumant le cigarillo sans tousser.

Il y a quelques jours je reçois un SMS de sa part " salut Bertrand  tu te souviens de moi ? Je serai à Paris dans trois jours, peut-on se rencontrer ? J'ai quelque chose de fabuleux à te proposer ».

Aucun doute : le message est bien de lui, tout à fait le genre d'Ernesto Guevapas ! Quand il a besoin d'utiliser quelqu'un pour ses affaires, il se souvient toujours de lui.

J'adore les affaires, quand elles peuvent me rapporter. Je suis toujours aussi curieux qu'à l'époque de nos jeunesses et si Ernesto a un coup juteux : je suis partant !


*


Je le vois sortir de son jet privé sur l'aérodrome de cette petite ville de province. Il me fait signe de la main. C'est bien lui, méconnaissable. Un vrai barbouze fumant le cigarillo à moins qu'il ne soit un révolutionnaire d'opérette. Dans ce cas, arrivé à ma hauteur il  va arracher sa fausse barbe, lui qui adorait se déguiser dans nos fêtes  des grandes écoles, largement arrosées autant par de l'alcool que par des nanas. Dans les affaires, le travestissement est une seconde peau nécessaire à la réussite financière.

Mais non, il se montre plus sérieux qu'un chef de mafia ou un trafiquant d'armes.

Je l'emmène dans mon crossover de luxe BMW X3. J'ai préféré prendre cette petite voiture plutôt que la Bentley trop voyante.


Avec Ernesto, toujours pareil, pas de temps à perdre, on entre aussitôt dans le vif du sujet.  je dis :

— Alors ? C'est quoi cette affaire juteuse ?

— 18 millions de dollars à l'arrivée, répond-il

— Je prends !

— Je te préviens, c'est dangereux ! Tu as encore le goût du risque sur tes vieux jours ?

 — Mes vieux jours ? Tu rigoles, j'ai à peine 50 ans ! Soyons clairs, Ernesto, 18 à l'arrivée, OK, mais il te faut combien au départ ?

— Seulement 4 millions de dollars. Si tu suis, il me les faut dans 72 heures.

— No problémo, que je lui réponds en appelant aussitôt ma banque privée aux Bahamas, là où j'ai quelques comptes offshore.


*


Finalement, le coup a foiré. Non seulement j'ai perdu 4 millions, mais on s'est fait gauler comme des bleus par le gendarme financier supervisant les marchés à Wall Street (la SEC). Bilan : 18 millions de dollars d'amende. Même montant que celle versée par BMW en septembre dernier pour avoir gonflé ses ventes afin de séduire les investisseurs.

Ne me parlez jamais plus d'Ernesto Guevapas, moi qui suis un honnête fraudeur et ne ferait aucun mal à un petit épargnant.

Il va falloir que je revende un de mes yachts, et que j'hypothèque deux ou trois de mes hôtels particuliers.

Franchement, gagner un peu de blé dans les affaires, c'est de plus en plus dur ! 

Depuis je suis devenu membre actif du collectif « Sauvons les riches ! »


vendredi 9 octobre 2020

Risques de sécheresse.

Arrive parfois cette sensation que le désert avance. Il gagne du terrain lentement. Des espaces de vie s'estompent. Ça ne se remarque pas tout de suite. On croit simplement à une sécheresse passagère. Les fleurs se fanent, l'herbe jaunie, mais bientôt viendra la pluie bienfaisante qui permettra de reprendre vie. Et puis de toute façon c'est en périphérie, les belles terres sont là, florissantes.


C'est de la terre intérieure dont je parle. La mienne sans doute. Je suis parfois le mauvais jardinier qui s'en prend à l'extérieur , qui est prêt à accuser l'environnement, la fatalité, les gens  et je ne sais quel autre responsable.

C'est un mauvais comportement. Une facilité. C'est tellement simple de prétendre que l'on n'y est pas pour grand-chose.

À regarder le ciel, en demeurant immobile dans l'espoir que tout vienne de là-haut, que je ne sais quel sauveur économique, politique ou divin apporte sur un plateau d'argent le remède miracle. Cette manière d'être ne peut produire qu'un seul résultat : l'extension progressive du désert intérieur.


Certes, il ne faut pas négliger l'effet néfaste des médias omniprésents, qui se comportent comme des répandeurs de pesticides mortels sur la terre intérieure pour l'empoisonner un peu plus. C'est ainsi qu'ils gagnent leur vie. Ils ne feront autrement que très rarement.



Il me faut deux dynamiques : protéger ma terre d'une part, la régénérer d'autre part. En réalité les deux ne font qu'une seule et même chose, comme les deux facettes d'une même pièce. Parce que régénérer passe par une concentration de l'attention sur l'intériorité aux endroits des dynamismes existants (les pousse à cultiver), et une attention sur les aspirations centrales (les graines à faire germer). Alors, les parasites désespérants volontairement pulvérisés par les médias dans l'atmosphère s'éloignent d'eux-mêmes, comme on met en sourdine une radio ou une télé, ou en « mode avion » son Smartphone. Il en va de même des  éternels aigris  que l'on côtoie « en live » ou autrement. Ils s'échinent  à nous désespérer, espérant nous emporter dans leur chute.


Écrivant tout cela, je vois mieux comment modifier certaines modalités concrètes de ma vie actuelle.

Moi, et moi-même, allons remédier à la difficulté.


lundi 5 octobre 2020

Grégoire, la grenouille et le brochet

 




Et voici le résultat de ce que j'ai pu pêcher à l'occasion du 50e devoir chez « le goût » où il est question de se méfier

  « car il y a pêcheur et pécheur » 



.o0o.





Grégoire, la grenouille et le brochet 

(récit désespérant)




Grégoire n'oublie jamais rien. Enfin c'est ce qu'il prétend. D'autant que personne ne peut savoir s'il dit la vérité quand il prononce cette affirmation. Comment connaître si on n'a rien oublié, si jamais on a oublié que l'on a oublié certaines choses. Vous me suivez ? Or, mentir est un péché.

Ce qui est certain c'est que Grégoire se souvient de ce prêtre en soutane qui puait le moisi, autant par la soutane que par l'haleine, et qui lui avait affirmé en fin de confession :

 — « Grégoire tu vis dans le péché ! »

Le jeune garçon n'avait rien compris étant donné qu'il détestait grimper dans les arbres. Qu'est-ce qu'il aurait été faire dans un pêcher, d'autant qu'il avait une répulsion naturelle pour les fruits. Sauf peut-être le fruit défendu, ce qu'il ne découvrit que bien plus tard.


Ce que Grégoire aime, c'est la pêche au lancer de grenouilles. Ce sport, qu'il est l'un des rares à pratiquer, voit son apparition au XVIIIe siècle dans le village de Vergougneux-les-Piconnelles, village dont j'ai eu l'occasion de vous parler dans de précédentes chroniques.   



C'est une pêche au brochet dans la rivière locale. La grenouille vivante est accrochée au fil de la canne, dès qu'elle coasse de douleur, le pêcheur, pécheur ou non, effectue le lancer et hop il envoie la bestiole criante dans la rivière. Le brochet qui a ouï par ses ouïes, se pointe à la surface en s'exprimant dans son langage : 

— «  Quoi ? Qu'est-ce ? un cri d'une andouille de grenouille pour ma bouille ? ».

 Aussitôt il attrape la  bestiole, généralement par la  patte gauche, et la gobe comme une mouche qu'elle n'est pas. C'est à cet instant précis que le pêcheur doit ferrer le brochet. Normalement ça fonctionne immanquablement. Rater ça ce serait péché. Grégoire réussit son coup à 98,4 %, d'après les statistiques établies par un comité de la mairie élu par les pêcheurs impénitents de la région.


Grégoire acquiert une grande notoriété, et toutes les filles du village rêvent de se pendre à son cou : Il paraît que c'est un bon coup, surtout si avant il a bu un coup.  Alors il manie sa gaule à merveille. C'est ainsi, comme dit plus haut, qu'il goûta au fruit défendu. Monsieur le curé ne peut qu'envier Grégoire car il ne sait pas pêcher, ne connaissant que les péchés des ouailles. Et bien entendu les siens. C'est pourquoi il, s'est dépêché de lui reprocher ce péché de chair.


Poussé par ses amis, Grégoire se mit à écrire un livre broché sur la vie des brochets.

Il n'eut qu'un succès d'estime et la pêche au lancer de grenouilles ne fut plus pratiquée, au grand soulagement de ce batracien.

Quant à Monsieur le curé il continua à entendre en confessions les grenouilles de bénitier.


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Oui, je sais, cela manque de prolongement philosophico-religieux, mais Mgr Poisson, évêque québécois, n'a pas souhaité traverser la flaque pour participer. Pas plus que Benoit Schneckenburger, auteur de « Apprendre à philosopher avec l'animal ».


vendredi 2 octobre 2020

Siri : le robot

Siri : le robot qui a réponse à tout sur votre Smartphone


Une nouvelle proposition d'écriture de Pascal Perrat


Il lui adressa son plus beau sourire en s’effaçant devant elle.

Elle franchit la porte sans le voir.

Son charme avait-il pris un coup de vieux ? L’autre jour, déjà…

Arrivé chez lui, il se précipita sur sa tablette et interrogea SIRI, son assistant électronique

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— Dis Siri, est-ce que je suis trop vieux pour plaire à une femme ?

— Votre fiche signalétique mentionne 58 ans. D'après l'INSEE vous n'entrez pas dans la catégorie des trop vieux.


— Tu me rassures ! Quand même ! Elle ne m'a pas vu, où elle a fait comme si ! Ça m'inquiète.

— Voici ce que j'ai trouvé pour les problèmes de vue :  liste des ophtalmologistes à moins de 30 minutes de chez vous. Il n'y en a qu'un seul.


— Ce n'est pas le problème, j'ai une bonne vue. Je veux savoir si j'avais des chances avec cette femme qui je l'avoue m'attirait beaucoup.

— Le pourcentage d'hommes rencontrant une femme à la porte d'un magasin et nouant avec elle une relation porteuse d'avenir est de 7,3 %.


— Donc en fait, j'avais peu de chances, c'est bien ce que je pensais, ce n'est pas forcément lié à mon âge, il y a bien d' autres facteurs qui doivent jouer.

— Je vous donne l'adresse du  bureau de poste le plus proche, où il vous sera possible de rencontrer des facteurs qui aiment les jeux de société.


— Tu as raison, la vie est un grand jeu, et je crois que dans la course au bonheur amoureux il y a plus de perdants que de gagnants.

— En France, le taux de gain au loto est le suivant : 1 chance sur 19 068 840 de gagner le gros lot (5 numéros + le numéro « chance »)

1 chance sur 16 d’obtenir le plus petit gain avec 2 numéros


— C'est vrai, la vie est une loterie ! Je ne suis pas né sous une bonne étoile, je suis malheureux depuis longtemps et j'ai bien peur de sombrer dans la déprime.

— Des primes et des promotions existent dans la plupart des magasins. Veuillez donner plus de précisions, par exemple dans quelle ville souhaitez-vous une recherche et pour quel type de produit plus précisément.


— Tu vois, Siri, ce qui me manque c'est un ami…

— Vous pouvez appeler SOS amitié au 08. 08. 08. 0809. 09. 09


— Je dirais même plutôt une amie, une femme compréhensive, généreuse, dévouée, sensuelle mais aussi réservée, entreprenante mais soumise, belle, intelligente mais si possible pas plus que moi, rêveuse et en même temps les pieds sur terre, enfin un peu tout cela…

— un instant, je recherche une solution……………… désolé, je ne dispose dans ma base de données d'aucun produit qui corresponde à votre demande. Veuillez reformuler.