J'aimais bien la chanson de Florent Pagny qui portait ce titre. J'évoque cette chanson car il y est beaucoup question d'apprendre. Apprendre à aimer, à sourire, à donner sans reprendre,…
J'aimerais. Mais voilà, bien souvent surgit un sentiment d'incapacité, ou d'insuffisance, ou de dosage. Comme s'il fallait me préserver. De quoi donc ?
Ma mère avait l'amour vorace. Aimer jusqu'à étouffer son fils. Un amour de possession compensatoire. J'étais, soit son rejet, soit son repas du moment.
Elle debout, moi aussi. Elle me serrait contre son ventre avec ses bras. Je ne sentais aucune affection dans cette manière de faire, mais du danger imminent qu'elle m'absorbe en elle comme un retour primitif.
Difficile à vivre quand on a une mère dont on doit supporter les graves dérangements mentaux à épisodes. Des périodes où la mère était calme comme la mer dans la douceur de l'été, voisinaient avec des tempêtes dévastatrices qui surgissaient en quelques minutes.
Quand ai-je donc reçu la possibilité d'apprendre à aimer juste ?
Il aurait sûrement fallu, comme dans la chanson, « apprendre à vivre et s'en aller ».
M'en aller ? Ça oui ! Dès que ce fut possible. Mais apprendre ? Qu'apprend-t-on quand on est livré à la solitude de soi-même au long des jours. j'ai refusé d'être aimé par ma mère « d'une manière inappropriée » comme on dirait aujourd'hui…
Tout a commencé à changer lorsque je me suis senti vraiment aimé par d'autres que ma famille. C'est un peu terrible à dire finalement.
À 12 ans, arrivé au Centre de rééducation pour réparer les dégâts de la polio, je découvre qu'on s'intéresse à ma personne en tant qu'être humain, et non plus comme un gosse débarqué d'on ne sait où, et qui encombre.
Dès mon arrivée je bénéficie de séances en balnéothérapie dans une mini-piscine. Elle a la forme d'un énorme trèfle en pierre, dans lequel deux femmes aides-soignantes me baignent pour apaiser mes douleurs par la chaleur. Et puis parce qu'il faut bien sortir de l'eau et que je souffre toujours, elles entourent mes jambes dans des serviettes humides et chaudes, les renouvelant souvent. Je garde de cet épisode un souvenir intense à la fois douloureux et à la fois comme un immense cadeau que m'offrent ces femmes que je connais à peine puisque je viens de débarquer. J'ai ressenti un au-delà de leurs obligations professionnelles à cause de ces mots qu'elles échangeaient — « On ne peut pas laisser cet enfant souffrir comme ça ! ». Manifestement la séance durait bien plus que prévu.
Savoir aimer. Elles savaient.
Bien plus tard, adulte, j'ai souvent reçu de la gratitude venant de personnes que j'avais pu aider sur leur route, durant la traversée de périodes difficiles, voire insupportables. Ou des situations foncièrement injustes, individuelles ou collectives, contre lesquelles j'ai lutté dans mes engagements professionnels ou associatifs. Mais je n'arrive pas vraiment à penser que c'est ça aussi de l'amour. Bien sûr ce fut souvent au titre de mes activités professionnelles et donc pas totalement désintéressé. Mais peut-être quand même j'agissais un peu généreusement. Je veux bien me l'accorder. Essayant de ne pas trop me croire le sauveur, alors que l'on est modestement qu'un aidant de passage.
Je m'arrête là pour aujourd'hui. Mais je suis loin de là où j'aimerais parvenir.
À suivre peut-être…