167ème Devoir de Lakevio du Goût
Il me semble que Lakevio avait déjà proposé cette toile de Harold Harvey mais j’aime beaucoup cette toile alors il ne me reste plus qu’à trouver une autre idée pour éviter de me faire taxer de « recyclage ».
Le moment étant à l’été et aux balades dans les prés, auriez-vous par hasard une idée de ce que pensent ces deux enfants pendant cette halte champêtre ?
Ce fut par un après-midi de printemps que tout commença pour Pierre. Il faisait encore un peu frais, le soleil allait tout réchauffer, ce ne pouvait être autrement. Déjà la prairie fleurissait, invitait à s'y étendre, et pourquoi pas compter fleurette. À moins qu'il ne soit encore un peu trop jeune pour cela.
C'était un jeudi, Pierre était allé chercher Pauline qui n'habitait pas bien loin dans le village et ils partirent ensemble à bicyclettes pour des aventures dont ils rêvaient sans trop oser les exprimer. Timidité juvénile ou ce sentiment confus du risque d'être moqué, pire encore d'être rejeté.
L'itinéraire était toujours un peu le même, on montait la côte à la sortie du village, et comme d'habitude Pierre poussait sur les pédales, jeune coq un peu prétentieux, lançant à Pauline : — « Dépasse -moi si tu y arrives ! ». Pauline riait de bon cœur, elle était un peu plus âgée que lui, d'allure sportive, elle n'aurait eu aucune difficulté à le dépasser, mais elle avait déjà compris qu'aux jeunes hommes il fallait laisser croire qu'ils étaient les plus forts.
Au sommet de la petite colline il y avait la prairie du père Mathieu, quelque peu à l'abandon jusqu'à ce que ce dernier vienne le faucher dans quelques semaines. Les bicyclettes abandonnées dans le fossé, Pierre s'allongea de tout son long dans l'herbe. Pauline resta assise par terre, quelque peu à distance, comme sa mère le lui avait conseillé d'agir avec les garçons. Il n'empêche, elle aimait beaucoup Pierre et même commençait à se demander si le terme « beaucoup » ne devenait pas peu à peu inutile. Serait-il possible qu'elle soit un petit peu amoureuse ? C'était tôt quand même !
Et puis tout à coup Pierre cueillit une fleur de pissenlit et la tendit à Pauline : — « Tiens, c'est pour toi, tu n'as qu'à souffler dessus et tu entendras tous les mots gentils qui sont dans les petits poils de soie de la fleur. C'est un peu comme si je les semaient à tout vent rien que pour toi ».
Plus tard, devant le regard fasciné de Pauline qui s'était rapprochée, il ajouta :
— « Tu sais Pauline, j'aime les mots comme je t'aime toi. Je voudrais tous les rassembler dans un livre pour te les offrir ».
— « Eh bien, Pierre je te lance un défi : Fais-le ! », rétorqua aussitôt Pauline. Et tu sais, moi aussi je t'aime.
Pierre Larousse était un homme de parole. Il rassembla tous les mots pour Pauline dans un livre auquel il donna son nom.C'est en pensant à ce souvenir que naquit la couverture de l'ouvrage célèbre entre tous, où l'on voit Pauline souffler sur le pissenlit
Pierre Larousse vécut pendant 25 ans avec Pauline Caubel qu'il finit par épouser en 1872.
Sans les bicyclettes et le pré du père Mathieu, le fameux Petit Larousse Illustré aurait-il vu le jour ?








