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lundi 26 juin 2023

Le pissenlit

 

167ème Devoir de Lakevio du Goût





Il me semble que Lakevio avait déjà proposé cette toile de Harold Harvey mais j’aime beaucoup cette toile alors il ne me reste plus qu’à trouver une autre idée pour éviter de me faire taxer de « recyclage ».
Le moment étant à l’été et aux balades dans les prés, auriez-vous par hasard une idée de ce que pensent ces deux enfants pendant cette halte champêtre ?







Ce fut par un après-midi de printemps que tout commença pour Pierre. Il faisait encore un peu frais, le soleil allait tout réchauffer, ce ne pouvait être autrement. Déjà la prairie fleurissait, invitait à s'y étendre, et pourquoi pas compter fleurette. À moins qu'il ne soit encore un peu trop jeune pour cela.


C'était un jeudi, Pierre était allé chercher Pauline qui n'habitait pas bien loin dans le village et ils partirent ensemble à bicyclettes pour des aventures dont ils rêvaient sans trop oser les exprimer. Timidité juvénile ou ce sentiment confus du risque d'être moqué, pire encore d'être rejeté.


L'itinéraire était toujours un peu le même, on montait la côte à la sortie du village, et comme d'habitude Pierre poussait sur les pédales, jeune coq un peu prétentieux, lançant à Pauline : — « Dépasse -moi si tu y arrives ! ». Pauline riait de bon cœur, elle était un peu plus âgée que lui, d'allure sportive, elle n'aurait eu aucune difficulté à le dépasser, mais elle avait déjà compris qu'aux jeunes hommes il fallait laisser croire qu'ils étaient les plus forts.


Au sommet de la petite colline il y avait la prairie du père Mathieu, quelque peu à l'abandon jusqu'à ce que ce dernier vienne le faucher dans quelques semaines. Les bicyclettes abandonnées dans le fossé, Pierre s'allongea de tout son long dans l'herbe. Pauline resta assise par terre, quelque peu à distance, comme sa mère le lui avait conseillé d'agir avec les garçons. Il n'empêche, elle aimait beaucoup Pierre et même commençait à se demander si le terme « beaucoup » ne devenait pas peu à peu inutile. Serait-il possible qu'elle soit un petit peu amoureuse ? C'était tôt quand même !


Et puis tout à coup Pierre cueillit une fleur de pissenlit et la tendit à Pauline : — « Tiens, c'est pour toi, tu n'as qu'à souffler dessus et tu entendras tous les mots gentils qui sont dans les petits poils de soie de la fleur. C'est un peu comme si je les semaient à tout vent rien que pour toi ».


Plus tard, devant le regard fasciné de Pauline qui s'était rapprochée, il ajouta :

— « Tu sais Pauline, j'aime les mots comme je t'aime toi. Je voudrais tous les rassembler dans un livre pour te les offrir ».


— « Eh bien, Pierre je te lance un défi : Fais-le ! », rétorqua aussitôt Pauline. Et tu sais, moi aussi je t'aime.


Pierre Larousse était un homme de parole. Il rassembla tous les mots pour Pauline dans un livre auquel il donna son nom.C'est en pensant à ce souvenir que naquit la couverture de l'ouvrage célèbre entre tous, où l'on voit Pauline souffler sur le pissenlit 


Pierre Larousse vécut pendant 25 ans avec Pauline Caubel qu'il finit par épouser en 1872.

Sans les bicyclettes et le pré du père Mathieu, le fameux Petit Larousse Illustré aurait-il vu le jour ?






vendredi 23 juin 2023

Deux instants dans la vie ordinaire.


Deux petits événements de la banalité ordinaire pour le prix d'un seul.


Le soleil embellit la nature lorsqu'il joue avec les couleurs des arbres et des plantes. Il fait son métier de Lumière. À nous d'être attentif, d'ouvrir les yeux, de ne plus les avoirs toujours fixés sur nos écrans.

Je déambule mes roulettes dans mon quartier que je connais ou crois connaître. Un regard attentif suffit à découvrir des nouveautés chaque jour, surtout dans les détails.

Entre deux maisons un petit passage mène à un tennis réservé aux résidents du coin. Je sais qu'il a été rénové, alors je vais aller voir de plus près. Le chemin de petits graviers qui y mène a aussi été transformé. Hélas, désormais, il y a trop de petits graviers formant une couche bien trop épaisse. Mon fauteuil roulant s'embourbe.… plus je tente de manœuvrer, pire c'est. Il faut que j'appelle quelqu'un. Mais je ne connais personne à proximité. Je me dis, qu'a part les pompiers, je ne vois pas qui d'autre.


Tout à coup et fort opportunément deux tennismen arrivent. Des sauveurs. Heureuse coïncidence, car ce cours de tennis est généralement désert dans la semaine. Ils sont évidemment grands et sportifs et m'aident sans grande difficulté à sortir ma bécane de l'ornière. Dans l'opération je perds un bouchon protecteur tout noir et gros comme un grain de raisin, dans les petits cailloux blancs. On cherche quelque peu, mais rien. Je dis que ce n'est pas bien important c'est plus esthétique qu'autre chose. Et puis voilà… je reprends ma balade… après force remerciements.


Le lendemain on sonne à la porte. Une dame que je ne connais pas. Elle me montre le petit bouchon protecteur accompagné d'un grand sourire. — « Nous l'avons retrouvé ». L'un des tennismen est retourné avec son épouse dans l'allée caillouteuse avec un râteau à la recherche du bouchon perdu… ils ont fini par le trouver.

Mais comment ont-ils su où j'habitais ? — « On vous voit parfois passer par ici, alors on s'est dit ce monsieur est certainement du quartier. Nous avons demandé au facteur qui nous a donné votre l'adresse : en fauteuil roulant ? C'est sûrement lui a-t-il dit ! ».

Et voila !

Je n'ai pas tari de remerciements. La dame ajoute : — « De toute façon il y a trop de cailloux. L'autre jour c'est une poussette d'enfant qui s'est embourbée et la maman était bien embêtée. On va revoir la question au niveau de la copropriété ! ».


Je relate ce petit événement, juste parce que je tiens à souligner que la délicatesse, la bonté, le sens du service gratuit, n'ont pas disparu de la planète malgré tout ce qu'on nous raconte dans tous les domaines d'une société qui serait soi-disant devenue invivable et foncièrement égoïste.


Épisode deux :

Hier visite chez Madame l'ophtalmologiste. Comme d'habitude plus d'une heure d'attente dans la salle du même nom. Nous sommes en début d'après-midi. Comment fait-elle pour aussi  mal gérer son planning de rendez-vous ? Mystère ! C'est comme ça depuis des années.

En face de moi un couple pas tout jeune. Manifestement la visite est pour Monsieur. Et aussi manifestement il a fait un AVC et se trouve en période de rééducation en hôpital de jour (il appellera le kiné pour dire qu'il ne viendra pas en raison de l'attente trop longue ici). Tout le monde profite de la conversation. Il est très diminué, fébrile et inquiet. À côté, son épouse est  d'une attention extraordinaire envers lui. Ce que j'appellerai « une attention vraie » avec tellement d'amour. Elle ne se comporte ni en infirmière, ni en aide-soignante, mais en compagne de vie de longue date, ça se sent bien. Et lui il est un peu perdu. Elle le rassure. Je suis ému de tant de générosité amoureuse et de présence belle avec des mots justes et des gestes d'affection adaptés.

Arrive alors une autre dame, surprise de rencontrer ici le Monsieur physiquement diminué qu'elle connaît bien. La conversation s'engage. Je comprends que cet homme avait d'importantes responsabilités professionnelles et un fort charisme semble-t-il. Cela appartient désormais à un passé qui ne reviendra pas.

En revanche, l'amour de son épouse dont je suis témoin privilégié m'émeut. Cet amour est là pour l'éternité. Et cela me remplit de reconnaissance qu'il existe et se manifeste dans ce couple. Là, juste à l'instant. Cela fait du bien à mon âme. 






lundi 19 juin 2023

« Salut, c'est le printemps ! Je bous d'ivresse. »

 


166 ème Devoir de Lakevio du Goût


Le temps est à l’été précoce, autant que le fut le printemps.
Pas seulement dans le sud du pays.
Ici aussi, et si j’en crois cette toile de Suzanne Valadon, il s’est aussi installé dès 1928 sur la rue Cortot, charmante rue de Montmartre dont je suis sûr que Delia la connaît et qu’elle y a sûrement traîné un après-midi de printemps.
Mais vous, vos printemps et vos jardins, que vous inspirent ils ?
J’espère que nous nous lirons les uns les autres lundi.


*





« Salut, c'est le printemps ! Je bous d'ivresse. »

 ( Arthur Rimbaud )


Alors donc, parlons printemps et jardins.

Et pourquoi pas champs, pâquerettes, pommes de terre et parcs publics.

Il s'agira alors de chez moi et de mon environnement,  1 km à la ronde.


Il faut dire que j'habite, ni à la ville, ni à la campagne, tout en étant près de la ville et près de la campagne. Peut-être que ça me ressemble puisque je suis ni vraiment pauvre ni vraiment riche, ni grabataire ni valide, ni le dernier des cons ni une flèche intellectuelle, et d'ailleurs je me demande si je suis normal en  vivant dans un endroit normal. C'est dire si mon cas frise le désespoir.


Je vous présente tout d'abord mon derrière. Enfin je veux dire  le derrière ma maison et à cet endroit ça sent la rose comme vous le constaterez. Je vous proposerai quelques fauteuils de jardin agréables quand il ne pleut pas. Étouffants quand ça canicule dehors. (du verbe caniculer  qui figurera dans le nouveau Petit Robert 2024 « Je canicule grave au-delà de 40° ! »)




Avec ma bécane à roulettes (11 km/h), il me faut moins de temps qu'un TGV pour venir admirer le champ à patates  au milieu de ces quelques hectares de campagne protégée par volonté politique,  ce qui se fait rare par les temps qui courent trop vite.




Comptons un peu plus de temps pour l'immense parc public avec ses arbres aux essences rares que chacun se plaît à admirer, y compris les nouveau-nés dans leurs poussettes.




Entre d'eux quelques jardins aussi municipaux que partagés vos permettront de constater qu'il y a des citadins amoureux de la terre cultivable.




Voilà donc pour la rubrique demandée : « vos printemps, vos jardins ».


*


Quant au « jardin intérieur », ce serait une autre rubrique. On pourrait alors évoquer des fleurs définitivement fanées, des pousses prometteuses, des travaux en laboratoire agronomique pour tenter de nouvelles alchimies intellectuello-réflexives et autres greffes potentiellement productives d'idées neuves ou déjà dépassées dans la mesure où tout désormais vieillis à peine germé.


Ce sera tout pour cette semaine. Je m'en vais de ce pas (pardon, de ces roulettes) déguster un petit Chablis directement sorti de la cave que je n'ai pas.

et comme le chantait ce grand penseur trop oublié sur le pont de la rivière Kwai :

« Hello ! Le soleil brille, brille, brille !

Hello ! Le soleil brille là-haut ! »

lundi 12 juin 2023

Impression matinale sur consigne

 







Le goût des autres a proposé vendredi d'écrire quelque chose sur ce tableau. Je n'ai rien écrit avant ces quelques mots lundi vers 9h30.



*







Ce matin je tente de mettre quelques mots à propos de la consigne. D'habitude j'écris durant le week-end et je programme la publication. Cette fois le cœur n'y était pas et l'esprit voyageait ailleurs, cerné de brumes opaques, ternes et suintantes.

En était-il de même pour cette femme lorsqu'un peintre la saisit ?


In vino veritas ? Deux bouteilles c'est déjà pas si mal. La différence c'est que personnellement je n'ai jamais noyé quoique ce soit dans l'alcool, (j'aime trop le bon vin), ni dans le tabac, (ça pue), ni dans un quelconque autre poison avec vue sur éléphant rose, (ça me foutrait la trouille).


Alors s'il faut continuer à œuvrer pour me remonter le moral, je parlerai du mur dégueulasse au-dessus de la banquette à droite, ou si vous préférez à gauche de la chevelure sanguinolente de la demoiselle désespérée et désespérante. J'y vois une figure de clown hilare qui est en train de se foutre de la gueule de nous tous, parce que c'est son métier de le faire. Ça permet de finalement se rendre compte que bien des choses sont dérisoires.


mercredi 7 juin 2023

Promenade



Le ciel bleu limpide a déposé quelques nuages blancs diaphanes, histoire de rompre la monotonie ambiante. Le soleil se comporte comme une poursuite de théâtre, faisant briller de son incandescence tout ce qu'il touche aux alentours. En particulier les fleurs du jardin qui passent de jolies à splendides sous la caresse chatoyante de ses rayons, enchantant ainsi le spectateur de cette nature embellie.

Ce n'est pas encore la toufeur de l'après-midi, mais la douce montée. Elle part de la revigorante fraîcheur matinale et se dirige vers l'infinie douceur d'un avant-midi prometteur. Le moment s'en vient de prendre Route.

La vie s'épanouit.


Bien plus loin, là-bas, au-delà des barrières, l'augure désire refroidir ce qui devrait rester en vie. L'aventure ne mérite pas de se terminer ainsi. L'espoir ténu demeure cependant. Il est des sursauts inattendus, des déclins qui s'offrent des renaissances. Des présages funestes qui manquent de discernement. Prendra-t-on le Chemin ultime ?

La vie se fane.


Le promeneur parfois s'assoit sur le banc du parc près de l'avenue. En montagne sur la pierre du raidillon. Réfléchir jusqu'à la limite. Contempler yeux fermés. Respirer à en étouffer. Prier peut-être. 

S'activer à ne rien faire qu'offrir l'utile présence de celui qui aime.

La vie se retire.


(À celle qui ne lira pas)




 

lundi 5 juin 2023

Dialogue remarquable. Conclusion qui l'est également.

 


164ème Devoir de Lakevio du Goût



Encore un tableau de Jackie Knott.
Si vous avez déjà vu ici cette œuvre, mille excuses.
Mais que voulez-vous, elle me plaît, alors hein…
Cette Américaine qui fit plein de choses n’ayant rien à voir avec la peinture, « l’US Air Force » n’ayant que peu de rapport avec l’art pictural, est passée par ici.
Elle s’est promenée à Montmartre.
Elle y a vu quelqu’un dans ce jardin connu même des Chinois.
Mais ce quelqu’un, qui est-il ?
À quoi pense-t-il ?
On verra bien lundi ce que vous en pensez…





Dialogue remarquable. Conclusion qui l'est également.


— Figure-toi, Albert, qu'hier je suis passé par le jardin du côté de Montmartre et qu'il était encore là !

— Qui ça ? Le gars bizarre en costume gris et souliers vernis ?

— Exactement, Robert. Ce lui-même en personne, avec son gros dossier plein de feuilles volantes !

— Et ça s'est passé comme la fois précédente ?

— Tout à fait, ils sont venus aussi. C'est incroyable !

— Et qu'est-ce qu'il a fait cette fois-ci ?

— Comme la dernière fois. Il s'est mis à déclamer.

— Et les oiseaux ne sont pas envolés ?

— Absolument pas, j'ai eu le sentiment qu'ils frétillaient en picorant je-ne-sais-quoi sur les pierres au sol.


C'est à peu près le dialogue que j'ai eu avec Albert au bistro « Le nez qui fume » où on se retrouve chaque midi pour l'apéro. C'était quand même bizarre cette histoire. Je sais bien que quand on est retraité on n'a pas autre chose à faire qu'à déambuler dans les rues, les squares et autres lieux où il y a encore de la verdure, et qu'alors, forcément, on est témoin de scènes qu'on raconte mais que les gens ont peine à croire.


N'empêche que j'ai dit ça, mais je n'ai pas osé raconter à Robert l'intégralité de ce que j'avais appris par un voisin : Gérard, le normand, qui a emménagé ici il y a pas longtemps. Il prétend que ce type est un poète genre fou chantant. Selon lui un dialogue s'est engagé entre ce type curieux et les moineaux. Non seulement il écrit, oui mais mais il parle aux oiseaux au soleil et aux forêts. Oui mais il parle aux ruisseaux parfois quand le temps n'est pas trop froid. Et c'est pour que les volatiles comprennent plus facilement qu'il utilise des feuilles volantes. Le pire c'est que Gérard je le crois. C'est un normand donc, un mec sensé. Pas le genre à raconter des gaudrioles.


Décidé à clarifier tout ça, aujourd'hui je suis retourné au jardin. Il était là. Avec ses feuilles volant dans tous les sens. Il avait écrit des notes dans toutes les directions. Mais c'était des notes de musique, posées sur des partitions comme des oiseaux sur les fils électriques. Voilà la clé de l'énigme. J'ai compris : il faisait chanter les oiseaux ! Un maître chanteur d'un nouveau genre. Pas joli joli tout ça !

J'ai tenté d'engager la conversation, de lui faire lever les yeux de ses papelards. Ce fut délicat au début puis peu à peu la relation s'est nouée tant bien que mal.


Il m'a dit qu'il avait fait connaissance d'un certain Pierre qui lui  aurait dit : Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux regardez-les s'envoler c'est beau, ouvrez leur la porte vers la liberté. Alors, c'est ce qu'il avait fait, et pour le remercier les oiseaux libérés venaient chaque jour le rejoindre pour dialoguer dans leur langage commun de modulations mélodieuses. Aussitôt je lui ai fait observer que si ces oiseaux étaient en cage c'est qu'ils avaient commis des délits et  exécutaient leurs condamnations légitimes.


J'ai acquis la conviction que le Pierre en question est sûrement l'un des leurs qui a organisé cette évasion.

— Arthur, que je lui ai dit sévèrement, vous n'êtes pas un bon citoyen ! Les décisions des juges doivent s'appliquer, vous n'avez pas à faire justice vous-même en ouvrant la cage où ils sont prisonniers légalement. Je suppose que ces oiseaux furent condamnés pour avoir déposé leurs fientes partout, en dehors des édicules prévus pour ça. Votre attitude n'est pas civique et donc condamnable.  Emparez-vous de ces moineaux délinquants et  ramenez-les dans leur cage jusqu'à l'exécution totale de leur peine.

 Et ce sera justice !