Le danger qui me guette est de reproduire l'identique d'un jour à l'autre. Faire toujours de la même chose en attendant que… que quoi ? Que la pandémie s'en aille ? Que le printemps arrive ? Que tout le monde soit vacciné ? Que les poules se décident enfin à avoir des dents ?
Le danger : attendre que ma vie passe et qu'un jour vienne de je ne sais où une sorte « d'autrement », sans que je ne fasse rien pour que cela arrive.
Dans mon parcours de vie d'adulte, je n'ai guère connu la routine, ni dans ma vie personnelle, et encore moins dans ma vie professionnelle. Chaque journée apportait son originalité. J'ai aimé prendre des risques avec l'adrénaline qui les accompagne.
Qu'en est-il aujourd'hui ?
Je vis dans une sorte d'attente latente, sans vraiment savoir ce que j'attends.
Et donc, comme chaque fois que l'on attend quelque chose d'ailleurs qui ne vient pas, on se retrouve à la merci des événements, presque comme pieds et poings liés. Je vois combien autour de moi cette sorte de glu envahit les esprits, les pensées et même les corps.
Reconquérir ma liberté intérieure et ses marges de manœuvre ne dépend de personne si ce n'est soi. Trop facile de dire toujours : « c'est à cause de… ». Ne pas subir les contraintes inévitables mais les intégrer comme composantes incontournables de l'existence.
Bon sang ! Comment ai-je pu oublier ça ! Moi qui a 12 ans ai dû reconsidérer toute ma vie avec d'énormes contraintes définitives. Alors, tout ce qui tourne autour de la pandémie avec tout ce qu'on sait, si ça finit par atteindre ma liberté, c'est bien parce que j'accepte de subir. Je ne parle que pour moi. De ma petite situation personnelle de retraité qui ne manque de rien. Alors demeurer dans une sorte de passivité d'attendre « des jours meilleurs » c'est une vraie connerie de ma part.
Aujourd'hui, journée neuve.
Aujourd'hui, journée sans principe routinier.
Aujourd'hui, journée sans ce terrible « occupationnel » qui caractérise les lieux de vieillards, qui pensent qu'il y a plus qu'une seule chose à faire : attendre la mort !
Eh bien, pour moi, NON !
Cela fait plusieurs jours que je retrouve cette dynamique. Et je m'en porte mieux. L'énergie revient du fond de moi-même. Certes elle est en moindre quantité que quand j'avais 20 ans ! Et alors ? Elle est toujours là. À moi de choisir mes possibles dans la limite des stocks disponibles, plutôt que la laisser s'évaporer inutilement. ce n'est même pas une question d'effort de volonté. C'est une question de qualité d'état intérieur. Seulement ça, rien que ça, mais totalement ça.











